Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy

affiche du film

J’ai vu ce grand classique du cinéma français pour la première fois de ma vie, il y a environ deux semaines, en DVD, et j’avais envie de partager ici mes impressions de spectatrice.

Première réflexion : C’est assurément un film à voir sur grand écran et je regrette un peu de l’avoir regardé sur mon écran d’ordinateur. Car les images sont spectaculaires, avec de nombreuses scènes de ballets en groupes, des mouvements tourbillonnants, des débauches de couleurs, du rythme.

Deuxième réflexion : Je n’ai jamais tellement apprécié la musique de Michel Legrand, l’air des « deux sœurs jumelles » m’horripile, et la chanson mièvre de Jacques Perrin pleurant sur son introuvable idéal féminin me laisse de marbre. Malgré cela, j’ai aimé la sonate de Solange et la chanson des forains, et dans l’ensemble la bande-son ne m’a pas trop déplu, avec parfois des accents jazziques sympathiques.

Troisième réflexion : J’ai trouvé jolie l’idée centrale du film, selon laquelle nous pouvons passer à côté du bonheur ou de l’amour au gré d’un hasard défavorable. Le destin nous interdit parfois d’être heureux pour une rencontre manquée de peu, pour un mot non prononcé ou un geste oublié, pour une petite coïncidence.

Quatrième réflexion : Le scenario ne cesse d’osciller entre gaité et tristesse et on a parfois l’impression que le cinéaste ne sait pas s’il va pencher clairement vers le sourire ou les larmes. Certains aspects comiques comme les jeux de mots ou les facéties autour de « Monsieur Dame » et « Madame Dame » ou « la perm à Nantes » ne m’ont pas tellement convaincue.

Cinquième réflexion : Dans ce film, les personnages jeunes (Catherine Deneuve, Françoise Dorléac et Jacques Perrin) sont tous en attente de belles choses ou de belles personnes, pleins de désirs et d’ambitions, et ne trouvent pas le moyen ou l’occasion de réaliser leurs idéaux. Les personnages plus âgés (Danielle Darrieux et Michel Piccoli) sont eux dans le regret et la nostalgie d’un passé qu’ils ont manqué. Le personnage de Gene Kelly semble avoir un rôle intermédiaire entre ces deux générations et fait le lien entre ces deux attitudes.

Sixième impression : Le film date de la fin des années 60, un peu avant 1968, et affiche une esthétique « pop » très acidulée qui fait penser aux pochettes de disques des Beatles ou à certaines images psychédéliques de l’époque. Cette gaité visuelle omniprésente a quelque chose d’artificiel, de factice, qui contraste avec les personnages mélancoliques et le scenario en demi-teinte. Vue d’aujourd’hui, cette esthétique peut paraître kitsch et démodée, ou au contraire pleine de charme et séduisante, selon les goûts et les points de vue.

Bref, un film que je suis contente d’avoir vu en tant que comédie musicale à la française, un film important dans son style, et certainement un modèle du genre, qui a pu influencer de nombreux réalisateurs par la suite !

J’ajoute que j’ai vu Les Demoiselles de Rochefort dans le cadre de mon défi Le Printemps des artistes. En effet, dans ce film les deux soeurs jumelles exercent les métiers de danseuse (pour la blonde) et de compositrice-professeure de solfège (pour la rousse) tandis que les chansons omniprésentes suffisent à justifier l’aspect très artistique de ce film.

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Jeune Fille, d’Anne Wiazemsky

couverture chez Folio

Dans le cadre de mon défi Du Printemps des artistes 2021, j’ai déjà parlé plusieurs fois de peinture et de musique mais il est temps maintenant d’accorder une petite place au Septième Art avec ce livre autobiographique d’Anne Wiazemsky, intitulé Jeune Fille, où elle relate principalement ses relations complexes et ambiguës avec le cinéaste Robert Bresson (1901-1999) pendant le tournage de son fameux film « Au hasard Balthazar » (1965) où la jeune fille faisait ses premiers pas d’actrice et découvrait ce monde du cinéma qui l’avait toujours fait rêver.

Petite Note sur l’autrice :
Anne Wiazemsky (1947-2017) est une écrivaine, comédienne et réalisatrice française. Petite fille de l’écrivain catholique François Mauriac, elle est découverte à seulement 18 ans par le cinéaste Robert Bresson qui l’engage pour le rôle principal d’ Au hasard Balthazar. Elle a été l’épouse de Jean-Luc Godard de 1967 à 1970, qui l’a fait tourner dans plusieurs films, en particulier La Chinoise. Elle joue aussi dans des films de Marco Ferreri, de Michel Deville, de Philippe Garrel, etc. Mais aussi dans des films de Pasolini comme Théorème.

