Deux poèmes de Volker Braun

J’ai découvert ce livre Poèmes choisis paru chez Poésie-Gallimard au hasard de mes promenades dans ma librairie de quartier. Je ne connaissais pas l’auteur mais la curiosité l’a emporté sur la prudence – et c’est tant mieux.
Volker Braun (né en 1939) est l’un des principaux poètes allemands, issu de l’ex-RDA.
Ces poèmes sont traduits de l’allemand par Jean-Paul Barbe et Alain Lance.
Les deux que j’ai choisis sont extraits du recueil Le Massacre des Illusions (1990-2000).

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MON FRERE

Le mendiant sur les marches poisseuses de BANCO DI ROMA
Sur un bout de carton ondulé BROTHER, encagoulé
Dans sa casquette à midi. Qu’ai-je de plus que lui ?
Rien d’autre que mon poème qui m’offre gîte et couvert.
Ces mots, ces maux, sont couchés sur le papier, crasseux
Et dévoilés. Paroles sans vergogne
Qui logent dans la rue, mendiant la pitié.
Un gamin efflanqué, la main tendue
Titube de l’un à l’autre
Vers une autre personne. Les Roms, dans les gaz d’échappement.
Je n’ai même pas un espoir de plus que toi.

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LA PROPRIETE

Je suis là encore et mon pays passe à l’Ouest.
GUERRE AUX CHAUMIERES PAIX AUX PALAIS !
Je l’ai flanqué dehors comme on fait d’un vaurien.
Il brade à tout venant ses parures austères.
L’été de la convoitise succède à l’hiver.
Et à mon texte entier on ne comprend plus rien.
On me dit de planter mes pénates dans la brousse.
On m’arrache ce que je n’ai jamais possédé.
Ce que je n’ai vécu va toujours me manquer.
Comme un piège sur la route : l’espoir était à vif.
Ma propriété, la voici dans vos griffes.
Quand redirai-je à moi en voulant dire à tous ?

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Kaléïdoscope, un poème de Paul Verlaine

J’ai découvert ce poème il y a peut-être une quinzaine d’années et il m’a tout de suite plu par son mélange de raffinement et de trivialité, c’est maintenant l’un de mes poèmes préférés de Verlaine.
Je trouve qu’il se marie bien avec la peinture impressionniste, aussi je l’ai accompagné du célèbre tableau de Renoir « Bal du Moulin de la Galette » (1876).
Kaléidoscope est extrait du recueil Jadis et Naguère, datant de 1885.

KALEIDOSCOPE

(A Germain Nouveau)

Dans une rue, au cœur d’une ville de rêve
Ce sera comme quand on a déjà vécu :
Un instant à la fois très vague et très aigu…
Ô ce soleil parmi la brume qui se lève !

Ô ce cri sur la mer, cette voix dans les bois !
Ce sera comme quand on ignore des causes ;
Un lent réveil après bien des métempsycoses :
Les choses seront plus les mêmes qu’autrefois

Dans cette rue, au cœur de la ville magique
Où des orgues moudront des gigues dans les soirs,
Où les cafés auront des chats sur les dressoirs
Et que traverseront des bandes de musique.

Ce sera si fatal qu’on en croira mourir :
Des larmes ruisselant douces le long des joues,
Des rires sanglotés dans le fracas des roues,
Des invocations à la mort de venir,

Des mots anciens comme un bouquet de fleurs fanées !
Les bruits aigres des bals publics arriveront,
Et des veuves avec du cuivre après leur front,
Paysannes, fendront la foule des traînées

Qui flânent là, causant avec d’affreux moutards
Et des vieux sans sourcils que la dartre enfarine,
Cependant qu’à deux pas, dans des senteurs d’urine,
Quelque fête publique enverra des pétards.

Ce sera comme quand on rêve et qu’on s’éveille,
Et que l’on se rendort et que l’on rêve encor
De la même féerie et du même décor,
L’été, dans l’herbe, au bruit moiré d’un vol d’abeille.

Un de mes poèmes récents

Gracie du blog la Nef aux mille runes et Christian du blog Arbralettres m’ont demandé dans des commentaires à lire l’un de mes poèmes parus dans l’Anthologie La Poésie cent ans après Apollinaire éditée par La Maison de Poésie aux éditions Proverbe, dont j’avais parlé ici.
C’est avec plaisir que j’accède à cette demande.

