L’Exposition Anselm Kiefer pour Paul Celan

Du 16 décembre 2021 au 11 janvier 2022 s’était déroulée l’exposition du peintre allemand contemporain Anselm Kiefer au Grand Palais Ephémère qui se trouve non pas à côté ou à l’intérieur du Grand Palais, comme son nom le laisserait facilement supposer à un visiteur non vigilant, mais au Champ de Mars, près du Métro La Motte Picquet Grenelle… ce qui prête à confusion et a failli me faire rater l’exposition… mais passons !
C’est en tout cas maintenant, presque un an après sa date de fin, que j’ai choisi de vous en parler car le contexte des Feuilles allemandes s’y prête particulièrement bien et que je n’ai encore jamais parlé de Paul Celan sur ce blogue, ce qui était un oubli à réparer d’urgence !

Anselm Kiefer (né le 8 mars 1945) est un artiste plasticien allemand. Il vit et travaille à Barjac en France et en région parisienne. Depuis les années 1990, il s’inspire souvent de la poésie allemande du 20ème siècle (Paul Celan, Ingeborg Bachman) pour aborder le thème de la seconde guerre mondiale, des camps de concentration et de la barbarie nazie. Ses œuvres sont monumentales et incorporent souvent des matériaux extra-picturaux, comme des branches d’arbres ou d’autres végétaux, divers objets ou outils (ainsi, des haches dans l’un des tableaux de cette exposition), de la suie, des cailloux, et toutes sortes de substances diverses.

« Plus vous restez devant mes tableaux, plus vous découvrez les couleurs. Au premier coup d’œil, on a l’impression que mes tableaux sont gris mais en faisant plus attention, on remarque que je travaille avec la matière qui apporte la couleur. » selon Anselm Kiefer. (Source : Wikipédia)

« La langue de Paul Celan vient de si loin, d’un autre monde auquel nous n’avons pas encore été confrontés, elle nous parvient comme celle d’un extraterrestre. Nous avons du mal à la comprendre. Nous en saisissons ça et là un fragment. Nous nous y accrochons sans jamais pouvoir cerner l’ensemble. J’ai humblement essayé, pendant soixante ans. Désormais, j’écris cette langue sur des toiles, une entreprise à laquelle on s’adonne comme à un rite. » Anselm Kiefer. (Source : Guide de l’exposition)

« Celan ne se contente pas de contempler le néant, il l’a expérimenté, vécu, traversé » disait Anselm Kiefer le 20 juin 2021

Quelques Vues générales de l’exposition

Vue générale du hall d’exposition
Tableaux et avion

Quelques Tableaux

Le dernier Portail (Am letzten Tor), acrylique, huile, gomme-laque et craie sur toile, 8m40 de haut *4m70 de large
Le Dernier Portail (Am Letzten Tor), 2020-21, acrylique, huile, gomme-laque et craie
Beilschwärme – Volées de Cognées – 2020,2021 – Tableau avec des haches
Tableau avec branches d’arbres et poèmes

Les épis de la nuit

Les épis de la nuit
naissent aux cœurs et aux têtes,
et un mot, dans la bouche
des faux,
les incline sur la vie.

Comme eux muets
nous flottons vers le monde :
nos regards
échangés pour être consolés
vont à tâtons
agitent vers nous de sombres signes.

Sans regard
ton œil dans mon œil fait silence
maintenant
je vais
je porte ton cœur à mes lèvres
tu portes le mien à tes lèvres :
ce que nous buvons maintenant
calme la soif des heures ;

Ce que nous sommes
maintenant
Les heures le donnent à boire
au temps.

Est-ce que nous sommes
à son goût ?
Ni bruit ni lumière
ne glisse entre nous, ne répond.

Ô les épis, vous les épis.
Vous les épis de la nuit.

Paul Celan, extrait de « Pavot et mémoire », 1952.

