Bonne Année et Gloria Mundi de R. Guédiguian


Je vous souhaite à tous une très belle et très heureuse année 2020 !
Paix, santé, amour et poésie pour chacun !

Ce jour de l’an est l’occasion de vous annoncer un nouveau rendez-vous mensuel :
à partir d’aujourd’hui, le premier jour de chaque mois sera marqué par un article cinéma : film récent ou plus ancien, français ou étranger, connu ou plus confidentiel …
J’espère en tout cas pouvoir vous parler de films intéressants, qui m’auront marquée d’une manière ou d’une autre.

Je commence dès ce premier janvier ce nouveau rendez-vous Cinéma avec le tout dernier film de Robert Guédiguian, sorti en décembre 2019, Gloria Mundi.

Le Synopsis vu par Wikipedia :

Daniel sort de prison où il était incarcéré depuis de longues années et retourne à Marseille. Sylvie, son ex-femme, l’a prévenu qu’il était grand-père : leur fille Mathilda vient de donner naissance à une petite Gloria.
Le temps a passé, chacun a fait ou refait sa vie…
En venant à la rencontre du bébé, Daniel découvre une famille recomposée qui lutte par tous les moyens pour rester debout. Quand un coup du sort fait voler en éclat ce fragile équilibre, Daniel, qui n’a plus rien à perdre, va tout tenter pour les aider.

Mon Avis

Voici un film très engagé à gauche, qui dénonce une société gangrenée par l’argent, où le monde du travail ressemble de plus en plus à une jungle dépourvue de toute règle et où règne la violence du chacun pour soi et des rapports de force frontaux. Même le cercle familial est contaminé par cette brutalité et les rapports entre parents-enfants et, pire encore, entre sœurs-beaux-frères ne font que refléter l’esprit de tromperie, de haine, de domination que l’on trouve ailleurs dans la société.
Macron est clairement mis en cause dans l’une des dernières scènes du film, où le personnage le plus odieux de la famille – Bruno, excellemment interprété par Grégoire Leprince-Ringuet – se réclame des valeurs macronistes dans un discours assez glaçant.
Ce film s’articule en fait sur trois couples : les « gentils » sexagénaires (Darroussin et Ariane Ascaride) qui font ce qu’ils peuvent pour s’en sortir et essayent d’aider leurs enfants quand ils le peuvent. Les « méchants » trentenaires (Leprince-Ringuet et Lola Naymark) qui n’ont pas d’autre valeur que l’argent et semblent représenter des sortes de Thénardier contemporains, cyniques et sans aucun scrupule. Et puis le troisième couple (Robinson Stévenin, Anaïs Demoustier), ni méchant ni gentil, représente ceux qui subissent le monde actuel de plein fouet, qui se font malmener et écraser par un système plus fort qu’eux.
Le personnage de Daniel, repris de justice au grand cœur, est une sorte de Jean Valjean des temps modernes, héros solitaire, grand-père attentionné et père protecteur. Il n’a jamais travaillé de sa vie et est resté pur de toute considération égoïste ou mercantile. Il écrit des haïkus, activité désintéressée et éthérée par excellence. La société n’a rien prévu pour sa réinsertion et il finira par choisir délibérément le sacrifice de sa liberté, pour le bien de sa famille.
Un film qui accumule peut-être un peu trop les malheurs et déconvenues sociales de toutes sortes, mais qui se révèle assez convaincant dans son propos et par moment très émouvant par la défense d’un humanisme envers et contre tout.

Matin, d’Arthur Rimbaud

N’eus-je pas une fois une jeunesse aimable, héroïque, fabuleuse, à écrire sur des feuilles d’or, – trop de chance ! Par quel crime, par quelle erreur, ai-je mérité ma faiblesse actuelle ? Vous qui prétendez que des bêtes poussent des sanglots de chagrin, que des malades désespèrent, que des morts rêvent mal, tâchez de raconter ma chute et mon sommeil. Moi, je ne puis pas plus m’expliquer que le mendiant avec ses continuels Pater et Ave Maria. Je ne sais plus parler !

Pourtant, aujourd’hui, je crois avoir fini la relation de mon enfer. C’était bien l’enfer ; l’ancien, celui dont le fils de l’homme ouvrit les portes.

Du même désert, à la même nuit, toujours mes yeux las se réveillent à l’étoile d’argent, toujours, sans que s’émeuvent les Rois de la vie, les trois mages, le coeur l’âme, l’esprit. Quand irons-nous, par delà les grèves et les monts, saluer la naissance du travail nouveau, la sagesse nouvelle, la fuite des tyrans et des démons, la fin de la superstition, adorer – les premiers ! – Noël sur la terre !

Le chant des cieux, la marche des peuples ! Esclaves, ne maudissons pas la vie.

