Quelques uns de mes derniers haikus

C’est devenu une tradition pour moi de publier mes haikus sur ce blog, donc je m’y recolle une nouvelle fois.
Cette fois-ci, la période électorale m’a inspiré quelques vers, de même, plus banalement, que la nature lors de mes promenades …

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Le bruit de la pluie
nous met martel en tête
– eau à percussions.

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A l’abri des pluies
sous les bras du platane
– les iris bleus.

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Grisaille d’avril
– le long des rues, le chant triste
des tourterelles.

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Devenir plus vieille
un jour d’avril pluvieux
– caprices du temps.

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Têtes d’affiches
dents noircies et petits cœurs
– sourire électoral.

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Affiche sauvage
dents noircies, œil au chewing-gum
– gauche caviardée.
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La plante d’intérieur
s’incline vers la fenêtre
– désir d’évasion.

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Se tenir aux murs
rebondir à cloche pied
– danse des chaussettes.

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Deux poèmes d’amour d’Attila Jozsef

J’ai sélectionné ces deux poèmes dans le recueil « Le mendiant de la beauté » paru chez l’éditeur de poésie Le temps des cerises en 2014.

Attila Jozsef est un poète hongrois du premier tiers du 20è siècle, mort tragiquement à seulement 32 ans.

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Ma chérie

C’est vrai que les pétales se rejoignent, le soir.
Je ne voulais même pas t’embrasser,
Juste te sentir ici, près de moi,
Comme le petit enfant aime sentir sa mère.
Le poirier sauvage se mêle à la branche greffée,
Moi aussi, je suis devenu meilleur, depuis que tu m’as
greffé tes baisers.
Mon adorée,
Et je suis plus beau, aussi, comme la nuit
Est plus belle grâce à ses astres innombrables.

Tu es la chaleur : un vent printanier qui annonce la pluie,
Qui enseigne aux enfants le jeu du chat perché
Et redresse les herbes embourbées.
Il y a longtemps que l’horizon broussailleux de mon torse t’attendait,
Tantôt affamé, tantôt transi de froid,
La horde des passions donnait des coups de cornes
Maintenant, la voilà
Paissant paisiblement dans le pré
Tes mots de lys, de giroflées.

Car tu es venue, oui,
Tu devais venir, mon Adorée.
Il fait encore sombre
On ne voit même pas notre souffle,
Mais déjà sur notre fenêtre s’épanouissent des fleurs de givre.
L’aube se lève au dehors,
Et mes lèvres parlent encore la langue des baisers.

28 janv. 1924

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En rêve tu es mienne

Notre bonheur s’est tapi, muet,
Nous écoutions cachés dans un silence secret.
Même les flammes du poêle dansaient avec bonheur,
L’ardeur de l’amour desséchait nos lèvres.
Même l’austère pendule ne bourdonnait pas.
Les murs blancs et fiers en furent abasourdis …

En rêve, tu es toujours à moi toute entière.
Parfois, même réveillé, je crois encore à nos baisers.

Première moitié de 1922

Quelques poèmes extraits du dernier numéro de Traction-Brabant

J’ai reçu le dernier numéro de Traction-Brabant il y a un peu plus de trois semaines (numéro 73), mais je n’ai eu le temps de le lire que récemment.
J’en ai fait une sélection toute personnelle, et vous livre donc maintenant ce petit florilège.

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CRUAUTE

« Tu ne fais pas ton âge ! » Ca agace Ulysse : ce genre de compliment distille une cruauté subliminale. Comme dans le jardin printanier des vertes amours où les jeunes filles en fleurs chahutent les garçons boutonneux, ceux-ci se ramassent plus de râteaux qu’ils ne roulent de pelles. Mi-avril, en râtelant les fleurs séchées, Ulysse soliloque : le printemps est la saison la plus cruelle de l’année, celle où la nature entière se renouvelle, alors que vous ne faites que prendre un an de plus. Les lois de la nature n’ont pas d’âge. Ulysse ploie l’échine.

