L’alcool et la nostalgie, de Mathias Enard

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J’avais envie depuis assez longtemps de lire quelque chose de Mathias Enard, et quand, au cours d’une balade dans une librairie de mon quartier, je suis tombée sur L’alcool et la nostalgie, le titre m’a paru suffisamment attrayant et énigmatique pour que j’achète le livre …

Ce livre raconte l’histoire d’un trio amoureux : le narrateur, une jeune femme nommée Jeanne, et un russe très cultivé nommé Vladimir (ou Volodia pour les intimes) passeront une année ensemble à Moscou à boire de la vodka, à se droguer, à se promener, à s’aimer, et à vivre. Mais la rivalité entre les deux hommes envenimera leurs relations et Vladimir en mourra : le livre commence justement par l’annonce de la mort de ce personnage, faite par Jeanne au narrateur. Il s’ensuit un périple en train jusqu’en Sibérie, accompli seul par le narrateur, qui se remémorera la prose du Transsibérien de Blaise Cendrars, et une foule d’autres choses révélées par la nostalgie.

Mon avis :
Je suis assez partagée sur ce livre : d’un côté, j’ai trouvé qu’il s’agissait d’une belle déclaration d’amour à la Russie (à ses villes, à ses paysages, à sa culture, à son histoire aussi) et d’un autre côté il m’a semblé que les personnages n’étaient pas très intéressants et surtout pas très creusés, à part le personnage du narrateur les deux autres protagonistes sont un peu des coquilles vides. Mais justement, cette manière de creuser le « je » au détriment du « il » et du « elle » permet de faire un portrait assez sombre et désolé de ce personnage principal, de sa solitude.
Par ailleurs, il s’agit d’un livre assez bien écrit, au style précis et facilement descriptif, agréable à suivre.
Mais ce que j’ai le plus apprécié dans ce roman, c’est vraiment la plongée dans la Russie contemporaine, très vivante et qui donne l’impression d’y être !

L’alcool et la nostalgie avait paru chez Babel Actes Sud en 2011.

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Oreiller d’herbes, un roman de Sôseki

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L’histoire :
Un artiste – à la fois peintre et poète – part dans une région de montagnes à la recherche de l’impassibilité, qui pourrait selon lui rendre son art plus parfait. Il est accueilli dans une maison isolée et bordée de jardins, dont la maîtresse de maison est particulièrement mystérieuse. Au cours de ses promenades, il rencontre des moines avec lesquels il a des conversations de bon voisinage. (…)

Mon avis :
Ce roman est assez étrange, car il entremêle à la fois le récit, les réflexions du personnage principal et même des poèmes, puisque le héros écrit quelques haïku pendant son voyage. Les événements qui se produisent pendant le cours du roman, ou les conversations qui sont tenues, n’ont pas forcément d’importance pour la suite de l’histoire, et sont comme de jolis moments dans le cours d’une vie paisible.
Le personnage principal, ce peintre-poète, a un caractère porté vers la philosophie et vers la réflexion (souvent subtile !) mais il agit peu et, alors qu’il se promène sans cesse dans la campagne avec son matériel de peinture, il ne peindra jamais un seul tableau.
Il est finalement très difficile de déterminer exactement ce que Sôseki voulait nous montrer avec ce roman, ce vers quoi il voulait attirer notre attention … Peut-être sur la relation pleine de cachoteries et d’ironie entre le peintre-poète et la jeune dame de la maison ; peut-être sur les vicissitudes de l’existence, qui empêchent de trouver l’impassibilité ? Ou peut-être sur les conditions nécessaires à la création d’une œuvre d’art ?
J’ai trouvé ce livre assez charmant, avec des moments déroutants.

Deux poèmes de Jean Cocteau

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J’ai trouvé ces deux poèmes dans l’anthologie Poésie/Gallimard du 20è siècle, sous-titré « De Paul Claudel à René Char ».

Rien ne m’effraye plus que la fausse accalmie
D’un visage qui dort ;
Ton rêve est une Egypte et toi c’est la momie
Avec son masque d’or.

Où ton regard va-t-il sous cette riche empreinte
D’une reine qui meurt,
Lorsque la nuit d’amour t’a défaite et repeinte
Comme un noir embaumeur ?

Abandonne, ô ma reine, ô mon canard sauvage
Les siècles et les mers ;
Reviens flotter dessus, regagne ton visage
Qui s’enfonce à l’envers.

**

Oh ! Là là !