Publication de mes poèmes sur le site « La Page Blanche »

Novembre sera entièrement consacré à l’Allemagne mais je fais une petite parenthèse aujourd’hui pour vous signaler que j’ai été très chaleureusement accueillie sur le site de la revue poétique « La Page Blanche », animée, entre autres, par Pierre Lamarque, Constantin Pricop et Matthieu Lorin. Un site riche et foisonnant sur lequel figurent déjà soixante-sept auteurs, réunis de façon permanente autour du « Dépôt ».

Voici le lien vers la Liste de tous leurs auteurs :

https://lapageblanche.com/le-depot/inventaire

Voici le lien vers ma propre page où vous trouverez ma présentation et deux pages de poèmes :

https://lapageblanche.com/le-depot/inventaire/32-marie-anne-bruch

Et, plus précisément, voici le lien vers trois « Excursions à travers Paris » qui sont des poèmes en proses, que j’ai écrits dans divers quartiers de la capitale, et qui feront partie d’un recueil plus vaste, actuellement en cours de création :

https://lapageblanche.com/le-depot/inventaire/32-marie-anne-bruch/excursions-a-travers-paris

Merci de votre curiosité !

L’Exposition Baselitz au Centre Pompidou

Du 20 octobre 2021 au 7 mars 2022 s’est tenue une rétrospective du peintre allemand Georg Baselitz (né en 1938) au Centre Pompidou et je profite de l’occasion des Feuilles allemandes pour évoquer brièvement la visite que j’ai faite de cette exposition à la fin du mois de janvier.

Résumé subjectif de ma visite :

Je ne connaissais quasiment rien de ce peintre avant ma visite et j’ai été pour le moins surprise et effrayée par les deux premières salles qui nous montrent des visions sanguinolentes et repoussantes par lesquelles le peintre a commencé à se faire connaître dans les années 60 en créant la polémique et en choquant le public. Mais les salles suivantes montrent une évolution très nette de son style, même si l’impact de ses tableaux reste toujours fort et marquant. A partir des années 70, il expose souvent ses œuvres à l’envers (paysages, portraits) afin d’échapper à l’opposition figuratif/abstrait et rester à mi-chemin entre ces deux options. Il utilise pour ses toiles des grands formats. Les deux couleurs que l’on retrouve le plus souvent dans ces tableaux : le noir et le jaune, mais les effets obtenus peuvent être assez variés, de la brutalité à l’expressivité. Dans les années 2000, Baselitz revisite certaines de ses anciennes œuvres et en propose des versions renouvelées, qu’il intitule « Remix », et qui sont comme des variations sur les mêmes thèmes, très intéressantes à mettre en parallèle. En définitive, j’ai apprécié cette exposition qui retrace soixante ans de la carrière de ce peintre important et inclassable. Car c’est toujours plaisant de regarder le cheminement d’un artiste et de suivre son évolution depuis ses débuts, même si certaines phases de son travail peuvent nous rebuter au premier abord.

Filles d’Olmo II, 1981
Filles d’Olmo, Remix, 2008
Usine de béton préparé, 1970








Renverser l’image : Baselitz s’obstine à renouveler la peinture quand les tenants de l’art conceptuel la déclarent morte. A 30 ans, il cherche ainsi le moyen de rompre radicalement avec une représentation fidèle de la réalité. « Pour moi, le problème consistait à ne pas peindre de tableau anecdotique ou descriptif. D’un autre côté, j’ai toujours détesté cet arbitraire nébuleux des théories de la peinture abstraite. Le renversement du motif dans le tableau m’a donné la liberté de me confronter à des problèmes picturaux. » Tout en restant à distance du pop-art et du réalisme capitaliste, il produit ses premiers tableaux aux motifs renversés d’après photographies en 1969. Présentés dès 1970 à Cologne par le marchand et collectionneur Franz Dahlem, ils créent l’événement. Dès lors, l’artiste qui peinait encore à vivre de son art va voir les institutions et certains collectionneurs influents s’intéresser à son travail. (Source : un Panneau de l’exposition)

Wagon-lit au lit en fer, 2019
Tableau 8, 1991

Les Accouchantes nues d’Anne Barbusse

Couverture chez Unicité

Anne Barbusse avait publié l’année dernière aux éditions Unicité un beau « journal psychiatrique » intitulé Moi la dormante, que j’avais beaucoup aimé.

Elle publie en cette année 2022, toujours aux éditions Unicité, la suite de son récit poétique, écrit à l’hôpital en 2004, intitulé « Les accouchantes nues« . Nous y suivons son parcours de vie, de cœur et de santé au long de ces semaines particulièrement riches sur le plan affectif et émotionnel. Des semaines de mars et d’avril qui voient aussi l’éveil de la nature, l’éclosion des bourgeons et des fleurs, qui trouvent un écho émouvant dans ses pensées.

La poète oscille entre le désespoir et l’exaltation amoureuse, et ressent cycliquement un sentiment d’abandon et d’angoisse – que l’on pourrait se contenter de voir comme purement pathologique si l’on adoptait un regard superficiel – mais que l’on peut aussi considérer comme notre sort commun, la condition de notre vie humaine, que nous devons tous affronter un jour ou l’autre, quelle que soit notre santé psychologique. En effet, Anne Barbusse doit faire face à plusieurs ruptures affectives très douloureuses durant cette hospitalisation psychiatrique et l’attitude autoritaire et restrictive des soignants n’arrange pas toujours les choses. Des deuils difficiles à faire, des désirs inassouvis, se mêlent à un grand sens de la beauté, à l’amour de la nature et à la nécessité vitale de l’écriture, poursuivie envers et contre tout. Et même quand le papier manque ou que le précieux cahier est rendu inaccessible par un cadenas bloqué ou que les soignants intrusifs veulent stopper cette création littéraire, l’écriture reste un secours inlassable et indispensable.
J’ai senti dans ce recueil essentiellement un désir de vivre, d’aimer, de créer, d’exister pleinement et j’ai trouvé cela magnifique !

Note biographique sur la poète

Anne Barbusse est née en 1969 et habite dans un village du Gard. Agrégée de Lettres classiques, elle enseigne le français langue étrangère aux adolescents migrants. Elle écrit depuis longtemps mais n’a commencé à envoyer ses textes que depuis le printemps 2020, pendant le premier confinement. Publications dans des revues en ligne ou papier, un recueil aux éditions Encres vives, Les quatre murs le seau le lit, collection Encres blanches, décembre 2020, et un recueil aux éditions Unicité, Moi la dormante, septembre 2021. (Source : Site de l’éditeur)

Voici quelques extraits

Page 17

Pourquoi Dieu, dans l’épopée biblique, se repose-t-il le septième jour d’avoir créé le monde ? La création est-elle chose si fatigante ? N’est-ce pas plutôt pour signifier la nécessité du repos, de reposer son corps sur le monde, d’y trouver l’habitation sûre, poser ses membres sur la terre, s’y loger dans l’étroitesse ouverte de la maison-habitation ?
Je ne supporte pas cette fierté du dieu biblique à avoir créé le monde. Trop de souffrances. L’artiste n’est jamais satisfait de sa création. Le dieu serait la perfection, preuve qu’il n’existe pas. Et la femme n’a été créée qu’à partir de l’homme, dans la grande dépendance. Le colporteur, l’aède ou l’écrivant de cette Bible était un homme qui, soit n’avait rien compris à l’être-distinct qu’est la femme, soit voulait signifier justement cette dépendance. Mais ne vaut-elle pas dans l’autre sens ? Donc je penche pour la première solution. Une belle histoire certes, mais trop d’assurance, comme dans toute épopée. Que peut en tirer notre univers empli d’hésitation ? Le dieu trouve que le monde est bien fait et justifie trop de souffrance.

