Les Gens normaux n’ont rien d’exceptionnel de Laurence Ferreira Barbosa

Affiche du film (1993)

Dans le cadre de ce Mois sur la Maladie psychique, qui commence aujourd’hui, j’ai vu ce film français de Laurence Ferreira Barbosa qui date de 1993, avec Valéria Bruni-Tedeschi, Melvil Poupaud, Claire Laroche, Frédéric Diefenthal, Marc Citti, Berroyer, et toute une excellente troupe d’acteurs.
En fait, j’avais déjà vu ce film à sa sortie et j’en gardais un souvenir flou, mais agréable, donc je l’ai revu ce matin pour me le remettre bien en tête.

Début de l’histoire :

Une jeune femme, Martine (Valeria Bruni-Tedeschi), âgée d’une vingtaine d’années, traverse une période difficile de sa vie. François (Serge Hazanavicius), son compagnon vient de la quitter pour une autre femme (Sandrine Kiberlain), après trois ans de relation. La vie professionnelle de Martine n’est pas très satisfaisante non plus car elle travaille dans une centrale d’appels téléphoniques où elle est supposée vendre des décorations de salles de bains et se fait souvent rabrouer par ses interlocuteurs. Un de ses collègues, très gentil, (Frédéric Diefenthal) est amoureux d’elle sans qu’elle lui prête beaucoup d’attention, malgré une nuit passée ensemble. Un soir, Martine se cogne le crâne, de manière délibérée et avec violence, contre une vitrine de magasin et, après un moment d’inconscience, elle devient partiellement et temporairement amnésique. La police l’amène dans un hôpital psychiatrique où elle va faire connaissance avec un certain nombre de psychotiques qui ont tous des problèmes réels et imaginaires, et qu’elle va essayer d’aider et de soutenir moralement. (…)

Mon avis :

C’est un film qui porte un regard affectueux et tendre sur les malades psychotiques, dont les bizarreries peuvent parfois porter à sourire, car elles semblent saugrenues, et qui sont, à d’autres moments, très émouvantes car révélatrices de grandes souffrances intérieures. A travers cette petite dizaine de portraits de « fous » nous avons une image assez sympathique et empathique de la folie et on sent que la réalisatrice cherche à réhabiliter la vision du psychotique, à rompre totalement avec les figures à la Norman Bates et autres monstres sanguinaires dont a toujours raffolé le cinéma américain, entre autres.
En même temps, un certain réalisme semble guider le scénario et plusieurs situations paraissent véritablement inspirées par des scènes vécues ou des personnages rencontrés dans des asiles, et ce sens du réel reste assez frappant, encore de nos jours, alors que le film date de presque trente ans.
L’héroïne, jouée par Valéria Bruni-Tedeschi, est supposée être un cas psychologique moins grave que les autres, dans le sens où elle n’est pas enfermée, elle sort de l’hôpital au gré de ses envies, mais son attitude altruiste nous paraît souvent déplacée et exagérée. Très exaltée, émotive, et n’ayant que le mot « amour » à la bouche, elle veut faire le bonheur des autres patients, que ça leur plaise ou non et souvent contre leur volonté, et ne parvient finalement qu’à semer le désordre et l’embarras autour d’elle. D’ailleurs, le personnage de Germain (Melvil Poupaud) la traite à un moment de dictateur, ce qui est assez bien vu, même si son autoritarisme provient d’une générosité mal canalisée.
Peut-être que l’héroïne, ayant du mal à trouver des raisons de vivre et traversant, comme elle le dit, une crise existentielle, découvre dans cet univers psychotique et dans la souffrance d’autrui une justification à son existence et une échappatoire à ses propres soucis.
Un film qui m’a plu, dans l’ensemble, grâce à son acuité psychologique, quelques moments d’humour, une histoire assez prenante et des portraits qui ne tombent jamais dans la caricature.

**

Publicité
Poster un commentaire

13 Commentaires

  1. Il me semble ne pas le connaître ce film. En tout cas, un.mois qui commence bien !

    Réponse
    • Bonjour Matatoune. C’est un film qui a eu un peu de succès à l’époque de sa sortie mais c’est vrai qu’on a tendance à l’oublier à l’heure actuelle. Je l’aime bien en tout cas. Bonne soirée !

      Réponse
  2. Michel B.

     /  1 octobre 2022

    Bon souvenir cinématographique…
    Très bon week-end !

    Réponse
  3. Valeria Bruni Tedeschi est une actrice que j’apprécie beaucoup pour son talent et pour sa discrétion dans l’espace public. Elle n’a pas besoin d’étaler sa vie dans les journaux et cela me la rend vraiment attachante. Le titre et l’affiche sont très intéressant, tout comme ce scénario qui vise à sortir des clichés véhiculés dans la société sur les personnes atteintes de psychose. Cela fait du bien. Je suis toujours horripilé par l’utilisation à tord et à travers par les journalistes du terme « schizophrénie. » Ils ne savent pas combien la psychose ou devrais je dire les psychoses sont une souffrance pour le patient. Une fois le traitement trouvé, ce qui nécessite parfois plusieurs années, le patient peut ressentir une amélioration de son état, ou tout du moins une stabilisation. On parle peu de la maladie psychique en tant que handicap. Ce film est salutaire et je suis très heureux que tu nous le présente Marie-Anne. Je connais bien la maladie psychique et notamment la psychose car cela touche un membre de ma famille. La légèreté des journalistes sur ces questions est dommageable et encore une fois, elle véhicule des contre-vérité et une stigmatisation du malade psychique. Je te souhaite un beau weekend et je te remercie chaleureusement d’aborder cette thématique qui est loin d’être évidente. 🙂

    Réponse
    • Bonsoir Frédéric ! Merci beaucoup de ton commentaire chaleureux et averti ! En effet je cherche à travers ce mois Thématique sur la Maladie psychique à mieux faire connaître ce sujet et contrer les préjugés. Bonne soirée !

      Réponse
  4. natlarouge

     /  1 octobre 2022

    tout à fait d’accord avec vous. La souffrance est terrible et beaucoup trop galvaudée. Surement un beau film mais j’avoue ne pas être assez forte pour le voir

    Réponse
    • Oui comme vous voulez. Mais ça reste un film assez humoristique et ça n’a rien à voir avec un drame. C’est un film intelligent, en fait, tout simplement.

      Réponse
  5. Un beau film, Marie-Anne, et d’utilité publique !
    Bonne journée.

    Réponse
  6. J’ai vu tous les films de et avec Valéria.

    Réponse
    • Je ne crois pas avoir déjà vu un de ses films mais j’ai dû la voir deux ou trois fois en tant qu’actrice. Elle joue très bien, c’est vrai !

      Réponse

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :