Les Gens normaux n’ont rien d’exceptionnel de Laurence Ferreira Barbosa

Affiche du film (1993)

Dans le cadre de ce Mois sur la Maladie psychique, qui commence aujourd’hui, j’ai vu ce film français de Laurence Ferreira Barbosa qui date de 1993, avec Valéria Bruni-Tedeschi, Melvil Poupaud, Claire Laroche, Frédéric Diefenthal, Marc Citti, Berroyer, et toute une excellente troupe d’acteurs.
En fait, j’avais déjà vu ce film à sa sortie et j’en gardais un souvenir flou, mais agréable, donc je l’ai revu ce matin pour me le remettre bien en tête.

Début de l’histoire :

Une jeune femme, Martine (Valeria Bruni-Tedeschi), âgée d’une vingtaine d’années, traverse une période difficile de sa vie. François (Serge Hazanavicius), son compagnon vient de la quitter pour une autre femme (Sandrine Kiberlain), après trois ans de relation. La vie professionnelle de Martine n’est pas très satisfaisante non plus car elle travaille dans une centrale d’appels téléphoniques où elle est supposée vendre des décorations de salles de bains et se fait souvent rabrouer par ses interlocuteurs. Un de ses collègues, très gentil, (Frédéric Diefenthal) est amoureux d’elle sans qu’elle lui prête beaucoup d’attention, malgré une nuit passée ensemble. Un soir, Martine se cogne le crâne, de manière délibérée et avec violence, contre une vitrine de magasin et, après un moment d’inconscience, elle devient partiellement et temporairement amnésique. La police l’amène dans un hôpital psychiatrique où elle va faire connaissance avec un certain nombre de psychotiques qui ont tous des problèmes réels et imaginaires, et qu’elle va essayer d’aider et de soutenir moralement. (…)

Mon avis :

C’est un film qui porte un regard affectueux et tendre sur les malades psychotiques, dont les bizarreries peuvent parfois porter à sourire, car elles semblent saugrenues, et qui sont, à d’autres moments, très émouvantes car révélatrices de grandes souffrances intérieures. A travers cette petite dizaine de portraits de « fous » nous avons une image assez sympathique et empathique de la folie et on sent que la réalisatrice cherche à réhabiliter la vision du psychotique, à rompre totalement avec les figures à la Norman Bates et autres monstres sanguinaires dont a toujours raffolé le cinéma américain, entre autres.
En même temps, un certain réalisme semble guider le scénario et plusieurs situations paraissent véritablement inspirées par des scènes vécues ou des personnages rencontrés dans des asiles, et ce sens du réel reste assez frappant, encore de nos jours, alors que le film date de presque trente ans.
L’héroïne, jouée par Valéria Bruni-Tedeschi, est supposée être un cas psychologique moins grave que les autres, dans le sens où elle n’est pas enfermée, elle sort de l’hôpital au gré de ses envies, mais son attitude altruiste nous paraît souvent déplacée et exagérée. Très exaltée, émotive, et n’ayant que le mot « amour » à la bouche, elle veut faire le bonheur des autres patients, que ça leur plaise ou non et souvent contre leur volonté, et ne parvient finalement qu’à semer le désordre et l’embarras autour d’elle. D’ailleurs, le personnage de Germain (Melvil Poupaud) la traite à un moment de dictateur, ce qui est assez bien vu, même si son autoritarisme provient d’une générosité mal canalisée.
Peut-être que l’héroïne, ayant du mal à trouver des raisons de vivre et traversant, comme elle le dit, une crise existentielle, découvre dans cet univers psychotique et dans la souffrance d’autrui une justification à son existence et une échappatoire à ses propres soucis.
Un film qui m’a plu, dans l’ensemble, grâce à son acuité psychologique, quelques moments d’humour, une histoire assez prenante et des portraits qui ne tombent jamais dans la caricature.

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Les Illusions perdues de Xavier Giannoli

Affiche du film

J’ai vu ce film en novembre 2021, au moment de sa sortie, et j’ai planifié cette chronique plus de six mois en avance, car elle s’inscrit très bien dans le cadre de mon Printemps des Artistes 2022.
Comme j’ai déjà parlé il y a quelques jours des « Illusions perdues » de Balzac, je tâcherai de parler de cette adaptation sans trop répéter ce que j’avais déjà raconté dans ce premier article.

Note technique sur le film :

Durée : 2h29
Date de sortie : 20 octobre 2021
Genre : Drame historique
Scénario : Xavier Giannoli, d’après Balzac

Présentation succincte du début de l’histoire :

A Angoulême, un jeune homme, Lucien Chardon (Benjamin Voisin), imprimeur de son état mais poète à ses heures perdues, rêve de gloire littéraire. Il a la chance qu’une aristocrate de la ville, la belle Madame de Bargeton (Cécile de France) admire ses talents d’écriture et soit, en plus, sa maîtresse très aimante. Bientôt, le couple prend la fuite vers Paris, pour échapper au vieux mari jaloux (Jean-Paul Muel) de Madame de Bargeton et obtenir pour le jeune homme un triomphe à la hauteur de son talent. Tous les deux pensent, en effet, que la vie culturelle et artistique ne s’épanouit vraiment que dans la capitale. A Paris, Lucien – qui se fait appeler du nom de sa mère « de Rubempré » – essaye de faire son entrée dans le grand monde, lors d’une soirée à l’opéra, mais il passe pour ridicule à cause de son manque d’élégance et de distinction. A la suite de cette soirée, Madame de Bargeton a honte de son jeune protégé et le laisse tomber. Il se retrouve seul et sans argent, sans aucune relation ni soutien dans Paris. Il va devoir se débrouiller par lui-même car il est toujours aussi ambitieux. Heureusement, il fait la connaissance d’un jeune journaliste, Etienne Lousteau (Vincent Lacoste), qui va l’introduire dans le milieu du journalisme et de la critique culturelle. (…)

Mon avis :

J’avais un apriori très négatif sur ce film car je croyais dur comme fer que le chef d’œuvre de Balzac, un monument littéraire de huit cent pages, fourmillant de personnages et d’intrigues multiples, n’était pas transposable au cinéma.
Par ailleurs, je trouve souvent que les adaptations cinématographiques de la littérature française du 19ème siècle, qui fonctionnent à grands renforts de hauts-de-forme et de crinolines, ont quelque chose de scolaire et de compassé, où les dialogues sonnent faux et les allures sont guindées.
Eh bien, ce film m’a vraiment épatée ! Il m’a très heureusement surprise. Car il m’a semblé à la hauteur du roman de Balzac, tout à fait convaincant et réussi.
Les lumières chatoyantes et tamisées, parmi les décors joliment reconstitués et les costumes délicatement inventifs, font de la plupart des images des tableaux très artistiques, où les visages et les corps sont bien mis en valeur et comme sculptés par le clair-obscur.
La musique est également bien choisie et pas trop envahissante. Elle est plutôt caractéristique du 17ème siècle que du 19ème, mais ce choix sonore est agréable et en harmonie avec les images.
Le scénario m’a semblé tirer un très bon parti du roman de Balzac, en simplifiant ce qui aurait trop rallongé l’histoire et en conservant les lignes de force du roman et les idées porteuses de sens et d’émotions. Xavier Giannoli a eu raison de concentrer son propos sur la deuxième partie du roman, car c’est sans conteste la plus somptueuse et spectaculaire et celle dont les thèmes sont les plus modernes, avec ses références claires au capitalisme corrupteur, aux journalistes, aux critiques culturels et aux éditeurs exclusivement intéressés par l’argent ou par des jeux de relations et ignorants de la beauté et de l’art. Le réalisateur profite d’ailleurs de quelques dialogues à double sens et jeux de mots bien tournés pour asséner quelques coups de griffe de-ci de-là à quelques figures de notre actualité médiatique (entre autres : les fake news, les canards enchaînés, le masque et la plume, …et même Macron se prend une petite allusion piquante).
Par dessus tout, j’ai beaucoup aimé les acteurs, qui incarnent les personnages de Balzac avec le naturel, l’énergie et le panache qu’il faut. De ce point de vue, Vincent Lacoste, dans le rôle d’Etienne Lousteau, m’a paru particulièrement brillant, retors et drôle mais Benjamin Voisin réussit très bien également à montrer l’insouciance naïve de Lucien de Rubempré et la plupart des autres rôles sont tout à fait crédibles – je pense aussi à Gérard Depardieu, excellent en Dauriat, l’éditeur cupide, sans scrupules et grand amateur d’ananas.
On pourrait bien sûr trouver des petits défauts de temps en temps, une voix-off qui pourrait être moins présente par exemple, ou des petits détails dans les dialogues qui sonnent un peu trop contemporains, mais ce serait vraiment chercher la petite bête et on ne peut pas s’arrêter à ça.
Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé ce film !

Madame de, de Max Ophuls

J’avais souvent entendu parler du cinéaste Max Ophuls (1902-1957) et il était grand temps que je découvre un de ses films. J’ai donc choisi de regarder l’une de ses œuvres les plus réputées, « Madame de » qui date de 1953, et dont le scénario est inspiré du roman éponyme de Louise de Vilmorin, publié deux ans plus tôt, en 1951.

Résumé du début de l’intrigue :

Louise (Danielle Darrieux), une riche comtesse, dépensière, frivole et coquette est l’épouse d’un général attaché au ministère de la Guerre (Charles Boyer). Pour rembourser ses dettes, elle revend en secret ses boucles d’oreilles en cœurs de diamants, auxquelles elle ne tient pas beaucoup, mais qui sont un cadeau de son mari, au bijoutier chez lequel il les avait achetées. Pour expliquer leur disparition, elle fait mine, quelques temps après, au cours d’une soirée à l’Opéra, de les avoir perdues. Le général les fait chercher partout et croyant qu’on les lui a volées, déclenche un petit scandale. Informé du prétendu vol par les journaux, le bijoutier gêné va trouver le général et lui révèle la vérité.
Le général rachète les boucles d’oreilles et les offre à sa maîtresse, en guise de cadeau de rupture. Arrivée à Constantinople, cette dernière, qui joue et perd beaucoup au casino, vend les boucles à son tour. De passage dans cette ville, un ambassadeur, le baron Donati, voit les cœurs en diamant dans la vitrine d’un marchand et les achète.
Nommé ambassadeur à Paris, le baron rencontre Louise sur un quai de gare, s’éprend d’elle, lui fait la cour (sans que cela émeuve le général, qui sait que sa femme est une coquette au sang froid). Amoureuse pour la première fois, et craignant de céder au baron Donati, Louise décide de fuir Paris pour un long voyage. (…)
(Source : moi et Wikipédia)

