Journal d’un roman – Numéro 2

Voilà plus de trois semaines que j’ai commencé à écrire mon roman (« récit autobiographique » serait plus juste) et je trouve que ça avance extrêmement lentement. Pour le moment cela forme un fichier Word de 40 pages, mais je trouve ça mince comparé à tous les efforts que je fournis et au nombre d’heures que je passe dessus. Bien sûr, vous me direz que l’essentiel est la qualité et non la quantité – mais, tout de même, au rythme où je vais, je me demande quand j’arriverai au bout ! Et quand je pense qu’après le premier jet du roman, il faut parfois encore le réécrire trois ou quatre fois, je trouve cela titanesque …

Mais je garde courage et je suis persévérante.
J’ai conscience que c’est un travail d’endurance.

La façon dont j’ai procédé les quinze premiers jours pour l’écriture de ce roman ? Eh bien, j’ai écrit toutes les scènes charnières, avec l’idée de « combler les trous » entre ces différentes scènes dans la suite de mon travail. J’avais besoin de me créer ainsi des jalons dans cette histoire. Et puis, les scènes charnières sont aussi celles dont je me souviens le mieux et, donc, les plus faciles à écrire.

En ce moment j’écris un « bloc » de scènes qui forment une suite très logique vers la fin de l’histoire – là aussi c’est assez simple à écrire car je me souviens très bien de la chronologie et des sentiments qui animaient les différents personnages.

Comme vous le voyez, j’ai commencé par le plus facile – je me réserve les plus grosses difficultés pour la suite !

Par rapport au blog La Bouche à oreilles : comme je suis très prise par mon roman, je n’ai plus beaucoup de temps pour lire de gros livres (ou alors au ralenti) donc je risque de poster surtout des articles poésie dans les prochain(e)s jours/semaines.

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Les Grenades de Paul Valéry

Voici l’un des plus beaux, et l’un des plus célèbres poèmes de Paul Valéry. Les images de ce poème sont particulièrement expressives. Il me semble que c’est un des poèmes les plus clairs de Valéry, les autres se lisant souvent avec une certaine difficulté. J’aime beaucoup dans ce poème les jeux sur les sonorités (« or sec de l’écorce », par exemple).

Dures grenades entr’ouvertes
Cédant à l’excès de vos grains,
Je crois voir des fronts souverains
Éclatés de leurs découvertes !

Si les soleils par vous subis,
Ô grenades entre-bâillées,
Vous ont fait d’orgueil travaillées
Craquer les cloisons de rubis,

Et que si l’or sec de l’écorce
A la demande d’une force
Crève en gemmes rouges de jus,

Cette lumineuse rupture
Fait rêver une âme que j’eus
De sa secrète architecture.

César Birotteau, de Balzac

balzac_birotteauCésar Birotteau est un riche parfumeur de Paris, il a fait fortune grâce à deux crèmes cosmétiques : la pâte des sultanes et l’Eau carminative, et il s’apprête à inventer un nouveau produit, l’Huile céphalique, une lotion pour les cheveux. Il demande à son commis, Anselme Popinot, de lancer cette affaire et de s’occuper de la fabrication et de la publicité. Popinot, qui est amoureux de la fille de César Birotteau, Césarine, voit là un moyen de s’enrichir assez pour l’épouser, et fait prospérer cette fabrique.

Mais César Birotteau a investi une somme très importante pour l’achat de terrains dans le quartier de la Madeleine et il a confié cette somme à un notaire, Roguin. Mais Birotteau ignore que c’est son ancien commis, du Tillet, qui tire les ficelles de cette affaire. En effet, du temps où il était son commis, du Tillet lui avait volé de l’argent et avait tenté de séduire sa femme et César Birotteau l’avait mis à la porte. Depuis cette histoire, du Tillet a juré de se venger et il a pris un homme de paille, Claparon, pour être parti prenant dans cet investissement des terrains à la Madeleine. C’est aussi du Tillet qui manipule Roguin, le notaire. Dans l’ignorance de ce qui se trame contre lui, Birotteau, qui va être bientôt décoré de la légion d’honneur, organise un bal somptueux qui lui coûte plusieurs milliers de francs. Il fait aussi redécorer son appartement pour une somme très importante.

Mais Roguin s’enfuit bientôt avec l’argent que Birotteau lui avait confié et celui-ci n’a plus les moyens de payer ses trop nombreux créanciers. C’est la faillite : les Birotteau sont dépouillés de tous leurs biens et contraints de trouver des emplois salariés. César Birotteau, qui est un homme parfaitement honnête et qui est mortifié par sa situation de failli, n’a plus qu’un seul but : rembourser tous ses créanciers et se faire réhabiliter aux yeux de la société – car au XIXème siècle il était considéré comme déshonorant de faire faillite.

