L’annulaire de Yôko Ogawa

couverture chez Actes Sud

Quatrième de Couverture :

Le Point de Vue des Editeurs

A la suite d’un léger accident de travail, la narratrice de ce récit a quitté son usine et trouvé un emploi d’assistante et réceptionniste auprès de M. Deshimaru, directeur d’un laboratoire de spécimen. Dans ce lieu étrange, ancien foyer de jeunes filles pratiquement désert, elle reçoit la clientèle avant que M. Deshimaru, en véritable maître de taxidermie, recueille, analyse et enferme à jamais les blessures et les souvenirs de ceux qui désirent échapper à leur mémoire. Sans vraiment comprendre ce qui se joue sous ses yeux, la jeune fille tombe peu à peu sous la coupe de cet homme…
Avec ce récit – assurément l’un de ses plus fascinants -, Yôko Ogawa pénètre davantage encore dans le territoire de l’envoûtement et de l’étrange, et révèle, au cœur du suspense, l’empreinte d’une douleur qui va jusqu’au fétichisme.

Mon Humble Avis :

J’ai recopié la quatrième de couverture car je suis tout à fait d’accord avec cette analyse : ce livre est absolument fascinant de bout en bout et nous plonge dans un univers à mi-chemin entre nos vies quotidiennes « normales » et le fantastique le plus bizarre et le plus déroutant. Sans cesse, dans ce livre, nous oscillons sur cette ligne de crête et les frontières de la normalité se brouillent, tout finit par devenir inquiétant et déstabilisant.
Il est difficile de ne pas voir un aspect fortement symbolique lorsque l’héroïne de cette histoire perd un petit morceau de son annulaire au cours d’un accident de travail dans son usine de boissons gazeuses. L’annulaire nous évoque le mariage, les relations de couple, et la perte d’un morceau de ce doigt précis pourrait nous faire penser à des souffrances amoureuses ou à des difficultés pour l’héroïne à s’engager auprès d’un homme. Et la suite de l’histoire, la rencontre étrange avec M. Deshimaru et leurs relations de dépendance et d’emprise semblent bien confirmer cette interprétation.
Mais, en même temps, le livre dépasse largement une interprétation mécaniquement symbolique : nous naviguons plutôt, dans ce roman, dans une sorte de rêve éveillé, qui verse tantôt du côté du cauchemar, tantôt d’un certain réalisme et qui se joue des grilles de lecture trop logiques et des analogies trop systématiques.
Non seulement l’histoire nous parait étrange mais l’héroïne elle-même, la narratrice, nous semble avoir des réactions curieuses, une certaine apathie, un esprit soumis. Elle ne s’étonne de rien et son attirance pour M. Deshimaru nous parait inexplicable.
J’ai vraiment adoré ce livre, qui est selon moi un vrai chef d’œuvre, mais le lecteur doit accepter de se laisser déstabiliser et de ne pas tout comprendre !

Un Extrait page 33 :

Sur les murs de chaque côté se succédaient à intervalles réguliers robinets, pommes de douche et porte-savons. J’en ai compté quinze. Ils étaient tellement secs qu’ils évoquaient plus une décoration d’avant-garde qu’une installation de salle de bains.
Le carrelage bleu qui recouvrait toute la surface, plus ou moins foncé selon les endroits, formait quand on le regardait attentivement des motifs de papillon. C’était étonnant ces papillons dans une salle de bains, mais l’élégance de la couleur était telle que ce n’était pas du tout déplacé. Ils étaient posés un peu partout, sur la bouche d’évacuation des eaux, les parois de la baignoire, à côté de l’aérateur.
– Quel âge avez-vous ? m’a-t-il demandé soudain en s’arrêtant de rire.
– Vingt-et-un ans, ai-je répondu.
– Cela me tracasse depuis quelques temps, mais je trouve que vos chaussures ne sont pas assez sophistiquées pour votre âge.
J’ai regardé mes pieds qui pendaient à l’intérieur de la baignoire. Je portais des chaussures bon marché achetées au magasin du village à l’époque où je travaillais encore à l’usine de boissons gazeuses. Elles étaient en synthétique marron, à talons plats, et assez usées.
– Oui, vous avez raison, elles ne sont pas très élégantes.
(…)

Un bon jour pour mourir de Jim Harrison

couverture du livre

Quatrième de couverture :

Cuites, amour et dynamite … Un amateur de pêche mélancolique, un ancien du Viêtnam et une jeune femme aux jambes interminables, traversent l’Amérique des années soixante, unis par une « mission » folle et héroïque : faire sauter un barrage du Grand Canyon. Mais l’équipée sauvage de cet improbable trio va bientôt tourner à la gueule de bois carabinée !

Mon Humble Avis :

Ce roman est agréable à lire et vaut surtout par son écriture simple, directe, et fluide. On sent que l’auteur est un homme intelligent et cultivé, poète à ses heures, et son style est vraiment plaisant, sans longueurs, bien rythmé. Voilà pour l’aspect positif !
Là où ça s’est gâté : ni les personnages ni l’histoire ne m’ont vraiment intéressée.
Ce trio de paumés, qui ne pense qu’à la drogue, au sexe et au rock’n roll m’a paru sans doute très typique des années 60, tout à fait dans la mouvance de Kerouac et autres fers de lance de la Beat Generation, mais il me semble que ce type de héros n’a pas très bien vieilli, et pour ma part je les trouve un peu vides, pas très attachants, et même un chouïa hystériques avec leurs disputes vaines et recherche constante de défonce.
Une certaine misogynie s’étale tout au long du roman, avec ce pauvre personnage de Sylvia, dont la quatrième de couverture a raison de préciser qu’elle a des jambes interminables car c’est en effet tout ce qu’on peut dire de sa psychologie telle qu’elle est vue par le narrateur.
L’écologie est ici surtout un ressort dramatique pour terminer le livre en beauté, et on aurait parfois aimé que ce soit un peu plus développé car c’est sans doute l’aspect le plus intéressant du bouquin.
Un livre qui m’a globalement déçue car j’avais gardé un bon souvenir des poèmes de Jim Harrison.
Un livre qui me confirme aussi dans l’idée que la littérature américaine n’est pas trop ma tasse de thé !

Extrait page 75 :

(…) Je n’avais ni Etat, ni patrie, ni gouverneur, ni président. C’est ce qu’on appelle être nihiliste, mais je trouve que c’est un mot beaucoup trop fort pour désigner le vide. Pourtant, le suc de l’existence, atrophié et ténu certes, semble toujours présent. Les délices de l’air, de l’eau et des arbres, des créatures aussi rares que Sylvia, et la nourriture, même quand elle était jetée sur une table, comme par Rosie maintenant. Et les plaisirs du whisky. Et ceux de la pêche. Notre cerveau semble instaurer son propre gouvernement sur notre vie. Notre plan n’était qu’une inauguration, une sorte de bal du Couronnement.

La Bouche à Oreilles a 9 ans

Le 15 juin 2012 je créais La Bouche à oreilles sans projet bien défini, et surtout sans objectif de longévité particulier.
Finalement, neuf ans plus tard, je suis contente du chemin parcouru, des personnes côtoyées ou rencontrées grâce à ce blog, des nombreuses lectures intéressantes qu’il m’a permis de commenter ou de chroniquer, des échanges sympathiques et enrichissants qui foisonnent sur la blogosphère.
Jusqu’à aujourd’hui ce sont 795 articles qui ont paru ici, attirant plus de sept mille commentaires et environ deux cents vingt mille visiteurs.
Me voici donc partie pour une dixième année, avec toujours autant de plaisir et d’envie de continuer.
Merci à ceux qui me suivent, de façon régulière ou occasionnelle, et aux amis blogueurs qui me laissent leurs commentaires.

Sunshine Blogger Award – Juin 2021

Merci beaucoup à Katleen du blog Une vie des livres de m’avoir nommée au Sunshine Blogger Award. Elle m’avait en fait nommée en octobre 2020 mais je ne m’en suis aperçue que récemment.
Le principe est le suivant : on met le logo du prix, on dit qui nous a nommé, on répond aux 11 questions posées par cette personne, puis on choisit 11 personnes auxquelles on pose 11 nouvelles questions.

Les questions de Katleen et mes réponses :

  1. Quelle couleur te représente le mieux ?
    Pendant longtemps ma couleur préférée a été le vert et je me reconnais bien dans sa position intermédiaire entre les couleurs froides et chaudes, et puis c’est le symbole de l’espérance et aussi celui de la nature (qui m’est indispensable)
  2. Comment ranges-tu tes livres ?
    J’ai un classement assez compliqué dans lequel je ne me retrouve pas toujours moi-même : d’abord par genre, ensuite par siècle et enfin par ordre alphabétique. J’ai quatre bibliothèques, dont l’une est entièrement consacrée à la poésie (avec une étagère à part pour le théâtre). J’ai aussi mis à part dans une autre bibliothèque la littérature japonaise et celle de langue espagnole.
  3. Y a-t-il un auteur dont tu n’as apprécié aucun livre jusqu’à présent ?
    Oui, David Foenkinos. En fait, j’avais trouvé passable le premier livre que j’avais lu de lui (La Délicatesse) mais ceux que j’ai lus ensuite m’ont tous paru horribles, je me demande même comment on peut écrire ça.
  4. Quel personnage souhaiterais-tu avoir dans ta vie, et quel lien aurait-il avec toi ?
    J’ai rarement des grandes passions pour des personnages de romans mais il y a sûrement des écrivains que j’aurais aimé connaître, comme Colette, Virginia Woolf, Henri Michaux ou encore Paul Eluard. Désolée si ma réponse est à côté de la question.
  5. Quelle adaptation, sous forme de film ou de série, as-tu plus appréciée que le livre dont elle est issue ?
    Je dirais « Le Colonel Chabert » avec Depardieu, Fanny Ardant et Fabrice Luchini. Déjà, le film est assez bon mais surtout elle est issue d’une nouvelle très courte de Balzac, vraiment trop courte, que j’avais moyennement appréciée. Un autre film que j’avais préféré à son livre d’origine c’est « le Troisième homme » de C. Reed, inspiré par un roman de G. Greene. Il y en a sûrement beaucoup d’autres, et des plus récents, mais ça ne me vient pas tout de suite à l’esprit.
  6. Quel genre ou auteur souhaiterais-tu découvrir ?
    Il y a plusieurs auteurs que je souhaiterais découvrir : Mario Vargas Llosa, Rabelais, Jane Austen, et beaucoup d’autres. Je souhaiterais aussi lire plus de philosophie mais le temps me manque, hélas.
  7. Quel est ton signe astrologique ? Trouves-tu qu’il te correspond ?
    Bélier mais je ne crois pas être une fougueuse autoritaire comme sont supposées être les femmes béliers. Mon tempérament est au contraire très calme.
  8. Y a-t-il un article de ton blog dont tu es fier/fière et que tu souhaiterais re-partager ici ?
    Oui, celui où j’annonçais ma dernière publication de décembre 2020, « La Portée de l’ombre » chez Rafael de Surtis.
    Voici le lien où vous pouvez le consulter : ici mon article !
  9. Quelle est ta saison préférée ?
    Le printemps, pour les arbres en fleur, les températures qui se radoucissent et les jours qui rallongent. J’aime la lumière.
  10. Si tu ne devais écouter qu’un seul artiste ou groupe, lequel choisirais-tu ?
    Je serais bien ennuyée car j’apprécie d’écouter des choses variées (classique, jazz, rock, variété) donc je ne sais pas trop quoi répondre. Disons : Bill Evans car il a joué avec énormément de musiciens différents, dans des morceaux aux ambiances très diversifiées, et il a participé à beaucoup de chefs d’œuvre.
  11. Quelle est ta lecture en cours ? L’apprécies-tu ?
    J’ai commencé « Orgueil et Préjugés » de Jane Austen, que je projetais de lire depuis plusieurs années sans trouver le moment propice. Je l’apprécie plutôt, surtout pour le regard de Jane Austen sur ses personnages, le mélange d’ironie et d’affection.

Voici les onze blogueurs et blogueuses que je nomme pour la suite :

  1. Claude, du blog des livres un jour
  2. Eléonore du blog du Soir en été
  3. Céciloule du blog Pamolico
  4. Frédéric du blog La Culture dans tous ses états
  5. Mélie du blog Mélie et les Livres
  6. Ingannmic (Ingrid) du blog Book’ing
  7. Alain du blog Bibliofeel
  8. Marie, La Barmaid aux Lettres
  9. Madame lit
  10. Frédéric Perrot du blog Bel de Mai
  11. L’Heure de lire

Pour les onze questions je vais être très paresseuse et sans aucune imagination puisque je voudrais reprendre les mêmes que Katleen m’a posées car ce sont d’excellentes demandes et que j’ai bien aimé m’y confronter.

A vous de jouer.

Deux Poèmes d’Andrée Chedid

Portrait d’Andrée Chedid

M’étant aperçue avec étonnement que je n’avais encore jamais consacré d’article à la poésie d’Andrée Chedid, je rattrape aujourd’hui cet oubli.

Andrée Chedid (Le Caire,1920- Paris, 2011), née Andrée Saab, est une écrivaine, dramaturge et poète française d’origine syro-libanaise. Installée à Paris dès 1946, elle écrit son premier roman en 1952 et écrit des nouvelles, des pièces de théâtre, des romans et de la littérature jeunesse. Son œuvre est marquée par un grand humanisme, elle défend des valeurs de paix et de fraternité. Elle obtient de nombreux Prix et décorations, en particulier le Goncourt de la Poésie en 2002. Elle est la mère du chanteur Louis Chedid et la grand-mère du chanteur Matthieu Chedid.

**

ELOGE DU VIDE

Il faut
Du vide
Pour attirer
Le plein

Pour que s’explore
Le songe
Pour que s’infiltre
Le souffle
Pour que germe
Le fruit
Il nous faut
Tous ces creux

Et de l’inassouvi.

**

SAISON DES HOMMES

Sachant qu’elle nous sera ôtée,
Je m’émerveille de croire en notre saison,
Et que nos cœurs à chaque fois
Refusent l’ultime naufrage.
Que demain puisse compter,
Quand tout est abandon ;
Que nous soyons ensemble
Égarés et lucides,
Ardents et quotidiens,
Et que l’amour demeure après le discrédit.

Je m’émerveille du rêve qui sonde l’avenir,
Des soifs que rien ne désaltère.
Que nous soyons chasseurs et gibiers à la fois,
Gladiateurs d’infini et captifs d’un mirage.

Les dés étant formels et la mort souveraine,
Je m’émerveille de croire en notre saison.

Andrée Chedid

**

Le Mystère Henri Pick de David Foenkinos

J’ai lu ce livre vers la fin du mois de mars 2020, en pleine période de confinement pour cause de virus, et ce choix de lecture correspondait à une envie d’humour et de légèreté.
Je savais de plus que ce roman abordait le thème de l’écriture littéraire, des échecs ou des succès de librairie, du monde de l’édition, toutes choses à priori fort intéressantes quand on aime lire et/ou écrire.

Malheureusement, ce livre n’a pas été à la hauteur de mes attentes, loin de là.
J’attendais de l’humour ou au moins de la malice, et n’en ai pas trouvé …
Le livre accumule les bluettes plus ou moins niaises entre divers personnages interchangeables, au caractère mièvre et sans relief.
La vision de l’écrivain ou du monde de l’édition donnée par Foenkinos est plutôt gentillette, pour ne pas dire neuneu : tout le monde est gentil, bien intentionné, les bons écrivains sont récompensés par des succès de librairie bien mérités et les mauvais écrivains vont au rebut, forcément, puisque le monde littéraire est connu pour la justesse de ses verdicts (puisque Foenkinos est publié chez Gallimard cela signifie qu’il est un grand auteur -> CQFD).