Présentation du début de ce Livre :

Par une connaissance commune, la jeune Anne Wiazemsky est amenée à rencontrer Robert Bresson, le célèbre cinéaste de « Pickpocket », qui cherche justement une jeune fille pour jouer le rôle principal de son prochain film. Très intimidée et mal dans sa peau, la jeune fille fait néanmoins quelques essais car elle rêve de faire du cinéma, comme beaucoup de filles de son âge. Robert Bresson se montre extrêmement aimable avec elle mais ne lui promet rien de précis. Il semble hésiter à l’engager et lui fait passer de nouveaux essais, tout en gardant vis-à-vis d’elle une attitude équivoque et séductrice. Mais, parallèlement, la famille d’Anne Wiazemsky, et particulièrement son grand-père, François Mauriac, se demandent s’ils doivent lui permettre de faire du cinéma, qui semble être un milieu dangereux pour une jeune fille, une mineure qui va encore au lycée et qui devra bientôt passer son Bac. En même temps, ne serait-ce pas odieux de lui interdire une expérience aussi merveilleuse et exaltante ? (…)

Mon humble Avis :

Ce livre entremêle plusieurs thèmes intéressants, qui se suivent avec plaisir.
On se trouve en premier lieu devant un portrait très saisissant de Robert Bresson, charmeur et manipulateur à souhait, qui se montre extrêmement possessif et autoritaire quand Anne Wiazemsky cherche à échapper à son emprise, et qui fait parfois preuve d’une brutalité révoltante, mais qui ne perd au fond jamais de vue son but unique : réussir son film et mettre ses acteurs dans les meilleures dispositions possibles pour jouer comme il faut.
Deuxième thème : nous assistons à la transformation d’une petite lycéenne complexée et timorée en jeune femme émancipée et libre de ses choix. On se dit que, par esprit de contradiction et de révolte, l’influence abusive et étouffante de Robert Bresson aura agi sur Anne Wiazemsky de manière libératrice. La longue période du tournage du film, loin de sa famille, correspond pour elle au passage à l’âge adulte, la naissance de sa vocation d’actrice, la rencontre de son premier amant, la brutale incompréhension entre sa mère et elle.
Troisième thème : Nous avons avec ce livre un document intéressant sur le tournage d’Au hasard Balthazar et les méthodes de travail de Robert Bresson, ses exigences particulières vis-à-vis de ses différents acteurs et actrices, sa manière d’agir avec le fameux âne qui tenait le rôle titre et qui n’était pas du tout coopératif, la façon dont les acteurs et techniciens pouvaient s’entendre ou se chamailler, les aléas météorologiques qui ont perturbé les scènes, les questions de financement et de production sont même un peu abordés par Anne Wiazemsky, qui visiblement n’a pas perdu une miette des divers aspects du tournage.
C’est donc un livre agréable et instructif, à l’écriture fluide et simple, non dénué d’un certain narcissisme (l’autrice aime se présenter sous un jour flatteur), mais où les amateurs de cinéma trouveront certainement de quoi alimenter leurs connaissances et nourrir leur curiosité.

Un Extrait page 25 :

Je dus lire et relire la même scène des Anges du péché. Les indications claquaient, brèves et sèches : « Pas de sentiment », « Plus vite », « Encore plus vite », « Ne pensez à rien ». L’homme assis en face de moi ne me lâchait pas des yeux. Il me donnait la réplique comme on joue au ping-pong, avec un automatisme parfaitement rodé. Je croyais en avoir fini ? Non, il fallait reprendre. Nos respirations s’étaient vite accordées. Laquelle s’était adaptée au rythme de l’autre ? Peu importait. Ce qui comptait, c’était la relative facilité avec laquelle je me pliais à ses directives, hypnotisée par le débit monotone de sa voix, la puissance de son regard, le silence autour de nous. A croire que Florence s’était volatilisée et qu’il n’y avait plus aucune vie dans l’immeuble, sur les quais, dans l’île Saint-Louis.
– Je ne sais pas de devinette, mais je sais une énigme. Vaut-il mieux avoir de la poussière sur ses meubles ou sur son âme ?
– D’où vient cette question ?
– Mère Saint-Jean…
– Assez.

