Parution de Triptyque chez 5 Sens Editions

Triptyque_Bruch_Hamel J’ai le plaisir de vous annoncer la parution de mon recueil de poèmes, Triptyque, suivi de Voix Croisées – coécrit avec Denis Hamel.
C’est l’aboutissement de plusieurs années de travail, et donc une grande satisfaction !

Voici le texte de la quatrième de couverture :

Tu rêves de retrousser les jupons en dentelle de la mer

Quand ce monde ne tient que sur des faux-semblants
Pouvons-nous y risquer une parole vraie ?

Ma date de naissance est à moitié morte

Tels sont quelques-uns des vers de Triptyque, livre anthologique réunissant trois recueils écrits entre 2000 et 2015.

Parce que nos émotions sont multiples, bigarrées ou encore en demi-teintes, Marie-Anne Bruch a choisi de les explorer par le biais de diverses formes poétiques (sonnets, vers libres, poèmes en prose) qui se complètent sans se heurter.

Ecrire des sonnets au 21ème siècle, ce n’est pas un anachronisme, encore moins l’effet d’une douteuse nostalgie, mais c’est une manière originale de revivifier notre modernité. De ce recueil de sonnets – intitulé Feue l’étincelle – Bertrand Degott a écrit que “leur désinvolture un peu mélancolique et désabusée fai(sai)t penser à Laforgue.”

Plumes dans le Vide, par l’emploi du vers libre, répond à un désir de concision et de clarté, et explore le thème complexe et souvent déroutant de l’identité. Les Frontières Intérieures tentent de sonder les profondeurs de l’âme, dans une prose pleine de visions et de résonances.

Triptyque est suivi de Voix Croisées, où les voix de Denis Hamel et de Marie-Anne Bruch alternent, dans un subtil jeu d’ombres et de lumières.

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Voici le lien vers le site de l’éditeur :
http://www.5senseditions.ch/catalogue.html#!/Triptyque/p/57271078/category=12720219

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En forêt, un poème de Germain Nouveau

Je continue mon incursion dans la poésie de Germain Nouveau, avec ce poème :

En forêt

Dans la forêt étrange, c’est la nuit ;
C’est comme un noir silence qui bruit ;

Dans la forêt, ici blanche et là brune,
En pleurs de lait filtre le clair de lune.

Un vent d’été, qui souffle on ne sait d’où,
Erre en rêvant comme une âme de fou ;

Et sous des yeux d’étoile épanouie,
La forêt chante avec un bruit de pluie.

Parfois il vient des gémissements doux
Des lointains bleus pleins d’oiseaux et de loups ;

Il vient aussi des senteurs de repaires ;
C’est l’heure froide où dorment les vipères,

L’heure où l’amour s’épeure au fond du nid,
Où s’élabore en secret l’aconit ;

Où l’être qui garde une chère offense,
Se sentant seul et loin des hommes, pense.

– Pourtant la lune est bonne dans le ciel,
Qui verse, avec un sourire de miel,

Son âme calme et ses pâleurs amies
Au troupeau roux des roches endormies.

Germain Nouveau.

***

Pauvre chose, un roman de Wataya Risa

Wataya-Risa-Pauvre-chose

L’histoire se déroule dans le Tokyo d’aujourd’hui. L’héroïne, Julie, est une jeune japonaise moderne et sensible, vendeuse de vêtements dans un grand magasin. Son petit ami, Ryûdai, vient d’inviter à vivre chez lui son ex, Akiyo, parce que, explique-t-il, elle vient de se retrouver sans emploi et sans logement, et qu’elle ne connait personne d’autre qui puisse l’aider. Cette situation perturbe au plus haut point Julie, qui ne comprend pas que l’on puisse héberger son ex. Mais elle essaye de comprendre, de se mettre à la place d’Akiyo. De plus, elle sait que Ryûdai et Akiyo ont passé plusieurs années aux Etats-Unis, où la culture n’est pas la même qu’au Japon, et où on héberge facilement des amis chez soi. Bien que tiraillée par la jalousie et le soupçon, Julie essaye de se montrer généreuse et plaint la pauvre Akiyo qui n’arrive pas à trouver du travail.

