Une affaire de charme d’Edith Wharton

Ce livre fait partie de ma bibliothèque depuis de nombreuses années. Je l’avais déjà lu dans les années 2010, mais pas chroniqué.
Pour ce Mois thématique sur l’Amérique de juin 2022, je l’ai relu et beaucoup plus apprécié qu’à ma première approche.
Il s’agit d’un recueil de sept nouvelles, où les sentiments amoureux et l’incompréhension entre les êtres ont souvent un rôle central.
Je ne vais pas détailler ici le sujet et l’intrigue de chacune de ces sept nouvelles, mais j’évoquerai seulement deux d’entre elles, choisies parmi les plus significatives.

Note sur l’écrivaine

Edith Wharton (1862-1937), de son nom de naissance Edith Newbold Jones, est une romancière, nouvelliste, poétesse et essayiste américaine. Elle commence à écrire en 1890. Première femme à obtenir le Prix Pulitzer du roman en 1921 pour Le temps de l’innocence. Elle s’installe en France dans les années 1907-1912 et fréquente les écrivains français de cette époque, dont Paul Bourget, son fidèle ami, mais aussi Gide, Cocteau, Anna de Noailles, etc. Elle passe la fin de sa vie près de Paris. Elle est enterrée à Versailles. (Source : Wikipedia)

Résumés de deux de ces nouvelles

Dans Le Diagnostic, la cinquième nouvelle du livre, un homme apprend, par un papier tombé de la poche de son médecin, qu’il ne lui reste plus très longtemps à vivre. Se sachant condamné, il décide d’épouser sa maîtresse, pour laquelle il n’éprouve plus qu’une tendre amitié depuis longtemps, afin qu’elle l’accompagne dans ses derniers instants et qu’elle lui serve en quelque sorte de garde-malade car il a peur de mourir tout seul. Finalement, entre elle et lui, le plus égoïste des deux n’aura pas été celui qu’on croit et on s’en aperçoit à la fin de la nouvelle. Et pourtant, ces égoïsmes cumulés, ces lâchetés et ces grands mensonges auront donné beaucoup de bonheur à ce couple, ce qui est sûrement l’aspect le plus troublant de cette histoire.

Dans la dernière nouvelle, qui donne son titre au recueil, un homme d’affaires épouse une exilée russe, très pauvre, et pourvue d’une très nombreuse famille, tout aussi pauvre, qu’elle lui demande de loger, d’entretenir financièrement et de pistonner chez ses diverses relations. Cette famille de pique-assiettes a cependant un atout remarquable : chacun a un charme et un savoir-vivre hors-norme. L’homme d’affaires, qui redoute dans un premier temps de se faire ruiner par cette belle famille envahissante, décide dans un deuxième mouvement de retourner leur charme à son profit.
Cette nouvelle déploie un humour très fin et très acide contre la société américaine, où les riches sont finalement pires que les pauvres, même si tout le monde (riches et pauvres) se sert de tout le monde sans aucun scrupule.

Mon avis très subjectif

L’écriture d’Edith Wharton est sophistiquée, avec une grande richesse de vocabulaire, des phrases complexes aux nombreuses propositions relatives et, surtout, une abondance de métaphores qui rendent son style recherché et évocateur d’images et de sensations diverses. Ces nouvelles sont en général très psychologiques, et ont pour sujets nos illusions sur nous-mêmes, nos incompréhensions, nos attachements cruellement déçus, les étrangetés de la vie maritale qui frôlent le surnaturel et se prolongent au-delà de la mort,
J’ai pensé au « Portrait de Dorian Gray » d’Oscar Wilde en lisant une des nouvelles (Le Tableau mouvant) où le portrait d’une épouse défunte finit par jouer un rôle primordial dans la vie de l’époux qui refuse de faire son deuil, ce qui crée le malaise et l’incompréhension chez ses amis et, plus encore, chez l’artiste qui peignit le tableau.
Beaucoup de ces personnages se montrent calculateurs et se servent les uns des autres mais, en général, Edith Wharton ne les condamne pas et elle semble ressentir de la compréhension pour leurs égoïsmes, leurs lâchetés, leur inconséquence ou leur bizarrerie, en nous révélant toujours leur part d’humanité, avec leurs angoisses et leurs doutes, qui motivent leurs actes et les rendent plus pitoyables que détestables.
Certaines nouvelles sont très cruelles, comme celle du Prétexte où une femme mariée, déjà mûre, s’éprend d’un jeune anglais et se figure que lui aussi est amoureux d’elle mais qu’il n’ose pas se déclarer par respect pour sa position. Cela donne lieu à plusieurs scènes où notre héroïne trouve encore le moyen de s’illusionner et de s’enfoncer dans ses rêveries, avant que la vérité ne vienne la frapper assez violemment et de manière inattendue.
J’ai énormément apprécié ce livre et je ne comprends pas pourquoi je ne l’avais pas trop aimé il y a dix ans, sans doute mon humeur et ma réceptivité n’étaient pas formidables à ce moment-là…

Un Extrait page 35 (de la nouvelle « Le Tableau mouvant »)