Pages 98-99

pluie
pluie
enfin un accord
ma parole accordée à la pluie

pluie
le monde m’écoute
consolation
enfin

après la pluie je ne suis plus toute seule
l’accompagnée de l’eau tombante
des flaques et des gouttes
– monde que j’accepte
apaisée
d’être rejointe

là où tu fais défaut
vient la pluie
quand visiteras-tu la malade de toi

grosses gouttes dit-elle
comme gros chagrin
disent les enfants
– enfants et fous dans le dire réel

tu ne cesses plus de m’abandonner
l’effondrement s’allonge dans la durée blessée
tu ne cesses plus de me signifier
que tu te dérobes – et la pluie
tombe

Page 109

Etrange cette idée que dorénavant je peux livrer mon corps à n’importe qui puisque tu le dédaignes. Peut-être parce que livré au mépris. Volonté de salir, de souiller ce corps dont tu ne veux plus. Ou de le punir de ne pas t’avoir plu. Ne peux me passer du désir. Je suis désirée donc je suis. Dans la ronde des désirs. Des désirs tournant dans les airs. Que les draps sont froids sans tes bras. Pourquoi ne suis-je pas assez jolie ?

Des Poèmes de Jila Mossaed

Couverture du Castor Astral

J’ai trouvé ce recueil en flânant dans le rayon poésie de la librairie Gibert. Comme le nom de cette poète suédoise m’était inconnu, j’ai feuilleté ce « huitième pays » et j’ai été attirée par cette écriture, par ses images éloquentes, insolites, et par une émotion retenue et discrète mais toujours bien présente. Ayant acheté ce livre et de retour chez moi, j’ai été séduite par la grande diversité des thèmes abordés – qui recouvrent tous les aspects de la vie, et où la poète adopte un regard personnel, original, éloigné de toute facilité ou de toute banalité, et cependant avec une profonde simplicité.
J’ai aimé ce recueil, qui mérite d’être relu plusieurs fois car une seule approche n’en épuise pas le sens et, souvent, les mots semblent désigner une voie vers une vérité enfouie et insoupçonnée.

Note sur la poète

Jila Mossaed est née à Téhéran en 1948. Elle publie ses premiers poèmes à l’âge de 17 ans. Suite à la prise de pouvoir par Khomeini en 1979, elle trouve refuge en Suède. Elle écrit en suédois depuis 1997 et entre à l’académie suédoise en 2018. « Chaque langue qui me donne la liberté de m’exprimer contre l’injustice est la langue de mon cœur » dit-elle à propos de son œuvre poétique où l’exil occupe une place essentielle. (Source : éditeur)

Note pratique sur le livre :

Editeur : Castor Astral
Année de publication en France : 2022 (en Suède : 2020)
Traduit du suédois par Françoise Sule
Préface de Vénus Khoury-Ghata
Nombre de pages : 140

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Page 31

Dans ce jardin-là
aucune fleur ne naît
L’arbre n’a pas d’ombre
et le vert a peur du rouge

Pourquoi les morts sont-ils si seuls
Les voix se transforment en cris la nuit
La pluie efface tous les noms

Nous nous perdons de vue
dans la nuit absolue
qui est le septième stade de la peur

J’incline le miroir vers le brouillard
dans l’attente de la lumière

**

Page 79

Si tous les humains sur terre
meurent un jour
les mots disparaîtront

Tout perdra son nom
et la nature deviendra sourde

C’était une journée sans mots
Je suis sortie
sans papier ni crayon
Sans mon cœur

Le soir venu
des centaines de lettres faisaient la queue
pour trouver place
sur le séduisant papier blanc

**

Page 133

J’ai dormi sur la partie la plus douce
de la cuisse de la rivière
Dans la gorge de l’eau
là où les petits muscles des vagues
tremblent de désir

L’eau a son propre son
Des notes illisibles
impossibles à imiter

Je m’étends sur la poitrine blanche de la rivière
savoure les caresses
J’entends des chants que même la terre ne connaissait pas

**

Récapitulatif de notre Lecture Commune du 15 septembre pour Goran

Bonjour à toutes et tous !

Voici la liste des participations à notre Lecture Commune pour Goran.
Je tiens à les remercier vraiment de tout cœur d’avoir participé.