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Marius et Jeannette de Robert Guédiguian

affiche du film

Film de 1997 que je n’avais pas vu jusqu’à présent, Marius et Jeannette avait rencontré un important succès à sa sortie, aussi bien parmi le public que chez les critiques.

Au vu du titre et connaissant l’engagement socio-politique de Robert Guédiguian, je m’attendais à un genre de « Roméo et Juliette » chez les ouvriers marseillais, et ce n’est pas tout à fait le cas car on est ici très loin de Shakespeare et qu’il n’y a ni Capulet ni Montaigu – par contre le monde ouvrier est très présent : Jeannette (Ariane Ascaride) est d’abord caissière de supermarché avant de devenir chômeuse parce qu’elle a critiqué ses conditions de travail lamentables avec une virulence qui n’était pas du goût de son chef. Marius (Gérard Meylan) est le gardien bourru et taciturne d’une vieille cimenterie désaffectée et promise à une prochaine démolition. Jeannette est dotée d’un tempérament explosif et combattif, Marius traine sa jambe handicapée dans la solitude du chantier avec un air accablé et résigné. Rapidement, ces deux quadragénaires blessés par la vie se rencontrent, se chamaillent et s’apprivoisent. Marius passe de plus en plus de temps chez Jeannette et rencontre ses deux enfants et ses deux couples de voisins pittoresques, extravertis et amicaux.

Mon Avis :

Le film aborde (ou se contente d’effleurer) des sujets multiples et variés : politique, lutte sociale, différences entre les riches et les pauvres, existence et nature de Dieu, religions, fabrication de l’aïoli, sexe et amour, éducation des enfants, désir ou non d’ascension sociale, monde du travail, l’absence de bonheur en URSS, pauvreté, chômage, communication dans le couple, pourquoi les pauvres votent pour le Front National, qu’est-ce qui doit faire partie du patrimoine mondial de l’Humanité, et beaucoup d’autres questions qui sont prétexte à de nombreux bavardages à bâtons rompus mais, précisément, ces bavardages m’ont un peu fatiguée et le scenario paraissait souvent en panne, la situation n’avançait pas, et les personnages n’évoluaient pas non plus et se contentaient de discuter et de rire.
Jeannette se retrouve au chômage mais il est à peine fait allusion une fois à sa recherche de travail et elle ne parle jamais de ce sujet, faisant comme si ce n’était pas du tout un problème et que ça ne changeait rien à son existence ou à ses préoccupations.
Bref, il m’a semblé que le scenario était assez décousu, un peu vide, pas très fouillé, avec des ellipses gênantes.
Certaines scènes sont belles et touchantes, mais il manque à mon avis une histoire forte et solide pour souder les éléments entre eux.
Nous nous doutons pendant une grande partie du film que Marius cache un passé particulièrement douloureux, voire un drame, que son silence têtu rend palpable, et de ce point de vue la fin du film est réussie et répond à nos attentes de spectateurs compatissants et curieux.
Les personnages secondaires des deux couples de voisins ne m’ont pas fascinée, même si leur jeu d’acteurs est tout à fait excellent, mais je ne suis pas convaincue par la nécessité de leurs rôles mi comiques mi réflexifs.

Un film correct, honnête, mais qui ne m’a pas enthousiasmée et que je crains d’oublier assez vite !

Ma Nuit chez Maud, d’Eric Rohmer

affiche du film

Ce film sorti en 1969 est supposé être le grand chef d’œuvre d’Eric Rohmer. Je ne l’avais pas vu jusqu’à présent et je me faisais une joie de le découvrir car j’aime bien ce réalisateur, dont je connaissais déjà plusieurs œuvres d’époques diverses.

Je n’ai pas été déçue par « Ma Nuit chez Maud » mais j’ai compris, dans une certaine mesure, les critiques qui ont pu lui être adressées, aussi bien à l’époque de sa sortie que de nos jours, c’est-à-dire le reproche d’être trop intellectuel, d’accumuler les dissertations philosophiques d’une manière artificielle et prétentieuse, en décortiquant les Pensées de Pascal, les concepts abstraits, et les notions de jansénisme, de jésuitisme, de croyances religieuses, de choix moral et de principes de fidélité.
Pour ma part, je trouve que ce film pose des  questions intéressantes, non seulement par ce qui est dit explicitement mais aussi et surtout par ce qui est montré et suggéré à travers les relations des personnages les uns avec les autres.