Il y a par ailleurs un mépris de classe assez déplaisant : les pauvres et, disons, la classe laborieuse est regardée avec condescendance : ces gens sont presque analphabètes, ne savent même pas écrire une carte postale, ne s’expriment pas non plus oralement, et le lecteur finit presque par se demander si les pauvres ne sont pas un genre de bestiaux irrécupérables, dans l’esprit de cet écrivain.

La manière dont Foenkinos essaye de nous tirer quelques larmes dans les derniers chapitres, m’a semblé poussive, préfabriquée et insincère. Comme si l’auteur se contentait d’employer des procédés déjà éprouvés ailleurs, des recettes toutes faites, mais qui ne reposent pas sur le ressenti personnel d’une vraie émotion.

Voilà les impressions que j’ai eues durant cette lecture, et je préfère les donner franchement, même si je peux me tromper et que mon avis est tout à fait subjectif.

Un livre bien peu recommandable, selon moi.

Un poème en prose de Gustave Roud

Couverture chez Gallimard

Gustave Roud (1897-1976) est un poète et photographe suisse.
Ce poème en prose est extrait du livre Air de la solitude paru chez Gallimard en 2002 (Première édition en Suisse en 1945) avec une préface de Philippe Jaccottet.

**

(Extrait page 84)

Récit

Qui veut se perdre, ici, doit y mettre un soin sans mesure. La nuit même est peuplée de trop de lampes pour laisser quiconque partir à l’aventure; il s’y retrouve presque toujours, hélas ! et ses écarts sont tellement volontaires qu’il y renonce bientôt, tant ils sont prévus et commandés en quelque sorte par une « bonne voie » trop évidente. Mais la fatigue d’une longue marche dans la neige, une petite forêt que je traversai à grand-peine, les yeux affreusement ouverts parmi des présences hostiles, senties avant d’être discernées, fantômes murmurant leur propre lumière imperceptiblement, troncs, feuilles desséchées, creuse glace des ornières et des fossés (je tâtonnais dans de la cendre, j’ouvrais les doigts dans un lait aérien liquide) et tout un territoire désorienté : ravins, collines, plateaux, semés de haies confuses, de roseaux et d’aulnes en touffes, me conduisirent peu à peu dans l’étrange, cet étrange qui est fait du connu que l’on ne parvient pas à reconnaître. L’homme dans une ville, qui a passé d’une rue à l’autre sans le savoir, en traversant le dédale d’escaliers, de corridors, de cours intérieures, de bureaux, d’ateliers qui les sépare, se tient sur le seuil d’une porte rouverte, ayant devant lui un spectacle cent fois contemplé d’architectures, de voitures et de passants – mais qu’il ne reconnait pas. L’espace d’une seconde il est vraiment perdu. Toute ma nuit fut pareille à cette seconde. (…)

Bilan de mon Printemps des Artistes 2021

Voilà, la première édition de mon double mois thématique « le Printemps des Artistes » s’est terminée hier et il est temps d’en faire un bilan et de rappeler les nombreux billets qui ont été publiés à cette occasion et qui ont été très variés, dans les thèmes, les arts et les époques choisis.
Merci aux participant(e)s et tout particulièrement à Goran, à qui je dédie ce billet, et ce d’autant plus qu’il avait créé le logo de ce « Printemps des Artistes » avec un talent graphique formidable. Merci aussi à Claude pour ses nombreux billets de qualité et à Madame lit qui a eu la gentillesse de participer à l’aventure avec une très intéressante biographie des sœurs Brontë.
J’espère que vous avez pris autant de plaisir à suivre ce défi que moi à l’organiser et je serai ravie de vous en proposer une deuxième édition l’année prochaine, en avril 2022.

Logo du Défi créé par Goran

Billets de Goran :

La Belle noiseuse, de Jacques Rivette, film sur le thème de la peinture
Le chef d’oeuvre inconnu, de Balzac, roman sur le thème de la peinture.

