In memoriam de Paul Léautaud


J’avais envie depuis longtemps de découvrir l’oeuvre de Paul Léautaud, et c’est grâce à un excellent article de Goran du blog « des livres et des films » que j’ai enfin pris la décision de me procurer son petit livre autobiographique intitulé In memoriam et qui parle essentiellement du père de l’écrivain.
Je vous renvoie à l’article de Goran pour un point de vue plus étoffé que le mien : ici.
Je dirai en préambule que j’ai admiré le style très limpide et très concis de Léautaud, un style très enlevé et même léger dont il ne se départit pas, même quand il aborde un thème aussi grave que l’agonie de son père, qu’il traite avec une désinvolture étonnante, avouant même que cela le divertit de se rappeler ces souvenirs, et ayant l’air pressé que cette corvée de veiller son père mourant soit terminée. Peut-être que cette légèreté amusée et cynique n’est qu’une pose de dandy, destinée à choquer le bourgeois du début du 20è siècle, et d’ailleurs elle pourrait nous heurter encore un peu en ce début de 21è siècle, mais très modérément.
Léautaud nous parle de son enfance dans la première moitié du livre, une enfance triste où ses parents ne s’occupaient pas de lui, sa mère absente, et son père coureur de jupons infatigable, amateur de très jeunes filles, qui était aussi homme de théâtre.
C’est malgré tout un portrait superficiel qu’il dresse de son père, dont nous ne saurons ni les traits de caractère ni les idées, et dont le seul souci qui intéresse son fils est celui des femmes.
Ce livre, écrit en 1905, ne manque pas de détails croustillants sur la vie privée de son père et sur ses tâtonnements d’adolescent timide, et il rappelle un peu l’état d’esprit des vaudevilles de l’époque, voire, en moins percutant, la cruauté d’un Maupassant.
In memoriam m’a intéressée surtout comme reflet d’une époque, car j’aurais aimé moins de cynisme dans le regard de l’auteur.

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L’enfant bleu, d’Henry Bauchau


Après avoir lu plusieurs livres d’Henry Bauchau (Œdipe sur la route et Antigone) qui m’avaient éblouie par leur beauté et leur humanisme, j’ai eu envie de prolonger la découverte de cet écrivain avec L’enfant bleu, paru en 2004 chez Actes Sud, et qui nous transporte, cette fois, non plus dans l’Antiquité mythique mais dans le Paris des années 2000.

L’histoire : se déroule en majeure partie dans un hôpital de jour – où Véronique, une psychothérapeute sensible aux arts, prend en charge durant de nombreuses années un adolescent psychotique en proie à des crises de violence fréquentes. Cet adolescent, Orion, s’exprime verbalement par du délire et des propos mystérieux où il est question, entre autres, de démon, de rayons, de chevaux, d’enfant bleu, de fille sauvage, et autres éléments étranges que l’on parvient à élucider peu à peu. La thérapeute, particulièrement dévouée et attentive, ne tarde pas à remarquer les dons d’Orion pour le dessin et la peinture, et l’encourage vivement dans cette voie pour l’amener à exprimer ses angoisses et à donner corps à son monde intérieur. Il lui vient assez vite l’intuition que la peinture pourrait bien être la vocation du jeune homme. Les années passent, des liens de confiance et d’amitié se nouent entre la thérapeute et le jeune homme, il évolue tantôt en bien tantôt dans le sens d’une régression. (…)

Mon avis : J’ai beaucoup aimé suivre l’évolution d’Orion au fur et à mesure des années, et j’ai trouvé que ses délires étaient particulièrement intelligents et bien tournés (peut-être un peu trop ?), et que la thérapeute était en quelque sorte le médecin idéal, qui prend son patient en considération et va même jusqu’à le faire pénétrer dans sa sphère privée puisqu’elle l’invite chez elle, lui présente son mari, le reçoit quand il débarque à l’improviste, etc., si bien que ses collègues lui font remarquer « qu’elle se concerne trop », ce qui est le moins qu’on puisse dire. J’ai trouvé étonnant également que cet hôpital de jour mobilise autant d’efforts pour un seul patient pendant aussi longtemps, et ne lui donne aucun traitement médicamenteux, alors que ses crises sont d’une violence extrême. Bref, j’ai lu ce roman avec beaucoup de plaisir mais il ne m’a pas semblé réaliste, même si Henry Bauchau exerçait la profession de psychanalyste et devait savoir comment se passaient les choses dans la réalité. Mais peut-être voulait-il montrer une thérapie idéale.
J’ai trouvé beaucoup de points communs avec son roman Œdipe sur la route : la présence du Minotaure, des labyrinthes, l’importance de l’art dans le salut moral des êtres, l’importance de l’amitié et des relations de soutien (dans Œdipe sur la route c’était Antigone qui soutenait son père et l’aidait à traverser les épreuves et les années).
Autre détail surprenant : Henry Bauchau (né en 1913) a écrit L’enfant bleu à plus de 90 ans, et pourtant on croirait d’après l’énergie des personnages, leurs doutes, leurs crises et leur capacité à évoluer, que ce livre aurait pu être écrit par un auteur bien plus jeune.

Un beau livre, sur un thème rarement traité, et qui dégage beaucoup d’humanité et une grande foi en la vie.

Un roman russe, d’Emmanuel Carrère

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Ce curieux « roman russe », qui est plus exactement un récit autobiographique, entremêle diverses histoires dont Emmanuel Carrère est le pivot central : d’abord un reportage dans une ville de Russie nommée Kotelnitch, où Emmanuel Carrère ne sait pas du tout ce qu’il est venu filmer et où, au cours de ses errances pour trouver un sujet, il rencontre plusieurs personnages qui l’intéresseront plus ou moins (et idem pour le lecteur, qui se demande où tout cela mènera); mais le récit parle aussi du grand-père d’Emmanuel Carrère, un immigré russe qui connaissait de grandes souffrances psychologiques et qui, collaborateur pendant l’Occupation, a disparu, emmené par des résistants, au moment de l’Epuration. Mais la mère d’Emmanuel Carrère lui a défendu d’écrire quoi que ce soit sur ce grand-père, interdiction que l’auteur transgresse devant le lecteur, devenu en quelque sorte voyeur de secrets de famille qu’il n’était pas censé apprendre. Et, troisième sujet de ce récit, l’histoire d’amour d’Emmanuel Carrère avec la belle Sophie, une jeune femme qui a le tort de travailler pour gagner sa vie et non par plaisir, et qui n’est pas aussi cultivée qu’Emmanuel Carrère et ses amis, mais pour laquelle il ressent une grande passion sensuelle, et pour laquelle il écrira une nouvelle pornographique qui lui causera beaucoup de problèmes, sur le plan privé mais aussi public, puisqu’entre autres il se fera ridiculiser par Philippe Sollers.
On s’ennuie un peu en lisant ce livre, on s’intéresse à ce qui se passe par intermittences, on s’exaspère devant l’égocentrisme et l’arrogance de l’auteur, on sympathise parfois avec la belle Sophie qui est sans doute plus fine et plus perspicace que ne le souhaitait l’auteur-narrateur, et on regrette un peu qu’il ne soit pas davantage question du grand-père, dont le mystère et l’ambiguïté aurait peut-être mérité plus de pages que la ville si morose de Kotelnitch …

Chanson douce, de Leïla Slimani

chanson_douceOn a beaucoup parlé de ce roman car il a obtenu le Prix Goncourt en 2016, et c’est par curiosité pour ce Prix et pour cette nouvelle jeune auteure inconnue de moi, que j’ai eu envie de lire ce livre.

La scène initiale est sanglante et horrible, et nous sommes ainsi prévenus dès le départ du dénouement de l’histoire, nous savons qu’il s’agit d’un drame, et ce n’est donc pas là que se situe le suspense, il se situe plutôt dans le pourquoi de ce drame, ou comment une employée modèle, une nounou parfaite, a peu à peu glissé vers la déraison et s’est finalement transformée en femme dangereuse.
Nous entrons dans l’histoire des relations entre ce jeune couple bourgeois et avide de réussite et cette nounou expérimentée, prénommée Louise, dévouée corps et âme à son métier mais qui cache un passé douloureux puisqu’elle est totalement seule dans la vie : veuve, avec une fille unique qui s’est enfuie de la maison sans plus jamais donner de nouvelles, et qui n’a donc que son métier auquel se raccrocher pour se sentir utile. Mais le jeune couple ne connaît pas les failles psychologiques de Louise, n’a pas sondé son désespoir profond, et il lui fait une confiance aveugle, ne pouvant plus se passer de ses services, elle prend une place de plus en plus importante dans la maison de cette famille et auprès des deux petits enfants, Mila et Adam.
On se rend compte qu’il est difficile pour le jeune couple de maintenir des relations de patrons à employée avec cette femme qui fait presque partie de la famille, que leurs enfants adorent, et avec laquelle ils partent en vacances, ils s’aperçoivent vite à quel point Louise leur est indispensable, particulièrement les quelques jours où elle tombe malade et où ils sont contraints de faire appel à une remplaçante.
La quatrième de couverture parle de « dépendance mutuelle » entre le jeune couple et Louise, ce qui est tout à fait juste.
L’écriture de Leila Slimani est assez précise et percutante, concentrée sur ce qu’elle a à exprimer, mais j’ai trouvé qu’elle aurait pu se laisser aller à un peu plus de poésie – elle aurait pu être moins sèche – mais ce n’est que mon goût personnel.
Le regard acéré que l’auteure porte sur ses personnages, la distance qu’elle maintient sans cesse avec eux, nous empêche de nous attacher à eux, et nous maintient dans un rôle de strict observateur dont les émotions restent en arrière-plan.
Le petit bémol que j’apporterai à cet article c’est que le jeune couple est un petit peu caricatural, avec des réactions attendues, et la volonté d’émancipation et d’épanouissement de Myriam qui se heurte à la mauvaise volonté de son mari, et ses scènes de kleptomanie, n’apportent pas grand-chose au roman.
Malgré tout, un assez bon livre qui tient le lecteur en haleine.

Deux poèmes de Georges Perros

Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)

Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)


J’ai trouvé ces deux poèmes dans le recueil « Une vie ordinaire », sorte d’autobiographie en octosyllabes qui date de 1967.
Georges Perros (1923- 1978) était également acteur puis lecteur chez Gallimard.

***

Je suis un homme maintenant
et pourrais être militaire
et quand on me dit de parler
je sais pourquoi je dois me taire
Quoique me sentant peu au monde
je dis bonjour ça va bonsoir
à mes semblables que je croise
et qui me le rendent parfois
Certes je sais que mon royaume
est bien de ce monde Voilà
ce qui m’embarrasse plutôt
je récupère mal le temps
que j’ai passé à faire l’âne
en laissant ma pauvre maman
s’occuper à torcher mon cul
à me donner le sein si tant
il est vrai qu’elle fit ce geste
de laiteuse et pâle tendresse.

**

J’avance en âge mais vraiment
je recule en tout autre chose
et si l’enfance a pris du temps
à trouver place en moi je pense
voilà qui est fait et je suis
devenu susceptible au point
qu’on peut me faire pleurer rien
qu’en me prenant la main Je traîne
en moi ne sais quelle santé
plus prompte que la maladie
à me faire sentir la mort
Tout m’émeut comme si j’allais
disparaître dans le moment
Ce n’est pas toujours amusant.

***

Que faire des classes moyennes, de Nathalie Quintane

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J’avais déjà lu un livre de Nathalie Quintane, intitulé Tomates, et qui m’avait passablement consternée. Mais j’ai eu néanmoins envie de réessayer cette auteure, avec cet essai sur les Classes Moyennes, un sujet qui ne me passionne pas à priori mais sur lequel je pense qu’il y a des choses intéressantes à dire.
Nathalie Quintane pense que les classes moyennes ne veulent pas s’identifier à la classe prolétarienne et cherchent au contraire au maximum à s’en dégager, et cette classe moyenne vivrait dans une éternelle insatisfaction ou ressentiment, qui s’oppose à la révolte nécessaire des classes inférieures (puisque, selon Nathalie Quintane, la Révolution prolétarienne est souhaitable et vivement espérée). Malgré cette insatisfaction, la classe moyenne se distingue selon Quintane par son obéissance et ses valeurs petites bourgeoises, mais aussi par des tendances dépressives … bref, la Classe Moyenne serait la vraie ennemie de la démocratie.

Mon avis : Cet acharnement contre la Classe Moyenne m’a semblé incongru, d’autant que les arguments avancés par l’auteure sont pour le moins confus et fouillis, voire contradictoires. Par moments on sent une vraie colère de l’auteure, et c’est énergisant, mais en même temps un peu vain. Il y a de ci de là de bonnes pages et de bonnes idées, comme sur l’achat de produits culturels, ou sur des souvenirs personnels de l’auteure, mais tout cela est rabouté sans queue ni tête, et on a l’impression que l’auteure veut seulement exprimer des agacements épidermiques sporadiques et non pas construire un argumentaire (mais après tout, pourquoi pas, seulement pourquoi écrire une apparence d’essai ?).
Nathalie Quintane dit qu’elle appartient elle-même à la Classe moyenne (j’aurais cru à la classe supérieure car elle est un écrivain reconnu, édité par une grande maison d’édition, et de plus enseignante en Lettres), sans doute pour rendre son propos encore plus crédible …
Personnellement, appartenant à la classe inférieure, n’ayant nulle envie de faire la révolution, et restant assez indifférente vis à vis des Classes Moyennes (qui ne sont jamais définies clairement, ni dans ce livre ni ailleurs), je suis restée assez froide par rapport à ce livre, qui ne me semble pouvoir prêcher qu’à des convaincus.

