Deux poèmes d’Etienne Faure


J’ai trouvé ces deux poèmes d’Etienne Faure (né en 1960, vit à Paris) dans le recueil Tête en bas paru chez Gallimard en 2018. Bien que j’aie eu un peu de mal à rentrer dans ce recueil et que cet univers soit assez éloigné du mien, je reconnais que son style est très maîtrisé et que c’est un livre qui vaut la peine qu’on s’y arrête.
Mais je vous laisse vous faire votre propre opinion :

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Quelques minutes sans parler de vie ni de mort,
des vieux poursuivaient de l’index la lecture,
par la grâce de la myopie enfermés dans les mots,
simples alinéas, maigres textes – un journal –
interrogeant du doigt pour savoir
où va l’article, en est l’idée, la pensée qui précède
avant le noir complet, c’était l’hiver,
les jours au plus bas
– la situation internationale, page 7,
la météo, la grille de mots,
un rapide coup d’oeil à la nécrologie
puis à la fenêtre encore aveuglante
de toute la neige qui ce matin avait rajeuni
le paysage,
tombée neuve, un peu hors du temps,
avant retour à l’abstraction, doigts noirs
accrochés aux nouvelles du monde.

journal d’hiver

(page 112)

***

Organe au principal du goût
la langue à la fois requise pour tester
le vin d’un claquement sec, en parler
puis goûter, en reparle – en cause –
avec quelques tournures, un accent
dans un mime hésitant entre les deux rôles,
d’assaillie devenue assaillante
par les papilles, non, la parole
dans tous ses états défendant un sens
pour n’en perdre l’usage en sa double acception,
la langue à la fois qui pique et ouvre à la saveur
et celle en devenir qui donne sa position
sans quoi la bouche est un moyeu où la langue,
privée de sens, en fait de glose,
depuis le O du gosier jusqu’aux lèvres
le soir aura tourné pour rien.

position de la langue

(page 51)

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Deux poèmes de Jean-Claude Pirotte

Ces deux poèmes sont extraits du recueil Ajoie paru chez Poésie/Gallimard en février 2018.
Jean-Claude Pirotte (1939-2014) est un écrivain et poète belge.

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Le bonheur des jours de pluie
quand la lucarne est un tambour
c’est la musique du ciel
l’enfant dit : les larmes des anges

et nous pensons qu’il faut mourir
afin de toujours entendre
pleurer le ciel du fond des siècles
aurons-nous le temps d’attendre

la mort de près la mort de loin
les disparus de naissance
l’enfant dit je serre les poings
c’est à la pluie que je ressemble

***

tous ces regards croisés vieilles étoiles
des rengaines de faubourg
et nos amours ? la lune éclaire
obliquement les carrefours

où nous dansions et les terrasses
avec les ombres des buveurs
dérivent doucement vers le fleuve
le corps de la ville s’efface

et l’eau brumeuse de l’oubli
gagne peu à peu les visages
comme si le peintre endormi
s’était séparé des images

***

Deux poèmes de Zéno Bianu


J’espère que vous passez tous de bonnes vacances – voici deux poèmes de Zéno Bianu, poète français né en 1950, que vous pourrez retrouver dans « Infiniment proche » suivi de « Le désespoir n’existe pas », un livre paru chez Poésie-Gallimard.

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La nuit ouvre ses yeux en nous.
Rien ne retient plus le regard.
On fait corps avec le cœur.
L’onde est porteuse.
Juste à l’angle du temps.
La survie peut être célébrée.
On puise, mais avec une telle précision.

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Je commencerai par être
un sourire
blessé
une fêlure
centrale
un tressaillement
une souveraineté
fluide
tendue
la part donnée
offerte
au vide
une salve
dans l’imprévisible
je commencerai par être
avec la peau des dents