2013 en révision

Les lutins statisticiens de WordPress.com ont préparé le rapport annuel 2013 de ce blog.

En voici un extrait :

Un métro New-Yorkais contient 1.200 personnes. Ce blog a été visité 7  700 fois en 2013. S’il était un métro New-Yorkais, il faudrait faire 6 voyages pour les déplacer tous.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

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Deux poèmes de jeunesse de Pasolini

pasolini_poemesPasolini, connu surtout comme cinéaste, a également écrit de nombreux poèmes, dont je vous propose deux exemples aujourd’hui. Ces deux poèmes datent des années 1940, Pasolini avait alors une vingtaine d’années.

 

Ô mes enfances

Ô mes enfances ! Je nais
dans l’odeur que la pluie
exhale des prairies
d’herbe vive … Je nais
dans le miroir du canal.

Dans ce miroir Casarsa
– comme les prairies de rosée –
de tout temps frissonne.
C’est là que, de piété, je vis
lointain enfant du péché,

dans un rire inconsolé.
Ô mes enfances, le soir
colore l’ombre serein
sur les vieux murs : au ciel
la lumière éblouit.

Aube

Ô torse réveillé
par le jour nouveau !
Ô tiède lit
baigné de larmes !

Une autre lumière
m’éveille et je pleure
les jours qui s’envolent
pareils à des ombres.

Calligraphie des rêves de Juan Marsé

juan_marseL’histoire se passe dans la ville de Barcelone dans les années 1940 – à l’époque de la dictature de Franco. Un adolescent, Ringo, est témoin des aventures qui arrivent aux personnes de son entourage, et plus particulièrement à son père – qui exerce la profession mystérieuse de chasseur de rats bleus – et à une certaine Victoria Mir, leur voisine, qui a été abandonnée par son amant et qui, depuis cet abandon, attend patiemment une lettre de lui. Parallèlement, Ringo commence à entrer dans le monde des adultes, bien qu’il reste un grand rêveur, et il ne peut s’empêcher d’être attiré par la fille de Victoria Mir, Violeta, jeune fille laide et distante mais dotée d’un inexplicable charme …

J’ai trouvé qu’il y avait une grande liberté dans ce roman : liberté à la fois dans la construction des chapitres (qui semblent, au départ, partir dans plusieurs directions différentes sans rapport les uns avec les autres, puis qui se resserrent et forment finalement un ensemble parfaitement cohérent), et liberté aussi dans la manière de brosser les caractères, qui paraissent tous animés d’une vie intense et qui, souvent, surprennent le lecteur par leur complexité et leur profondeur.
J’ai beaucoup aimé le personnage de Ringo, cet adolescent à mi-chemin entre le monde de l’enfance et celui des adultes, qui voudrait garder partout une position de simple observateur mais qui, au bout du compte, sera intervenu de nombreuses fois …
J’ai aimé aussi, dans ce livre, la manière légère dont les drames sont racontés, avec toujours une distance et une sorte d’humour, qui donnent à ce roman beaucoup de vivacité.

Rêve d’Artiste d’Emile Nelligan

NelliganRêve d’Artiste

Parfois j’ai le désir d’une sœur bonne et tendre,
D’une sœur angélique au sourire discret :
Sœur qui m’enseignera doucement le secret
De prier comme il faut, d’espérer et d’attendre.

J’ai ce désir très pur d’une sœur éternelle,
D’une sœur d’amitié dans le règne de l’Art,
Qui me saura veillant à ma lampe très tard
Et qui me couvrira des cieux de sa prunelle ;

Qui me prendra les mains quelquefois dans les siennes
Et me chuchotera d’immaculés conseils,
Avec le charme ailé des voix musiciennes ;

Et pour qui je ferai, si j’aborde à la gloire,
Fleurir tout un jardin de lys et de soleils
Dans l’azur d’un poème offert à sa mémoire.