Mon humble Avis :

Je comprends que ce film soit considéré comme un chef d’œuvre car la mise en scène et la beauté des images sont tout à fait exceptionnelles. Au delà des décors et des costumes somptueux, on sent que chaque plan est savamment étudié, avec des imbrications de cadres dans des cadres (fenêtres, miroirs), des jeux de transparences à travers lesquels apparaissent les personnages (vitres, voilages, etc.), comme pour nous laisser comprendre que nous naviguons de mensonges en faux-semblants et que, sous les apparences d’une vie brillante, Louise est certainement moins vaine et moins frivole qu’on ne l’imagine au départ.
Au fur et à mesure de l’histoire, nous voyons en effet le personnage de Louise se métamorphoser : d’abord assez froide et dissimulée, d’une gaîté superficielle, préoccupée seulement de sa beauté et de son élégance, c’est-à-dire de sa propre personne, l’irruption d’un amour dans son cœur la bouleverse profondément et la fait tantôt se replier sur elle-même tantôt pleurer et se lamenter, elle en oublie même sa coquetterie et se plaint d’être devenue laide.
L’accès à l’amour et à la profondeur des sentiments semble vécu par elle comme une chose douloureuse et dangereuse, par une forme de fidélité à son mari que l’on a un peu de mal à comprendre, mais qui est peut-être plutôt une peur de ne plus s’appartenir.
Les relations qui unissent ce couple semblent assez étranges : le comte et la comtesse font chambre à part et ont, d’après lui, des liens de simple camaraderie qui ne l’empêchent pas, lui, d’avoir une maîtresse mais, parallèlement, il exige de la part de sa femme une fidélité parfaite et ne supporte pas de la savoir amoureuse d’un autre homme, au point de l’humilier et de la conduire au désespoir. En bref, il veut bien accepter de ne pas être aimé par sa femme, mais à la condition expresse qu’elle n’aime personne d’autre.
Le motif des boucles d’oreilles est intéressant car il symbolise tout au long de l’histoire les sentiments de Louise pour celui qui les lui a offertes : initialement, c’est un cadeau de son mari et elle n’hésite pas à s’en séparer sans aucun état d’âme, mais quand ces mêmes boucles d’oreilles lui reviennent plus tard comme cadeau de son amoureux, elle y attache soudain un prix énorme et est prête à tout sacrifier pour les garder.
Un grand classique du cinéma que je suis très contente d’avoir vu !

Je ne me souviens de rien, de Diane-Sara Bouzgarrou

affiche du film

Dans le cadre de mon Mois Thématique sur la maladie psychique, j’ai regardé ce moyen-métrage (59 minutes) de la réalisatrice Diane-Sara Bouzgarrou, dont j’avais entendu parler par mon ami le poète Denis Hamel, qui l’avait vu lors de sa sortie en salles en 2017 et qui l’avait beaucoup aimé.

Quatrième de Couverture du DVD (Présentation de la réalisatrice):

Décembre 2010 : la révolution éclate en Tunisie, le pays de mon père. Les cris de fureur du peuple tunisien rejoignent d’une étrange manière l’agitation intérieure qui grandit en moi depuis quelques semaines. Traversant au même moment un épisode maniaco-dépressif d’une grande intensité, je suis diagnostiquée bipolaire et entre en clinique psychiatrique. Au sortir de cette longue dépression, je n’ai presque aucun souvenir de ce moment de vie. Me restent des dizaines d’heures de rushes, des centaines de photos, deux carnets remplis d’écrits, de collages, de dessins, précieuses traces palliant à mon amnésie. Plus de quatre ans après, ces quelques mois de ma vie restent encore inaccessibles à ma mémoire. Le projet de ce film : la reconstituer et tenter de montrer la réalité de cette maladie.

Mon humble avis :

