Quelques poèmes de Ryôkan

Ryôkan (1758-1831), moine zen et poète japonais, fut peu connu de son temps mais devint très populaire au 20è siècle. Il a laissé à la postérité une cinquantaine de courtes poésies. (source : éditeur)

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Ô pruniers en fleur,
soyez pour mon vieux cœur
la consolation !
Mes amis d’ancienne date
à présent m’étant ravis.

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Même étourdiment,
ne fais plus mal à personne !
Singe que tu es,
tu n’en subirais pas moins
la conséquence des actes.

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L’automne bientôt
avec ce qu’il met au cœur
de si désolant.
Quand sur les petits bambous
la pluie devient plus sonore.

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Frondaisons pourprées
qui vous êtes effeuillées
dans l’eau du torrent,
laissez au moins vos reflets !
En souvenir de l’automne.

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Au crépuscule,
sur la colline, ces pins,
s’ils étaient des hommes,
c’est du passé qu’auprès d’eux
j’aimerais à m’enquérir.

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Le recueil Ô pruniers en fleur de Ryôkan était paru chez Folio en 2019 dans une traduction d’A.L. Colas datant de 2002.

Mon nouveau recueil poétique « La Portée de l’Ombre » est paru

Vous vous souvenez sans doute, si vous suivez ce blog, que les éditions Rafael de Surtis avaient lancé une souscription pour mon recueil « La Portée de l’ombre », où il est question de musique et de folie.
Cette souscription a bien marché, en grande partie grâce à vous, et je vous en remercie !
Le recueil a pu être publié vers la mi décembre 2020.

La poète et directrice du site Recours au Poème, Marilyne Bertoncini, a créé une vidéo à partir de l’un des textes de ce recueil : celui qui concerne Miles Davis et son célèbre morceau « So What ».
Merci à elle, car sa voix, sa diction, le paysage urbain et, bien sûr, la musique en arrière plan, correspondent parfaitement à mes intentions.

Pour acheter mon recueil, le bulletin de souscription que j’avais publié en novembre est toujours valable.
Je vous redonne le lien vers l’article ici.

Dans les prochaines semaines, je vous donnerai d’autres nouvelles de ce livre.

Deux poèmes d’amour de Marguerite Burnat-Provins

anthologie quand les femmes parlent d’amour

Ces deux poèmes sont extraits de l’anthologie Quand les femmes parlent d’amour, conçue par Françoise Chandernagor et parue chez Points.

Marguerite Burnat-Provins (1872-1952) fut d’abord étudiante aux Beaux-Arts et peintre paysagiste. A l’âge de trente-quatre ans elle commença à écrire des poèmes d’amour et excella dans les courtes proses poétiques. La tonalité érotique et passionnée de sa poésie scandalisa les lecteurs du début du 20è siècle. Elle voyagea en Syrie, au Liban, au Maroc. Vers la fin de sa vie, sa peinture s’orienta vers l’Art Brut. Elle mourut ignorée et oubliée et ne fut redécouverte que plus tard. (Sources de cette note : l’éditeur + Wikipedia)

Le Livre pour toi

LI

Me taire, te regarder.
Sentir ton amour en moi, comme un fer fouge, ne pas crier.
M’étourdir à contempler ton visage, ne pas chanceler.
Suivre la ligne longue de tes mains, sans les toucher.
Voir ton corps provocant tout près, tout près, sans approcher.
Souffrir d’un torturant bonheur : me taire, te regarder.

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Cantique d’été

LXXXVIII

Donne-moi tes mains, Sylvius, que je regarde les veines de tes poignets, les fils bleus qui sont les mailles de ta vie.
Je suis tranquille à tes pieds.
Il est trois heures, la canicule pèse sur la vallée, tout est assoupi, je me tais.
Je ferai ce que tu voudras.
Tu me diras : « Ma douce » et je baiserai longuement la place chaude et blanche qui bat.

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photo de la poète et artiste

Trois poèmes de Gérard Chaliand

couverture chez Poésie-Gallimard

Gérard Chaliand est né en 1934 à Bruxelles, spécialiste de géopolitique, il a passé une quarantaine d’années à voyager sur tous les continents.
La poésie et l’amour ont été, tout au long de son existence, avec l’aventure et l’intérêt porté aux autres cultures et à la création, ses soucis majeurs. (source : notice biographique des éditions Gallimard).

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(page 47.)

Chaque bouffée de soleil l’avait porté à l’amour ;
une tendresse déchirée lui faisait ouvrir les mains.