***
Matin d’Arthur Rimbaud, extrait d’une Saison en Enfer

Joyeux Noël à tous ! Joyeuses fêtes !

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Deux poèmes de Marie-Claire Bancquart

L’anthologie Toute minute est première rassemble des textes choisis parmi les huit derniers recueils de Marie-Claire Bancquart, depuis 2005. Ce recueil se clôt avec les tout derniers poèmes qu’elle a écrits, et qui datent de novembre 2018.
Marie-Claire Bancquart, née en 1932, est décédée en février 2019.

***

Oui, j’ai coulé
pas tout à fait au fond
mais en totale absence.

Des murs anonymes.
Des draps jaunes marqués « Assistance publique ».
Ils ne me disaient rien : je savais encore épeler, mais non lire.

Des gens m’irritaient tout autour, ces grands insectes tourmenteurs, trop vifs.
Sous ma peau nourrie par des tubes
ils s’en donnaient : tubes, piqûres …

J’apprenais que la mort n’était pas facile.

***

Pourtant l’amour
se conforme à l’amour.
Il n’est couple d’oiseaux qui ne ressemble au nôtre.
Et du haut de leur toit, ils nous regardent
avec un rayonnement,
ils évoquent le temps où les bêtes parlaient,
leur parlaient à eux, les oiseaux,
tandis que se taisaient les hommes,
maintenant si bavards.
Il nous faudrait connaître le monde par leurs pépiements
si confidentiels à présent
que nous ne les déchiffrons pas.
Nous resterions assis sous leurs arbres,
et les écouterions comme les enfants
écoutent le maître.
Notre silence,
et la sûreté de leur pépiement
nous aiderait à vivre.

***

Toute minute est première est paru aux éditions du Castor Astral en 2019.

Deux poèmes d’Estelle Fenzy

J’ai découvert ces poèmes dans la revue Décharge n°182 de l’été 2019.

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Rivière (extraits)

C’était le temps

d’avant nous-mêmes
La terre nous aimait
Nous chevauchions
l’échine bleue de la rivière

J’étais sourcière
Je regardais bouger
tes robes de vapeur
pendant que tu trempais
tes pieds dans l’eau

Les rives s’essoufflaient vite de
nos enjambées de joie

***

Horoscope (extraits)

Je me regarde dans les miroirs, les rétroviseurs, les baies vitrées.

J’ai glissé les cendres de mon corps d’enfant sous le tapis du salon.

Je renais. Apprivoise ma gestation. Je me deviens.

Ravie de mes essais de maquillage, arc en ciel au visage, miroir mon beau miroir ?

– Tu vas voir le diable !

Ma grand-mère menace gentiment. Le Diable c’est sa grande affaire. Tout comme le bon Dieu, d’ailleurs.

Plantée face à mon reflet, je me dis qu’avant d’être en colère, désobéissante, orgueilleuse et puis déchue, j’ai bien le temps d’être un ange.

***

ESTELLE FENZY

Un de mes poèmes : L’Espace restant

Ce poème est paru dans la revue Les Cahiers du Sens, publiée par l’éditeur Le Nouvel Athanor en juin 2019.
Merci d’en respecter le droit d’auteur.

L’Espace Restant

L’automne arrive comme une mise en demeure et la nuit compte sur la chambre noire de nos sommeils pour développer ses négatifs.
La peur nous cerne, nous accule aux mensonges les plus escarpés, réduisant notre espace à quelque échafaudage mal domestiqué.
L’amour amadoue la brutalité des miroirs, l’amour transforme le néant vaste et noir en cathédrales d’espérance.
L’automne arrive comme un coup de semonce et l’aube précipite l’espace de la nuit dans les angles morts de l’éveil.

*

La nuit aux senteurs d’animal aux aguets – tantôt proie tantôt chasseresse – la nuit subtilise nos corps pour mieux illuminer nos rêves.
La nuit au front de taureau, aux mille banderilles scintillantes, déploie sa cape aveugle devant nos yeux pour mieux y planter la dague des sommeils sans retours.
Dans mon rêve, à la fois rêveuse et rêvée, contenu et contenant, je me transporte toute entière dans un paysage sans ombre ni soleil.

***

MARIE-ANNE BRUCH

Quelques poèmes de Daniel Kay

J’ai trouvé ces poèmes dans le recueil Vies silencieuses paru dans la collection blanche de Gallimard en 2019.
Comme son titre l’indique, ce livre évoque surtout la peinture ancienne, les grands maîtres de l’art et leurs oeuvres, mais aussi la couleur (bleue, rouge, mauve, …).
Daniel Kay, né en 1959 à Morlaix, est un poète français, auteur de nombreux recueils et livres d’artistes.