Vraie vie

Il n’y a pas d’ailleurs, la vraie vie est ici. La vraie vie c’est les nuages qui nous fuient, l’amour qui nous néglige, les soleils à contretemps et les ciels à moitié dépolis. C’est les ongles rongés dans les salles d’attente combles, et vouloir le plein jour au milieu de la nuit. La vraie vie, c’est d’ignorer l’avenir, d’oublier le passé, de passer à travers le présent trop friable sans pouvoir en garder une miette.
La vraie vie, cette corvée, c’est du plein et du vide, des plages de silence, des parasites et des interférences, et parfois le miracle ordinaire d’une joie pure.

Marie-Anne Bruch

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Pour ceux qui sont intéressés par cette Anthologie, je signale qu’il est possible de se la procurer en contactant par mail La Maison de poésie : lamaisondepoesie (at) gmail (point) com.

Parution de mon Nouveau Recueil de Poésie

J’ai le plaisir de vous annoncer la parution dès mars 2019 aux éditions du Contentieux de mon nouveau recueil de poésie intitulé Buées dans l’hiver, qui réunit une trentaine de poèmes en vers libres.
Vous pouvez vous le procurer pour la somme modique de 5 euros (port compris) en écrivant à :

Editions du Contentieux
Robert Roman
7 rue des Gardénias
31100 TOULOUSE
(règlement par chèque)

Voici le Flyer de ce recueil, que vous pouvez imprimer comme bon de commande si le cœur vous en dit :

Et enfin, last but not least, je vous propose de lire un poème extrait de ce recueil.

Suivre la pente

Le monde sera toujours
à la fois jeune et vieux
vénéneux et vénérable,
la vie sera toujours
à la fois laide et belle
et nul ne tranchera ce conflit
sans trahir le jour qui vient.

Notre enfance court encore
devant nous, par les champs et les bois,
trop vite pour jamais la rattraper,
notre enfance a la bouche
et les doigts cramoisis
d’avoir cueilli trop de rires bien mûrs
dans les broussailles de la mémoire.

Les jours se ressemblent trop
pour laisser le moindre souvenir,
paroles et pensées
s’assèchent fatalement,
il y a peu à raconter
mais beaucoup à faire,
nous allons devenir
faute de mieux
des êtres efficaces,
on ne nous en demande
pas davantage.

Marie-Anne Bruch

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Quelques poèmes extraits de l’Anthologie Emile Blémont 2018

Cette Anthologie de la poésie française 100 ans après Apollinaire a été publiée au début décembre 2018 par La Maison de Poésie- Fondation Emile Blémont, dirigée par le poète Sylvestre Clancier.
Ce recueil réunit 50 poètes aux styles variés, chacun étant représenté par trois poèmes, ce qui offre un panorama représentatif de la poésie actuelle.
Je précise que j’ai eu le privilège de voir trois de mes poèmes figurer dans cette anthologie, ce dont je me réjouis beaucoup.

J’ai sélectionné quelques poèmes à partager ici :

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Je suis au-delà
de toute contingence
appliquée à vivre
sur la pointe des pieds
sans faire de bruit
j’étais dans un lieu
suspendu dans le temps
j’ai marché sur une vipère
dans l’herbe jaunie
elle s’est enfuie en zigzagant
le long des remparts
la vue surplombait
le bleu roi du fleuve

Valérie Canat de Chizy

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Verlainien Vers les miens

Le soleil est un revenant
Car il n’était jamais parti
Dans la rue maintenant j’entends
Des cris de collégiens sortis

Or, tout à l’heure j’écoutais
Le vent les bougeait pour de bon
Des feuilles le son discret
L’aria d’un opéra profond

Dont les camions et les voitures
Et les grilles d’emploi du temps
N’avaient dissipé la voix pure
Ne pourraient ternir le brillant

Elles ne parlent pas pour nous
Et n’iront non plus disparaître
Mais je me disais malgré tout
Ces feuilles nous enjoignent d’être

Jean-Luc Despax

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Fantaisie du dimanche

la rage rougeoyante des peuples se retire
soleil ouvert comme un fruit mûr
dont le sang se mélange à la mer

les rivières entremêlées remontent vers la source
c’est l’endroit qui les a vues naître
par-delà les carapaces de tortues

quatre fillettes dansent au clair de lune
parmi l’horreur des charniers
leurs cheveux se perdent dans les étoiles

alors que les chiens s’entre-égorgent
murmures indéchiffrables tombent
dans la terre comme une semence

Denis Hamel

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Le Saut

Rien qu’un saut
Et l’on tombe
Du berceau
Dans la tombe,

Mais ce saut,
Fais en sorte
Qu’au plus haut
Il te porte.

Saut de loup ?
Saut de l’ange ?
Vol d’aigle ou
De mésange ?

Ton départ
Peut-il n’être
Qu’un saut par
La fenêtre ?