LOUIS DUBOST

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ENVOL

D’un coup de fusil
L’automne s’étonne
La chasse est ouverte
Vivement qu’on meure
Se disent les feuilles
Tout bas à l’oreille

Vivement la mort
Pour partir enfin
Comme il est conté
Voyager au loin
Mille et une nuits
En tapis volant

Seulement voilà
Il leur manque encore
Facteur essentiel
Quelque vent complice
Pour leur apporter
La feuille de route

Alain Jean MACE

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Le soleil carré
découpe la moquette
jupe sur l’étendage
morceaux d’ongles
sur le tapis
pourquoi les heures
s’égrènent
je me tire la peau
je me tire en dedans
chaque fois

Valérie CANAT de CHIZY
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Secret du poète, un poème de Giuseppe Ungaretti


J’ai trouvé ce poème dans le recueil « Vie d’un homme » chez Gallimard.

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SECRET DU POETE

Je n’ai pour amie que la nuit.

Avec elle, toujours je pourrai parcourir
De moment en moment des heures, non pas vides,
Mais un temps que je mesure avec mon cœur
Comme il me plaît, sans jamais m’en distraire.

Ainsi lorsque je sens,
Encore s’arrachant à l’ombre,
L’espérance immuable
A nouveau débusquer en moi le feu
Et le rendre en silence
A tes gestes de terre
Aimés au point de paraître, lumière,
Immortels.

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Quelques uns de mes derniers haikus

Pourquoi ces fleurs
nommées pissenlits ? Chercher
des raisons bizarres.

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Arbres et belles verdures
font peur à certains
– pollens de printemps.

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Un pigeon tout gonflé
court derrière une pigeonne
au cœur de pierre.

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Le magnolia nu
toutes ses fleurs à ses pieds
– effeuillage d’avril.

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Petits cliquetis
sur les touches du piano,
les ongles trop longs.

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Quelle différence
entre le zéphyr et la brise ?
L’arbre s’en balance.

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Rien qu’à penser
au pèse-personne
sentir comme un poids.

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Au mépris du printemps
Elles jonchent le sous-bois
les feuilles d’automne.

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Harcèlement de rue :
se faire siffler par
un petit oiseau.
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J’espère que ces quelques haikus printaniers vous auront plu, n’hésitez pas à me laisser vos appréciations !

Ma bibliothèque – En résumé


J’ai eu envie de faire un petit point sur ma bibliothèque, après lecture du blog de Goran, dont j’ai trouvé l’idée très réjouissante, et que je vous invite à visiter ici.
Un aveu avant toute choses : je n’ai pas vraiment de bibliothèque bien localisée, plus exactement elle se divise entre deux appartements et se trouve disséminée sous les lits, sous les fauteuils, sur les tables, et accessoirement dans de (trop) petites bibliothèques … Pour réaliser cet article il m’a donc fallu fureter un peu partout, faire des piles de livres, etc.
Je peux dire que je possède environ 620 livres, sachant que je n’ai pas compté les livres pratiques, revues de poésie (j’en ai une centaine), revues de psycho, manuels pratiques d’informatique, et tous les livres qui n’ont pas grand chose à voir avec la littérature.
Sur ces 620 livres environ 50 sont des livres d’art, 40 sont des livres de psychologie et seulement 7 sont de la philosophie.
En retirant ces 97 livres, il me reste 523 livres de littérature parmi lesquels :
environ 40 sont des pièces de théâtre, avec pas mal de pièces de Shakespeare, d’Ibsen, de Pirandello et peu de classiques français. Contrairement à beaucoup de gens, j’aime énormément lire du théâtre, je préfère même en lire plutôt qu’assister à une représentation.
Environ cent cinquante sont des recueils de poésie, dont une bonne soixantaine rien que pour la poésie du 20è siècle.
Environ 90 ont été écrits par des femmes, Colette étant bien représentée, et d’une manière générale les romancières françaises contemporaines avec Delphine de Vigan, Virginie Despentes, Lydie Salvayre, etc.
Environ 95 ont été écrits avant le 20è siècle, surtout classés théâtre et poésie.
Environ 130 ont été écrits ces vingt dernières années, et se répartissent dans les romans et la poésie.
Environ 180 sont des livres d’auteurs étrangers, avec une prédilection pour Paul Auster, Zweig, Kundera, et les auteurs japonais du 20è siècle comme Kawabata ou Mishima.
J’ajoute que sur ces 523 livres, il y en a une petite vingtaine dont je compte me débarrasser et une petite vingtaine que je n’ai pas encore lus (ce ne sont pas les mêmes).

