Bilan de mon Printemps des Artistes 2021

Voilà, la première édition de mon double mois thématique « le Printemps des Artistes » s’est terminée hier et il est temps d’en faire un bilan et de rappeler les nombreux billets qui ont été publiés à cette occasion et qui ont été très variés, dans les thèmes, les arts et les époques choisis.
Merci aux participant(e)s et tout particulièrement à Goran, à qui je dédie ce billet, et ce d’autant plus qu’il avait créé le logo de ce « Printemps des Artistes » avec un talent graphique formidable. Merci aussi à Claude pour ses nombreux billets de qualité et à Madame lit qui a eu la gentillesse de participer à l’aventure avec une très intéressante biographie des sœurs Brontë.
J’espère que vous avez pris autant de plaisir à suivre ce défi que moi à l’organiser et je serai ravie de vous en proposer une deuxième édition l’année prochaine, en avril 2022.

Logo du Défi créé par Goran

Billets de Goran :

La Belle noiseuse, de Jacques Rivette, film sur le thème de la peinture
Le chef d’oeuvre inconnu, de Balzac, roman sur le thème de la peinture.

Billets de Claude :

Le Chat et l’oiseau à la manière de Paul Klee
A mains nues de Leïla Slimani , livre où il est question de peinture (mais aussi de chirurgie)
Glenn Gould une vie à contretemps de Sandrine Revel, livre sur le célèbre pianiste virtuose
Une poésie de Bernard Noël
Monet nomade de la lumière, livre sur le peintre Claude Monet
Au hasard les oiseaux de Jacques Prévert, très beau poème
Reflet de choses de Maurice Carême, très beau poème

Billet de Madame lit :

Les Brontë par Jean-Pierre öhl, biographie des célèbres sœurs Brontë

Mes propres Billets :

Emily Dickinson, a quiet passion, biopic sur la grande poétesse
Les Parapluies d’Erik Satie, de Stéphanie Kalfon biographie romancée du musicien
Le Piano que baise une main frêle, de Paul Verlaine, poème sur la musique
Marcher jusqu’au soir, de Lydie Salvayre, livre sur la sculpture et l’art moderne
Térébenthine, de Carole Fives, roman sur l’art contemporain et la peinture
Coltrane (Méditation), de Zéno Bianu, recueil de poésie sur le jazz
Pour un Herbier, de Colette et Raoul Dufy, recueil de textes poétiques et d’aquarelles.
Des Poèmes de J.M. de Heredia sur des peintres
Les Demoiselles de Rochefort, de Jacques Demy, film sur la musique et la danse
Jeune Fille d’Anne Wiazemsky, roman dans le milieu du cinéma, autour de Robert Bresson
Deux poèmes de Jean-Michel Maulpoix sur la couleur bleue
Au Piano, de Jean Echenoz, roman dont le héros est un pianiste virtuose
Comment Wang-fô fut sauvé et autres nouvelles, de Marguerite Yourcenar, nouvelle sur la peinture
Django, biopic sur le grand musicien de jazz Django Reinhardt
Gloire tardive d’Arthur Schnitzler, roman sur un groupe de poètes

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Gloire Tardive d’Arthur Schnitzler

couverture au livre de poche

J’ai lu ce court roman d’Arthur Schnitzler dans le cadre de mon défi « Le Printemps des artistes » et l’idée de cette lecture précise m’a été donnée par le blog de Patrice et Eva dont je vous propose de lire la très intéressante chronique de novembre 2020 : https://etsionbouquinait.com/2020/11/08/arthur-schnitzler-gloire-tardive/

Arthur Schnitzler(1862-1931) est un écrivain et médecin psychiatre autrichien, l’un des principaux auteurs de langue allemande de la première moitié du 20è siècle, il a été notamment influencé par Freud et la psychanalyse. Sa « Nouvelle rêvée » a par exemple inspiré à Kubrick son film « Eyes wide shut ».
Le roman « Gloire tardive », qui est précisément une œuvre tardive de l’auteur, a été éditée de façon posthume. Sa première traduction française date de 2016 pour les éditions Albin Michel.

Présentation de l’histoire :

Monsieur Edouard Saxberger est un petit fonctionnaire vieillissant et il mène une vie tout à fait banale et tranquille. Jusqu’au jour où il a la surprise de recevoir la visite d’un jeune poète inconnu, nommé Meier, qui se déclare comme un fervent admirateur de l’oeuvre poétique du vieil homme. Saxberger se souvient d’avoir effectivement publié un recueil de poèmes, trente ans plus tôt, intitulé Les Promenades, qui était passé tout à fait inaperçu à l’époque et que tout le monde avait apparemment oublié. Mais Meier le détrompe : lui-même et le groupe de jeunes littérateurs auquel il appartient, le reconnaissent comme un maître, et se réclament de son influence. Meier lui confie des vers qu’il a écrits et lui demande son avis. Mais pour Monsieur Saxberger la poésie semble bien loin. (…)

Mon humble avis :

Je savais que Schnitzler avait été très influencé par la psychanalyse et je pensais trouver des traces de théorie freudienne dans « Gloire tardive ». Mais cette idée a été vite contredite par ma lecture. Le livre est, au contraire, assez simple et transparent et l’auteur ne cherche pas à nous faire entrer dans les méandres inconscients ou les complexes refoulés de ce vieux monsieur et ancien poète. Cependant, le livre ne manque pas de réflexions psychologiques intéressantes sur la jeunesse et la vieillesse, et illustre en quelque sorte le proverbe bien connu « On ne peut pas être et avoir été ».
Il y a une certaine ironie distanciée de l’auteur par rapport à ses personnages. Surtout vis-à-vis du monde littéraire, des petits cénacles de jeunes poètes qui s’auto-glorifient alors qu’ils n’ont encore rien produit et qui considèrent tous les autres littérateurs comme des « sans-talent » méprisables.
Un très joli livre, qui plaira tout particulièrement aux poètes et amateurs de poésie !

Un extrait page 106-107

Saxberger écouta avec délectation. Jamais jusqu’alors il n’avait connu le doux transport qui s’empara de lui en entendant ses vers lus à haute voix. A peine s’avisa-t-il que c’était mademoiselle Gasteiner qui lisait – à peine eût-il pu dire si les vers lui plaisaient, mais lorsqu’elle cessa de lire, que la chambre fut soudain redevenue silencieuse et qu’ils se retrouvèrent assis très près l’un de l’autre, il vit de nouveau la veste jaune qui le dérangeait et il fut alors particulièrement irrité par le sourire très énigmatique qui jouait sur les lèvres de la demoiselle et qui n’avait aucun rapport avec ce qui venait d’être lu. Il dut même détourner les yeux, en quoi elle vit une réaction déclenchée par l’émotion.(…)

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Marcher jusqu’au Soir de Lydie Salvayre

couverture du livre

J’ai lu ce livre dans le cadre de mon défi « le Printemps des Artistes » d’avril et mai 2021. En réalité, j’avais déjà acheté cet ouvrage bien avant l’invention de ce thème, mais il s’est trouvé que les deux pouvaient coïncider.

J’aime beaucoup Lydie Salvayre (née en 1948, Prix Goncourt en 2014 pour son roman Pas Pleurer), ayant lu déjà trois ou quatre de ses livres, et celui-ci, sur le thème de l’art et des artistes, me paraissait très attirant.

De quoi s’agit-il dans cet essai ?

Lydie Salvayre reçoit une curieuse proposition d’une de ses amies (ou relations) : elle pourrait passer une nuit enfermée au Musée Picasso, à Paris, absolument seule avec un lit de camp, un ordinateur et de quoi écrire ses impressions littéraires sur cette expérience artistique insolite. Elle resterait dans ce musée jusqu’au matin, pendant que se déroule l’exposition Picasso-Giacometti qui confronte les sculptures des deux célèbres artistes du 20è siècle. La réaction de Lydie Salvayre vis-à-vis de cette proposition est d’abord très négative mais à force d’avancer des arguments hostiles elle finit par se convaincre elle-même d’accepter cette expérience, avec un esprit d’autocontradiction assez amusant.
Elle passe donc une nuit à errer entre les sculptures et à regarder L’homme qui marche sous toutes ses coutures mais ce sont de longues heures douloureuses, où la peur le dispute à la colère et à des désirs de fuite, de rejet, de souvenirs d’enfance pleins de tristesse ou de révolte.

Mon humble avis :

Ce livre est une rencontre intime entre une écrivaine et les œuvres de Giacometti, particulièrement L’Homme qui marche mais, aussi, accessoirement, avec la sculpture du chien ou les nombreux portraits de Diego, ou certaines autres.
Lydie Salvayre se plaint de ne rien éprouver vis-à-vis de ces œuvres, de ne pas avoir la fibre artistique, alors que visiblement elle est prise dans ce Musée par un véritable tourbillon émotionnel (très négatif) qui la renvoie à des souvenirs d’enfance, à la violence et à la folie de son père, à des frayeurs très anciennes.
Cette expérience nocturne la renvoie aussi à ses origines sociales, à certaines humiliations éprouvées à l’âge adulte, des sensations de honte ou au contraire de révolte.
Elle considère que l’art est une chose bourgeoise, réservée aux riches, un signe de reconnaissance entre eux, une manière d’exclure ceux qui n’en possèdent pas les codes. Et précisément, elle se sent exclue de ce monde.
Je ne sais pas si j’ai été tellement convaincue par tous ces arguments (qu’on retrouve d’ailleurs chez des tas d’autres écrivains, d’Albert Cohen à Annie Ernaux, et bien d’autres). Selon moi, l’art est une des activités caractéristiques de l’être humain et toutes les sociétés, des plus riches aux plus pauvres, l’ont pratiqué… Et puis, beaucoup d’artistes ont été ou sont pauvres. Mais passons.
En tout cas, ce livre est bien écrit et possède une énergie, une fougue qui est agréable à suivre. Par ailleurs, on sent la sincérité de Lydie Salvayre et son emportement m’a revigorée. Et puis, elle écrit de très belles pages sur Giacometti et sa recherche impossible de la perfection, son goût de la pauvreté qui en faisait presque un saint (à sa manière).

logo du défi

Voici un Extrait page 9 (première page du livre)

Non, je lui ai dit non merci, je n’aime pas les musées, trop de beautés concentrées au même endroit, trop de génie, trop de grâce, trop d’esprit, trop de splendeur, trop de richesses, trop de chairs exposées, trop de seins, trop de culs, trop de choses admirables. Résultat : les oeuvres entassées s’écrasent les unes sur les autres comme les bêtes compressées d’un troupeau et la singularité propre à chacune d’elles se voit aussitôt étouffée. Puis j’ai ajouté, tu vois ce qui est mal foutu dans les musées c’est que leur transition vers le dehors s’opère toujours de façon trop brutale, je veux dire sans la moindre préparation. Il faudrait aménager des passages, quelque chose comme des sas de décompression, des paliers de réadaptation au médiocre, de réaccoutumance progressive à la laideur, de sorte qu’au sortir de cette overdose de sublime à te flanquer la nausée, sitôt le seuil franchi, le retour à la vie quotidienne si imparfaite, si grise, si moche parfois, s’opère plus en douceur, tu comprends ?
(…)

Giacometti : L’homme qui marche

Des poèmes de Zéno Bianu sur John Coltrane

couverture du recueil chez Le Castor Astral

J’ai découvert ces poèmes dans le recueil « John Coltrane (Méditation) » publié chez le Castor Astral en 2012.
Zéno Bianu (né en 1950) a consacré plusieurs recueils poétiques à des musiciens du 20è siècle et particulièrement au jazz (Chet Baker, Coltrane), mais aussi au rock ou au folk (Hendrix, Bob Dylan, Carlos Santana)
John Coltrane (1926-1967) est un saxophoniste de jazz, compositeur et chef de formation musicale, un des plus révolutionnaires et des plus influents de l’histoire du jazz, représentatif de l’avant-garde des années 60. Il a joué avec tous les principaux musiciens de son temps, de Gillespie à Miles Davis en passant par Duke Ellington ou encore Charlie Parker (surnommé « Bird »). Artiste d’une grande spiritualité, sa musique témoigne de sa ferveur religieuse. Il est mort prématurément d’un cancer du foie.

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oui
j’attends que la lumière
se pose sur mes notes
comme un amant
comme un aimant
l’aimant des apparitions
là où tout palpite
au fond de l’infiniment sensible
où l’identité
n’est plus qu’un
vacillement
toutes les aubes viennent à ma bouche
toutes les aubes
respectent l’arc-en-ciel
je suis un argonaute du souffle

**

rares
si rares
sont ceux qui jouent vite et
profond
trop beaucoup trop
jouent vite et vide
moi je joue vite
vite et abyssal
tout comme Bird
mais de l’intérieur
de l’impérieux tréfonds du dedans
si vous voulez

**

mon saxophone est une forge
sa température s’élève
il devient rouge profond
si je le chauffe plus encore
il vire rouge clair
orangé
jaune comme le soleil
à 6000 degrés
bleu comme Sirius
à 9000 degrés
jusqu’à l’ultra-vif du violet
mon saxophone aspire
toutes les couleurs de l’arc-en-ciel
c’est un astre massif

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Naima
c’est impossible
impossible de surgir de si loin
Naima
d’écouter si profond
d’entrer à ce point dans le cœur du monde
Naima
d’entrer dans le grain de la voix
le grain de
la Voie lactée
d’entrer dans tout ce qui me noie
Naima
c’est le sang de ta voix
Naima
ma pulsation précieuse