A partir de matériaux disparates, la réalisatrice se prend elle-même comme sujet d’étude et d’examen, et on voit à travers les diverses séquences comment elle perd peu à peu ses repères, avec des discours qui deviennent de plus en plus étranges, un peu outranciers, puis déconnectés de la réalité lorsqu’elle se retrouve en clinique psychiatrique. On voit aussi les réactions très calmes et raisonnables de ses proches et de sa famille, qui semblent à la fois inquiets pour elle mais prêts à la soutenir et, semble-t-il, toujours très présents pour la rassurer et l’écouter, comme son compagnon et ses parents. Au cours de sa maladie, la réalisatrice-héroïne semble traverser des épisodes de grande excitation euphorique, où elle trouve tout « magnifique » (les phases maniaques) mais elle connaît aussi l’abattement, l’angoisse et les pensées suicidaires dans ses phases de dépression. Les images sont par instants saccadées, heurtées, bousculées, et partent tantôt vers le plafond tantôt vers le sol comme pour nous montrer le déséquilibre intérieur de la réalisatrice et les chamboulements de son esprit. Indépendamment de l’image, de nombreux textes s’affichent sur fond noir, et je les ai beaucoup appréciés car ils donnent des points de vue éclairants et une prise de recul sur ce qui nous est montré, comme si les mots écrits constituaient une sorte de salut, quelque chose à quoi se raccrocher en dernier recours. La présence de collages, de dessins, de photos au sein du film complète l’autoportrait psychologique de la réalisatrice et multiplie les facettes et les points de vue.
Un très bon film, qui montre la maladie psychique dans sa réalité et dans son vécu quotidien, sans chercher à présenter la folie comme une chose horrifique ou repoussante, et sans non plus la présenter comme anodine ou banale, et donc, selon moi, avec un regard très juste et très humain !

The Last Hillbilly de Diane Sara Bouzgarrou et Thomas Jenkoe

Vers la mi-juin, J’ai eu la chance de voir ce film en salle – c’était mon premier retour au cinéma depuis l’automne 2020 – et son caractère poétique, puissant, et parfois même un peu étrange, m’a donné envie d’en parler ici.
Il s’agit d’un documentaire, donc sans intrigue réellement circonstanciée, mais, en même temps, la scission du film en trois parties clairement identifiées et titrées, nous oriente vers une progression temporelle et l’approfondissement de certains thèmes.

Note technique sur le film :

Durée : 1h20
Image par Thomas Jenkoe et Son par Diane-Sara Bouzgarrou
Genre : Documentaire
Langue : Anglais (américain) sous-titré français.

Les thèmes du film

Le mot « hillbilly » signifie « péquenaud des collines » et il désigne aux Etats-Unis les descendants des premiers pionniers américains, des paysans blancs et pauvres, ignorants, consanguins, racistes, électeurs de Trump, au mode de vie inconfortable et rustique, et qui cherchent à préserver leurs traditions ancestrales, avec un certain rejet de la technologie moderne et une grande connaissance de la nature sauvage. C’est en tout cas de cette manière que le personnage principal du film, Brian Ritchie, nous décrit ces hillbillies, dont il déplore avec une pointe de nostalgie d’être le dernier représentant. Cependant, nous ne tardons pas à nous apercevoir que ce personnage est très loin d’être l’abruti ignorant qu’il vient de nous dépeindre et qu’il est au contraire un poète sensible qui a certainement beaucoup lu et auquel la vie a octroyé une profonde sagesse mais aussi une mélancolie tenace.
Le thème principal du film me semble être cette méditation devant un monde sur le point de disparaître, un monde généralement jugé comme obsolète, et les attitudes possibles face à cette disparition : s’accrocher désespérément aux traditions et tenter de les faire perdurer le plus longtemps possible, tout en sachant que les jeunes générations ne prendront pas la relève car tout cela les ennuie ? Ou peut-être essayer de dégager une signification, une réflexion sur l’histoire et sur l’existence, comme le fait le personnage principal lorsqu’il essaye de s’adresser à ses enfants qui ne s’intéressent qu’à moitié à ses propos.

Mon humble Avis :

Le héros du film, Brian Ritchie, est un personnage attachant, dont la voix rauque, le visage marqué par les épreuves, le charisme et le regard pénétrant s’imposent à l’écran, de même que les silhouettes barbues et pittoresques des quelques amis qui l’entourent et avec qui il partage les travaux des champs et autres tâches rudes et viriles. Et, en effet, à part les deux ou trois petites filles ou préadolescentes de la famille, l’absence complète des femmes adultes ne peut que frapper le regard et a suscité chez moi des tas d’hypothèses : les mères, sœurs et, surtout, épouses ont-elles déserté ce monde austère et sans agrément pour une vie plus moderne et plus agréable ? On peut facilement le supposer, et cela renforce encore l’impression d’un monde finissant, en cours de délitement, et que la vie abandonne peu à peu.
Parmi les images qui m’ont particulièrement marquée, je citerai le dépoussiérage des trophées de chasse : des bustes de cerfs empaillés, accrochés aux murs de la maison, que les hommes manipulent soigneusement et tamponnent délicatement avec des chiffons, tout en se remémorant les dates lointaines où ils ont tué ces animaux. La scène a un côté grotesque et vaguement monstrueux, un peu surréaliste et ironique à la fois, que j’ai énormément apprécié. Et, en tant que symboles d’un passé que ces hommes voudraient ressusciter, ou du moins préserver, ces têtes de cerfs semblent à la fois tragiques, dérisoires et d’un goût douteux.
Un très beau film, riche de sens et de sentiments !

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Django d’Etienne Comar

affiche du film

Ce film était sorti en 2017 et il s’agit du premier film d’Etienne Comar (né en 1965), connu en particulier comme scénariste et producteur du film Des hommes et des Dieux (en 2010).