Voilà ! J’ai trouvé ce petit exercice agréable à faire, j’espère que le compte rendu vous aura intéressés !
Votre bibliothèque à vous est-elle très différente de la mienne ?

Un poème de Max Elskamp

J’ai retrouvé ce livre récemment dans ma bibliothèque : il y est depuis bien des années et je l’avais lu avec beaucoup de plaisir à l’époque où je l’avais acheté, mais depuis je l’avais tout à fait oublié.
Réparons donc cet oubli en faisant un petit point sur Max Elskamp, né en 1862 à Anvers et mort en 1931, qui est un poète symboliste belge (source Wikipédia) et dont on peut se procurer La chanson de la rue Saint-Paul et autres poèmes, paru chez Poésie-Gallimard.

Le poème que j’ai choisi fait partie du recueil « Les délectations moroses » qui auraient été écrites en 1913.

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Page 141

SONGE

Mon Dieu, des jours qui vont,
Mon Dieu, des jours qui viennent,

Dans le temps tout qui fond
Même douleurs anciennes,

Comme au monde, les heures
Sont d’hiver ou printemps,

Les jardins de nos cœurs
Ont aussi leurs saisons,

Et c’est de brume ou pluie,
De soleil ou clarté,

Qu’on vit en soi sa vie
Suivant le vent levé,

En la joie ou la peine
Alors à coupe pleine.

Mon Dieu, ils sont en nous
Comme en l’Inconscient,

Nos cœurs sages ou fous,
Suivant l’heure ou l’instant

Comme après dés jetés
On sait fortune ou ruine,

Ou comme aux jours d’été
Vent, les roseaux incline,

Car sans cause ou raison
C’est sises hors de nous,

Que choses et qui sont
Venues on ne sait d’où,

Et tenant du hasard
ou bien de notre étoile,

Nous font comme nuit noire
Dans l’abstrait qui les voile.

Or c’est ainsi, en soi,
Qu’on est si peu soi-même,

Qu’on ne sait pas pourquoi
L’on hait ou bien l’on aime,

Et que c’est vie qu’on a
Alors et qu’on subit,

Dans des jours longs, sans foi,
Ou souvent trop redits;

Et tu les a connus
Toi, ici haut qui rêves,

Et dans ton for à nu
Comme est le sable aux grèves ;

Et c’est ton cœur alors
Et qui a pris des ailes,

Pour retrouver sans leurre
Et sa paix et son ciel,

Dans le songe en la vie
Qui de tout nous délie.

L’écriture la vie, de Valérie Canat de Chizy

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L’écriture la vie est un recueil de poèmes de Valérie Canat de Chizy, qui vient de paraître aujourd’hui même (20 mars 2017) chez les éditions Le petit rameur, avec une préface de Sanda Voïca et une illustration de Sophie Brassart, suivies d’une postface de Mireille Disdero.

L’écriture la vie évoque la difficulté d’être, le désespoir, paradoxal alors que tout resplendit, le cœur étant partagé entre le monde extérieur qui se révèle « barré, figé’ et l’univers du poème qui, lui aussi, a des barreaux qui blessent. Pourtant, la vie est joyeuse mais elle laisse un manque, que seule l’écriture peut combler.
Ambivalence du monde, ambivalence du cœur autant capable  de chanter que de crier.