*** Emile Nelligan ***

Villa Amalia de Pascal Quignard

pascal-quignard-villa-amaliaL’histoire : Une femme, Ann Hidden, musicienne (compositrice), surprend son compagnon, Thomas, en train d’embrasser une femme dans un jardin de banlieue. Quelques instants plus tard, elle retrouve un ami d’enfance, Georges, qui vient de perdre sa mère et est en train de faire le vide dans la maison dont il a hérité. Ann Hidden décide de tout quitter, d’abandonner Thomas sans le prévenir. A son insu, elle vend la maison dans laquelle ils vivent ensemble depuis seize ans, vend aussi les meubles, se débarrasse de toutes les affaires, et fait changer les serrures de la maison. Avec l’aide de Georges, elle quitte la France, faisant en sorte que personne ne retrouve sa trace. Après une période d’errance, elle trouve le bonheur dans la petite île italienne d’Ischia. Mais le bonheur est chose fragile. Et le passé va, finalement, ressurgir.

Mon avis : C’est un beau roman, très bien écrit, à l’histoire très dense et riche de sens. Le style est épuré : dialogues minimalistes, phrases presque toujours courtes, vocabulaire simple. Il n’y a pour ainsi dire aucune analyse psychologique des personnages, ce qui m’a d’abord perturbée et m’a donné plusieurs fois l’impression d’un livre « froid ». L’héroïne du roman, Ann Hidden, m’a fait l’impression d’une femme froide et dure, parce que ses sentiments et ses pensées ne sont jamais décrits par l’auteur. Et puis, au fur et à mesure des chapitres, ce personnage s’humanise car le lecteur s’habitue à ses réactions, à sa façon abrupte de dire « oui » et « non », on la voit pleurer, on la sent souffrir – on finit par comprendre sa profondeur et par s’attacher à elle.
Beaucoup de thèmes sont abordés dans ce roman : la rupture, la solitude, l’amour, le deuil – des thèmes forts – mais que l’auteur, là encore, ne cherche pas à analyser : il ne développe pas, il suggère, trace une ébauche à grands traits et laisse au lecteur le soin de développer les détails en lui-même.
En tout cas, c’est un livre totalement dépourvu de pathos, jamais démonstratif, qui m’a paru être une œuvre vraiment aboutie et maîtrisée.
J’ajoute que, dans le dernier chapitre du livre, il y a des pages sur la musique qui sont assez fascinantes, je pense à une ou deux pages sur la main gauche des pianistes (la main gauche est moins forte que la droite, mais, d’après Pascal Quignard, à certains moments de la nuit, le cerveau annule cette prééminence de la main droite et les deux mains sont équilibrées …). Il y a aussi une page sur la vie en symbiose que j’ai trouvée superbe et vraiment émouvante.

Sisterhood of the World Bloggers Award

sister-award
J’ai été invitée à participer au SISTERHOOD OF THE WORLD BLOGGERS AWARD par Coquelicot. Avec son blog Coquelicot et Compagnie (http://coquelicotetcompagnie.wordpress.com/) , elle nous offre de jolies histoires, des fables pleines de fraîcheur et d’astuce. Merci donc à Coquelicot (et à sa Compagnie) !

Voici les règles du jeu (si à votre tour vous avez envie de jouer):

1- Fournir un lien et remercier le blogueur qui vous a nominé pour ce prix.

2- Nommer à votre tour 10 blogs que vous choisirez.

3- Faites un lien vers ces blogs tout en laissant un message aux nominé(e)s afin qu’elles(ils) sachent qu’elles(ils) ont été choisi(e)s.

4- Répondez aux 10 questions suggérées.

5- Afficher le logo du prix sur votre blog.

……
Je n’ai pas très bien compris s’il ne fallait nommer que des blogueuses – donc j’ai nommé aussi deux blogueurs.