Les dieux existent : c’est le diable. J’aimais la vie ; elle me déteste ; j’en meurs. Je ne vous conseille pas d’imiter mes rêves. La mort y corne des cartes, y jette du linge sale, y couvre les murs de signatures illisibles, de dessins dégoûtants. Le lendemain, je suis le personnage à clef d’une histoire étonnante qui se passe au ciel.

**

Le premier de ces deux poèmes est extrait du recueil Plain-Chant, et le second du recueil Opéra.

Deux poèmes de Jacques Charpentreau

Couverture du recueil

Couverture du recueil


Jacques Charpentreau (1928-2016) est un poète important qui a beaucoup œuvré en faveur des jeunes poètes et qui a dirigé La Maison de Poésie et la revue poétique Le Coin de Table avec ferveur et énergie.
J’avais eu l’occasion de parler sur ce blog de deux de ses recueils de poèmes, dont le beau Un si profond silence, qui restera son dernier livre.
J’ai choisi aujourd’hui, en témoignage de mon estime pour lui et aussi pour saluer sa mémoire, de publier deux poèmes de lui que j’aime beaucoup :

Furtif passage d’un oiseau
Vers quelles terres étrangères,
Ciels changeants au miroir des eaux
Dentelle rousse des fougères.

Le soir tisse son fin réseau
Autour des heures passagères,
Avant la Parque aux noirs ciseaux
Envolez-vous ombres légères.

Est-ce moi qui vous rêve
– Ou m’avez-vous rêvé ?

**

Le Soir

Ni chien ni loup le crépuscule
Estompe le dernier décor
C’est l’heure des jeteurs de sorts
Et lentement le temps bascule.

Etoile d’or ou renoncule
Chien ou loup qu’importe qui mord
Le jour la nuit la vie la mort
Un même souffle encor circule.

Tremblantes chimères du soir
Près de moi venez vous asseoir
Mes familières étrangères.

Je ne peux plus vous discerner
Je sens que vous m’avez cerné
Je vais vous suivre, ombres légères.

**

Mes amis, d’Emmanuel Bove

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L’histoire :
Contrairement à ce que le titre laisserait supposer, ce livre est l’histoire d’un homme, Victor Bâton, qui vit dans une intense solitude et n’arrive pas à se faire d’amis, bien qu’il s’y emploie assidûment. Le livre est donc le récit de toutes ses tentatives ratées pour se faire des amis ou prendre des maîtresses, puisqu’ici le terme « amitié » recouvre aussi bien la camaraderie que l’amour.
Victor Bâton est un trentenaire qui vit pauvrement d’une pension militaire (il a fait la guerre 14-18) et qui passe ses journées à errer dans la grande ville, car il ne veut pas travailler. Au cours de ses pérégrinations urbaines, il croise divers personnages dont il espère pouvoir se faire des amis, mais son caractère susceptible, jaloux et intéressé lui fait perdre toute chance de nouer des liens durables.

Mon avis :
J’ai trouvé le personnage principal touchant au premier abord, puis il m’a un peu agacée, ensuite il m’est devenu franchement antipathique lorsqu’il essaye de séduire la très jeune fille de son bienfaiteur, puis j’ai de nouveau eu une certaine sympathie pour lui. Il m’a semblé en tout cas difficile à cerner, dans la mesure où il allie la mauvaise foi, un excès de fierté, une haute opinion de lui-même, et en même temps un grand besoin de se faire plaindre, d’apitoyer autrui, et une très forte timidité. C’est assez curieux car, devant ce héros somme toute peu engageant et bourré de défauts, le lecteur ne peut pas s’empêcher de ressentir de la compréhension, de l’intérêt et de l’indulgence.
Il faut dire que Victor Bâton tombe lui-même sur des personnages généralement peu reluisants, certains voulant profiter de lui et lui soutirer de l’argent, d’autres voulant au contraire lui servir de bienfaiteur mais se heurtant à sa fierté et à ses sursauts d’orgueil : avec aucun de ses « amis » il ne pourra traiter d’égal à égal, et il souffrira tantôt de sa supériorité tantôt de son infériorité.
Ses relations avec les femmes sont réduites au minimum : il les séduit rapidement, couche avec elles, et les laisse tomber, sans qu’aucune relation humaine de complicité, de confiance ou d’amour ait pu se mettre en place.
Tout le long du livre, il y a de nombreuses descriptions, que ce soit de la ville ou des différentes chambres où se retrouve Victor Bâton, et ces descriptions sont toujours surprenantes, poétiques, frappantes.
Un assez beau livre, qui se lit facilement.