Présentation du début du Film :

Ce biopic du célèbre guitariste de jazz Django Reinhardt nous transporte en France, pendant la période de l’Occupation allemande : le grand musicien d’origine tzigane est alors la coqueluche du tout-Paris, ses concerts remportent d’énormes succès et même les officiers allemands aiment son swing et se pressent pour aller l’écouter. Il est d’ailleurs prévu que Django fasse bientôt une tournée dans l’Allemagne nazie, car il se préoccupe assez peu de politique et ne songe qu’à la musique. Mais une de ses anciennes connaissances, Louise de Klerk, une femme ambiguë et séduisante, le met en garde contre les nazis et leurs exactions racistes contre les juifs et les tziganes, dont il pourrait finir par être victime. (…)

Mon Avis :

C’est un film agréable, les images sont souvent belles, avec des éclairages tamisés et un peu brumeux, des couleurs chaudes et douces, qui vont bien avec les concerts de jazz et le côté trouble et incertain de cette période historique, marquée par le doute, la méfiance, la duplicité des caractères.
Le personnage de Django est d’abord insouciant, peu intéressé par les problèmes politiques, et l’idée de jouer pour les nazis ne le dérange pas du tout. Puis, petit à petit, il commence à se rendre compte du danger : la haine des nazis contre les tziganes se manifeste de plus en plus clairement et le célèbre musicien commence à prendre conscience de la réalité.
J’ai appris grâce à ce film que même la musique ne pouvait pas être jouée librement durant la période hitlérienne : des tas de normes et de règles arbitraires étaient édictées pour qu’on joue le plus lentement possible, en évitant certains rythmes et sans trop de swing, sous peine d’interdiction de représentation. Bien sûr, Django Reinhardt, montré comme un caractère libre, audacieux et courageux, ne pouvait pas se plier à ces diktats et les contournait à la première occasion.
Un biopic assez bien fait, où j’ai eu surtout beaucoup de plaisir à écouter la musique tantôt entraînante et tantôt émouvante de Django Reinhardt !

Cette chronique était mon dernier article pour Le Printemps des Artistes 2021, qui se termine aujourd’hui et dont vous aurez bientôt le Bilan !

Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy

affiche du film

J’ai vu ce grand classique du cinéma français pour la première fois de ma vie, il y a environ deux semaines, en DVD, et j’avais envie de partager ici mes impressions de spectatrice.

Première réflexion : C’est assurément un film à voir sur grand écran et je regrette un peu de l’avoir regardé sur mon écran d’ordinateur. Car les images sont spectaculaires, avec de nombreuses scènes de ballets en groupes, des mouvements tourbillonnants, des débauches de couleurs, du rythme.

Deuxième réflexion : Je n’ai jamais tellement apprécié la musique de Michel Legrand, l’air des « deux sœurs jumelles » m’horripile, et la chanson mièvre de Jacques Perrin pleurant sur son introuvable idéal féminin me laisse de marbre. Malgré cela, j’ai aimé la sonate de Solange et la chanson des forains, et dans l’ensemble la bande-son ne m’a pas trop déplu, avec parfois des accents jazziques sympathiques.

Troisième réflexion : J’ai trouvé jolie l’idée centrale du film, selon laquelle nous pouvons passer à côté du bonheur ou de l’amour au gré d’un hasard défavorable. Le destin nous interdit parfois d’être heureux pour une rencontre manquée de peu, pour un mot non prononcé ou un geste oublié, pour une petite coïncidence.

Quatrième réflexion : Le scenario ne cesse d’osciller entre gaité et tristesse et on a parfois l’impression que le cinéaste ne sait pas s’il va pencher clairement vers le sourire ou les larmes. Certains aspects comiques comme les jeux de mots ou les facéties autour de « Monsieur Dame » et « Madame Dame » ou « la perm à Nantes » ne m’ont pas tellement convaincue.

Cinquième réflexion : Dans ce film, les personnages jeunes (Catherine Deneuve, Françoise Dorléac et Jacques Perrin) sont tous en attente de belles choses ou de belles personnes, pleins de désirs et d’ambitions, et ne trouvent pas le moyen ou l’occasion de réaliser leurs idéaux. Les personnages plus âgés (Danielle Darrieux et Michel Piccoli) sont eux dans le regret et la nostalgie d’un passé qu’ils ont manqué. Le personnage de Gene Kelly semble avoir un rôle intermédiaire entre ces deux générations et fait le lien entre ces deux attitudes.

Sixième impression : Le film date de la fin des années 60, un peu avant 1968, et affiche une esthétique « pop » très acidulée qui fait penser aux pochettes de disques des Beatles ou à certaines images psychédéliques de l’époque. Cette gaité visuelle omniprésente a quelque chose d’artificiel, de factice, qui contraste avec les personnages mélancoliques et le scenario en demi-teinte. Vue d’aujourd’hui, cette esthétique peut paraître kitsch et démodée, ou au contraire pleine de charme et séduisante, selon les goûts et les points de vue.

Bref, un film que je suis contente d’avoir vu en tant que comédie musicale à la française, un film important dans son style, et certainement un modèle du genre, qui a pu influencer de nombreux réalisateurs par la suite !