Commençons par une brève présentation du début de l’histoire et des personnages :

Le personnage joué par Jean-Louis Trintignant est un prof de mathématiques de 34 ans, catholique pratiquant, qui a repéré un dimanche à la messe une jeune blonde (jouée par Marie-Christine Barrault, âgée d’une vingtaine d’années) dont il a décidé, avant même de lui avoir adressé la parole, qu’elle deviendrait sa femme. Quand elle sort de l’église, elle rentre chez elle en vélo et Jean-Louis essaye de la suivre en voiture à travers la ville (Clermont-Ferrand) et dans cette course poursuite relativement lente on se demande où cet homme veut en venir exactement et s’il n’est pas un peu inquiétant. Nos craintes se dissipent lorsqu’il rencontre par hasard un ancien camarade de lycée, Vidal, perdu de vue depuis 14 ans, avec qui il exprime des convictions catholiques tandis que Vidal est un ancien communiste, donc athée. Ils parlent du Pari de Pascal, de la notion d’espérance mathématique, du besoin de parier sur des perspectives d’avenir exaltantes même si elles sont très peu probables. Vidal invite Jean-Louis le soir même chez son amie Maud (la belle Françoise Fabian), qu’il présente comme une pédiatre divorcée et athée, franc-maçonne, et cette rencontre va mettre à l’épreuve les principes moraux de Jean-Louis. Maud va être la perturbatrice qui cherchera à détourner Jean-Louis de ses principes de fidélité envers celle qu’il a décidé d’épouser et qui ne le connaît pas encore. Dilemme pour lui, donc, mais il n’est pas du style à se tourmenter pour si peu.

 

Mon humble Avis :

 

« Ma Nuit chez Maud » m’a paru peu clair dans ses intentions, et il peut prêter à de multiples interprétations et lectures différentes, voire opposées, selon le point de vue où l’on se place et les croyances qu’on a. Ce n’est d’ailleurs pas forcément un défaut, et je dirais même que cette ambiguïté du propos et des personnages contribue à la richesse, à l’intelligence et à la profondeur de ce film.
Je vous livrerai donc mon interprétation très subjective de cette histoire dont le principal ressort est d’opposer deux conceptions de la vie : celle de deux catholiques face à celle de deux athées, une opposition qui trouve son point culminant lorsque Jean-Louis est plus ou moins obligé de passer la nuit chez Maud – sous le prétexte commode d’une neige abondante et tenace, mais où l’on sent plutôt l’attirance des deux personnages l’un pour l’autre et surtout les atermoiements de Jean-Louis qui joue un rôle d’effarouché assez comique (il feint de vouloir dormir sur un fauteuil, s’enroule dans plusieurs couches d’édredons, prend des airs de sainte-nitouche offensée), tout ça pour se retrouver naturellement dans le lit de Maud quelques minutes plus tard, alors qu’il en avait probablement l’envie et l’intention dès le début.
Lecture de cette scène par un catholique : Maud est une athée, divorcée, aux mœurs très libres, et ça l’amuse de jouer les tentatrices avec un célibataire catholique un peu coincé. Elle essaye de le faire dévier de ses principes de fidélité et de morale en le séduisant. Et ce pauvre Jean-Louis, après un combat intérieur pas trop long (la chair est faible), cède devant tant de séductions. Mais il reviendra vite dans le droit chemin et retournera à ses premières intentions de mariage à l’église avec une jeune catholique bon teint pour fonder une famille heureuse où la morale sera sauve.

Lecture de cette scène par un athée : Jean-Louis affiche un catholicisme de façade mais n’est-il pas un peu hypocrite et comédien ? Quand il se drape dans son édredon, il se joue à lui-même la comédie de la vertu outragée mais c’est un peu de la tartufferie et il sait très bien qu’il finira dans le lit de Maud. Ce n’est pas un personnage honnête avec lui-même. D’ailleurs, il ment aussi à Maud en prétendant à plusieurs reprises n’avoir aucune femme dans sa vie et ne pas connaître de jeune fille blonde, alors qu’il poursuivait la jeune et blonde Françoise en voiture quelques heures plus tôt, la reluquait à la messe et se promettait d’en faire sa femme. Ne souhaite-t-il pas profiter de rencontrer Maud, cette femme belle, libre et solitaire, pour vivre une petite aventure sans lendemain et faire quelques entorses à ses grandes déclarations de principe ? Quant à Maud, elle raconte longuement à Jean-Louis les détails de son passé, et le traite comme un véritable confident, avec une grande confiance, et elle montre certainement une plus grande honnêteté et une plus grande fidélité à elle-même que son amant d’un jour.
Donc où est la morale ? Sûrement du côté de Maud, du côté de la liberté.