Billets de Claude :

Le Chat et l’oiseau à la manière de Paul Klee
A mains nues de Leïla Slimani , livre où il est question de peinture (mais aussi de chirurgie)
Glenn Gould une vie à contretemps de Sandrine Revel, livre sur le célèbre pianiste virtuose
Une poésie de Bernard Noël
Monet nomade de la lumière, livre sur le peintre Claude Monet
Au hasard les oiseaux de Jacques Prévert, très beau poème
Reflet de choses de Maurice Carême, très beau poème

Billet de Madame lit :

Les Brontë par Jean-Pierre öhl, biographie des célèbres sœurs Brontë

Mes propres Billets :

Emily Dickinson, a quiet passion, biopic sur la grande poétesse
Les Parapluies d’Erik Satie, de Stéphanie Kalfon biographie romancée du musicien
Le Piano que baise une main frêle, de Paul Verlaine, poème sur la musique
Marcher jusqu’au soir, de Lydie Salvayre, livre sur la sculpture et l’art moderne
Térébenthine, de Carole Fives, roman sur l’art contemporain et la peinture
Coltrane (Méditation), de Zéno Bianu, recueil de poésie sur le jazz
Pour un Herbier, de Colette et Raoul Dufy, recueil de textes poétiques et d’aquarelles.
Des Poèmes de J.M. de Heredia sur des peintres
Les Demoiselles de Rochefort, de Jacques Demy, film sur la musique et la danse
Jeune Fille d’Anne Wiazemsky, roman dans le milieu du cinéma, autour de Robert Bresson
Deux poèmes de Jean-Michel Maulpoix sur la couleur bleue
Au Piano, de Jean Echenoz, roman dont le héros est un pianiste virtuose
Comment Wang-fô fut sauvé et autres nouvelles, de Marguerite Yourcenar, nouvelle sur la peinture
Django, biopic sur le grand musicien de jazz Django Reinhardt
Gloire tardive d’Arthur Schnitzler, roman sur un groupe de poètes

**

Django d’Etienne Comar

affiche du film

Ce film était sorti en 2017 et il s’agit du premier film d’Etienne Comar (né en 1965), connu en particulier comme scénariste et producteur du film Des hommes et des Dieux (en 2010).

Présentation du début du Film :

Ce biopic du célèbre guitariste de jazz Django Reinhardt nous transporte en France, pendant la période de l’Occupation allemande : le grand musicien d’origine tzigane est alors la coqueluche du tout-Paris, ses concerts remportent d’énormes succès et même les officiers allemands aiment son swing et se pressent pour aller l’écouter. Il est d’ailleurs prévu que Django fasse bientôt une tournée dans l’Allemagne nazie, car il se préoccupe assez peu de politique et ne songe qu’à la musique. Mais une de ses anciennes connaissances, Louise de Klerk, une femme ambiguë et séduisante, le met en garde contre les nazis et leurs exactions racistes contre les juifs et les tziganes, dont il pourrait finir par être victime. (…)

Mon Avis :

C’est un film agréable, les images sont souvent belles, avec des éclairages tamisés et un peu brumeux, des couleurs chaudes et douces, qui vont bien avec les concerts de jazz et le côté trouble et incertain de cette période historique, marquée par le doute, la méfiance, la duplicité des caractères.
Le personnage de Django est d’abord insouciant, peu intéressé par les problèmes politiques, et l’idée de jouer pour les nazis ne le dérange pas du tout. Puis, petit à petit, il commence à se rendre compte du danger : la haine des nazis contre les tziganes se manifeste de plus en plus clairement et le célèbre musicien commence à prendre conscience de la réalité.
J’ai appris grâce à ce film que même la musique ne pouvait pas être jouée librement durant la période hitlérienne : des tas de normes et de règles arbitraires étaient édictées pour qu’on joue le plus lentement possible, en évitant certains rythmes et sans trop de swing, sous peine d’interdiction de représentation. Bien sûr, Django Reinhardt, montré comme un caractère libre, audacieux et courageux, ne pouvait pas se plier à ces diktats et les contournait à la première occasion.
Un biopic assez bien fait, où j’ai eu surtout beaucoup de plaisir à écouter la musique tantôt entraînante et tantôt émouvante de Django Reinhardt !