La deuxième Mrs Grancy avait passé la trentaine lorsqu’il l’épousa, et elle avait manifestement récolté cette moisson de joies de la maturité qui germe dans les désespoirs de jeunesse. Si elle avait perdu l’éclat de ses dix-huit ans, elle en avait conservé la lumière intérieure ; si ses joues n’avaient plus leur fraîcheur juvénile, ses yeux brillaient de toute l’ardeur d’une jeunesse gardée en réserve. Grancy avait fait sa connaissance en Orient – je crois qu’elle était la sœur d’un de nos consuls là-bas – et quand il la ramena à New York, elle fit figure d’étrangère parmi nous. L’idée du remariage de Grancy nous avait tous choqués. Après s’être si gravement brûlés, la plupart des hommes se seraient tenus à l’écart du feu ; mais nous nous disions que notre ami était destiné aux bévues sentimentales, et nous attendions avec résignation l’incarnation de sa dernière erreur. Puis Mrs Grancy arriva – et nous comprîmes. Elle était la plus belle et la plus complète des explications. Nous nous défîmes de notre omniscience et l’enterrâmes promptement sous notre accueil exubérant. Pour la première fois depuis des années, Grancy ne nous inspirait pas de souci. « Il va faire quelque chose de grand maintenant ! » prophétisa le moins optimiste d’entre nous ; à quoi le plus sentimental répliqua : « Il l’a déjà fait… en l’épousant ! » (…)

Quelques haïkus de poétesses japonaises

Parue chez Points, l’anthologie « Haïjins japonaises, du rouge aux lèvres » réunit quarante poétesses japonaises, classiques et contemporaines, qui ont toutes excellé dans l’art du haïku.
Quarante haïjins (on appelle ainsi les auteur(e)s de haïkus), cela fait beaucoup pour ce livre assez mince (260 pages) et, souvent, on voudrait que le chapitre consacré à telle ou telle poétesse soit plus étoffé car ces poèmes sont vraiment très beaux et d’une concision parfaite. On reste donc fréquemment avec un goût de trop-peu mais cela permet au moins de découvrir des poétesses sensibles et très inspirées, avec l’idée d’approfondir peut-être plus tard cette première approche, au cas où certaines de ces haïjins seraient traduites en français par ailleurs…
En ce qui concerne ce livre précis, les poèmes ont été traduits du japonais et présentés par Dominique Chipot et Makoto Kemmoku ; ils sont présentés en version bilingue.

J’ai sélectionné parmi ces 40 haïjins cinq d’entre elles mais le choix a été très difficile car elles m’ont paru vraiment toutes excellentes.
Parmi elles, je vous propose de relire quelques haïkus de Chiyo-ni, une poétesse dont j’ai déjà parlé il y a quelques jours, et pour laquelle j’ai sélectionné des poèmes différents et tout aussi beaux.


Chiyo-ni (1703-1775) est une nonne bouddhiste et poétesse de la période Edo. Elle commence à étudier le haïku dès l’âge de douze ans. A l’âge de 17 ans, elle est reconnue par le maître Shiko Kagami (1665-1731). Elle se marie à 18 ans mais son mari meurt deux ans plus tard. Devenue bonzesse en 1754, elle se lie avec de nombreux haïjins de cette époque. Elle est parfois désignée sous le nom de Kaga no Chiyo.
Elle est considérée comme une des grandes poétesses japonaises.

Portrait de Chiyo-ni


Je bois à la source,
oubliant que je porte
du rouge aux lèvres.

**

L’eau les dessine,
puis l’eau les efface,
les iris.

**

Le fil de la canne à pêche
effleure
le clair de lune.

**

S’il ne criait pas,
je ne distinguerais pas le héron.
Matin de neige.

**

Les volubilis
enserrent le seau du puits.
Je demande à mon voisin de l’eau.

**

Takako Hashimoto (1899-1963), née à Tokyo, étudie d’abord la peinture puis elle se marie en 1917 avec le riche architecte Toyojirô Hashimoto, qui meurt en 1937. Elle organise chez elle, dès 1922, des « rencontres culturelles » et commence à composer des haïkus sous l’influence du maître Seishi Yamaguchi (1901-1994). Elle devient membre de la revue Ashibi (Azalée) puis de la revue Tenrô (Sirius) après guerre. Elle a publié cinq recueils de haïkus et ses oeuvres complètes sont parues après sa mort.
Takako Hashimoto est considérée au Japon comme le plus grand génie de haïku moderne japonais.

Tempête de neige.
Ma coiffure de veuve
en désordre.

Portrait de Takako Hashimoto

**

Hortensias.
La lettre arrivée hier,
déjà vieille.

**

Tant à supporter !
Les volubilis bleu foncé
chaque matin.

**

Mes cheveux lavés,
des gouttes
partout où je vais.

**

Dans le champ de neige,
baissant la tête,
je sens mon haleine.