Du fond de sa mémoire, jaillissaient parfois
des tristesses anciennes auxquelles il ne croyait plus.

Quand il ouvrit les yeux, au grand soleil,
fatigué d’espérance, las d’avoir rêvé,
il s’étendit sur la grève, les lèvres pleines d’écume.
Loin, résonnait le pas des marches stériles.

La tristesse porte de longues fatigues,
tisse des rêves solitaires.
Tout me manque,
jusqu’à cette femme précieuse et nue dont j’ai soif.

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(page 132.)

Tout ce qu’il va perdre, je l’ai perdu

A Fanny

Tout ce qu’il va perdre,
disait Nazim Hikmet en évoquant sa jeunesse,
je l’ai perdu.
Et moi, il me faudra perdre aussi
ce qu’il me reste encore,
jusqu’à me perdre moi-même,
sans autre trace que les mots que je laisse,
devant un quai désert où bat le vide du vent.

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(page 117)

13.

 » La servitude abaisse les hommes jusqu’à s’en faire aimer »
Ces mots me reviennent souvent à l’esprit.
L’acceptation de l’ordre supposé du monde
Le poids de la tyrannie, subie au nom de la sécurité.
Je ne juge pas ceux qui furent défavorisés par la naissance,
mais les autres, ceux qui pouvaient…

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Le recueil Feu nomade, d’où sont issus ces trois poèmes, est paru chez Poésie/Gallimard en 2016.

Quelques poèmes de Lydia Padellec

Couverture du livre chez Al Manar

Voici quelques poèmes en prose de la poète contemporaine, plasticienne et éditrice, Lydia Padellec (née en 1976) : ils sont extraits du recueil Mélancolie des embruns, publié en 2016 chez Al Manar, et accompagnés d’aquarelles de Catherine Sourdillon.
Lydia Padellec vit et travaille en Bretagne et l’océan est l’une de ses sources d’inspiration. Elle apprécie les formes courtes, comme le haïku, et a déjà publié une dizaine de recueils poétiques.

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page 12

Je me suis assise sur un rocher face à la mer. Le soleil et une petite brise sur le visage. J’ai regardé la mer et j’ai commencé à dessiner des mots en pensée. Ils avaient la forme d’une île, chaque syllabe le grain de sable d’une plage encore déserte. Ils avaient le bruit léger des vagues, un froissement d’ailes dans le bleu.

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page 20

J’aspire profondément. La brise iodée parfume mes lèvres. Derrière l’île, le bleu immense. Mer ou ciel, on ne sait. La ligne d’horizon disparaît dans la brume qui se lève. Le cri d’un oiseau déchire l’espace. J’attends le poème et ce baiser qui ne viendra plus.

Port-Louis, septembre 2014

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page 24

Roche de lichen et de sable, l’île s’enfonce en moi, pèse au creux de l’estomac. L’ombre des mots s’effrite et l’épilobe brouille le chemin. Je sombre – corps lourd – dans les abysses profonds. L’eau noire assourdit ma tête. Je ne vois plus, autour de moi, que silence.

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Ce billet poétique est l’occasion de vous souhaiter :

JOYEUX NOEL A TOUS !
Heureuses Fêtes de Fin d’Année !

Quelques poèmes d’Abdellatif Laâbi

Couverture du recueil chez Poésie Gallimard

Ces poèmes sont extraits de l’anthologie personnelle d’Abdellatif Laâbi, intitulée L’arbre à poèmes, publiée chez Poésie/Gallimard en 2019.

Abdellatif Laâbi, né à Fès en 1942, est un poète, écrivain et traducteur marocain. Il a fondé en 1966 la revue Souffles qui jouera un rôle considérable dans le renouvellement culturel au Maghreb. Son combat lui vaut d’être emprisonné de 1972 à 1980. Il s’est exilé en France en 1985. Il reçoit le prix Goncourt de la poésie le 1er décembre 2009 et le Grand Prix de la Francophonie de l’Académie française en 2011. (Source : Wikipedia).