Mon avis : J’ai trouvé que la psychologie des personnages était extrêmement bien vue et bien décrite. On suit pas à pas les différentes étapes par lesquelles passe l’héroïne et on a l’impression de ressentir les mêmes choses qu’elle. Bien que je ne m’intéresse pas du tout à la mode, je n’ai pas trouvé ennuyeuses les réflexions de Julie au sujet de son métier de vendeuse et de sa passion pour les vêtements et la vente, d’autant plus qu’il y a parfois des rapprochements intéressants et subtils avec sa situation sentimentale. Ainsi, Julie remarque qu’à force de vanter certains produits aux clientes, elle finit par se convaincre elle-même des qualités de ces produits, et finit par avoir envie de les acheter, alors qu’elle les trouvait sans attrait à l’origine, ce qui lui fait penser que, peut-être, Ryûdai, à force de cohabiter avec son ex, finira par lui trouver des qualités.
J’ai trouvé que ce roman ne s’éparpillait pas, ne déviait jamais de son propos, et qu’on était entraîné dans une sorte de flux sans digressions, ce que j’ai apprécié. Il y a très peu de personnages secondaires, tout se concentrant sur le trio principal, et ces personnages secondaires n’interviennent que pour nourrir les réflexions de Julie sur sa situation de couple.
L’écriture est moderne, avec un vocabulaire jeune, mais tout de même très travaillée et maîtrisée.
J’ai bien aimé aussi les comparaisons que fait Julie entre la culture japonaise et la culture américaine, ça m’a appris des choses dont je ne me doutais pas.
Un livre à la fois subtil et vivant, que je retiens comme une bonne surprise de lecture !

Pauvre Chose a paru aux éditions Philippe Picquier en automne 2015, avec une traduction de Patrick Honnoré.

Poison perdu, un sonnet de Germain Nouveau

J’ai trouvé ce poème dans le recueil L’amour de l’amour publié chez Orphée La différence en 1992.
Germain Nouveau est un poète contemporain de Verlaine et de Rimbaud, avec lesquels il a été très lié.
Poison Perdu aurait été écrit à la suite de la rupture entre Nouveau et Rimbaud.

***

Poison Perdu

Des nuits du blond et de la brune
Pas un souvenir n’est resté
Pas une dentelle d’été,
Pas une cravate commune ;

Et sur le balcon où le thé
Se prend aux heures de la lune
Il n’est resté de trace, aucune,
Pas un souvenir n’est resté.

Seule au coin d’un rideau piquée,
Brille une épingle à tête d’or
Comme un gros insecte qui dort.

Pointe d’un fin poison trempée,
Je te prends, sois-moi préparée
Aux heures des désirs de mort.

Germain Nouveau

***

Paris martyrisé

Je ne mettrai pas d’image sur cet article car rien ne peut illustrer l’état de choc dans lequel les parisiens se trouvent plongés. Mélange d’effroi, d’incompréhension, de stupeur. Pourtant, depuis le mois de janvier, nous étions prévenus et nous nous attendions à tout moment à ce qu’un attentat grave se produise. Mais nous n’imaginions peut-être pas une action d’une telle envergure, une véritable guérilla. Surtout, nous craignons qu’il s’agisse des prémisses d’actions encore plus graves.

Toutes mes pensées vont aux victimes, à leurs familles, et à leurs proches.

Continuons à nous nourrir de littérature, de poésie et de toutes les belles choses que les terroristes veulent éliminer.
Et gardons l’esprit vif et alerte !