L’année de l’éveil de Charles Juliet

annee_eveil_julietJ’ai lu L’année de l’éveil de Charles Juliet car j’avais adoré Lambeaux, un autre de ses récits autobiographiques, et bien que les thématiques de L’année de l’éveil me soient a priori assez peu attractives : dans ce livre, en effet, qui se passe vers la fin des années 40 ou début des années 50, le narrateur adolescent est enfant de troupe dans un lycée militaire du Sud de la France, se passionne pour la boxe, et admire au-delà du raisonnable son chef de section, un homme qui l’invite parfois chez lui le dimanche, et dont le narrateur a l’occasion de rencontrer la séduisante jeune femme.
Pendant le premier quart du livre, j’ai assez peu accroché au personnage du narrateur, dont le goût pour la discipline, la naïveté, la manière de tomber en admiration devant n’importe quel militaire pourvu qu’il soit un peu brutal ou fort en muscles, m’a passablement agacée. Malgré tout, il y avait une sensibilité dans l’écriture, un regard pur et honnête, qui donnaient envie de poursuivre la lecture.
Et, effectivement, le caractère du narrateur s’affine et s’affirme devant nos yeux, il devient moins naïf et plus lucide, son caractère devenu moins malléable se rapproche d’un tempérament d’adulte, et il ose à plusieurs reprises s’opposer à la discipline arbitraire et injuste qui lui est imposée.
J’ai trouvé que l’évolution du caractère du narrateur, et les débats intérieurs de sa conscience, étaient très intelligemment décrits et suggérés, et que l’attention et l’empathie du lecteur s’amplifiaient au fur et à mesure de cette évolution, rendant le récit vraiment prenant et touchant.
Certains passages sont particulièrement durs, surtout liés aux sévices infligés par ses condisciples ou par certains de ses chefs, et on sent un certain stoïcisme du narrateur, qui met un point d’honneur à ne pas manifester sa douleur et à ne pas se plaindre.
Au final, j’ai bien aimé ce récit, mais je crois que j’avais légèrement préféré Lambeaux.

L’ombre de nos nuits, par Gaëlle Josse

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J’avais déjà chroniqué ici un précédent roman de Gaëlle Josse, qui s’appelait Les Heures silencieuses et qui prenait pour prétexte un tableau de Vermeer, racontant la vie de la femme représentée sur le tableau. L’ombre de nos nuits, son nouveau roman, reprend le même procédé c’est-à-dire qu’ici encore un tableau – cette fois de Georges de La Tour – sert de point de départ au roman, mais j’ai trouvé que L’ombre de nos nuits était loin d’être aussi réussi que Les heures silencieuses, malgré l’écriture toujours aussi belle et poétique et qui pourrait suffire à apprécier ce roman …

L’histoire de l’Ombre de nos nuits : Une femme se promène dans un musée de province et tombe en arrêt, émerveillée, devant un tableau de Georges de La Tour, Saint Sébastien soigné par Sainte Irène. Elle contemple le tableau pendant très longtemps (jusqu’à la fermeture du musée) et repense à une histoire d’amour compliquée et malheureuse qu’elle a eue avec un homme marié. Parallèlement à ce récit amoureux, on nous raconte l’histoire du tableau : comment il fut peint – avec la participation de deux apprentis, l’un orphelin l’autre fils aîné de Georges de La Tour, et comment ce tableau voyagea jusqu’à Paris pour être montré au roi.
Nous avons donc la mise en parallèle de deux histoires absolument sans rapport l’une avec l’autre, qui sont entremêlées de manière artificielle et qui sont loin de susciter autant d’intérêt l’une que l’autre : personnellement j’ai trouvé l’histoire d’amour contemporaine à la limite de la mièvrerie, à la limite de l’eau de rose, et par dessus tout les sentiments ne m’ont pas semblé assez creusés. En revanche, j’ai trouvé que l’histoire de Georges de La Tour et de son tableau était vraiment très belle, avec une reconstitution de l’atmosphère et de l’état d’esprit du 17è siècle qui m’a paru très juste et crédible, et une retenue dans l’expression des sentiments qui m’a touchée.

Bref, mon avis sur ce livre est assez mitigé, mais il s’agit tout de même d’un joli roman, avec des sentiments nuancés et une belle écriture, donc au final je l’ai plutôt bien aimé.

