Deux de mes derniers Poèmes en Prose

photo de la revue

Ces deux poèmes ont été publiés dans la belle revue annuelle Des Cahiers du Sens, éditée par Le Nouvel Athanor, sous l’égide de Jean-Luc Maxence et Danny-Marc.
Ce nunéro de 2020 marquait le trentième anniversaire de cette revue et abordait le thème du Silence.
J’ai cru comprendre que Le Nouvel Athanor cesserait son activité avec cette parution, ce qui m’attriste un peu, même si je suis contente d’avoir pu partager un petit bout de cette aventure avec eux.

**

Le fait accompli

Le temps avance et nous emmène pas toujours avec lui. Restés en arrière, nous le regardons se diriger vers notre fin en nous demandant s’il est vraiment la peine de le rejoindre. Lui ne nous attend pas, son pas se fait au contraire plus pressé, plus sonore. Son pas continue à résonner dans nos têtes comme un glas urgent, jusqu’au bout du voyage. Bientôt, nous ne pourrons plus le rattraper et nos vies auront tout à fait versé dans le fossé de nos incuries et de nos poèmes en queue de poisson.

**

Paysage Amoureux

Le soleil ouvre à peine la paupière, les nuages font bande à part et je regarde ailleurs.
Le matin n’est pas encore sorti de mon lit et l’aube démaquille l’horizon sans ménagements.
Ton absence est d’autant plus pesante que ta présence est légère.
Ton silence est lumineux, ta parole éclairante.
Ton amour me porte et me simplifie le monde sans le rétrécir.
Ton amour dénoue les lacets imbriqués de la mélancolie et de l’effroi.
Nul besoin de magie blanche, de sacrifice aux lunes rousses ou d’incantations cryptées, il me suffit de me dédoubler parfois en ton cœur.

MARIE-ANNE BRUCH

**

Des poèmes parus dans le numéro 87 de Traction-Brabant

Le numéro 87 de la revue poétique trimestrielle Traction-Brabant, dirigée par le poète et éditeur Patrice Maltaverne, est paru le 21 février 2020, et c’est avec un peu de retard que j’en rends compte ici.
Beaucoup de ses poèmes ont retenu mon attention, voici trois d’entre eux.

**

L’homme cerf-volant

Le regard porté par un fil
Au bout duquel dansaient
Ici et là
Les couleurs d’une liberté
Avortée de l’aube
De rêves taillés dans
Les veines de l’enfance
A le voir, avancer le pas
Chaloupé, la bouche
Engloutissant le ciel
Habité, d’une
Etrange fougue
Bousculant les passants
Car le vent, le vent
Tournait vite
On se demandait, qui
De l’homme ou du cerf-volant
Tenait l’autre
Vivant

Marine Giangregorio

**

Trop Tard

J’ai vu de grandes eaux se répandre
sur des cercueils encore ouverts
alors
ils se changeaient en barques
et se perdaient dans une errance
inconcevable
quand les linceuls devenaient voiles
prenaient le vent et la même direction
égales dans la fuite
égales dans le temps
nul prêche à bord
nulle pêche au bord
les morts rigolaient
d’avoir encore pour un temps
un destin
mais il était beaucoup trop tard
il aurait fallu bien avant
tuer les machines

Daniel Birnbaum

**

Je te regarde nager au loin
Peut-être devrais-je partir – Maintenant
Suspendre le bonheur
Sur cette plage aveuglante, pour toujours ?
Qu’est-ce qui serait le plus lâche

Pierre Gondran, dit Remoux

Le Chant des Consonnes – 6è et dernière Partie

Voici la fin de ces petits exercices estivaux, avec les trois dernières consonnes de l’alphabet !
N’oubliez pas de respecter le droit d’auteur et de me consulter si vous souhaitez réutiliser ces textes, merci d’avance !

Statue de sphinx

Ivre de vin de Vouvray et vivante en vain, la veuve en verve à voix vindicative invective la vulve inventive et vouvoie son vis-à-vis, le revolver bivalve qui virevolte.

**

Lorsqu’un exorciste axé sur ses axiomes exigus s’exerce à occire l’accès aux extases sous prétexte d’excès toxique sans excuse, son sexe vexé s’exile jusqu’à ce qu’une rixe exquise extorque au sphinx exsangue son luxueux élixir.

**

Par zigzags s’Asie à Zanzibar, les onze oiseaux zinzins des horizons azurés zézayent à l’aise en osant des razzias oiseuses sur les usines usant d’osier en guise de zinc, causant des zizanies désabusées et nauséeuses chez les amazones.