Cette chronique était mon dernier article pour Le Printemps des Artistes 2021, qui se termine aujourd’hui et dont vous aurez bientôt le Bilan !

Gloire Tardive d’Arthur Schnitzler

couverture au livre de poche

J’ai lu ce court roman d’Arthur Schnitzler dans le cadre de mon défi « Le Printemps des artistes » et l’idée de cette lecture précise m’a été donnée par le blog de Patrice et Eva dont je vous propose de lire la très intéressante chronique de novembre 2020 : https://etsionbouquinait.com/2020/11/08/arthur-schnitzler-gloire-tardive/

Arthur Schnitzler(1862-1931) est un écrivain et médecin psychiatre autrichien, l’un des principaux auteurs de langue allemande de la première moitié du 20è siècle, il a été notamment influencé par Freud et la psychanalyse. Sa « Nouvelle rêvée » a par exemple inspiré à Kubrick son film « Eyes wide shut ».
Le roman « Gloire tardive », qui est précisément une œuvre tardive de l’auteur, a été éditée de façon posthume. Sa première traduction française date de 2016 pour les éditions Albin Michel.

Présentation de l’histoire :

Monsieur Edouard Saxberger est un petit fonctionnaire vieillissant et il mène une vie tout à fait banale et tranquille. Jusqu’au jour où il a la surprise de recevoir la visite d’un jeune poète inconnu, nommé Meier, qui se déclare comme un fervent admirateur de l’oeuvre poétique du vieil homme. Saxberger se souvient d’avoir effectivement publié un recueil de poèmes, trente ans plus tôt, intitulé Les Promenades, qui était passé tout à fait inaperçu à l’époque et que tout le monde avait apparemment oublié. Mais Meier le détrompe : lui-même et le groupe de jeunes littérateurs auquel il appartient, le reconnaissent comme un maître, et se réclament de son influence. Meier lui confie des vers qu’il a écrits et lui demande son avis. Mais pour Monsieur Saxberger la poésie semble bien loin. (…)

Mon humble avis :

Je savais que Schnitzler avait été très influencé par la psychanalyse et je pensais trouver des traces de théorie freudienne dans « Gloire tardive ». Mais cette idée a été vite contredite par ma lecture. Le livre est, au contraire, assez simple et transparent et l’auteur ne cherche pas à nous faire entrer dans les méandres inconscients ou les complexes refoulés de ce vieux monsieur et ancien poète. Cependant, le livre ne manque pas de réflexions psychologiques intéressantes sur la jeunesse et la vieillesse, et illustre en quelque sorte le proverbe bien connu « On ne peut pas être et avoir été ».
Il y a une certaine ironie distanciée de l’auteur par rapport à ses personnages. Surtout vis-à-vis du monde littéraire, des petits cénacles de jeunes poètes qui s’auto-glorifient alors qu’ils n’ont encore rien produit et qui considèrent tous les autres littérateurs comme des « sans-talent » méprisables.
Un très joli livre, qui plaira tout particulièrement aux poètes et amateurs de poésie !

Un extrait page 106-107

Saxberger écouta avec délectation. Jamais jusqu’alors il n’avait connu le doux transport qui s’empara de lui en entendant ses vers lus à haute voix. A peine s’avisa-t-il que c’était mademoiselle Gasteiner qui lisait – à peine eût-il pu dire si les vers lui plaisaient, mais lorsqu’elle cessa de lire, que la chambre fut soudain redevenue silencieuse et qu’ils se retrouvèrent assis très près l’un de l’autre, il vit de nouveau la veste jaune qui le dérangeait et il fut alors particulièrement irrité par le sourire très énigmatique qui jouait sur les lèvres de la demoiselle et qui n’avait aucun rapport avec ce qui venait d’être lu. Il dut même détourner les yeux, en quoi elle vit une réaction déclenchée par l’émotion.(…)

Logo du Défi