**

Takajo Mitsuhashi (1899-1972), née dans le village de Tamachi près de Narita, sous le nom de Taka Matsuhashi, mais elle est appelée Takako. Après le lycée, elle étudie l’art de la poésie avec ses professeurs privés : Yosano Akiko et Bokusui Wakayama. En 1922, elle se marie et se tourne plus particulièrement vers la composition de haïkus. Elle participe successivement à plusieurs revues poétiques : Kabiya, Keitôjin (La Crête de Coq), puis Bara (la Rose) à partir de 1953. De son vivant, Takajo a publié cinq recueils de haïkus et son œuvre complète est parue après sa mort.
Après la fin de la seconde guerre mondiale, Takajo Mitsuhashi est avec Tatsuko Hoshino, Teijo Nakamura et Takako Hashimoto désignée comme « Les Quatre T » de la poésie féminine et du haïku moderne, qu’elles ont ensemble créé.

Portrait de Takajo Mitsuhashi


Le lierre fané
prisonnier
de ses propres tiges.

**

Brûlants
dans la fleur de l’âge,
le piment rouge et la femme.

**

Cimetière.
Des camélias préfèrent tomber
plutôt que fleurir.

**

Je déteste tout ce qui se bouscule
même les fleurs
blanches de prunier.

**

Le chant
de mille grillons.
Un seul chante faux.

**

Kyôko Terada (1922-1976), née à Sapporo, elle est malade de la tuberculose dès l’âge de 17 ans. Elle a composé ses premiers haïkus en 1944 et est devenue membre de la revue Kanraï (Foudre d’hiver) puis de la revue Sugi (Cyprès). Elle était par ailleurs auteur dramatique pour la télévision. Elle a reçu un Prix de l’Association de haïku moderne en 1967 et a publié quatre recueils de haïkus.
Ses poèmes m’ont paru particulièrement forts et émouvants. Malheureusement, je n’ai pas trouvé de portrait d’elle sur Internet.


Cet hiver, mon visage
reflété dans une cuillère.
Malade depuis l’enfance.

**

L’arrosage…
Je veux revoir ma mère morte
plutôt que mon père vivant.

**

Je m’habille d’un kimono de serge.
Une ligne suffira
dans le testament.

**

On m’annonce la mort
de mon amie – je suis nue
dans les bains publics.

**

Momoko Kuroda (née en 1938)


Douce journée.
L’un de nous deux
sera seul un jour.

**

La cascade chute
et des hommes
vieillissent.

**

Ni la lune,
ni les étoiles,
mais la pivoine blanche.

**

Dans l’avion,
je décolle pour l’envers
du ciel bleu d’hiver.

**

Journaux des dames de cour du Japon ancien

Couverture chez Picquier Poche

Dans le cadre de mon Mois Thématique sur les Femmes Japonaises, je ne pouvais pas passer sous silence les dames de cour du Japon ancien, qui ont une grande importance pour la littérature nippone et qui ont créé de nombreux chefs d’œuvre intemporels et d’un très grand raffinement stylistique et culturel.

Note pratique sur le livre :

Ecrit au XIème siècle de notre ère.
Traduit par Marc Logé.
Editeur : Picquier Poche
Nombre de pages : 209

Quatrième de Couverture

Ces journaux intimes ont en commun d’avoir été écrits en japonais au XIème siècle par des femmes, et valurent à leurs autrices une gloire considérable qui fait encore d’eux aujourd’hui des chefs d’œuvre de la littérature mondiale.
Le journal de Murasaki Shikibu, qui écrivit les deux mille pages du Dit du Genji, n’a trait qu’à quelques années de sa vie ; celui d’Izumi Shikibu ne concerne qu’un épisode de la sienne, mais le journal de Sarashina, commencé à douze ans, s’acheva alors qu’elle avait atteint l’âge de cinquante ans.
Croquis d’éphémères plaisirs, du temps qui passe, descriptions de livres lus, d’endroits visités, de souvenirs, de rêves et de soliloques sur la vie et sur la mort qui versent au cœur du lecteur un émerveillement sans cesse renouvelé devant ce monde de poésie et de raffinement singulièrement émouvant.

Mon Avis :

J’avais déjà lu et chroniqué ici Les Notes de chevet de Sei Shonagon, qui datent de la même époque que ces Journaux des dames de cour et, comme ces quatre dames se connaissaient et se côtoyaient journellement, je pensais qu’il y aurait une forte ressemblance entre ces différents récits. En réalité, j’ai été heureusement surprise car chaque dame développe un style très personnel, du point de vue de ses idées et de son écriture.
Ainsi, dame Sarashina m’a semblé insister surtout sur les côtés émouvants de son récit, avec beaucoup de notations poétiques sur la nature qui font écho à ses propres sentiments, et une expression très profonde des choses tristes de la vie. Elle m’a paru plutôt sentimentale et romanesque, et je l’ai trouvée délicate et sympathique.
J’ai ressenti par contre nettement moins de sympathie pour Murasaki Shikibu qui n’hésite pas à dresser des portraits repoussants de ses contemporains et plus particulièrement des autres dames de cour (surtout de celles qui écrivent avec talent !) et on peut penser que l’esprit de rivalité et de jalousies entre ces dames devait être assez terrible et suffoquant, dans un lieu aussi étroit et renfermé sur lui-même que la Cour du Japon où, de plus, on n’avait pas grand-chose d’autre à faire que de nouer des intrigues et s’épier avec avidité ! Ceci dit, en dehors de cet aspect médisant et méprisant, Murasaki Shikibu m’a paru également très fine dans sa vision de la vie et j’ai trouvé que nombre de ses idées montraient une certaine hauteur de vue, de la clairvoyance et de la sagesse.
La dernière dame de cour, Izumi Shikibu (qui n’a pas de lien de parenté avec la précédente) nous raconte quant à elle la belle histoire d’amour, tourmentée et complexe, entre un Prince et une femme solitaire. Comme le Prince est jaloux et que de nombreuses médisances courent sur cette femme esseulée, leur relation est émaillée de séparations, de malentendus et de réconciliations. Les deux amoureux ne cessent de s’envoyer des poèmes pour faire connaître leurs émotions et c’est donc, en même temps qu’un journal intime, un récit poétique.
Un beau livre, qui ressuscite devant nos yeux tout une époque disparue, et qui témoigne tout à la fois du côté intemporel et universel de certains sentiments ou émotions. J’ai eu plaisir à le lire !