Jean-Luc Moreau

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Les Ronces de Cécile Coulon


Ce recueil de poèmes, Les Ronces de Cécile Coulon, remporte un succès inespéré pour un recueil de poésie. Il a aussi remporté le Prix Apollinaire et le Prix Révélation de la Poésie de la SGDL. Devant un tel phénomène, j’ai eu envie de me rendre compte par moi-même si c’était compréhensible ou justifié.
Je n’ai pas été très enthousiasmée – pas dégoûtée non plus -, la langue est assez plate et les effets rythmiques sont obtenus par des répétitions un peu fastidieuses qui marquent une influence certaine de Prévert.
Beaucoup de ces poèmes sont trop longs, et je décrochais au bout de deux pages, mon intérêt se délitant au fur et à mesure.
Mais je reconnais qu’il y a parfois de jolies idées, et une émotion qui transparait, ce qui est l’essentiel.
Je comprends que ce recueil puisse plaire et émouvoir, grâce à des thèmes de la vie quotidienne et amoureuse qui concernent le plus grand nombre.
Si ce recueil réussit à amener vers la poésie contemporaine des lecteurs qui en sont éloignés, c’est parfait, et il n’y a pas à faire la fine bouche.

Cécile Coulon est née en 1990 en Auvergne, à Clermont-Ferrand, ville qu’elle habite, et qui l’habite encore aujourd’hui. Elle a commis de nombreux romans aux éditions Viviane Hamy, dont le roi n’a pas sommeil, prix France Culture / Nouvel Observateur et Trois saisons d’orage, prix des Libraires. Les Ronces est son premier recueil de poèmes. (Note de l’éditeur)

Je vous donne à lire un des poèmes les plus courts du recueil, page 26, qui est aussi l’un de mes préférés.

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Interlude

Ce visage endormi que tes yeux éclaboussent
de ce bleu si profond où la nuit
je ramasse
ce qu’il faut de trajets de tes lèvres
à ma bouche
pour pouvoir le matin s’arrêter
se suspendre au bord
du temps qui passe
comme deux grands oiseaux
alourdis par la pluie
font sécher au soleil
leurs plumes d’oreillers

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Les Ronces est un recueil paru en 2018 chez les éditions Le Castor Astral.

Deux poèmes d’Ito Naga

Ces deux poèmes sont extraits du recueil Iro mo ka mo, la couleur et le parfum paru chez Cheyne éditeur en 2010 dans la collection Grands Fonds.

Ito Naga est astrophysicien. Il a travaillé à la NASA et à l’agence spatiale européenne. (Source : Note de l’éditeur)

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Elle était restée interdite. Le professeur lui avait posé une question : « Pouvez-vous préciser votre pensée ? » et non, elle ne pouvait pas. Elle avait compris quelque chose qu’elle ne pouvait exprimer avec des mots.

Cette chose qu’elle avait comprise était devenue personnelle. Les mots ne collaient plus dessus comme la neige ne colle pas sur certains matériaux.

Pourtant cette chose s’était révélée précisément sous l’effet des mots. C’est donc de cette étrange salade qu’émerge notre compréhension du monde ?

Peut-être en lisant ce qui précède comprenez-vous mieux qu’avec les explications que je pourrais donner.

Je croyais que, pour les Japonais, appuyer le poing sur la tempe droite puis ouvrir brusquement la main signifiait « avoir une idée lumineuse » mais pas du tout. Cela signifie « Quel idiot (kuru kuru pa) ! ».

C’est à toi qu’on a fait ce geste ?

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« Cinq minutes suffisent au Japonais pour se préparer à un long voyage » écrivait Lofcadio Hearn « et son bagage tiendrait dans un mouchoir ». Un siècle plus tard, le Japonais assis à côté de moi dans l’avion part en Espagne avec pour tout bagage un petit sac de cuir.

Ils n’aiment pas faire de stocks, ni voir la poussière s’accumuler sur les choses. Certains utilisent un simple morceau de tissu carré pour faire un sac (furoshiki) qu’ils replient ensuite dans leur poche.

De quelqu’un qui exagère, on dit qu’il « étale son furoshiki ». Comme s’il voulait donner l’impression qu’il contient beaucoup de choses.

Mon voisin dans l’avion parle un peu français, mais les liaisons lui font peur. Dire « C’est-un-enfant » lui fait peur. De petites paniques dont il rit lui-même.

Pour décrire là où il habite, il dit seulement que l’air y est pur.

Pour indiquer qu’il fait beau, ils disent que le ciel est haut.

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Avec toi, un poème de Gaston Miron

Ce poème est extrait du recueil L’homme rapaillé, publié chez Poésie/Gallimard.