J’ajoute que j’ai vu Les Demoiselles de Rochefort dans le cadre de mon défi Le Printemps des artistes. En effet, dans ce film les deux soeurs jumelles exercent les métiers de danseuse (pour la blonde) et de compositrice-professeure de solfège (pour la rousse) tandis que les chansons omniprésentes suffisent à justifier l’aspect très artistique de ce film.

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Jeune Fille, d’Anne Wiazemsky

couverture chez Folio

Dans le cadre de mon défi Du Printemps des artistes 2021, j’ai déjà parlé plusieurs fois de peinture et de musique mais il est temps maintenant d’accorder une petite place au Septième Art avec ce livre autobiographique d’Anne Wiazemsky, intitulé Jeune Fille, où elle relate principalement ses relations complexes et ambiguës avec le cinéaste Robert Bresson (1901-1999) pendant le tournage de son fameux film « Au hasard Balthazar » (1965) où la jeune fille faisait ses premiers pas d’actrice et découvrait ce monde du cinéma qui l’avait toujours fait rêver.

Petite Note sur l’autrice :
Anne Wiazemsky (1947-2017) est une écrivaine, comédienne et réalisatrice française. Petite fille de l’écrivain catholique François Mauriac, elle est découverte à seulement 18 ans par le cinéaste Robert Bresson qui l’engage pour le rôle principal d’ Au hasard Balthazar. Elle a été l’épouse de Jean-Luc Godard de 1967 à 1970, qui l’a fait tourner dans plusieurs films, en particulier La Chinoise. Elle joue aussi dans des films de Marco Ferreri, de Michel Deville, de Philippe Garrel, etc. Mais aussi dans des films de Pasolini comme Théorème.

Présentation du début de ce Livre :

Par une connaissance commune, la jeune Anne Wiazemsky est amenée à rencontrer Robert Bresson, le célèbre cinéaste de « Pickpocket », qui cherche justement une jeune fille pour jouer le rôle principal de son prochain film. Très intimidée et mal dans sa peau, la jeune fille fait néanmoins quelques essais car elle rêve de faire du cinéma, comme beaucoup de filles de son âge. Robert Bresson se montre extrêmement aimable avec elle mais ne lui promet rien de précis. Il semble hésiter à l’engager et lui fait passer de nouveaux essais, tout en gardant vis-à-vis d’elle une attitude équivoque et séductrice. Mais, parallèlement, la famille d’Anne Wiazemsky, et particulièrement son grand-père, François Mauriac, se demandent s’ils doivent lui permettre de faire du cinéma, qui semble être un milieu dangereux pour une jeune fille, une mineure qui va encore au lycée et qui devra bientôt passer son Bac. En même temps, ne serait-ce pas odieux de lui interdire une expérience aussi merveilleuse et exaltante ? (…)

Mon humble Avis :

Ce livre entremêle plusieurs thèmes intéressants, qui se suivent avec plaisir.
On se trouve en premier lieu devant un portrait très saisissant de Robert Bresson, charmeur et manipulateur à souhait, qui se montre extrêmement possessif et autoritaire quand Anne Wiazemsky cherche à échapper à son emprise, et qui fait parfois preuve d’une brutalité révoltante, mais qui ne perd au fond jamais de vue son but unique : réussir son film et mettre ses acteurs dans les meilleures dispositions possibles pour jouer comme il faut.
Deuxième thème : nous assistons à la transformation d’une petite lycéenne complexée et timorée en jeune femme émancipée et libre de ses choix. On se dit que, par esprit de contradiction et de révolte, l’influence abusive et étouffante de Robert Bresson aura agi sur Anne Wiazemsky de manière libératrice. La longue période du tournage du film, loin de sa famille, correspond pour elle au passage à l’âge adulte, la naissance de sa vocation d’actrice, la rencontre de son premier amant, la brutale incompréhension entre sa mère et elle.
Troisième thème : Nous avons avec ce livre un document intéressant sur le tournage d’Au hasard Balthazar et les méthodes de travail de Robert Bresson, ses exigences particulières vis-à-vis de ses différents acteurs et actrices, sa manière d’agir avec le fameux âne qui tenait le rôle titre et qui n’était pas du tout coopératif, la façon dont les acteurs et techniciens pouvaient s’entendre ou se chamailler, les aléas météorologiques qui ont perturbé les scènes, les questions de financement et de production sont même un peu abordés par Anne Wiazemsky, qui visiblement n’a pas perdu une miette des divers aspects du tournage.
C’est donc un livre agréable et instructif, à l’écriture fluide et simple, non dénué d’un certain narcissisme (l’autrice aime se présenter sous un jour flatteur), mais où les amateurs de cinéma trouveront certainement de quoi alimenter leurs connaissances et nourrir leur curiosité.