Un film vraiment passionnant, qui pose énormément de questions, et qu’on peut revoir plusieurs fois avec profit.

Je vous souhaite à tous une très Belle Année 2021 ! Avec plus de culture, plus de chaleur humaine et d’amitié, plus de choses essentielles pour l’esprit et une santé florissante pour vous et vos proches !
Meilleurs vœux !

Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait, d’Emmanuel Mouret

affiche du film

J’aime bien Emmanuel Mouret et j’ai eu très envie de découvrir son dernier opus : Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, sorti en salles en septembre 2020.
Je connaissais déjà le style de ses films, basés sur l’exploration du sentiment amoureux et, surtout, sur l’infidélité et les problèmes moraux que ça peut entraîner, jalousies, culpabilités, rivalités, trompeurs trompés, pieux mensonges et omissions embarrassées.
On retrouve tout cela dans ce film d’Emmanuel Mouret, mais en quantité excessive et quasiment jusqu’à saturation.

Evoquons d’abord la trame principale de cette histoire extrêmement compliquée, pour ne pas dire un peu difficile à suivre :

Maxime (Niels Schneider) est un jeune homme qui veut devenir romancier mais qui se cherche. Il va passer quelques jours dans le Sud de la France, chez son cousin François (Vincent Macaigne) et la femme de celui-ci, Daphné (Camélia Jordana), que Maxime ne connait pas encore et qui est enceinte de trois mois. Comme par hasard, le cousin est absent pour des motifs professionnels et Maxime se retrouve donc quelques jours en tête à tête avec Daphné. Pour briser la glace et faire connaissance, ils n’imaginent rien de mieux que de se raconter leurs histoires d’amour passées, chacun à son tour va donc développer de multiples histoires de couples et d’infidélités qui s’entrecroisent et se recoupent. Leurs récits à l’un et à l’autre constituent le propos du film.

Mon humble avis :

Pendant les heures qui ont suivi mon visionnage de ce film, je cherchais une explication à son titre, qui me paraissait pour le moins obscur. Quelles sont donc ces choses qu’on dit et qu’on ne fait pas (ou vice versa) ? Au début de ma réflexion, il me semblait au contraire que les personnages étaient très transparents, racontant leurs amours, leurs trahisons et leurs infidélités avec une franchise étonnante, même à une personne qu’ils ne connaissaient pas du tout. Et puis il m’a ensuite semblé que les personnages parlaient beaucoup d’amour, de sentiments, d’épineux problèmes de conscience alors que, dans les faits, il n’était jamais question entre eux que de désirs physiques à assouvir au plus vite. Ce sont en fait des purs jouisseurs qui se donnent des airs romantiques et une façade sentimentale pour justifier à leurs yeux et aux yeux des autres leurs coups de canifs réitérés dans leurs relations de couple.
Autour du thème central et unique de l’adultère, Emmanuel Mouret développe toute une suite de variations et de figures possibles, où le trompeur devient le trompé, où les femmes délaissées se changent en séductrices puis en maîtresses, ou le bon copain qui tient la chandelle devient l’heureux amant puis l’humilié, etc.
J’ai parfois ressenti une certaine lassitude devant l’accumulation des figures amoureuses, comme devant des géométries un peu trop symétriques et un chouïa invraisemblables.
L’utilisation de la musique romantique (Chopin, Schubert, Satie, Debussy, et Samuel Barber en guise de cerise sur le gâteau) à un volume sonore puissant, destinée à surligner lourdement les moments d’émotions et de pathos et les yeux larmoyants de Camélia Jordana, m’ont paru assez destructeurs d’émotions et pour tout dire ratés.
Sinon, j’ai bien aimé les décors très raffinés (coins de nature, architectures, exposition de minéraux, appartements parisiens luxueux, etc.) et les images sont souvent très belles, la lumière, les ombres, les corps de femmes joliment mis en valeur.
Un film que j’ai trouvé plutôt agréable au moment où je le voyais mais qui, en y repensant plus tard, ne laisse pas un souvenir très convaincant.
J’avais trouvé Mademoiselle de Joncquières, du même réalisateur, beaucoup plus réussi, et plein d’un humour et d’une pertinence qui, ici, font défaut.

**

Alice et le Maire de Nicolas Pariser

affiche du film

Alice et le Maire est un film français de Nicolas Pariser, sorti en 2019, avec Fabrice Luchini dans le rôle du Maire de Lyon et Anaïs Demoustier dans celui d’Alice – un rôle qui lui a d’ailleurs valu le César 2020 de la Meilleure Actrice.