Les avis ont été très contrastés au sujet de « Moon Palace » de Paul Auster, certain(e)s participant(e)s ont été gêné(e)s par un manque de vraisemblance, tandis que d’autres avis ont été beaucoup plus enthousiastes. C’était en tout cas intéressant de voir les différents points de vue et de comparer les arguments.
D’autres romans de Paul Auster ont été chroniqués pour cette lecture commune, comme Brooklyn Follies, Seul dans le noir, Mr Vertigo, 4 3 2 1, La Nuit de l’Oracle, Revenants, Excursions dans la zone intérieure ou encore Tombouctou, et c’est aussi très intéressant de découvrir ces autres facettes de Paul Auster et de se donner peut-être de nouvelles idées de lecture pour l’avenir.

Quoi qu’il en soit, que les avis aient été positifs ou négatifs, je pense que la chose vraiment importante est d’avoir pu célébrer le souvenir de notre ami Goran et de raviver l’hommage que nous lui adressions l’année dernière. Je pense qu’il aurait été content que nous discutions aujourd’hui sur certains de ses livres préférés, que nous débattions à leur propos, même si les goûts peuvent être divergents, et lui-même était très ouvert aux débats et discussions littéraires.

Deux participations de Sibylline du blogue « la petite liste »:

sur le roman Moon Palace :
https://la-petite-liste.blogspot.com/search/label/Moon%20Palace
sur le roman Tombouctou :
https://la-petite-liste.blogspot.com/search/label/Tombouctou

Participation de Claude sur le blogue « Livres d’un jour »
sur le roman Brooklyn Follies :
https://livresdunjourblog.wordpress.com/2022/09/15/lecture-en-hommage-a-goran/

Participation de Patrice du blog « Et si on bouquinait un peu »
à propos de Moon Palace :
https://etsionbouquinait.com/2022/09/15/paul-auster-moon-palace/

Participation de Nathalie du blogue « Madame lit »
sur le roman Moon Palace :
https://madamelit.ca/2022/09/15/madame-lit-moon-palace-de-paul-auster/

Participation d’Alain du blogue « Bibliofeel »
sur le roman Moon Palace :
https://clesbibliofeel.blog/2022/09/15/paul-auster-moon-palace/

Participation de Fabienne du blogue « Livres escapade »
sur le roman Moon Palace
https://livrescapades.com/2022/09/15/moon-palace-%c2%b7-paul-auster/

Participation de Valentyne du blogue « La Jument verte »
sur le roman Seul dans le noir
https://lajumentverte.wordpress.com/2022/09/15/seul-dans-le-noir-paul-auster/

Participation d’Agnès de « Mon biblio-blog »
sur le roman Mr Vertigo
http://monbiblioblog.revolublog.com/paul-auster-mr-vertigo-actes-sud-a213126301

Participation de Marie du blogue « Le Bar aux Lettres »
sur le roman Moon Palace – un avis plus réservé
https://barauxlettres.wordpress.com/2022/09/15/moon-palace-de-paul-auster/

Participation du blogue « Passage à l’Est »
sur le roman Moon Palace – qu’elle a aimé
https://passagealest.wordpress.com/2022/09/15/paul-auster-moon-palace/

Participation d’Ingrid du blogue « Ingannmic »
sur le roman « 4, 3, 2, 1″ :
https://bookin-ingannmic.blogspot.com/2022/09/4-3-2-1-paul-auster.html

Participation du « Bison »
sur le livre « La Nuit de l’Oracle » :
http://memoiresdebison.blogspot.com/2022/09/le-carnet-bleu.html

Participation du « Bouquineur »
sur le roman « Revenants » :
http://lebouquineur.hautetfort.com/archive/2022/09/15/paul-auster-revenants-6400113.html

Nathalie du blog « Chez Mark et Marcel »
pour Moon Palace
https://chezmarketmarcel.blogspot.com/2022/09/cest-ainsi-qua-commence-lete-soixante.html

Une Comète du blog « Aux bouquins garnis »
pour Excursions dans la zone intérieure : https://auxbouquinsgarnis.wordpress.com/2022/09/15/excursions-dans-la-zone-interieure-paul-auster/


Je salue aussi Dom des « Petits blabla de Dom »
qui a lu Moon Palace pour cette Lecture Commune
mais qui n’a pas eu le temps d’écrire sa chronique pour le jour dit…

Rappel de ma participation :
sur Moon Palace :
voir l’article précédent.