**

« Naima » de John Coltrane sur l’album Giant Steps

Jeune Fille, d’Anne Wiazemsky

couverture chez Folio

Dans le cadre de mon défi Du Printemps des artistes 2021, j’ai déjà parlé plusieurs fois de peinture et de musique mais il est temps maintenant d’accorder une petite place au Septième Art avec ce livre autobiographique d’Anne Wiazemsky, intitulé Jeune Fille, où elle relate principalement ses relations complexes et ambiguës avec le cinéaste Robert Bresson (1901-1999) pendant le tournage de son fameux film « Au hasard Balthazar » (1965) où la jeune fille faisait ses premiers pas d’actrice et découvrait ce monde du cinéma qui l’avait toujours fait rêver.

Petite Note sur l’autrice :
Anne Wiazemsky (1947-2017) est une écrivaine, comédienne et réalisatrice française. Petite fille de l’écrivain catholique François Mauriac, elle est découverte à seulement 18 ans par le cinéaste Robert Bresson qui l’engage pour le rôle principal d’ Au hasard Balthazar. Elle a été l’épouse de Jean-Luc Godard de 1967 à 1970, qui l’a fait tourner dans plusieurs films, en particulier La Chinoise. Elle joue aussi dans des films de Marco Ferreri, de Michel Deville, de Philippe Garrel, etc. Mais aussi dans des films de Pasolini comme Théorème.

Présentation du début de ce Livre :

Par une connaissance commune, la jeune Anne Wiazemsky est amenée à rencontrer Robert Bresson, le célèbre cinéaste de « Pickpocket », qui cherche justement une jeune fille pour jouer le rôle principal de son prochain film. Très intimidée et mal dans sa peau, la jeune fille fait néanmoins quelques essais car elle rêve de faire du cinéma, comme beaucoup de filles de son âge. Robert Bresson se montre extrêmement aimable avec elle mais ne lui promet rien de précis. Il semble hésiter à l’engager et lui fait passer de nouveaux essais, tout en gardant vis-à-vis d’elle une attitude équivoque et séductrice. Mais, parallèlement, la famille d’Anne Wiazemsky, et particulièrement son grand-père, François Mauriac, se demandent s’ils doivent lui permettre de faire du cinéma, qui semble être un milieu dangereux pour une jeune fille, une mineure qui va encore au lycée et qui devra bientôt passer son Bac. En même temps, ne serait-ce pas odieux de lui interdire une expérience aussi merveilleuse et exaltante ? (…)

Mon humble Avis :

Ce livre entremêle plusieurs thèmes intéressants, qui se suivent avec plaisir.
On se trouve en premier lieu devant un portrait très saisissant de Robert Bresson, charmeur et manipulateur à souhait, qui se montre extrêmement possessif et autoritaire quand Anne Wiazemsky cherche à échapper à son emprise, et qui fait parfois preuve d’une brutalité révoltante, mais qui ne perd au fond jamais de vue son but unique : réussir son film et mettre ses acteurs dans les meilleures dispositions possibles pour jouer comme il faut.
Deuxième thème : nous assistons à la transformation d’une petite lycéenne complexée et timorée en jeune femme émancipée et libre de ses choix. On se dit que, par esprit de contradiction et de révolte, l’influence abusive et étouffante de Robert Bresson aura agi sur Anne Wiazemsky de manière libératrice. La longue période du tournage du film, loin de sa famille, correspond pour elle au passage à l’âge adulte, la naissance de sa vocation d’actrice, la rencontre de son premier amant, la brutale incompréhension entre sa mère et elle.
Troisième thème : Nous avons avec ce livre un document intéressant sur le tournage d’Au hasard Balthazar et les méthodes de travail de Robert Bresson, ses exigences particulières vis-à-vis de ses différents acteurs et actrices, sa manière d’agir avec le fameux âne qui tenait le rôle titre et qui n’était pas du tout coopératif, la façon dont les acteurs et techniciens pouvaient s’entendre ou se chamailler, les aléas météorologiques qui ont perturbé les scènes, les questions de financement et de production sont même un peu abordés par Anne Wiazemsky, qui visiblement n’a pas perdu une miette des divers aspects du tournage.
C’est donc un livre agréable et instructif, à l’écriture fluide et simple, non dénué d’un certain narcissisme (l’autrice aime se présenter sous un jour flatteur), mais où les amateurs de cinéma trouveront certainement de quoi alimenter leurs connaissances et nourrir leur curiosité.