Plaintes de Dédale
(en haine du bleu)

Je hais du ciel ironique et cruellement bleu les fausses promesses, les vains espoirs, toutes ces fables découpées dans l’azur et cousues de fil blanc par des poètes dont l’existence reste incertaine, car j’ai connu la perfidie du bleu qui vous éblouit pour mieux vous dépouiller de votre bien le plus cher et finit par vous abandonner dans le rouge, le rouge ultime du sang, de la colère et de la douleur aveuglante.

***

Nulle Figure

Contre le bleu ou le rouge
le vert n’a plus grand-chose à espérer.
Il devra pousser,
jouer des coudes,
passer à l’abordage,
céder un peu de son carré d’herbes fraîchement taillées
s’il veut tenir sans trop d’égratignures
contre les mètres cubes d’azur, les millions de globules.

***

Rembrandt en Démocrite
(Musée de Cologne)

Giclées, frottis, coulures : la boue rougeâtre répand dans l’écart du nocturne la rugosité de la décrépitude, avec ses empâtements tassés dans l’ombre et ses champs de crevasses lunaires.
Les yeux, la bouche et la tignasse revêche à peine sortis de l’éboulement qui les a fait surgir du noir sous une grêle d’atomes font de l’inachevé une paraphrase de la finitude.
C’est de cela qu’il rit à s’en décrocher la mâchoire sous le vieux peigne édenté des comètes.

Une réforme contre les Handicapés

Vous savez que je ne parle quasiment jamais de politique ou de questions de société sur ce blog.
Mais aujourd’hui je vais transgresser mes habituels tabous car l’heure est grave.

Un projet de réforme est actuellement en cours : il vise à jeter les Handicapés dans la misère et à leur rendre la vie impossible par des contraintes Iniques et absurdes !

Les Associations de Défense des Droits des Handicapés se sont toutes insurgées contre cette réforme et ont demandé son abandon mais le Gouvernement s’en fiche et s’obstine.

Concrètement, le gouvernement veut supprimer l’Allocation Adulte Handicapé et la remplacer par une Allocation Universelle d’Activité.

Cela aura pour conséquence :
– Une baisse de revenus très importante : 850 euros par mois actuellement vont se réduire à 480 euros (pour une personne propriétaire de son logement).
– Mais surtout une obligation de travailler pour des Handicapés reconnus médicalement incapables de travailler.

Aujourd’hui, la question du Handicap est étudiée sous forme de dossier médical, avec l’avis d’une commission éclairée sur les problèmes médico-sociaux.
Demain, il n’y aura plus aucune spécificité du Handicap.

Si vous voulez donner votre avis sur ce projet de Loi scandaleux et ignoble et aider les Personnes Handicapées Vous pouvez répondre à la Consultation en Ligne Suivante :

https://www.consultation-rua.gouv.fr/

MERCI DE NOUS SOUTENIR

L’Anthologie Mot à Maux numéro 9

Je ne connaissais pas la revue Mot à maux, dirigée par Daniel Brochard, avant que mon ami le poète Denis Hamel m’en parle et me prête le numéro 9, qui vient de sortir il y a quelques jours.
Ce numéro spécial réunit des poèmes inédits de 18 poètes publiés habituellement chez l’éditeur indépendant du Petit Pavé dans la collection LE SEMAINIER dirigée par le poète Jean HOURLIER. Et on sent effectivement une esthétique commune qui donne une grande cohérence à ce numéro spécial et rend la lecture très agréable.
Beaucoup de ces poèmes m’ont plu, il est difficile d’établir une sélection.
Voici tout de même quelques uns de mes choix, parmi les plus courts.

***

Loire

I

Ce coulis d’air, ce rien de brise d’un glissement suave et lent.
Et cette coulée de fleuve sans colère, ne sait que mouvances et sables et délitement de rives.
Et cette barque perdue au bout des regrets, qui résiste à l’eau, et au vent, et au temps.

François FOLSCHEID

***

bouquet

Vois, dans le vase pansu, l’aucuba, l’oignon rose
l’œillet panaché de violet Vois comme ils frôlent
l’aile même du mystère, loin de ceux qui prônent
le refus de tout ailleurs Vois combien ils sont trône
de beauté Vois ces tiges nues, courbes, droites – drôle
d’assemblage – Là, bientôt, meurent tes idées moroses.

Nicolas GILLE

***

La fenêtre parle

9

Maintenant l’arbre
a mangé la lumière
et la fenêtre fane

Le cadre est écaillé
Les oiseaux sont partis
… ou alors ils se cachent
La vigne a poussé
de longs bras inutiles

(A quoi servent les bras
quand étreindre a disparu ?)

