Confession amoureuse, de Chiyo Uno

Résumé du début : Yuasa Joji, un célèbre peintre d’une trentaine d’années, revient d’un séjour de plusieurs années à l’étranger. Il retrouve au Japon sa femme et son fils, qui l’ont attendu, mais il n’éprouve plus de sentiments pour eux. L’idée d’un divorce s’impose bientôt mais reste en suspens car le couple ne fait rien pour hâter les choses. Un matin, Yuasa Joji reçoit une lettre d’une jeune fille qui cherche à le séduire, mais il ne se rend pas aux rendez-vous successifs qu’elle lui donne dans chacune de ses lettres quotidiennes. Jusqu’au jour où, la curiosité étant la plus forte, il va voir si la jeune fille, prénommée Takao, est vraiment au rendez-vous. Après plusieurs péripéties, il fait la rencontre d’une des meilleures amies de Takao, la ravissante Tsuyuko, dont il tombe profondément amoureux et avec qui il entretient un flirt romantique plein de timidité. Mais la famille de Tsuyuko n’approuve pas cette relation et cherche à éloigner la jeune fille de Tokyo. (…)

Sur l’auteure :
Chiyo Uno (1897 – 1996) est une romancière, surnommée parfois « la Colette japonaise », également créatrice de kimonos, elle a eu une influence sur la mode, sur le cinéma, sur la littérature et sur le féminisme dans son pays.

Mon avis :
C’est un roman riche en rebondissements, qui est particulièrement prenant pendant la première moitié de l’histoire, et qui s’essouffle peut-être un peu lorsque le héros rencontre Tomoko, la troisième jeune fille.
Il m’a semblé que ce roman cherchait à démontrer l’ingéniosité et la puissance des femmes dans leurs désirs de séduction, le héros masculin étant surtout un opportuniste, qui se laisse voguer au gré des volontés des unes ou des autres, croyant suivre ses propres penchants alors qu’il est un pantin dont les femmes se jouent. Mais, pour autant, il n’est pas dénué de sentiments, et éprouve un véritable amour pour la jeune Tsuyuko, un amour durable qui restera une impossibilité, un rêve inaccessible, malgré tous les efforts qu’il fait pour la retrouver.
Yuasa Joji se fait piéger et montre sa grande crédulité, il fait preuve de peu de psychologie et cherche rarement à analyser les caractères des jeunes filles qui l’entourent.
J’ai trouvé que ce héros, malgré ses côtés agaçants, était aussi touchant par moment, ce qui n’est pas le cas des trois jeunes filles, sans doute trop calculatrices, gardant toujours la tête froide, et finalement pleines de duplicité, qui auraient peut-être mérité d’être plus complexes.
Un roman dont les personnages suscitent la curiosité et l’intérêt du lecteur.

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Les Variations Goldberg de Nancy Huston

Ce livre est le premier roman de Nancy Huston, écrit directement en français, et publié d’abord au Seuil en 1981.
Liliane Kulainn est claveciniste et elle a convié trente personnes – des êtres qu’elle a aimés et qu’elle aime – à écouter durant une soirée les Variations Goldberg de Bach : trente personnes  » comme autant de variations ».
Le livre est le récit des pensées et préoccupations de ces trente personnes, à chacune étant consacré un chapitre.

Mon avis : Ces trente variations sont d’une qualité un peu inégale, certaines étant extrêmement réussies, et d’autres paraissant un peu superflues.
Nancy Huston montre néanmoins une grande virtuosité pour créer et faire vivre les trente différents caractères de ces personnages, avec leurs opinions, leurs soucis et leurs façons de s’exprimer bien à elles. Les personnages de jeunes filles et de jeunes femmes, en particulier, sont très beaux, frappants de vérité.

J’ai trouvé qu’il y avait des réflexions très intéressantes sur la musique et le silence ( et, plus généralement, sur le rôle de l’art dans la vie des gens), mais aussi sur les relations hommes-femmes, avec notamment une belle variation sur le personnage de Don Juan.

On peut dire, sur un versant moins positif, que les liens entre les différents personnages ne sont pas toujours très développés, et que le récit en lui-même n’est pas vraiment prenant, mais je crois que ça aurait été difficile à réaliser avec une si grande quantité de personnages.

Reste tout de même une impression forte et captivante à la fin de la lecture.

Un roman sur la corruption : L’homme rompu de Tahar Ben Jelloun

Mourad est ingénieur : il est chargé d’attribuer des marchés publics, sa signature vaut de l’or. Malgré cela Mourad est pauvre, son salaire ne lui permet pas de joindre les deux bouts. Sa femme et sa belle famille lui reprochent continuellement sa pauvreté. Sa fille asthmatique aurait besoin d’un traitement onéreux qu’il n’est pas en mesure de lui payer. Son assistant Haj Hamid, lui, a un bon train de vie car il accepte des enveloppes et des cadeaux. Il mène l’existence d’un homme corrompu : sort, a des maîtresses, voyage, ne se refuse rien. Mourad, par contre, a toujours été intègre, il n’a jamais accepté la moindre enveloppe depuis vingt ans qu’il travaille … mais il doute soudain du bien fondé de son honnêteté et accepte un beau jour une première enveloppe.
Maintenant qu’il est riche il va sûrement avoir une vie facile et agréable … mais est-ce si sûr ? Sa mauvaise conscience le taraude et il craint d’être inquiété par la justice. Le caractère et l’existence foncièrement honnêtes de Mourad ne semblent pas si simples à modifier. L’enveloppe qu’il a acceptée n’était-elle pas un piège tendu par Haj Hamid pour se débarrasser de lui ?
Et le roman bascule, comme Mourad, dans le soupçon et dans l’étrangeté.

Voilà un très bon livre sur la corruption : c’est une réflexion fine sur la manière dont l’argent influence la vie et le tempérament.
La manière dont sont représentées les relations homme-femme, avec des femmes qui demandent sans cesse à Mourad de correspondre à l’image qu’elles se font de la virilité, est aussi intéressante.

L’homme rompu avait reçu le Prix Méditerranée en 1994.

Extrait page 43 :

 » Je pense tout le temps.Je construis puis je démolis.Je vois des choses et j’ai peur. Comment font les autres ? Comment fait Sidi Larbi, qui n’a jamais eu un problème de ce genre ? Il a beau voler, corrompre, jouer des tours aux gens sans défense, il se porte très bien. Non seulement il ferme les yeux et dort en paix, mais je suis sûr qu’il fait beaucoup de beaux rêves qui rendent son sommeil merveilleux. Mais moi, rien qu’à l’idée de devoir de l’argent à Abbas, mon meilleur ami, ou à l’épicier, mon second banquier, je passe une nuit blanche. Peut-être que si je franchissais la barre, peut-être si je me rangeais du côté des salauds, je ne connaîtrais plus de scrupules et je dormirais comme un loir. Je devrais essayer. Eux font ça naturellement. Moi j’ai besoin de me forcer, de mordre dans mon cœur pour y arriver.«