Un Extrait page 50 (par Sarashina)

Après cela, je fus quelque peu inquiète et j’oubliai les romans. Mon esprit devint plus sérieux et je passai plusieurs années sans rien faire de remarquable. Je négligeai les services religieux et les observances des temples. Ces idées fantastiques des romans peuvent-elles se réaliser dans ce monde ? Si Père pouvait obtenir une bonne situation, je pourrais, moi aussi, jouir d’une vie beaucoup plus noble… Voilà les espoirs incertains qui occupaient alors mes pensées quotidiennes.
Enfin, Père fut nommé gouverneur d’une province très éloignée dans l’Est.
Il dit : « J’ai toujours pensé que si je pouvais obtenir un poste de gouverneur dans le voisinage de la capitale, je pourrais m’occuper de vous selon les désirs de mon coeur. Je voudrais vous mener voir les beaux paysages de la mer et de la montagne. Je voudrais aussi que vous puissiez vivre entourée d’une suite qui dépasse les possibilités de notre situation actuelle. Notre karma dans une vie précédente a dû être défavorable. Maintenant, il me faut partir vers un pays très éloigné, après avoir attendu si longtemps. Lorsque je vous ai emmenée, alors que vous étiez une petite fille, vers la province de l’Est, le moindre malaise me causait une inquiétude fort vive, car je me disais que si je mourais, vous erreriez seule dans ce lointain pays. Il y avait beaucoup à craindre dans ce pays d’étrangers, et j’y eusse vécu avec l’esprit plus tranquille si j’y avais été seul. (…)

**

Un Extrait page 138 (par Murasaki Shikibu)

La dame Sei Shonagon est une personne très orgueilleuse. Elle a une haute opinion de sa valeur et répand partout ses écrits chinois. Pourtant, si nous l’étudiions de près, nous trouverions qu’elle est encore imparfaite. Elle s’efforce d’être exceptionnelle, mais, naturellement, les personnes de ce genre vous offensent et finissent par s’attirer des déboires. Celle qui est trop richement douée, qui s’abandonne trop à l’émotion, alors même qu’elle devrait faire preuve de réserve, perdra, malgré elle, le contrôle d’elle-même. Comment une personne aussi vaniteuse et aussi insouciante pourra-t-elle finir ses jours dans le bonheur ? (…)

**

Orgueil et préjugés de Jane Austen

Voici un roman que je souhaitais lire depuis très longtemps et que je n’avais pas encore eu le temps de découvrir. Il faut dire que le film, vu à sa sortie en 2005, ne m’avait pas plus que cela emballée, même si j’avais trouvé les personnages bien charmants et les costumes fort jolis. Mais je me doutais que le roman de Jane Austen valait mieux que son adaptation cinématographique, ce en quoi je n’avais pas tort !

Quatrième de Couverture :

Elisabeth Bennet a quatre sœurs et une mère qui ne songe qu’à les marier. Quand parvient la nouvelle de l’installation, à Netherfield, de Mr Bingley, célibataire et beau parti, toutes les dames des alentours sont en émoi, d’autant plus qu’il est accompagné de son ami Mr Darcy, un jeune et riche aristocrate. Les préparatifs du prochain bal occupent tous les esprits…
Jane Austen peint avec ce qu’il faut d’ironie les turbulences du cœur des jeunes filles et, aujourd’hui comme hier, on s’indigne avec l’orgueilleuse Elisabeth, puis on ouvre les yeux sur les voies détournées qu’emprunte l’amour…
(Source : éditeur, Le livre de poche)

Mon humble Avis :