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J’espère n’avoir oublié personne.
Dans le cas contraire, n’hésitez pas à me signaler votre article, je le rajouterai.

Des Poèmes parus dans la revue Décharge de mars 2022

Couverture du numéro 193

Le numéro 193 de la revue Décharge était paru en mars 2022 (cf couverture à droite) et je vous propose la lecture de trois de ses poèmes.

Présentation de la revue :

Créée par Jacques Morin en 1981, célèbre pendant longtemps pour sa couverture kraft, elle est devenue au fil des ans le rendez-vous attendu de l’actualité poétique, avec ses 164 pages bien tassées, chaque trimestre. (source : site de la revue).
Plus d’informations sur le site de la revue (abonnements, recensions livresques, éditoriaux).

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(page 39)

il ne part pas il part
il est parti
chaque jour de perte avec les feuilles tombées
l’odeur humide des sous-bois

la pluie les larmes les saisons
considérer la séparation
comme une douleur guérissable

on a les mains trop serrées
ça fait des nœuds dans la poitrine
d’où partiraient de nouvelles branches

la douleur serait guérissable
d’abord la sève coulerait
l’écorce recouvrirait la plaie
et la forêt de trembles envahirait la maison.

LUCE GUILBAUD

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(page 102)

On est là
dans l’air frais du matin d’automne
la tasse de café
la vue sur la colline
le sanctuaire des songes
bien refermé

et je me dis que
celui qui sait passer des rêves aux pensées
sans quitter le paysage
sait aussi survivre
Je ne sais pas pourquoi
dans cette chambre d’hôtel
tu m’avais dit
tout en contemplant l’horizon

si en premier tu pars
je voudrais couler comme du sable
jusqu’à t’ensevelir

peut-être parce que dehors
la tempête emplissait les coquillages
du bruit de la mer

DANIEL BIRNBAUM

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(page 130)

N’oublions jamais que le rêve de l’équerre est de dépasser les 90 degrés, celui du cercle d’avoir des recoins en briques où se terrer et que le compas aspire à l’équilibre.

Savoir cela m’est rassurant pour moi qui ne suis que biffures et hachures du temps.

MATTHIEU LORIN

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Deux de mes derniers poèmes parus dans Traction-Brabant numéro 99

Dans le dernier numéro (99, paru en juillet 2022) de la revue poétique Traction-Brabant, animée par Patrice Maltaverne, figuraient, entre autres, deux de mes poèmes récents.


Les voici :

A nos handicaps

De méprise en méprise on croit se corriger
Mais les diffractions nous atteignent au cœur
Et les échecs se font écho – pauvres caboches !
De ma cacophonie émane quelque ivresse.

Les sourds ont une voix que les aveugles voient
Tissée en noir et blanc et opaque au-dedans
Ce à quoi je suis sourde il me faut le crier
Prendrez-vous la tangente à tous mes angles morts ?

Oui je suis impuissante à sortir du sillon
Comme un vieil oisillon dans son nid de broussailles
Resté abandonné face au ciel éblouissant
Et qui se désennuie en dénombrant ses plumes.

Ça m’est égal de ne pas savoir m’envoler
Je serai l’oiseau gris qui creuse des terriers
Un être original, aux ailes virginales
Dont les sages riront – que les fous comprendront.

(4 avril 2022)

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Et ci-gît l’effigie

Je me comprends mais il n’y a rien à faire
Ce n’est pas amusant de compter sur soi même
Pour les subtilités et les malentendus
Quand on ne pense à rien on se comprend aussi
Je me trouve des excuses et je ne ris même pas
Devant ma mauvaise foi j’ai la langue qui fourche
Aux carrefours du silence je dédouble mes doutes
Et au fond des miroirs je creuse des galeries
Mais je ne croise personne et ça résonne à plat
Les miroirs c’est étroit et en trois dimensions
Vous tomberez dans le panneau vous aussi, vous verrez
Les glaces ça mesure à peu près comme la tombe
C’est froid, c’est un traquenard, il n’y a personne dedans
Les glaces c’est là où je me comprends le mieux
Personne n’a jamais pris mon miroir à revers
Personne n’a jamais vu l’envers de mes oublis
Je les cherche là-haut dans l’éclat de tes yeux.