Un Extrait page 25 :

Je dus lire et relire la même scène des Anges du péché. Les indications claquaient, brèves et sèches : « Pas de sentiment », « Plus vite », « Encore plus vite », « Ne pensez à rien ». L’homme assis en face de moi ne me lâchait pas des yeux. Il me donnait la réplique comme on joue au ping-pong, avec un automatisme parfaitement rodé. Je croyais en avoir fini ? Non, il fallait reprendre. Nos respirations s’étaient vite accordées. Laquelle s’était adaptée au rythme de l’autre ? Peu importait. Ce qui comptait, c’était la relative facilité avec laquelle je me pliais à ses directives, hypnotisée par le débit monotone de sa voix, la puissance de son regard, le silence autour de nous. A croire que Florence s’était volatilisée et qu’il n’y avait plus aucune vie dans l’immeuble, sur les quais, dans l’île Saint-Louis.
– Je ne sais pas de devinette, mais je sais une énigme. Vaut-il mieux avoir de la poussière sur ses meubles ou sur son âme ?
– D’où vient cette question ?
– Mère Saint-Jean…
– Assez.

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Marius et Jeannette de Robert Guédiguian

affiche du film

Film de 1997 que je n’avais pas vu jusqu’à présent, Marius et Jeannette avait rencontré un important succès à sa sortie, aussi bien parmi le public que chez les critiques.

Au vu du titre et connaissant l’engagement socio-politique de Robert Guédiguian, je m’attendais à un genre de « Roméo et Juliette » chez les ouvriers marseillais, et ce n’est pas tout à fait le cas car on est ici très loin de Shakespeare et qu’il n’y a ni Capulet ni Montaigu – par contre le monde ouvrier est très présent : Jeannette (Ariane Ascaride) est d’abord caissière de supermarché avant de devenir chômeuse parce qu’elle a critiqué ses conditions de travail lamentables avec une virulence qui n’était pas du goût de son chef. Marius (Gérard Meylan) est le gardien bourru et taciturne d’une vieille cimenterie désaffectée et promise à une prochaine démolition. Jeannette est dotée d’un tempérament explosif et combattif, Marius traine sa jambe handicapée dans la solitude du chantier avec un air accablé et résigné. Rapidement, ces deux quadragénaires blessés par la vie se rencontrent, se chamaillent et s’apprivoisent. Marius passe de plus en plus de temps chez Jeannette et rencontre ses deux enfants et ses deux couples de voisins pittoresques, extravertis et amicaux.

Mon Avis :

Le film aborde (ou se contente d’effleurer) des sujets multiples et variés : politique, lutte sociale, différences entre les riches et les pauvres, existence et nature de Dieu, religions, fabrication de l’aïoli, sexe et amour, éducation des enfants, désir ou non d’ascension sociale, monde du travail, l’absence de bonheur en URSS, pauvreté, chômage, communication dans le couple, pourquoi les pauvres votent pour le Front National, qu’est-ce qui doit faire partie du patrimoine mondial de l’Humanité, et beaucoup d’autres questions qui sont prétexte à de nombreux bavardages à bâtons rompus mais, précisément, ces bavardages m’ont un peu fatiguée et le scenario paraissait souvent en panne, la situation n’avançait pas, et les personnages n’évoluaient pas non plus et se contentaient de discuter et de rire.
Jeannette se retrouve au chômage mais il est à peine fait allusion une fois à sa recherche de travail et elle ne parle jamais de ce sujet, faisant comme si ce n’était pas du tout un problème et que ça ne changeait rien à son existence ou à ses préoccupations.
Bref, il m’a semblé que le scenario était assez décousu, un peu vide, pas très fouillé, avec des ellipses gênantes.
Certaines scènes sont belles et touchantes, mais il manque à mon avis une histoire forte et solide pour souder les éléments entre eux.
Nous nous doutons pendant une grande partie du film que Marius cache un passé particulièrement douloureux, voire un drame, que son silence têtu rend palpable, et de ce point de vue la fin du film est réussie et répond à nos attentes de spectateurs compatissants et curieux.
Les personnages secondaires des deux couples de voisins ne m’ont pas fascinée, même si leur jeu d’acteurs est tout à fait excellent, mais je ne suis pas convaincue par la nécessité de leurs rôles mi comiques mi réflexifs.

Un film correct, honnête, mais qui ne m’a pas enthousiasmée et que je crains d’oublier assez vite !

Ma Nuit chez Maud, d’Eric Rohmer

affiche du film

Ce film sorti en 1969 est supposé être le grand chef d’œuvre d’Eric Rohmer. Je ne l’avais pas vu jusqu’à présent et je me faisais une joie de le découvrir car j’aime bien ce réalisateur, dont je connaissais déjà plusieurs œuvres d’époques diverses.

Je n’ai pas été déçue par « Ma Nuit chez Maud » mais j’ai compris, dans une certaine mesure, les critiques qui ont pu lui être adressées, aussi bien à l’époque de sa sortie que de nos jours, c’est-à-dire le reproche d’être trop intellectuel, d’accumuler les dissertations philosophiques d’une manière artificielle et prétentieuse, en décortiquant les Pensées de Pascal, les concepts abstraits, et les notions de jansénisme, de jésuitisme, de croyances religieuses, de choix moral et de principes de fidélité.
Pour ma part, je trouve que ce film pose des  questions intéressantes, non seulement par ce qui est dit explicitement mais aussi et surtout par ce qui est montré et suggéré à travers les relations des personnages les uns avec les autres.