Ce roman m’a paru décrire d’une manière très juste mais aussi très ironique le mode de vie de l’aristocratie anglaise de l’époque, où les seules préoccupations de la noblesse tournaient autour des intrigues amoureuses, des possibilités de mariage, des relations sociales et, accessoirement, de l’argent qui est tout de même bien présent quoique les principaux personnages feignent de l’ignorer et d’être au-dessus de ces préoccupations bassement matérielles.
Ainsi, les deux héroïnes principales de ce livre, les deux sœurs, Jane et Elisabeth, qui sont à la fois les plus belles et les plus intelligentes de leur famille, appartiennent à une petite noblesse, relativement peu fortunée, et il n’y a qu’un beau mariage qui puisse leur assurer un meilleur avenir matériel et social. Au final, elles feront effectivement de très beaux mariages, avec des hommes riches et d’un rang social bien plus élevé que le leur, mais ce seront des mariages d’amour où les soucis d’intérêt n’interviendront absolument pas et, ainsi, on peut dire que les hasards de leur cœur a très bien fait les choses et qu’elles restent des jeunes filles tout à fait nobles, sentimentales, pures et désintéressées. Ainsi, dans ce roman, les quelques personnes qui émettent des interrogations quant aux calculs d’argent et à la cupidité, comme la mère de famille, Mrs Bennett, ou la châtelaine prétentieuse et acariâtre, Lady Catherine de Bourgh, sont présentées comme stupides, mesquines, un peu sordides, et n’ayant rien compris à la pureté d’Elisabeth et Jane Bennett.
Les situations et les dialogues m’ont paru bien observés et très naturels, même si certains personnages sont assez caricaturaux, mais cet aspect caricatural sonne vrai et semble inspiré d’une possible réalité – sachant que les humains peuvent être effectivement excessifs, peu nuancés et ridicules – d’autant que Jane Austen sait les faire agir, parler et réagir avec une grande finesse et cohérence psychologique.
J’ai apprécié l’écriture de l’écrivaine anglaise et la manière subtile dont elle nous montre l’évolution de ses personnages, les conflits entre l’intensité des sentiments amoureux et le carcan des conventions sociales imposées aux jeunes filles et aux femmes.
Comme dans les contes de fées, le roman s’achève avec le mariage des deux héroïnes, comme s’il n’y avait plus rien d’imaginable, d’intéressant ou de racontable à partir du moment où l’alliance était glissée au doigt d’une jeune fille. Et le mariage fait ici plutôt figure de définitive conclusion plutôt que d’amorce d’une aventure conjugale éventuellement sujette à l’imprévu !
Une lecture agréable, intéressante et divertissante !

Un Extrait page 162 :

(…) Et maintenant, il ne me reste plus qu’à vous assurer, dans les termes les plus éloquents qui soient, de la violence de mes sentiments. La fortune me laisse parfaitement de marbre, et je ne poserai pas la moindre condition en ce sens à votre père, car j’ai bien conscience qu’il ne pourrait pas l’accepter ; les mille livres placées à quatre pour cent, qui ne seront à vous qu’après le décès de votre mère, sont tout ce à quoi vous aurez droit. Par conséquent, je me tairai sur ce point, et vous pouvez être sûre qu’une fois que nous serons mariés, nul reproche intéressé ne franchira mes lèvres.
Il devenait absolument nécessaire de l’interrompre sans délai.
– Vous allez trop vite, monsieur, s’écria-t-elle. Vous oubliez que je ne vous ai pas répondu. Laissez-moi le faire sans plus perdre de temps. Acceptez mes remerciements pour les compliments que vous me faites. Je suis très sensible à l’honneur de votre proposition, mais je ne peux faire autrement que de la décliner.
Balayant cette remarque d’un geste de la main, Mr Collins lui rétorqua :
– Ce n’est pas aujourd’hui qu’on va m’apprendre qu’il est de bon ton pour une jeune fille de rejeter la demande de l’homme qu’elle entend secrètement épouser, la première fois qu’il sollicite sa main, et que parfois ce refus se répète une deuxième, voire une troisième fois. Je ne suis donc nullement découragé par ce que vous venez de dire, et j’espère vous mener très prochainement à l’autel. (…)

L’Entrave de Colette

Ce roman, L’Entrave (1913) est la suite de La Vagabonde (1910), dont j’avais parlé le mois dernier.
On y retrouve la même héroïne : Renée Néré, qui cette fois n’est plus actrice de music-hall car un héritage important lui permet maintenant de vivre de ses rentes.
Elle a toujours le même caractère indépendant et farouche, amatrice de voyages, réside seule à l’hôtel et cultive son âme orgueilleuse.
A Nice, où elle réside, elle se lie d’amitié avec un couple jeune, bagarreur, nerveux, May et Jean, et assiste à leurs multiples disputes en témoin bienveillant et réconciliatrice de bonne volonté.
Mais Jean laisse tomber May et tente des approches vis-à-vis de Renée.
Une relation passionnée va bientôt unir Jean et Renée mais celle-ci, pour sauvegarder son indépendance, son orgueil et sa dignité, refuse de s’engager sentimentalement : leur liaison doit être strictement sensuelle, il n’est pas question d’amour ou le moins possible.
Mais Jean souffre de cette situation et des silences de leur couple.
Renée voit l’amour comme une entrave mais, en même temps, elle craint que Jean ne la laisse tomber.
Elle est tiraillée entre ses multiples contradictions, essaye de lutter mais finira par se soumettre docilement.