En voici la brève présentation sur la couverture du DVD :

Le maire de Lyon, Paul Théraneau, va mal. Il n’a plus une seule idée. Après trente ans de vie politique, il se sent complètement vide. Pour remédier à ce problème, on décide de lui adjoindre une jeune et brillante philosophe, Alice Heimann. Un dialogue se noue, qui rapproche Alice et le maire et ébranle leurs certitudes.

Mon avis très subjectif :

Le sujet de ce film est essentiellement politique et intellectuel. Il s’agit de soulever un certain nombre d’idées non seulement dans l’esprit du Maire mais aussi et surtout dans celui du spectateur. Et il faut reconnaître que certaines des questions posées sont intéressantes : la politique devrait-elle être plus modeste et viser moins haut ? Comment rénover les valeurs de la Gauche pour qu’elle concerne à nouveau le peuple ? L’écologie est-elle une des nombreuses composantes de la Gauche ou est-elle son unique avenir valable ? Une trop grande lucidité peut-elle rendre fou ? La politique est-elle impuissante à changer la vie des gens ? La politique doit-elle se contenter de régler les petits problèmes concrets de ses administrés ou doit-elle aussi se charger de grands idéaux et principes ? Etcetera Etcetera.
Toutes ces questions ne sont pas inutiles et le film a le mérite de les poser d’une manière intelligente qui ne prend pas le spectateur pour un imbécile.
Malgré tout, il me semble que des thèmes aussi abstraits et intellectuels auraient davantage leur place dans un essai politique ou littéraire (où toutes ces questions pourraient être décortiquées et analysées) que dans un film de cinéma.
J’ai l’impression que le langage du cinéma (images, sons, mouvements, attitudes, couleurs) est ici un peu délaissé au profit des dialogues et des mots explicitement écrits ou parlés.
Par exemple, il y a très peu d’images de ce film qui m’ont marquée alors que je l’ai regardé il y a à peine quelques heures.
Pour éviter le côté statique et ennuyeux de faire discuter les personnages devant un bureau pendant 1h40, le réalisateur a introduit beaucoup de scènes de déambulations dans les coins et recoins de la Mairie : en particulier Anaïs Demoustier passe et repasse maintes fois dans des multitudes de couloirs. Mais c’est un dynamisme factice qui n’empêche pas l’immobilité de l’action et surtout l’absence quasi totale d’intrigue.
Ce film se situe dans une certaine tradition du film politique à la française et je pense en particulier au Sens de L’Etat (2011) ou à Quai d’Orsay (2013) mais ces deux précédents me paraissaient plus convaincants, plus crédibles et mieux ficelés, l’un dans le genre dramatique et l’autre plutôt comique.
Si certaines séquences sont agréables dans Alice et le Maire et que le film se laisse regarder dans l’ensemble sans déplaisir, il manque tout de même un fil conducteur dans cette histoire, un enjeu qui accrocherait notre intérêt.
Reste que les deux personnages principaux sont sympathiques, qu’on s’attache à eux, et que leur tandem fonctionne pas mal.
Un film que je conseillerais aux socialistes amateurs de philosophie et détestant les films d’action !

Un baiser s’il vous plait, d’Emmanuel Mouret

Voici un film français d’Emmanuel Mouret, qui date de 2007, et que j’ai vu pour la première fois en DVD il y a quelques jours.

Synopsis du début :

En déplacement pour un soir à Nantes, Emilie (Julie Gayet) rencontre Gabriel (Mickael Cohen). Séduits l’un par l’autre, mais ayant déjà chacun une vie, ils savent qu’ils ne se reverront sans doute jamais.
Il aimerait l’embrasser. Elle aussi, mais une histoire l’en empêche : celle d’une femme mariée (Judith, Virginie Le Doyen) et de son meilleur ami (Nicolas, Emmanuel Mouret) surpris par les effets d’un baiser.
Un baiser qui aurait dû être sans conséquences…

(Source du Synopsis : Allociné)

Mon humble avis :