Gaston Miron (1928-1996) est un des poètes québécois les plus célèbres, il fut également homme politique.

***

Avec Toi

I

Je voudrais t’aimer comme tu m’aimes, d’une
seule coulée d’être ainsi qu’il serait beau
dans cet univers à la grande promesse du Sphinx
mais voici la poésie, les camarades, la lutte
voici le système précis qui écrase les nôtres
et je ne sais plus, je ne sais plus t’aimer
comme il le faudrait ainsi qu’il serait bon
ce que je veux te dire, je dis que je t’aime

l’effroi s’emmêle à l’eau qui ourle tes yeux
le dernier cri de ta détresse vrille à ma tempe
(nous vivons loin l’un de l’autre à cause de moi
plus démuni que pauvreté d’antan) (et militant)
ceux qui s’aimeront agrandis hors de nos limites
qu’ils pensent à nous, à ceux d’avant et d’après
(mais pas de remerciements, pas de pitié, par
amour), pour l’amour, seulement de temps en temps
à l’amour et aux hommes qui en furent éloignés

ce que je veux te dire, nous sommes ensemble
la flûte de tes passages, le son de ton être
ton être ainsi que frisson d’air dans l’hiver
il est ensemble au mien comme désir et chaleur

II

Je suis un homme simple avec des mots qui peinent
et je ne sais pas écrire en poète éblouissant
je suis tué (cent fois je fus tué), un tué rebelle
et j’ahane à me traîner pour aller plus loin
déchéance est ma parabole depuis des suites de pères
je tombe et tombe et m’agrippe encore
je me relève et je sais que je t’aime

je sais que d’autres hommes forceront un peu plus
la transgression, des hommes qui nous ressemblent
qui vivront dans la vigilance notre dignité réalisée
c’est en eux dans l’avenir que je m’attends
que je me dresse sans qu’ils le sachent, avec toi

Quelques uns de mes haïkus d’automne

Voici quelques haïkus écrits d’octobre à décembre 2018 – comme autant de petits souvenirs de la saison passée …
Je vous souhaite une année 2019 pleine de poésie et de plaisirs artistiques mais aussi de chaleur humaine et de sérénité !

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Ecrire en marchant
– compter mes pieds sur mes doigts
au rythme de mes pas.

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Croiser une feuille
Virevoltant dans sa chute
Autour de mon nez.

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Une feuille morte
Déchirée en son centre
– Barque du soleil

***

Engluées dans l’eau
Et couleur de carton pâte
– les feuilles au sol.

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Taches de soleil
dans le sous-bois – un Renoir
grandeur nature.

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Camaïeu de feuilles
du rosé au lie-de-vin
– titubent dans le vent.

***

Grésil de novembre
ne parvient pas à éteindre
le feu des feuillages.

***

Feuilles d’érable
Tombées sur le bitume
– étoiles dans la nuit

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Feuilles à cinq branches
Comme des mains ouvertes
Recueillant la pluie.

***

La feuille encore verte
Au milieu de l’arbre roux
– Refuse de vieillir.

***

L’arbre agite en l’air
Son unique feuille
– Adieu à l’automne

***

Un poème sur Noël de Max Jacob

J’ai trouvé ce poème dans le recueil de Max Jacob Poèmes de Morven le Gaëlique, paru chez Poésie-Gallimard.
Ce recueil fait partie des oeuvres tardives du poète, écrit à partir de 1927.

Max Jacob (1876-1944) est un poète, romancier et artiste qui fut ami d’Apollinaire, de Reverdy et des peintres cubistes. Arrêté par la Gestapo, il est mort en 1944 au camp de Drancy.

Noël

Le long des rues, le long des routes
une jeune dame enceinte sur un âne,
un âne conduit par un homme barbu,
c’est une jeune dame de la noblesse
mais son mari n’est qu’un ouvrier,
artisan menuisier ! et non pas vagabond.
Plusieurs anges fourriers marchaient devant
afin de préparer le logement
mais personne ne les a écoutés.
 » Vous refusez la sainteté et votre paradis.
– S’il est écrit qu’il doit naître dans un hangar
je préparerai une botte de paille dans mon écurie,
il y a là des bœufs et des moutons.
J’enverrai chercher la sage-femme.
– De sage-femme il n’est pas besoin,
le Saint-Esprit fera le travail par un miracle.
Préparez plutôt des chambres pour les rois mages
et un tonneau en perce pour les bergers.
Allez chercher du gui qui porte bonheur
et des branches de houx.
Le jour d’Emmanuel s’appelle Noël.

***

Je vous souhaite un très joyeux réveillon !