Mon avis :

Dans La Vagabonde, Colette semblait porter un message d’émancipation féminine, un éloge de la liberté, tandis que dans L’Entrave, elle suggère des idées exactement opposées : soumission nécessaire de la femme à l’homme qu’elle aime, abdication de sa volonté propre, de son orgueil et de sa dignité.
Il est significatif qu’entre les deux romans, le statut social de Renée Néré a changé du tout au tout : femme active, artiste de music-hall, saltimbanque courant après le moindre cachet dans La Vagabonde, elle devient une rentière oisive, éprise de confort et presque une bourgeoise convenable dans L’Entrave.
Certes, L’Entrave montre le déroulement d’une union libre, d’une relation purement sensuelle où l’héroïne essaye de faire fi des convenances romantiques ou conjugales, mais c’est pour mieux nous démontrer l’inanité de telles liaisons, la souffrance qu’elles causent, le vide qui les entoure.
Selon Colette, l’homme est fait pour posséder, la femme est faite pour être possédée, et l’amour ne peut s’accommoder d’aucune liberté.
Une vision des relations homme-femme assez brutale.
D’ailleurs, Jean, dans sa précédente relation avec May, n’hésitait pas à la cogner et à la malmener, sans que Renée Néré ne s’en offusque le moins du monde : elle ne semble même pas trembler un tout petit peu quand Jean reporte son attention amoureuse vers elle, comme si un homme brutal et violent était aussi séduisant qu’un autre (voire plus ?).
Autant de messages difficiles à entendre de nos jours, et même si l’écriture de Colette reste poétique, raffinée, sensuelle.
Un roman dont le propos sexiste parait hors d’âge, pour le moins démodé.

Un extrait qui m’a plu, page 141 :

(…) Tu prétends m’aimer : c’est dire que je porte, à toute heure, le poids de ton inquiétude, de ton attention canine et de ton soupçon. Ce soir, la chaîne ne m’a point quittée, mais elle joue, échappée à ta main, et traîne, allégée, derrière moi.
Tu prétends m’aimer; tu m’aimes : ton amour crée à chaque minute une femme plus belle et meilleure que moi, à laquelle tu me contrains de ressembler. Je porte, en même temps que tes couleurs préférées, le son de voix, le sourire qui te plaisent le mieux. Ta présence suffit pour que j’imite, à miracle, les traits et tous les charmes de mon modèle. Je ne crains que certaines heures, comme celle-ci, où j’ai tout à coup envie de te crier :  » Va-t’en ! Ma robe de princesse et mon clair visage vont tomber ensemble, va-t’en ! Voici le temps où vont paraître, sous l’ourlet de la jupe, sous les cheveux de soie, le pied fourchu, la pointe torse d’une corne… Les démons d’un silencieux sabbat m’agitent, il faut que je rejette, en la maudissant, la douce forme où tu m’as emprisonnée… « 

Deux poèmes d’amour de Renée Vivien

anthologie quand les femmes parlent d’amour

Bien que je ne sois pas forcément très favorable aux « anthologies de poésie féminine » qui ont un peu le défaut de ghettoïser les femmes et de réunir des poètes qui n’ont rien à voir les unes avec les autres sous la seule banière de leur féminité, elles sont malheureusement très utiles pour découvrir des femmes poètes dont on ne parle pas ailleurs. Pourquoi on ne parle pas, par exemple, de Louise de Vilmorin ou de Renée Vivien dans les anthologies de poésie non genrées ? Mystère. Elles y auraient pourtant toute leur place.

Renée Vivien (1877-1909) de son vrai nom Pauline Mary Tarn est une poète britanique de langue française, qui a célébré les amours saphiques et la beauté féminine, aux environs des années 1900.

Chanson

Ta voix est un savant poème …
Charme fragile de l’esprit,
Désespoir de l’âme, je t’aime
Comme une douleur qu’on chérit.

Dans ta grâce longue et blêmie,
Tu revins du fond de jadis …
Ô ma blanche et lointaine amie,
Je t’adore comme les lys !

On dit qu’un souvenir s’émousse,
Mais comment oublier jamais
Que ta voix se faisait très douce
Pour me dire que tu m’aimais ?

**

Vers d’amour

Tu gardes dans tes yeux la volupté des nuits,
Ô Joie inespérée au fond des solitudes !
Ton baiser est pareil à la saveur des fruits
Et ta voix fait songer aux merveilleux préludes
Murmurés par la mer à la beauté des nuits.

Tu portes sur ton front la langueur et l’ivresse,
Les serments éternels et les aveux d’amour,
Tu sembles évoquer la craintive caresse
Dont l’ardeur se dérobe à la clarté du jour
Et qui te laisse au front la langueur et l’ivresse.