**

Le Chant des Consonnes (5è Partie)

Je poursuis la publication de mes petits textes de jeunesse – exercices de diction pour s’emmêler la langue ou fantaisies sans prétention pour le simple plaisir de juxtaposer des mots !
Ce sont davantage des jeux langagiers que de véritables poèmes mais je vous demande néanmoins d’en respecter le droit d’auteur !

saucisson

Et c’est parti pour les trois consonnes suivantes :

Au regard des toreros qui arborent leurs parures de dorures près des remparts aux rebords rembourrés où le ronron récurrent des rigueurs meurtrières réfrigère leurs remords, le rire des rats roux repérant les roueries des serrureries et les rustreries des armureries rend à l’horreur un air rare.

**

Sous ce solstice à suspense, ces sangsues astucieuses censées sucer en silence la substance des espèces en sauce sans assassiner celles-ci, suscitent chez ce saucisson suspicieux une sensation d’insistance sans cesse associée à son sang.

**

Ton tonton un tantinet triste trotte en titubant au faîte d’un tertre tortueux, teinté de tas de détritus, tentant à tâtons de triturer, et tout autant de tripoter, les tétons en titane d’une statuette taciturne ; bientôt retentit le tintouin d’un triton contestataire, entêté à traiter un tel attentat de totale turpitude.

Deux poèmes de Tagore

Les blogueurs Patrice, Eva et Goran ont eu la bonne idée de mettre à l’honneur la littérature indienne en ce week-end prolongé du 3 au 6 septembre 2020, en compensation du Salon du Livre qui devait précisément se tourner vers ce pays et qui a été annulé pour cause d’épidémie.

J’ai donc choisi de participer à cette initiative et de publier ici deux beaux poèmes de Rabindranath Tagore (1861-1941), Prix Nobel de Littérature en 1913, et qui fut non seulement poète et romancier mais aussi musicien, peintre et philosophe.

Ces poèmes sont extraits du livre paru en 1963 chez Poésie-Gallimard, intitulé L’Offrande lyrique, suivi de La Corbeille de fruits.

**

(poème page 142, extrait du recueil La Corbeille de fruits)

Ma vie à son aurore était pareille à la fleur – la fleur épanouie qui laisse tomber un ou deux de ses pétales, et ne sent point sa perte quand la brise du printemps vient quêter à sa porte.

Aujourd’hui que sa jeunesse est finie, ma vie est pareille au fruit qui n’a plus rien à épargner : elle attend, pour s’offrir tout entière, avec tout son fardeau de douceur.

**

(poème page 119, extrait du recueil L’offrande lyrique)

C’est l’angoisse de la séparation qui s’épand par tout le monde et donne naissance à des formes sans nombre dans le ciel infini.
C’est ce chagrin de la séparation qui contemple en silence toute la nuit d’étoile en étoile et qui éveille une lyre parmi les chuchotantes feuilles dans la pluvieuse obscurité de juillet.
C’est cette envahissante peine qui s’épaissit en amours et désirs, en souffrances et en joies dans les demeures humaines, et, de mon cœur de poète, c’est toujours elle qui fond et ruisselle en chansons.

R. TAGORE

Le Chant des Consonnes (4ème Partie)

Mammouth

Continuons dans notre progression alphabétique et explorons les trois consonnes suivantes.
Je rappelle que ces petits textes sont soumis au droit d’auteur.

*** M ***

Au moment même où murmurent les mômes malmenés, ma momie aux mamelles de minium et à mémoire minimum de mammouth, ami des museums, mime, émue, l’amertume maritime des mamans et marmonne un magma mou.

*** N ***

La none nunuche aux narines naines et le chanoine aux haines inhumaines ne nient ni nos nounous anonymes ni nos nirvanas nocturnes mais ânonnent l’inanité innée de nos années monotones.

*** P ***

A propos de pipeau, le peuple des poulpes, propres pour la plupart, pomponne un poupon pimpant en palpant ses polypes pleins de pus prospère puis épépine sa pulpe aux pampres à peu près purpurins.

Marie-Anne Bruch

Le Chant des Consonnes (3ème Partie)

chouette cheveche

Voici la suite de mes petits textes facétieux qui datent des années 95-97.
Continuons avec les trois consonnes suivantes :

*** Ge et J ***

Georges, l’ange aux jolies joues jaunes, jadis jeune à jamais, jouit à jeun d’une gingivite jugée légère ; les gens agiles en jardinage et en jaugeage des joujoux engorgés l’engagent à agir au jus de jujube joint aux jets de gingembre.

*** CH ***

Cette chochotte, juchant sans chichis un hachis de haschisch sur sa chéchia puis chevauchant une chouette chevêche aux chants chichement chuchotés, cherche un chow-chow à chouchouter à l’archevêché de Cochinchine !