L’alcool et la nostalgie, de Mathias Enard

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J’avais envie depuis assez longtemps de lire quelque chose de Mathias Enard, et quand, au cours d’une balade dans une librairie de mon quartier, je suis tombée sur L’alcool et la nostalgie, le titre m’a paru suffisamment attrayant et énigmatique pour que j’achète le livre …

Ce livre raconte l’histoire d’un trio amoureux : le narrateur, une jeune femme nommée Jeanne, et un russe très cultivé nommé Vladimir (ou Volodia pour les intimes) passeront une année ensemble à Moscou à boire de la vodka, à se droguer, à se promener, à s’aimer, et à vivre. Mais la rivalité entre les deux hommes envenimera leurs relations et Vladimir en mourra : le livre commence justement par l’annonce de la mort de ce personnage, faite par Jeanne au narrateur. Il s’ensuit un périple en train jusqu’en Sibérie, accompli seul par le narrateur, qui se remémorera la prose du Transsibérien de Blaise Cendrars, et une foule d’autres choses révélées par la nostalgie.

Mon avis :
Je suis assez partagée sur ce livre : d’un côté, j’ai trouvé qu’il s’agissait d’une belle déclaration d’amour à la Russie (à ses villes, à ses paysages, à sa culture, à son histoire aussi) et d’un autre côté il m’a semblé que les personnages n’étaient pas très intéressants et surtout pas très creusés, à part le personnage du narrateur les deux autres protagonistes sont un peu des coquilles vides. Mais justement, cette manière de creuser le « je » au détriment du « il » et du « elle » permet de faire un portrait assez sombre et désolé de ce personnage principal, de sa solitude.
Par ailleurs, il s’agit d’un livre assez bien écrit, au style précis et facilement descriptif, agréable à suivre.
Mais ce que j’ai le plus apprécié dans ce roman, c’est vraiment la plongée dans la Russie contemporaine, très vivante et qui donne l’impression d’y être !

L’alcool et la nostalgie avait paru chez Babel Actes Sud en 2011.

Mes amis, d’Emmanuel Bove

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L’histoire :
Contrairement à ce que le titre laisserait supposer, ce livre est l’histoire d’un homme, Victor Bâton, qui vit dans une intense solitude et n’arrive pas à se faire d’amis, bien qu’il s’y emploie assidûment. Le livre est donc le récit de toutes ses tentatives ratées pour se faire des amis ou prendre des maîtresses, puisqu’ici le terme « amitié » recouvre aussi bien la camaraderie que l’amour.
Victor Bâton est un trentenaire qui vit pauvrement d’une pension militaire (il a fait la guerre 14-18) et qui passe ses journées à errer dans la grande ville, car il ne veut pas travailler. Au cours de ses pérégrinations urbaines, il croise divers personnages dont il espère pouvoir se faire des amis, mais son caractère susceptible, jaloux et intéressé lui fait perdre toute chance de nouer des liens durables.

Mon avis :
J’ai trouvé le personnage principal touchant au premier abord, puis il m’a un peu agacée, ensuite il m’est devenu franchement antipathique lorsqu’il essaye de séduire la très jeune fille de son bienfaiteur, puis j’ai de nouveau eu une certaine sympathie pour lui. Il m’a semblé en tout cas difficile à cerner, dans la mesure où il allie la mauvaise foi, un excès de fierté, une haute opinion de lui-même, et en même temps un grand besoin de se faire plaindre, d’apitoyer autrui, et une très forte timidité. C’est assez curieux car, devant ce héros somme toute peu engageant et bourré de défauts, le lecteur ne peut pas s’empêcher de ressentir de la compréhension, de l’intérêt et de l’indulgence.
Il faut dire que Victor Bâton tombe lui-même sur des personnages généralement peu reluisants, certains voulant profiter de lui et lui soutirer de l’argent, d’autres voulant au contraire lui servir de bienfaiteur mais se heurtant à sa fierté et à ses sursauts d’orgueil : avec aucun de ses « amis » il ne pourra traiter d’égal à égal, et il souffrira tantôt de sa supériorité tantôt de son infériorité.
Ses relations avec les femmes sont réduites au minimum : il les séduit rapidement, couche avec elles, et les laisse tomber, sans qu’aucune relation humaine de complicité, de confiance ou d’amour ait pu se mettre en place.
Tout le long du livre, il y a de nombreuses descriptions, que ce soit de la ville ou des différentes chambres où se retrouve Victor Bâton, et ces descriptions sont toujours surprenantes, poétiques, frappantes.
Un assez beau livre, qui se lit facilement.