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Extraits de « Petites choses »

Les uns meublent leur attente
D’autres la préfèrent nue

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Prends à la vie
mais ne l’épuise pas

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La lampe a dit :
Je n’aime pas
cette concurrence déloyale
avec le jour

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Ami
où en sommes-nous
de nos rêves de jeunesse ?
Nous voulions surprendre le monde
Il nous a surpris

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Puisque le monde
est ainsi fait
nos rêves devront être
encore plus têtus

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Deux Heures de Train

En deux heures de train
je repasse le film de ma vie
Deux minutes par année en moyenne
Une demi-heure pour l’enfance
une autre pour la prison
L’amour, les livres, l’errance
se partagent le reste
La main de ma compagne
fond peu à peu dans la mienne
et sa tête sur mon épaule
est aussi légère qu’une colombe
A notre arrivée
j’aurai la cinquantaine
et il me restera à vivre
une heure environ

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Extraits de « Poèmes périssables »

De cette feuille
dite vierge
que sortira-t-il
Un bouton de seringa
ou une fleur carnivore ?
C’est moi qui tremble

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Ils ont tout de l’homme
et ce ne sont pas des hommes
Regardez-les faire
ce qu’aucune bête
n’a jamais pu faire
Ils sont là
tapis en nous
qui nous prétendons hommes

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Trois poèmes d’Albane Gellé

couverture chez Cheyne

Albane Gellé est une poète française née en 1971. Elle a publié une trentaine de recueils chez différents éditeurs.
J’ai acheté récemment son livre « L’au-delà de nos âges » paru aux éditions Cheyne en 2020, et j’ai apprécié sa délicatesse et sa justesse.
J’ai sélectionné trois poèmes dans ce recueil, parmi mes préférés.

(page 48)

Nous sommes l’enfant d’hier
la morte de demain
nous sommes la mère
nous sommes la fille
les jours passent
nos yeux grandissent
nous voyons bien que tout change
nous choisissons enfin
de ne pas être une autre
que celle que nous sommes
vivante
irrécupérable.

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(page 45)

Nous parcourons les âges
l’amour est du voyage
nous revêtons ses mues
pour le meilleur et pour le pire
serments crachés et puis rompus
nous alternons entre chaud froid
tunnels passés
nous remercions les crépuscules
sur le clocher un coq s’affole
girouette avec le vent du nord.

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(page 32)

Nous nous convertissons
nous adhérons nous payons cher
nos violentes appartenances
nous barrons le passage
à la petite voix
celle-là dedans qui tambourine
des au secours à tout-va
nous flottons entre-deux
coupant les racines
et coupant les ailes
nous sommes nombreux
et nous sommes seuls.

ALBANE GELLE

Quelques poèmes parus dans Arpa numéro 128

Voici trois poèmes parus dans la revue poétique Arpa numéro 128 du printemps 2020.
Je ne connaissais pas ces trois poètes et suis ravie de cette découverte.

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Le domaine

Il m’est donné cet espace
A bâtir et à planter.
Si j’y crois laisser ma trace
L’eau vite va l’effacer.

Il m’est donné cet espace
A compter et clôturer.
A la fin, de guerre lasse,
Je le déclôturerai.

Il m’est donné cet espace
A chérir et à léguer.
Si se fixe enfin ma place
C’est pour mieux l’abandonner.

Benoît VERMANDER

***

Le regard qui plonge vers moi
Un regard que seul un enfant peut avoir
Qui cherche quoi
Un regard qui pourrait être terrible
S’il venait d’un adulte
Car il ne porte aucune intention
Aucune pensée mais qui est intense
Simplement intense
Un regard qui brûle ou donne la joie.

Georges CHICH

***

J’entrouvre, au matin, les volets sur l’été.

Le soleil entre à demi-mot, se glisse parmi la pénombre – laissant dehors les feuilles balancer. Des rais de lumière s’entrecroisent au-dedans, décalquent au sol les rideaux, bientôt bâtissent le silence dont ils sont poutres charpentières.

Surgit alors un temps d’enfance, de délivrance, un temps de chapelle peut-être.

Les mots sont pleins.

Françoise VIGNET

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Une lettre-poème de Marie Desmaretz

couverture du recueil de Marie Desmaretz

Ce texte de Marie Desmaretz est extrait du livre Les lettres-poèmes de Marie publié en 2017 aux éditions du Petit Pavé, dans la collection Le Semainier dirigée par Jean Hourlier. Ces lettres-poèmes adressées par Marie Desmaretz à ses amis poètes sont de beaux témoignages d’amitié et de poésie mêlées.
Comme l’écrit Jean Chatard en préface : « Chaque texte est un élan, élan d’une artiste pour ses nombreux amis. Chaque dédicataire de lettre-poème se trouve concerné au plus haut point. Au niveau de l’écrit et à celui, plus rare, de l’amitié. En quelques lignes, Marie pénètre dans l’intime de chacun et y séjourne durablement. (…)  »