Un Extrait page 25 :

Je dus lire et relire la même scène des Anges du péché. Les indications claquaient, brèves et sèches : « Pas de sentiment », « Plus vite », « Encore plus vite », « Ne pensez à rien ». L’homme assis en face de moi ne me lâchait pas des yeux. Il me donnait la réplique comme on joue au ping-pong, avec un automatisme parfaitement rodé. Je croyais en avoir fini ? Non, il fallait reprendre. Nos respirations s’étaient vite accordées. Laquelle s’était adaptée au rythme de l’autre ? Peu importait. Ce qui comptait, c’était la relative facilité avec laquelle je me pliais à ses directives, hypnotisée par le débit monotone de sa voix, la puissance de son regard, le silence autour de nous. A croire que Florence s’était volatilisée et qu’il n’y avait plus aucune vie dans l’immeuble, sur les quais, dans l’île Saint-Louis.
– Je ne sais pas de devinette, mais je sais une énigme. Vaut-il mieux avoir de la poussière sur ses meubles ou sur son âme ?
– D’où vient cette question ?
– Mère Saint-Jean…
– Assez.

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Deux poèmes de Jean-Michel Maulpoix

Dans le cadre de mon double mois thématique « Le Printemps des Artistes » d’Avril et Mai 2021, je voulais trouver des poèmes sur la musique mais aussi sur la peinture – donc, pourquoi pas, sur les couleurs de l’arc-en-ciel.
Et quand on parle de la couleur en poésie, il est difficile de ne pas penser à la célèbre Histoire de Bleu de Jean-Michel Maulpoix (né en 1952), un des livres les plus connus de la poésie française contemporaine, qui date de 1992.
Je vous en donne à lire aujourd’hui deux extraits.

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Page 38

Les femmes aux yeux noirs ont le regard bleu.

Bleue est la couleur du regard, du dedans de l’âme et de la pensée, de l’attente, de la rêverie et du sommeil.

Il nous plaît de confondre toutes les couleurs en une. Avec le vent, la mer, la neige, le rose très doux des peaux, le rouge à lèvres des rires, les cernes blancs de l’insomnie autour du vert des yeux, et les dorures fanées des feuilles qui s’écaillent, nous fabriquons du bleu.

Nous rêvons d’une terre bleue, d’une terre de couleur ronde, neuve comme au premier jour, et courbe ainsi qu’un corps de femme.

Nous nous accoutumons à n’y point voir clair dans l’infini, et patientons longtemps au bord de l’invisible. Nous convertissons en musique les discordances de notre vie. Ce bleu qui nous enduit le coeur nous délivre de notre condition claudicante. Aux heures de chagrin, nous le répandons comme un baume sur notre finitude. C’est pourquoi nous aimons le son du violoncelle et les soirées d’été : ce qui nous berce et nous endort. Le jour venu, l’illusion de l’amour nous fermera les yeux.

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page 72

Comme un linge, le ciel trempe.

Il passe au bleu. Ses contours se perdent, dilués dans l’inexistence. Il ne peut que s’enfoncer indéfiniment en soi, incapable de se connaître ni de se mirer. Epuisé par sa propre ignorance, le ciel bleuit de lassitude. Sa couleur est sa manière propre de désespérer, impeccablement pur au-dessus des robes claires et des rires. De ce qui le traverse, il ne conserve pas la trace. On n’y voit point de cicatrice à l’œil nu, hormis les rubans de fumées peu à peu dispersés des usines et des aéroplanes. Il oublie. Et pourtant ce bleu est mémoire. C’est là son unique raison d’être. Il ne sait pas au juste de quoi il se souvient, ni même si cela eut jamais une forme et un nom. Mais il veille sur ce souvenir. Avec une obstination calme, il fixe un vide lointain. Il n’en a pas fini avec le premier jour.

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Une histoire de bleu est disponible chez Poésie/Gallimard, avec une préface d’Antoine Emaz.

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Bientôt le Printemps des Artistes !

Comme je vous l’annonçais il y a quelques semaines, mon Défi « Le Printemps des Artistes » commence le 1er avril, dans deux jours exactement !

L’occasion est venue pour moi de vous rappeler le principe : il s’agit de lire et de chroniquer un livre où il est question d’un art (musique, peinture, sculpture, architecture, danse, bande dessinée, cinéma, etc.) ou dont le héros est un artiste (musicien, peintre, etc.)

Vous pouvez aussi voir et chroniquer un film répondant à cette description !

Vous trouverez sur Babelio sans difficulté des idées de lectures en cherchant « romans sur la peinture », « romans sur la musique », etc. donc je vous laisse chercher ce qui vous convient !

Et n’oubliez pas de me signaler vos articles en commentaires.

Voici le logo du Défi, conçu par Goran, que vous pouvez réutiliser sur vos blogs :

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