Et les nominé(e)s sont…

1. http://arbrealettres.wordpress.com – L’arbre à lettres de poésie.

2. http://lecturesaucoeur.wordpress.com – Lectures au Cœur : un blog de critiques de cinéma et de littérature.

3. http://perlesdorphee.wordpress.com – Perles d’Orphée : le blog culturel de Lelius (poésie, musique, …)

4. http://madimado.com – Le blog de critiques culturelles de Madi Mado

5. http://mesaddictions.wordpress.com – Le blog littéraire de Marie, avec beaucoup de défis de lecture …

6. http://poesiemuziketc.wordpress.com – Poésie, Musique Etcetera. Un bon blog de poésie contemporaine.

7. http://hortusclosus.wordpress.com – Les poèmes (haïkus et tanka) d’Esther.

8. http://moncafelecture.wordpress.com – Mon café Lecture : défis d’écriture, textes souvent très sympas …

9. http://missbouquinaix.wordpress.com/‎ – Le blog des livres qui rêvent !

10. http://emotstions.wordpress.com – Le blog de Carine, clamartoise comme moi, et qui écrit bien !

Les dix questions :

1- Votre couleur préférée?

J’hésite entre le vert et le violet.
Je dirais tout de même le vert, pour l’espérance et la fraîcheur.

2- Votre animal de compagnie préféré?

Avec les années, j’aime de plus en plus les chats.

3- Votre boisson préférée?

Le café

4- Lequel préférez-vous, Facebook ou Twitter?

Je n’aime pas du tout Twitter, donc je dirai Facebook !

5- Votre modèle préféré?

Mon modèle de quoi ? De vie ? Allez, Camille Claudel. Elle a mal fini mais tant pis.

6- Vous préférez recevoir ou donner des cadeaux?

Je préfère donner, surtout j’aime bien la période où on choisit le cadeau qu’on va offrir.

7- Votre chiffre préféré ?

Le 9.

8- Votre jour préféré :

Le vendredi, parce qu’il précède juste le week-end.

9- Votre fleur préférée:

Là encore j’hésite entre plusieurs :
L’iris, la pivoine, le fuchsia … je vais opter pour l’iris !

10- Quelle est votre passion?

La littérature.

Hors champ de Sylvie Germain

hors_champ Je n’avais pas lu la quatrième de couverture avant de lire ce livre et c’est heureux car elle résume toute l’histoire et casse complètement l’intérêt du livre.
Le héros, Aurélien, devient progressivement « hors champ » c’est-à-dire que non seulement il disparaît physiquement (son entourage lui dit qu’il est « flou ») mais il disparaît aussi de la mémoire de ses proches et des gens qu’il côtoie habituellement. Cette disparition d’Aurélien est bien sûr symbolique : c’est en fait une mort sociale, du même type que celle qui peut frapper les exclus en général, et les SDF en particulier, qui deviennent transparents aux yeux du monde. Au début du livre, l’auteure souligne en effet la précarité de l’emploi d’Aurélien, ses horaires de travail aberrants ; à la fin du livre, il est tout simplement à la rue, ayant perdu son emploi, sa petite amie l’ayant abandonné, devenu ignoré de tous, même de sa mère.
Ce qui est assez étonnant dans ce roman – et c’est un aspect qui m’a déplu – c’est l’extrême lenteur avec laquelle Aurélien réalise ce qui lui arrive : il n’arrête pas de se demander ce qui se passe, alors qu’il se rend bien compte que plus personne ne le remarque, mais il continue à ne rien comprendre jusqu’à la toute fin du livre et donc il se contente de subir sans rien faire (il est vrai qu’on ne voit pas trop ce qu’il pourrait faire, mais, pour l’intérêt de l’histoire, Sylvie Germain aurait pu rendre son héros plus combattif et plus astucieux).
Je me suis dit aussi, à deux ou trois reprises, que l’auteure aurait peut-être pu tirer un meilleur parti de son idée de disparition, en montrant aussi les quelques avantages qu’il y aurait à devenir transparent (je suppose qu’il doit y en avoir), ou en développant une dimension plus métaphysique … que sais-je ! … mais là, tel que l’histoire se déroule, les événements sont un peu attendus, le récit n’évolue pas beaucoup.
Pour rendre tout à fait justice à ce livre, je dirai que de nombreux passages m’ont touchée, et même un peu saisie, et que j’ai tout de même été sensible à l’espèce de dimension tragique que possède cette histoire.