Marie DESMARETZ

***

Coupure

la rose morte

don de dieu ?

la peur d’un enfer pire qu’ici-bas

chaque extrait d’écorce d’arbre

est déjà un poème

la main touche la texture de la fleur

l’homme s’apprête à vivre en silence

dans le grand mystère

Denis HAMEL

***

Pour plus de renseignements sur cette revue, voici la page de Daniel Brochard :
motamaux.hautetfort.com/media/00/01/2627243959.pdf

Et voici le lien vers le blog de la revue Mot à Maux :
http://motamaux.hautetfort.com/

Le jeune Ahmed, des frères Dardenne

L’histoire : Un adolescent de treize ans, Ahmed, endoctriné par son imam dans des croyances islamistes radicales, projette d’assassiner une de ses professeurs, qui est selon lui « apostat » et « blasphématrice ». Après une première tentative d’assassinat, il est envoyé dans un centre de rééducation où des éducateurs essayent de le déradicaliser. Entres autres activités de réinsertion, il est amené à travailler dans une ferme des environs. Il voit aussi une psychologue qui s’assure de son changement d’attitude vis-à-vis de sa victime.

Mon avis : C’est un film sobre, qui se rapproche de l’atmosphère d’un documentaire. On suit au plus près l’adolescent dans ses activités quotidiennes : prières, travail, lavage de mains pour se purifier, entretiens avec quelques adultes (l’imam, la mère, la professeur, les éducateurs, etc.). L’adolescent nous apparaît complètement immergé dans ses croyances, ne remettant jamais en doute ses dogmes, froidement déterminé dans ses projets et n’ayant plus de relations affectives avec quiconque, ni avec les adultes ni avec les jeunes de son âge.
Dans le centre de rééducation, il fait semblant de changer et de s’humaniser, il joue la comédie du repentir, mais son changement est trop brutal pour nous laisser le moindre doute sur ses vraies intentions – car il continue de poursuivre son projet initial.
Si ce « héros » est particulièrement odieux et implacablement froid, nous le suivons malgré tout avec intérêt, curieux de voir s’il va s’amender et comprendre qu’un assassinat est un crime et non un exploit. Par ailleurs, à cause du très jeune âge de ce garçon, et de son caractère influençable, je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir parfois pitié de lui.
Un film qui nous met devant une réalité déplaisante et nous pousse à nous interroger sur ce phénomène sociologique et psychologique, mais sans nous conduire vers une idée de solution.
Un beau film, qui n’est pas sans rappeler, par son esthétique et ses thématiques adolescentes, « Le gamin au vélo » des mêmes frères Dardenne, que j’avais aussi beaucoup aimé.

L’Homme qui entendait des voix, d’Eric Dubois

Le poète Eric Dubois (né à Paris en 1966) vient de faire paraître aux éditions Unicité ce récit autobiographique qui aborde le sujet de la schizophrénie à travers un témoignage très sincère et lucide. Nous découvrons le contexte dans lequel la maladie s’est déclenchée, mais le poète se garde des explications et des analyses faciles. On remarque qu’il mène alors la vie tout à fait typique d’un jeune trentenaire des années 1990, avec ses amitiés, son contexte professionnel compliqué, ses relations amoureuses, l’usage de cannabis. Il explique et décrit l’apparition de cette maladie qui le conduit à l’hôpital, et les conséquences qu’elle a aujourd’hui encore sur son existence. Les effets secondaires des médicaments, le fait de vivre avec un handicap invisible, la difficulté de trouver du travail, les psychothérapies qui l’apaisent, les nombreuses amitiés poétiques qu’il a nouées.
Eric Dubois ne nous présente la schizophrénie ni comme une catastrophe ni comme un dédoublement de la personnalité (une idée fausse pourtant bien ancrée dans la population) mais comme une maladie psychique parmi d’autres, avec laquelle il faut apprendre à vivre.
Un livre qui intéressera ceux qui s’interrogent sur cette maladie, ou sur la psychiatrie en général, ou qui aiment lire des parcours de vie, des témoignages pleins d’humanité et de vérité.

Voici un extrait :

Et il y avait ces lumières, criardes, violentes, ces couleurs vives comme sous l’effet d’une drogue puissante. Épuisé et ravi, je me laissais aller à des rêves faits en plein jour, parfois, j’avais l’impression de voyager dans le temps, et observais chaque époque au coin d’une rue, mes ancêtres traverser les passages pour piétons, et aussi des petits êtres qui apparaissaient et disparaissaient en un quart de seconde. Les odeurs nauséabondes me poursuivaient également, là, où elles n’avaient pas lieu d’être. Et enfin les voix, Élie, Élie, Élie qu’elles disaient, pas méprisantes, pas ordurières, juste entêtantes, insectes de l’aube et du crépuscule, à certaines heures, mais toujours de courte durée.