Harmonie Harmonie, de Vincent Jolit

jolit_harmonieCe livre est une biographie du compositeur autrichien Arnold Schönberg (1874-1951), grand inventeur de la musique dodécaphonique et sérielle et, en tant que tel, un des principaux compositeurs du 20ème siècle. Mais, bizarrement, le personnage, tout au long du livre, n’est jamais appelé par son nom et l’auteur se contente d’un « Arnold » assez familier – parti pris d’écriture que je n’ai pas trop compris.

Grâce à ce livre, très intéressant, j’ai appris beaucoup de choses sur Schönberg : en particulier, qu’il avait hésité pendant plusieurs années entre la peinture et la musique et qu’il avait réalisé un bon nombre de tableaux de style expressionniste qui n’étaient pas dénués d’intérêt et qui avaient été exposés par les nazis sous l’étiquette d’ « Art Dégénéré » (en tant que musicien il sera également catalogué par les nazis comme artiste dégénéré). Je ne savais pas non plus qu’Alban Berg et Anton Webern avaient été des élèves aussi dévoués et prêts à tout pour protéger leur maître. J’ignorais également que Schönberg était un personnage si austère, souvent déprimé, cérébral, jusqu’au-boutiste, ne craignant pas d’affronter la pauvreté et la solitude pour créer en toute indépendance. Autre découverte : A l’époque des persécutions nazies, et alors qu’il était réfugié aux Etats-Unis, il renoue avec ses racines juives, se convertit au judaïsme, compose des musiques de prière et caresse le projet de créer un Etat juif.

Précurseur incompris, quelle que soit l’époque et quel que soit le pays, la plupart de ses compositions seront accueillies par des huées et des sifflets, incompréhension que lui-même ne comprendra pas et n’admettra pas, mais qui, pour autant, ne le feront pas reculer devant les audaces.

J’ai trouvé ce livre très intéressant, vivant, et même intelligent (la comparaison entre la musique de Schönberg et celle de Stravinski m’a plus que convaincue).

Seul bémol : Ce livre est écrit dans un style primesautier, familier, proche du langage parlé, qui ne m’a pas du tout plu et qui, d’ailleurs, ne convient pas tellement à ces sujets graves et complexes.

Harmonie Harmonie avait paru aux Editions de La Martinière en 2014.

Trois poèmes d’Anise Koltz

koltz_monde Ces trois poèmes sont extraits du recueil Un monde de pierres paru chez Arfuyen en 2015.
Anise Koltz est une poète luxembourgeoise née en 1928.

Nous restons orphelins
malgré la mère
et le père

Sans fin
ni commencement
nous errons
dans un monde de pierres

**

La nuit roule
sur les toits

Les signes s’effacent
la cicatrice de naissance s’ouvre

Chaque rupture
est un nouveau recommencement
une nouvelle alliance

Pour exister
nous avons besoin
d’ailes solides de rapace

**

La mémoire
a construit le temps

Le monde est fait
d’après les images
que nous lui attribuons

Chaque parole
parlée ou écrite
contient notre mortalité

***

Sonnet 49 de Pablo Neruda

pablo_neruda Ce sonnet fait partie de La Centaine d’amour, disponible chez Poésie/Gallimard.

Sonnet 49

Nous sommes aujourd’hui : hier, doucement, a chu
entre des doigts de jour et des yeux de sommeil,
demain arrivera de sa verte démarche,
et nul n’arrêtera le fleuve de l’aurore.

Et nul n’arrêtera le fleuve de tes mains,
pas plus que de tes yeux le sommeil, bien-aimée,
tu es le tremblement des heures qui s’écoulent
de la lumière abrupte au soleil de ténèbres,

et sur toi c’est le ciel qui referme ses ailes
et il t’emporte et il t’apporte dans mes bras
ponctuel, avec sa courtoisie mystérieuse.

C’est pour cela que je chante au jour, à la lune,
à la mer et au temps, à toutes les planètes,
à tes mots de clarté, comme à ta chair nocturne.

***