***

RENEE VIVIEN

Une Vie, de Maupassant

J’ai lu ce roman de Maupassant, un classique du naturalisme datant de 1883, parce qu’il dormait dans ma bibliothèque depuis plusieurs années et qu’il était largement temps que je m’y intéresse.
Il s’agit du tout premier roman de Maupassant, et on sent déjà une maîtrise de l’écriture et de la construction romanesque tout à fait impressionnantes.
Maupassant s’est visiblement inspiré de Madame Bovary et d’Un cœur simple de Flaubert pour imaginer l’histoire de cette femme malheureuse en ménage, incomprise.
L’héroïne, Jeanne, est au début du livre une jeune fille naïve et pure tout juste sortie du couvent. Elle revient vivre avec ses parents, un couple généreux et plein de bonté, et elle se perd dans des rêveries sentimentales d’amour, de mariage, de bonheur. Dès la première rencontre avec un homme du voisinage, Julien de Lamare, elle commence à s’émouvoir et s’apprête à se laisser conquérir, d’autant que le jeune homme lui montre de l’intérêt. Au bout de quelques semaines ils sont déjà fiancés, puis mariés, alors qu’ils se connaissent finalement très mal. Jeanne ne tarde pas à s’apercevoir de son erreur : son mari est brutal, cupide, infidèle. Mal mariée, elle ne cherche désormais le bonheur que dans son rôle de mère mais son fils, Paul, surnommé Poulet, lui apportera également de nombreux soucis.
Ce roman aborde de très nombreux thèmes mais le principal est certainement la condition des femmes au 19ème siècle : maintenues dans l’ignorance jusqu’au mariage, elles n’ont pas la possibilité de prendre en main leur destinée ou de faire des choix éclairés et sont soumises toute leur vie au bon vouloir de leur mari – ou à leur mauvaise volonté.
Le rôle néfaste des prêtres dans la vie de Jeanne est aussi tout à fait intéressant : qu’il s’agisse du prêtre indulgent, coulant avec les faiblesses des hommes, ou de son successeur, un rigoriste extrémiste, aucun des deux ne donne à Jeanne les moyens de se défendre et ils l’accableraient plutôt qu’autre chose.

Il m’a semblé par moments noter certaines ressemblances avec des idées de Proust – par exemple les intermittences du cœur – aussi je suppose que Proust a pu s’inspirer de certains passages.

***

Extrait page 69

Ils ne savaient que dire, que faire, n’osant même pas se regarder à cette heure sérieuse et décisive d’où dépend l’intime bonheur de toute la vie.
Il sentait vaguement peut-être quel danger offre cette bataille, et quelle souple possession de soi, quelle rusée tendresse il faut pour ne froisser aucune des subtiles pudeurs, des infinies délicatesses d’une âme virginale et nourrie de rêves.
Alors, doucement, il lui prit la main qu’il baisa et, s’agenouillant auprès du lit comme devant un autel, il murmura d’une voix aussi légère qu’un souffle : « Voudrez-vous m’aimer ? » Elle, rassurée tout à coup, souleva sur l’oreiller sa tête ennuagée de dentelles, et elle sourit : « Je vous aime déjà, mon ami ».
Il mit en sa bouche les petits doigts fins de sa femme, et la voix changée par ce bâillon de chair :  » Voulez-vous me prouver que vous m’aimez ? »
Elle répondit, troublée de nouveau, sans bien comprendre ce qu’elle disait, sous le souvenir des paroles de son père :  » Je suis à vous, mon ami. »
Il couvrit son poignet de baisers mouillés, et, se redressant lentement, il approchait de son visage qu’elle recommençait à cacher.(…)

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La Vieille Fille, de Balzac

J’ai lu La Vieille Fille, un court roman de Balzac, écrit en 1836, dans le cadre du défi de lecture de Madame lit puisqu’il s’agit de lire un classique au mois d’août.
Dans son édition chez Garnier Flammarion ce roman est suivi du Cabinet des Antiques car les deux romans forment une sorte de diptyque – d’après la préface de Philippe Berthier.
Les deux font partie de La Comédie Humaine, et plus précisément des Scènes de la vie de Province.

Mais venons-en à l’histoire proprement dite.

Le roman se déroule à Alençon pendant la Restauration.
Une vieille fille d’une quarantaine d’années, Melle Cormon, qui fait partie de la noblesse et possède une grosse fortune, mène une vie sociale brillante puisqu’elle attire chez elle la meilleure société.
Trois prétendants sérieux se pressent autour d’elle :
Le Chevalier de Valois, un gentilhomme distingué et spirituel, mais assez âgé.
Monsieur du Bousquier, un bourgeois ambitieux qui vise surtout la fortune de Melle Cormon.
Athanase Granson, un jeune homme de vingt-trois ans, pauvre mais plein de talent, éperdument amoureux de la vieille fille.
Pendant une bonne partie du livre, on se demande auquel des trois hommes la vieille fille accordera sa main – et si tous ces projets ne vont pas finir par échouer car Melle Cormon n’est pas très intelligente, elle est gaffeuse et comprend mal la psychologie des uns et des autres.
Mais, bien au-delà d’un roman d’amour, il est plutôt question ici d’ambitions politiques et financières, et les idées royalistes de Balzac apparaissent de manière très claire, avec une critique acide des républicains, présentés comme parvenus et immoraux.
Je ne voudrais pas dévoiler l’intrigue du livre, mais ce roman est aussi l’occasion pour Balzac d’évoquer quelques unes de ses idées sur le mariage, qui représentait une grande perte de liberté pour une femme.