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page 17

Lettre-poème à Jean Chatard

A l’ami Jean, ces confidences tristes
parce que je n’en peux plus de l’hiver

Mai dans son soleil à quatre sous
Les muguets à la peine fripés de vent
Une mouette égarée (son cri) quand j’espère l’hirondelle (ses coups de ciseaux retaillant un ciel plus juste) Des mots qui fanent au bord des prières
Un arbre – comme un chien – seul dans la fenêtre

Mon bel hier est tombé comme un sac et me voilà maintenant si petite – Jean –
si petite sous la lampe
Avec l’herbier des chagrins ouvert sur la table
avec de grands morceaux d’hiver qui vieillissent
mes épaules et du vide tout autour du vide
qui parle une langue pauvre

Me voilà maintenant si petite et tellement
ignorante du geste qui sauve
Je ne sais plus comment on fait de l’été
comment on fait de l’intense
J’ai oublié l’heure des fruits l’heure des femmes
la lumière

Dans mes fonds de mémoire je cherche souvent
ce que j’ai perdu

Parfois je retrouve un bout d’avril à peau d’iris
un poème où j’ai demeuré
quelques paillettes d’insouciance…

Mais très vite le ciel tourne court se dérobe
m’abandonne

Et après vois-tu Jean
il fait encore plus froid.

Mai 2013

Parution de mon nouveau recueil « La Portée de l’ombre » : Lancement de la Souscription.

Cher(e)s ami(e)s blogueurs(euses), poètes, amateurs (trices) de littérature,

J’ai le plaisir de vous annoncer le lancement d’une souscription pour mon recueil « La Portée de l’ombre » à paraître en décembre 2020 chez Rafael de Surtis.
Il s’agit d’un recueil de proses sur la musique (classique et jazz) de Bach à Miles Davis, sur les émotions artistiques en général et aussi sur la folie et l’internement, avec quelques échos et parallèles entre ces thèmes.
C’est un recueil très personnel où j’explore des sentiments et des perceptions que chacun peut connaître à des degrés divers.

Pour commander, vous pouvez imprimer le bulletin et le renvoyer avec votre règlement aux éditions Rafaël de Surtis, 7 rue Saint-Michel, 81170 Cordes sur Ciel – France.

Merci par avance à ceux qui auront cet intérêt !

Voici deux extraits de ce recueil :

Fauré – Quartet n°1 – Allegro (1er mouvement) – 1879

C’est une musique qui allie exaltation et humeur plaintive : on sent un grand chagrin, ou plutôt des envolées successives de chagrin, comme un sanglot qui n’accepte pas de se laisser consoler et qui se force à aller crescendo.
Cette musique possède une grande unité de ton, elle garde son caractère sophistiqué et son raffinement quelles que soient les circonstances.
Quelque chose d’élitiste, de précieux, de hautain, dans ces circonvolutions mélodiques : on sent que ce quartet a pu être joué par des dandys à monocles et des élégantes à éventails, du temps de la Belle Epoque, dans des salons du boulevard Saint-Germain, en revenant d’une promenade en calèche au Bois de Boulogne.
On pense à Proust, on voit des jeunes filles en robes blanches rire sous les tonnelles, observées à distance respectueuse par des hommes du monde neurasthéniques et rongés par des accès de jalousie morose.

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(Un autre extrait, plus loin)

Quelques temps après ma première hospitalisation – il y a quinze ans – j’avais croisé par hasard dans la rue une jeune femme que j’avais connue à l’hôpital.
Au moment où je l’ai croisée, je ne délirais plus mais j’étais très tracassée par le contenu de mon ancien délire et très mortifiée d’avoir été enfermée.
Cette rencontre dans la rue avait été pour moi l’occasion de parler de mon expérience délirante à cette jeune femme, et de lui demander ses impressions sur le délire qu’elle avait traversé de son côté.
Elle avait répondu à mes questions avec beaucoup de réticence et je la sentais gênée d’être amenée sur ce sujet.
Elle m’avait tout de même confié que, dans son expérience, elle avait sauvé le monde et que son délire ressemblait à un film fantastique américain.
Au bout de quelques minutes, elle avait écourté notre entrevue et m’avait dit qu’elle espérait que nous parlerions d’autre chose si nous devions nous recroiser un jour.
Je m’étais aperçue, avec surprise, que le contenu d’un délire était une chose intime et honteuse qu’il fallait garder pour soi.
Pourtant, dans mon idée, cette sorte d’expérience était quelque chose de rare qui pouvait nous apprendre quelque chose sur notre esprit, voire même sur le monde.

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Voici le bulletin de souscription :

bon de commande