Commençons par une brève présentation du début de l’histoire et des personnages :

Le personnage joué par Jean-Louis Trintignant est un prof de mathématiques de 34 ans, catholique pratiquant, qui a repéré un dimanche à la messe une jeune blonde (jouée par Marie-Christine Barrault, âgée d’une vingtaine d’années) dont il a décidé, avant même de lui avoir adressé la parole, qu’elle deviendrait sa femme. Quand elle sort de l’église, elle rentre chez elle en vélo et Jean-Louis essaye de la suivre en voiture à travers la ville (Clermont-Ferrand) et dans cette course poursuite relativement lente on se demande où cet homme veut en venir exactement et s’il n’est pas un peu inquiétant. Nos craintes se dissipent lorsqu’il rencontre par hasard un ancien camarade de lycée, Vidal, perdu de vue depuis 14 ans, avec qui il exprime des convictions catholiques tandis que Vidal est un ancien communiste, donc athée. Ils parlent du Pari de Pascal, de la notion d’espérance mathématique, du besoin de parier sur des perspectives d’avenir exaltantes même si elles sont très peu probables. Vidal invite Jean-Louis le soir même chez son amie Maud (la belle Françoise Fabian), qu’il présente comme une pédiatre divorcée et athée, franc-maçonne, et cette rencontre va mettre à l’épreuve les principes moraux de Jean-Louis. Maud va être la perturbatrice qui cherchera à détourner Jean-Louis de ses principes de fidélité envers celle qu’il a décidé d’épouser et qui ne le connaît pas encore. Dilemme pour lui, donc, mais il n’est pas du style à se tourmenter pour si peu.

 

Mon humble Avis :

 

« Ma Nuit chez Maud » m’a paru peu clair dans ses intentions, et il peut prêter à de multiples interprétations et lectures différentes, voire opposées, selon le point de vue où l’on se place et les croyances qu’on a. Ce n’est d’ailleurs pas forcément un défaut, et je dirais même que cette ambiguïté du propos et des personnages contribue à la richesse, à l’intelligence et à la profondeur de ce film.
Je vous livrerai donc mon interprétation très subjective de cette histoire dont le principal ressort est d’opposer deux conceptions de la vie : celle de deux catholiques face à celle de deux athées, une opposition qui trouve son point culminant lorsque Jean-Louis est plus ou moins obligé de passer la nuit chez Maud – sous le prétexte commode d’une neige abondante et tenace, mais où l’on sent plutôt l’attirance des deux personnages l’un pour l’autre et surtout les atermoiements de Jean-Louis qui joue un rôle d’effarouché assez comique (il feint de vouloir dormir sur un fauteuil, s’enroule dans plusieurs couches d’édredons, prend des airs de sainte-nitouche offensée), tout ça pour se retrouver naturellement dans le lit de Maud quelques minutes plus tard, alors qu’il en avait probablement l’envie et l’intention dès le début.
Lecture de cette scène par un catholique : Maud est une athée, divorcée, aux mœurs très libres, et ça l’amuse de jouer les tentatrices avec un célibataire catholique un peu coincé. Elle essaye de le faire dévier de ses principes de fidélité et de morale en le séduisant. Et ce pauvre Jean-Louis, après un combat intérieur pas trop long (la chair est faible), cède devant tant de séductions. Mais il reviendra vite dans le droit chemin et retournera à ses premières intentions de mariage à l’église avec une jeune catholique bon teint pour fonder une famille heureuse où la morale sera sauve.

Lecture de cette scène par un athée : Jean-Louis affiche un catholicisme de façade mais n’est-il pas un peu hypocrite et comédien ? Quand il se drape dans son édredon, il se joue à lui-même la comédie de la vertu outragée mais c’est un peu de la tartufferie et il sait très bien qu’il finira dans le lit de Maud. Ce n’est pas un personnage honnête avec lui-même. D’ailleurs, il ment aussi à Maud en prétendant à plusieurs reprises n’avoir aucune femme dans sa vie et ne pas connaître de jeune fille blonde, alors qu’il poursuivait la jeune et blonde Françoise en voiture quelques heures plus tôt, la reluquait à la messe et se promettait d’en faire sa femme. Ne souhaite-t-il pas profiter de rencontrer Maud, cette femme belle, libre et solitaire, pour vivre une petite aventure sans lendemain et faire quelques entorses à ses grandes déclarations de principe ? Quant à Maud, elle raconte longuement à Jean-Louis les détails de son passé, et le traite comme un véritable confident, avec une grande confiance, et elle montre certainement une plus grande honnêteté et une plus grande fidélité à elle-même que son amant d’un jour.
Donc où est la morale ? Sûrement du côté de Maud, du côté de la liberté.

Un film vraiment passionnant, qui pose énormément de questions, et qu’on peut revoir plusieurs fois avec profit.

Je vous souhaite à tous une très Belle Année 2021 ! Avec plus de culture, plus de chaleur humaine et d’amitié, plus de choses essentielles pour l’esprit et une santé florissante pour vous et vos proches !
Meilleurs vœux !