C’est un film qui me semble rejoindre une certaine tradition du cinéma français, dans la lignée par exemple de Rohmer, avec des chassés-croisés amoureux soutenus par des dialogues très littéraires, qui cherchent à nous amuser et surtout à nous faire réfléchir – et qui, du reste, y parviennent.
La sensualité est présente de bout en bout, mais elle reste très intellectuelle et il faut parler durant de longues heures avant de se mettre d’accord sur les modalités précises de l’échange d’un simple baiser.
Le but du film est d’ailleurs de nous expliquer qu’un baiser n’est absolument pas simple, qu’il ne peut être donné à la légère, qu’il est infiniment dangereux et inflammable, comme les produits chimiques que Judith (Virginie Ledoyen) ne cesse de manipuler dans son laboratoire.
Le désir est dangereux parce qu’il peut susciter l’amour et que l’amour adultère risque de faire du mal aux amours légitimes. Tout cela est finalement très moral mais le ton décalé et ironique de la mise en scène donne une atmosphère légère et très « second degré ».
Au fur et à mesure qu’on avance dans le film, et avec l’apparition du personnage de Claudio ( le mari de Judith, Stefano Accorsi) le film gagne en épaisseur et devient vraiment très touchant, avec le face-à-face entre ce personnage et Frédérique Bel que j’ai trouvée également excellente.
Un film que j’ai trouvé charmant et délicat, mais qui déplaira aux adeptes de cinéma plus « musclé » ou aux contempteurs des marivaudages sensuels.

Mademoiselle de Joncquières, d’Emmanuel Mouret


La sortie en février de Mademoiselle de Joncquières d’Emmanuel Mouret en DVD a été pour moi l’occasion de voir ce film et ça a été une très heureuse surprise.
L’histoire est inspirée d’un passage de Jacques Le Fataliste de Diderot (L’ayant lu sans en garder beaucoup de souvenirs, je ne pourrai pas comparer la version livresque à cette adaptation filmique) c’est-à-dire que l’intrigue se déroule au XVIIIè siècle. Costumes et décors sont d’ailleurs très beaux, auxquels s’ajoutent de belles images de paysages plongés dans une lumière douce qui met aussi en valeur les visages. Les dialogues, très littéraires, très brillants, n’empêchent pas le jeu des acteurs d’être naturel, sans affectation, et se suivent avec un très grand plaisir. J’ai lu que certains de ces dialogues étaient extraits de Diderot lui-même, et effectivement il y a beaucoup de finesse et d’intelligence, mais aussi des pointes d’humour.

L’histoire :
Le marquis des Arcis, dont la réputation de libertin n’est plus à faire, courtise Mme de La Pommeraye, une jeune veuve qui préfère l’amitié à l’amour, et qui se refuse obstinément à lui. Mais, après plusieurs mois, elle finit par lui céder, convaincue qu’il a changé et qu’il l’aime sincèrement. Cependant, après quelques années d’une liaison heureuse, le Marquis se désintéresse de sa maîtresse, cesse de l’aimer, et ils conviennent tous les deux de rompre et de rester amis. Mais Mme de La Pommeraye, qui aime encore le Marquis et se sent humiliée par son inconstance, médite une vengeance contre lui, représentant à ses yeux de tous les libertins. Elle a entendu parler avec intérêt d’une dame de la noblesse et de sa fille – une jeune fille de quinze ans, très belle – qui ont été ruinées et se livrent à la galanterie pour survivre. Mme de La Pommeraye décide de se présenter comme la bienfaitrice de ces deux dames et de les sortir de leur tripot pour mieux les manipuler et les présenter au Marquis des Arcis comme des dames vertueuses et farouches …

Mon Avis : Un très beau film ! Et des personnages très intéressants. Le Marquis des Arcis n’est pas le libertin calculateur et cynique que l’on pourrait imaginer : au contraire, il est entièrement guidé par ses sentiments, passionné, et il subit l’inconstance de ses sentiments sans pouvoir y changer quoi que ce soit. Il est capable de toutes les folies lorsqu’il s’éprend d’une femme et ne se contrôle plus – un trait de caractère que Mme de La Pommeraye utilise pour assouvir sa vengeance. Au début, Melle de Joncquières apparaît comme une personne très effacée, presque sans réaction (il est vrai qu’elle est très jeune, qu’elle a vécu jusque là une vie très dure, et qu’elle est obligée par les circonstances à se soumettre aux ordres de Mme de La Pommeraye) mais on lit peu à peu ses émotions sur son visage et on commence à comprendre ce qu’elle ressent, et cette évolution est une des très jolies idées du film. Quant à Mme de La Pommeraye, elle nous est présentée comme un caractère ambigu, manipulant tout le monde, mentant, et obligeant les autres à se faire ses complices, mais elle utilise des prétextes de bonté, de pédagogie et de justice envers les femmes pour justifier sa perversité et on se demande jusqu’à quel point elle croit elle-même en ces beaux motifs.
La fin du film, où Mme de La Pommeraye croit avoir triomphé du Marquis alors que les choses ne sont pas si simples, m’a aussi beaucoup plu.