Marie-Anne BRUCH

Des Poèmes de François de Cornière sur le bord de mer

Couverture au Castor Astral

Présentation du recueil par l’éditeur

Les Façons d’être est la première anthologie personnelle de François de Cornière. Elle réunit ses poèmes les plus marquants ainsi que de nombreux inédits.

Pratiquant toujours l’arrêt sur image à partir d’infimes détails du quotidien, de quelques mots dans un carnet, François de Cornière restitue avec une désarmante simplicité des instants de vie qui prennent soudain force.

Avec Les Façons d’être, François de Cornière entrouvre les portes de son univers ! Il décrit avec justesse et délicatesse la complexité de l’existence.

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Présentation du Poète par l’éditeur

François de Cornière est né en 1950 à Caen où il a animé pendant plus de trente ans les fameuses Rencontres pour lire. Il vit désormais près de Guérande, sur la côte Atlantique. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, il a reçu le Prix RTL-Poésie 1, le Prix Georges Limbour et le Prix Apollinaire.
On a dit de lui qu’il était « le chef de file de la poésie du quotidien ». Ce à quoi il répond avec un sourire qu’il est le chef de rien du tout, et encore moins « un chef de file ».

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J’ai choisi deux poèmes extraits du recueil Nageur du petit matin (2015)

SUR LE DOS

Il y avait des soirées
sans vent sans vagues
où l’envie de nager sur le dos
était une évidence.

Pas de mouvement de bras
peu de battements de pieds
le ciel m’accompagnait
jusqu’à très loin du bord.

Sillages d’avions si hauts
couleurs effilochées
confusions transparentes
profondes à la renverse.

Cette impression alors
de n’être plus qu’un corps
un dos couché sur l’eau
l’oubli de qui on est :

être soi-même l’oubli
de tout ce qu’on a aimé.

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CE PETIT TAS DE MOI

J’ai nagé très lentement ce matin.
La mer était un lac
pas un souffle de vent
et personne sur la plage.

La lune encore visible
belle et ronde au-dessus
le soleil – lueur orange –
du côté des marais.

J’ai nagé doucement
faisant glisser mes bras
dans l’eau claire de la baie
étirant tout mon corps.

J’ai nagé seul au monde
– le trait blanc d’un avion
comme souvenirs de nous
que je n’aurai jamais –

Et sur le sable froid
ma serviette et mon pull
ce petit tas de moi
là-bas qui attendait.

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Des Poèmes parus dans la revue Traction-Brabant numéro 97

Numéro 97 de la revue

La revue Traction-Brabant, créée et dirigée par le poète et éditeur Patrice Maltaverne depuis 2004, a fait paraître en février dernier son numéro 97 et je vous en propose deux extraits.
Vous pouvez vous abonner à cette revue poétique pour la somme modique de 15 euros correspondant à cinq numéros annuels.
Pour de plus amples informations, voici le lien vers le blog de la revue : http://traction-brabant.blogspot.fr

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Heure d’hiver

Vingt-et-une heures au clocher
Neuves heures
La lune se résigne à ne s’éclairer qu’à moitié
En représailles, j’imagine
Je l’entends pleurer
Alors je m’obstine
A rêver doublement
Mais à cloche-pied
Et mes chimères coquines
Se font complices
De mon urgence dévoreuse de temps
Sur le noir lisse de la longue nuit
Je laisse aller mes jambes
Mes jambes seulement
Et mes bras envieux font de mon oreiller
Un piège à vœux
Mi laids, mi pieux

Armelle LE GOLVAN

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Covoiturage

attentat suicide
voisins de palier
tel qui se liquide
meurt accompagné

crâne sous la meule
sans plus résister
ne pas partir seule
suicide assisté

Annie Hupé

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