J’ai choisi trois poèmes dans ce recueil :

**

lorsque j’interroge
on me tend un miroir
me disant
que tout va bien
assis quatre autour
d’une table au soleil
autour d’une conversation
saisie par bribes
dont le contenu m’exile.

**

le froid dehors
les lumières de la ville
je tourne mon regard
vers l’intérieur
dans la chaleur du foyer
où le chat dort.

**

être à l’écoute de l’oiseau
assis sur l’échelle du cœur
mais c’est si dur parfois
juste regarder le pommier
et ses nuances d’or
le lierre rouge et ses méandres
le long du mur de la maison
aux volets bleus
mais mon cœur crie.

**

Valérie Canat de Chizy

 

 

 

 

Trois poèmes d’Anna Akhmatova

En cette journée des femmes, j’ai eu envie de publier quelques poèmes d’Anna Akhmatova (1889- 1966), la grande poétesse russe.

J’ai trouvé ces trois poèmes dans le recueil Requiem Poème sans héros et autres poèmes parus chez Poésie/Gallimard.

***

Le vingt-et-un. La nuit. Lundi.
Les contours de la ville dans la brume.
Je ne sais quel nigaud a prétendu
Que l’amour existe sur terre.
Paresse ? Ennui ? On y a cru.
On en vit; on attend le rendez-vous.
On craint la séparation.
On chante des chansons d’amour.
D’autres découvrent le secret ;
Un silence descend sur eux …
Je suis tombée là-dessus par hasard.
Depuis, je suis comme malade.

***

J’ai reconduit l’ami jusqu’à l’entrée;
Je suis restée debout dans la poussière d’or.
Un petit clocher dans le voisinage
Egrenait des sons graves.
Il me laisse choir ! Mot mal choisi.
Suis-je une fleur ? Une lettre ?
Mes yeux déjà ont un regard farouche
Dans le miroir qui s’obscurcit.

***

Se réveiller à l’aurore
Parce que la joie est trop forte,
Regarder par le hublot
Comme l’eau est verte,
Monter sur le pont – Le temps est gris –
Enveloppée de fourrures duveteuses,
Ecouter le bruit de la machine,
Et ne penser à rien,
Mais, sachant que je vais revoir
Celui qui est devenu mon étoile,
Me retrouver, dans la brise et les embruns,
A chaque instant plus jeune.

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Trois poèmes de Giuseppe Ungaretti

J’ai trouvé ces trois poèmes dans le très beau recueil Vie d’un homme (poésies 1914-1970) qui est un choix anthologique des poèmes de Giuseppe Ungaretti (1888-1970) paru chez Poésie-Gallimard.
J’ai choisi trois poèmes qui datent de l’année 1916 et qui me paraissent particulièrement émouvants.
Ils ont été traduits de l’italien par Jean Lescure.

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JE SUIS UNE CREATURE

Comme cette pierre
du Saint Michel
aussi froides
aussi dures
aussi sèches
aussi réfractaires
aussi totalement
inanimées

Comme cette pierre
sont les larmes
qui ne se voient pas

La mort
s’escompte
en vivant

Valloncello di Cima Quattro, 5 août 1916

***

DANS LE DEMI-SOMMEIL

Je veille la nuit violentée

L’air est criblé
comme une dentelle
par les coups de fusil
des hommes
renfoncés
dans les tranchées
comme les escargots dans leur coquille

Il me semble
qu’une ahanante
tourbe de cantonniers
pilonne le pavé
de pierre de lave
de mes routes
et je l’écoute
sans voir
dans le demi-sommeil.

Valloncello di Cima Quattro, 6 août 1916

***

SAN MARTINO DEL CARSO

De ces maisons
il n’est resté
que quelques
moignons de murs

De tant d’hommes
selon mon cœur
il n’est pas même
autant resté

Mais dans le cœur
aucune croix ne manque

C’est mon cœur
le pays le plus ravagé

Valloncello dell’albero isolato, 27 août 1916

***