Mouchette de Robert Bresson


J’ai découvert récemment le cinéma de Robert Bresson, par les films « Mouchette »(1967) et « Au hasard Balthazar »(1966)- qui font partie du même coffret DVD et se ressemblent par leurs thématiques et leurs scenarios.
Les deux sont des films d’une noirceur totale, où un personnage central de jeune fille (dans « Mouchette » il s’agit plutôt d’une jeune adolescente) est en butte à la cruauté du monde qui l’entoure, se faisant maltraiter, humilier, abuser, et tentant vaguement de résister à toutes ces brutalités : du moins, la jeune fille essaye de résister par moments mais elle est chaque fois vaincue car elle n’est pas de taille à se mesurer avec le destin cruel qui l’écrase.
Mouchette serait-elle pour autant une sorte de sainte, de martyr ? Elle est en tout cas le bouc-émissaire sur lequel tout le monde s’acharne. Mais on ne peut pas dire qu’elle représente pour autant la bonté ou la sagesse, loin de là : désobéissante, révoltée, récalcitrante, elle éprouve de la détestation pour la plupart des personnes qui l’entourent.
Lorsqu’elle aime quelqu’un, ou commence à ressentir de la sympathie pour quelqu’un, ce qui arrive rarement, elle voit cette personne mourir (sa mère), s’éloigner d’elle (le jeune homme des auto-tamponneuses) ou la brutaliser (Arsène le braconnier) : comme si l’amour lui était interdit.
Un film tragique, où contrairement à ce qu’on veut faire chanter à l’héroïne au milieu des autres élèves de sa classe, il ne semble y avoir absolument aucune espérance.

La Peau douce, de François Truffaut

Ce film de François Truffaut date de 1964, il est en noir et blanc, et le casting compte Jean Desailly dans le rôle de l’écrivain, Pierre Lachenay, Françoise Dorléac dans le rôle de Nicole (la maîtresse) et Nelly Benedetti dans le rôle de Franca Lachenay (l’épouse).

L’Histoire :

Un écrivain d’une petite quarantaine d’années, marié et père d’une petite fille, part seul à Lisbonne pour donner une conférence sur le thème de « Balzac et l’argent ». Dans l’avion, il remarque une ravissante hôtesse de l’air mais n’a pas l’occasion de lui adresser la parole, mais il s’aperçoit qu’ils sont descendus tous les deux au même hôtel à Lisbonne et il tente une approche. Ils deviennent amants. Dans l’avion du retour, Nicole lui donne ses coordonnées dans une boîte d’allumettes pour qu’ils puissent se revoir à Paris. De retour chez lui, l’écrivain dissimule son aventure et n’a en tête que de revoir l’hôtesse de l’air.

Mon Impression :

Ce drame de l’adultère a quelque chose d’un peu moralisateur, dans le sens ou le mari infidèle paye cher ses incartades et ses mensonges, et, croyant s’en tirer à bon compte par de petites manoeuvres et de petits calculs qu’il croit habiles, ne fait que s’enfoncer dans une situation désespérée. On est d’ailleurs étonné qu’il soit aussi maladroit et, surtout, aussi peu psychologue, lui qui est coincé entre une épouse à la fois raide et volcanique, et une maîtresse pas très compréhensive non plus, assez frivole.
J’ai trouvé qu’il y avait tout le long du film de très intéressants jeux d’ombres et de lumières, avec des contrastes très forts, comme dans cette longue scène ou Lachenay et sa femme traversent les pièces de leur grand appartement en éteignant la précédente et en allumant la suivante, dans une progression très rythmée.
J’ai beaucoup aimé toute la séquence, vers le milieu du film, où l’écrivain profite de devoir donner une conférence à Reims, pour amener sa maîtresse en cachette avec lui, ce qui est l’occasion de situations inextricables, dont l’écrivain n’arrive pas à se dépêtrer, et qui frôlent le comique.
Les deux personnages de femmes sont également complexes et on peut passer pas mal de temps, après le film, à s’interroger sur leurs motivations réelles à tel ou tel moment, particulièrement la jeune maîtresse, qui se montre souvent égoïste et dont on se demande quels sont les sentiments.
J’étais également contente de voir jouer Françoise Dorléac, dans toute sa beauté, et qui donne beaucoup de vivacité à ce film.