Un livre intéressant, avec des personnages pittoresques, mais qui nous parait aujourd’hui un peu désuet.

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La Peau dure de Raymond Guérin


J’ai lu ce roman parce que j’en ai entendu parler sur des blogs et que les thèmes féministes et sociaux abordés par ce roman (écrit en 1948) me paraissaient très intéressants.
Effectivement, Raymond Guérin (1905-1955) prend parti dans ce roman pour l’avortement – qui était à l’époque puni de la prison – et contre le pouvoir arbitraire des hommes, l’injustice de ce monde masculin et sa violence contre les femmes : violence physique dans le couple, violences institutionnelles établies par le droit, violences morales exercées par la société.
L’auteur nous présente successivement trois femmes – des sœurs, jeunes, et d’un milieu social modeste – qui ont fait des choix de vie différents et qui représentent trois statuts féminins de ce milieu de 20ème siècle : Clara, qui a choisi d’être placée comme bonne à tout faire, qui vit librement sa vie amoureuse mais qui est bientôt arrêtée pour avortement ; Jacquotte qui choisit la voie honorable du mariage mais qui souffre d’une santé fragile et dont le mari demande bientôt le divorce ; et Louison, qui vit entre plusieurs amants et suit plutôt la voie de l’immoralité.
Ce livre est bien sûr un plaidoyer pour les femmes, une dénonciation de la condition féminine mais aussi ouvrière de l’époque, mais, au-delà de cet aspect de « littérature engagée », il s’agit surtout d’un livre très agréable à lire, avec un style simple et vivant, proche du langage parlé, et l’emploi de beaucoup d’expressions populaires savoureuses, qui nous replongent dans la France de l’après-guerre mieux qu’un livre d’histoire.
On est ému, touché, choqué, par ces trois destins féminins, avec peut-être une préférence pour Clara, qui est d’ailleurs le chapitre le plus développé.
Je conseillerais ce livre à ceux et celles qui se sentent concernés par les causes féministes et par la vie quotidienne au 20ème siècle, mais aussi aux lecteurs qui aiment les belles écritures.

Extrait page 60 :

Et voilà que maintenant cette vieille toquée remettait ça sur le tapis ! Je l’aurais bouffée. Une communion solennelle à vingt-trois ans, à quoi est-ce que ça ressemblait ? Mais comment faire pour y couper ? Il n’y avait qu’un moyen. C’était de lui raconter un peu la vie que j’avais eue avant d’entrer à son service. Mais ça, j’ai pas osé. Je crois bien qu’elle se serait trouvée mal si je l’avais fait.

Mémoire de fille, d’Annie Ernaux

Ce livre est paru il y a deux ans chez Gallimard et j’ai eu tout de suite très envie de le lire, mais finalement d’autres lectures m’ont accaparée entre temps et je n’y ai repensé que récemment.

Résumé du livre (par l’éditeur) :
« J’’ai voulu l’’oublier cette fille. L’’oublier vraiment, c’’est-à-dire ne plus avoir envie d’’écrire sur elle. Ne plus penser que je dois écrire sur elle, son désir, sa folie, son idiotie et son orgueil, sa faim et son sang tari. Je n’’y suis jamais parvenue. »
Dans Mémoire de fille, Annie Ernaux replonge dans l’’été 1958, celui de sa première nuit avec un homme, à la colonie de S dans l’’Orne. Nuit dont l’onde de choc s’’est propagée violemment dans son corps et sur son existence durant deux années.
S’’appuyant sur des images indélébiles de sa mémoire, des photos et des lettres écrites à ses amies, elle interroge cette fille qu’’elle a été dans un va-et-vient implacable entre hier et aujourd’’hui.

Mon avis :
Ce livre m’a touchée énormément, et pour plusieurs raisons :
– parce qu’Annie Ernaux aborde dans ce livre le thème de la jeunesse et de l’entrée maladroite dans l’âge adulte, avec tous les doutes, le mal-être, les errements, les erreurs, que cela engendre, l’instabilité émotionnelle dont elle parle avec beaucoup de justesse.
– parce qu’elle parle du désir féminin et de la honte qu’il peut entraîner, de l’attitude humiliante et violente des hommes qui ne respectent pas ce désir.
– parce qu’elle sait ressusciter les époques plus ou moins lointaines avec un grand talent, se remettre dans le contexte du moment, avec non seulement les événements historiques et culturels, mais aussi avec toutes les manières de penser, de parler, de réagir, ce qui est très passionnant et nous donne une impression d’être immergés dans ces époques.
– c’est aussi une réflexion sur la féminité, sur la liberté de vivre ou non selon ses aspirations et ses désirs.
Peut-être que, par moments, Annie Ernaux donne un peu l’impression d’avoir écrit ce livre pour régler des comptes, par esprit de rancune, mais il est vrai qu’elle a été confrontée dans cet épisode de sa jeunesse à des événements traumatisants, à des êtres assez ignobles.
Je recommande chaudement ce livre, d’une sincérité étonnante !