Etude de Pronoms : un poème d’amour de Jean Tardieu

antho_poesie_amoureuseEtude de Pronoms

Ô toi ô toi ô toi ô toi
toi qui déjà toi qui pourtant
toi que surtout.
Toi qui pendant toi qui jadis toi que toujours
toi maintenant.
Moi toujours arbre et toi toujours prairie
moi souffle toi feuillage
moi parmi, toi selon !
Et nous qui sans personne
par la clarté par le silence
avec rien pour nous seuls
tout, parfaitement tout !

 

J’ai trouvé ce poème d’amour dans la petite anthologie de la poésie amoureuse parue chez First éditions.
Il est extrait du recueil Monsieur Monsieur (1951, Gallimard).
Je l’aime surtout pour son rythme haletant et sa structure très construite (toi, moi, nous), teintée de fantaisie, mais non dépourvue d’un léger lyrisme.

L’extraordinaire voyage du fakir … de Romain Puértolas

Fakir_IkeaLe titre complet de ce livre est L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea – un bon titre, qui préfigure bien le genre de roman que l’on peut s’attendre à trouver : loufoque, divertissant, imaginatif… et pas intellectuel !
Je ne dirais pas que ce roman m’a fait éclater de rire, mais j’ai souvent souri et j’ai franchement ri deux ou trois fois. L’humour de ce livre n’est ni méchant ni vulgaire, ce qui contribue à en rendre le ton sympathique, bon enfant, mais les blagues sont parfois trop appuyées comme, par exemple, les explications sur la manière dont il faut prononcer les noms des héros, ce qui est prétexte à des blagues pendant quasiment tout le long du livre, et finit par être fatigant. Alors c’est vrai que ce n’est pas un humour très subtil, que les ficelles sont souvent très grosses, mais, franchement, ça met de bonne humeur et, pour ma part, j’aimais assez retrouver ce livre chaque soir pour connaître la suite des aventures de ce fakir.
Par contre, là où ce roman est, à mon avis, faible, c’est quand il essaye de devenir plus grave et de toucher le lecteur sur la corde sensible. Par exemple, il essaye à plusieurs reprises de nous émouvoir sur le sort des immigrés clandestins mais on patauge dans les bons sentiments et le simplisme, et les arguments que l’auteur utilise sont tous plus clichés les uns que les autres.
J’ai trouvé aussi, en partie pour cette raison, que la deuxième moitié du roman était moins réussie que la première, car le côté humoristique s’essouffle au détriment du côté « bons sentiments », qui prend de plus en plus de place.
Ce qui m’a un peu gênée, aussi, c’est l’aspect trop décousu de ce livre – quelque chose de mal construit, voire pas construit du tout : par exemple, lorsqu’on rencontre le groupe d’immigrés clandestins et que l’auteur nous raconte leur histoire et nous amène (plus ou moins) à nous y intéresser, on lâche brutalement ces personnages pour passer à tout autre chose et il faut attendre un des derniers chapitres pour retrouver un de ces immigrés clandestins, qui se perd de nouveau assez vite dans la nature…
Mais, d’une manière générale, je dirais que ce livre est un assez bon divertissement … à lire dans une période où on a des soucis et où on veut se changer les idées – mais pas davantage que ça !

L’extraordinaire voyage du fakir … Ikea avait paru en automne 2013 aux éditions du Dilettante.