*** L ***

Loin du halo où les lucioles ont lié leur élan lacrymal, les libellules aux ailes en lamelles parallèles, qui pullulent le long des lilas, ont lu le libellé louant l’oubli du linceul au lieu de l’alcool légal : un loup ulule alors, tel l’élu d’un lent hallali.

Marie-Anne BRUCH

***

Deux poèmes d’Anne Hébert

anthologie quand les femmes parlent d’amour

Je continue d’explorer la très riche anthologie « quand les femmes parlent d’amour » dirigée par la romancière Françoise Chandernagor et parue au Cherche-Midi en 2016.

Anne Hébert (1916-2000) est une poète, romancière, dramaturge, scénariste québécoise, qui s’installa à Paris dans les années 60 et reçut de nombreux prix littéraires.

Il y a certainement quelqu’un

Il y a certainement quelqu’un
Qui m’a tuée
Puis s’en est allé
Sur la pointe des pieds
Sans rompre sa danse parfaite

A oublié de me coucher
M’a laissée debout
Toute liée
Sur le chemin
Le cœur dans son coffret ancien
Les prunelles pareilles
A leur plus pure image d’eau

A oublié d’effacer la beauté du monde
Autour de moi
A oublié de fermer mes yeux avides
Et permis leur passion perdue

**

Neige

La neige nous met en rêve sur de vastes plaines, sans traces ni couleur

Veille mon cœur, la neige nous met en selle sur des coursiers d’écume

Sonne l’enfance couronnée, la neige nous sacre en haute mer, plein songe, toutes voiles dehors

La neige nous met en magie, blancheur étale, plumes gonflées où perce l’oeil rouge de cet oiseau

Mon cœur, trait de feu sous des palmes de gel, file le sang qui s’émerveille.

***

ANNE HEBERT

Le Chant des Consonnes (1ère Partie)

photo de baobab

Pour cet été 2020, où nous avons tous besoin de détente, je vous propose des petits textes ludiques que j’ai écrits dans les années 1995 environ. Ils n’ont pas vraiment la prétention d’être « poétiques » mais j’espère qu’ils vous divertiront et qu’ils pourront fournir éventuellement des petits exercices de diction à des comédiens en herbe ou à tous ceux qui ont parfois la langue emberlificotée.
Je rappelle que ces textes ne sont pas libres de droit : prière de ne pas en faire usage sans citer mon nom.

*** B ***

A bâbord du baobab où un nabab bombe ses babouches et son bulbe à bubons, un babouin barbu imbibe le biberon du bébé de bourbe et barbouille ses babines de bonbons au Bourbon, en balbutiant des bribes barbares.

*** C ***

Qu’un quelconque cancre casqué d’une conque conique concocte un coq aux coquelicots et cactus concassés, il croque une carcasse cocasse, écarquille les quinquets et se requinque, quoiqu’il crie couic et claque sec, ce qui escroque les quincaillers coquins et enquiquine les coquets.

*** D ***

Deux druides dont le duodenum en débandade dodeline du dedans, se dandinent dans des dédales de rhododendrons, et décident un dromadaire au dos redondant à dédier des dindons aux dandys distendus de dédain et des édredons dodus aux dondons dénudées.

***
Marie-Anne Bruch

A suivre ! Le reste de l’alphabet dans les prochaines semaines !

L’Or Clair de Max Elskamp

J’ai trouvé ce poème dans le livre La chanson de la rue Saint-Paul publiée chez Poésie-Gallimard en 1997.
Il fait partie plus précisément du recueil Les Délectations moroses, dont la première publication date de 1923.
Max Elskamp (1862-1931) est un poète symboliste belge, féru d’arts asiatiques et d’ésotérisme. Précurseur de la modernité, il a beaucoup influencé les poètes du 20ème siècle, comme Apollinaire ou Eluard ou encore Norge, entre autres.
L’or clair m’a plu par son évocation des couleurs et son caractère chantant, presque envoûtant.

**

L’or clair

Or jaune est l’or pour être d’or,
Et l’homme humain pour être chair,
Et bleu le ciel et l’arbre vert
Comme jaune est, pour être d’or.

Et prends tes pinceaux toi qui peins,
Et mêle tes couleurs encor,
Le noir est nuit, le blanc n’est rien
Que toute la clarté qui dort.

Rouge est le sang pour être vin,
Au corps en lui qui boit la vie,
Mauve est la mort quand elle vient,
Et verte aux choses accomplies,

Et puis clartés, lumière luie,
Et blonde et douce ainsi qu’un miel,
Pour dire au monde le soleil,
Mets dans l’air partout des abeilles ;

Le noir est nuit, le blanc n’est rien
Que toute la clarté qui dort,
Et prends tes pinceaux toi qui peins,
Et mêle tes couleurs encor.

MAX ELSKAMP

***