Mon avis : C’est un roman très prenant, et pourtant ce n’était pas évident car Balzac donne énormément de détails sur les diverses transactions financières puis, au moment de la faillite, sur les procédures judiciaires de l’époque. Tous ces détails sont difficiles à suivre mais on comprend quand même le sens général de toutes ces opérations.
J’ai trouvé qu’il était intéressant de voir la naissance du système capitaliste dans ce roman, particulièrement à un moment : celui où Claparon explique à Birotteau le nouveau type de société qui est en train de se mettre en place et qui va écraser le parfumeur.J’ai trouvé aussi que beaucoup de pages de ce livre annonçaient les romans de Zola : un grand réalisme, une volonté d’expliquer la psychologie des personnages par des critères scientifiques (le tempérament, la constitution), un côté didactique aussi par moments.

J’ajoute que j’ai lu César Birotteau dans le cadre de ma participation au Challenge Balzac organisé par Marie – la créatrice du blog mesaddictions

Page de Journal – Numéro 1

J’inaugure aujourd’hui une nouvelle rubrique sur ce blog, qui s’appellera  » Journal d’un roman » .

Je viens en effet de commencer l’écriture d’un roman – c’est la première fois que je m’essaie à ce genre et je ne sais pas du tout comment on est supposé s’y prendre.

Par rapport à l’écriture de poésie, que je connais bien, j’ai surtout peur de ne pas être capable de tenir sur la durée même si la volonté est là et bien là. Pour écrire un poème il faut quelques heures, pour un roman il faut des mois … parfois cela se compte même en années mais j’espère ne pas en arriver là !

Je tiens déjà mon histoire – pour la simple raison qu’elle est autobiographique – mais cela ne simplifie la tâche qu’en apparence : certes je n’ai pas besoin d’inventer les événements et les personnages mais la charge émotionnelle est très importante et par ailleurs je me méfie de mes trous de mémoire !

Bref, cette rubrique me servira de temps en temps à vous tenir informés de mes difficultés et de mes interrogations, au fil de l’écriture !

Personne de Pierre Boujut

Personne

On dira des choses merveilleuses
et personne n’écoutera.

On creusera des lacs
et personne ne se baignera.

On ouvrira des portes
et personne ne s’enfuira.

On offrira la vie
et le feu s’éteindra.

On fermera les yeux
et personne ne dormira.

Pour finir on partira
et personne ne pleurera.

On aura vécu en vain
mais les uns le sauront
et les autres tant pis.

J’ai trouvé ce poème au verso de la revue Le Coin de Table n°53 de janvier 2013.

Morceaux de ciel presque rien de Claude Esteban

esteban_morceauxJ’ai trouvé ce recueil très énigmatique, mais beau, avec une grande économie de moyens dans l’écriture. Ces poèmes semblent faire référence à une histoire que j’ignore, avec les personnages de l’aveugle et du fou, et la présence fréquente des corbeaux, mais je pense que chaque lecteur peut inventer sa propre histoire à partir des images développées par Claude Esteban.
Pour en savoir plus sur ce poète je renvoie à ce lien Esprits nomades
J’ai choisi quelques poèmes parmi ceux qui m’ont le plus touchée – et il y en avait beaucoup mais malheureusement je ne peux pas tous les recopier.

On est petits, disais-tu, si petits que la mort
va nous oublier

Comme tu parlais bien sur la lande, je finissais
par te croire, le fou

j’imaginais la mort comme une mère
qui nous accueille

et qui veut qu’on s’endorme enfin, mais
tu n’étais que le fou

tu confondais merveilleusement
les signes, moi

j’étais sur le bord du vide,
j’attendais.

****
Joli compagnon,
le gouffre est profond,
la route incertaine

si tu voulais bien
on pourrait demain
s’arrêter quand même

respirer un peu,
oublier les dieux,
c’est permis, je pense

mais tu continues
avec ta peau nue
et ta faute immense.
****

Comme on aimerait
que tout se concerte

les dieux et les cercles
et chacun le sien

toi dans ta cahute,
moi sous le soleil

pas de luttes vaines,
l’abîme pareil

fais-toi philosophe,
mon noble cousin

si tu ne crois rien
la folie te guette.
****

Et peut-être que tout était écrit dans le livre
mais le livre s’est perdu

ou quelqu’un l’a jeté dans les ronces
sans le lire

n’importe, ce qui fut écrit
demeure, même

obscur, un autre qui n’a pas vécu
tout cela

et sans connaître la langue du livre, comprendra
chaque mot

et quand il aura lu, quelque chose
de nous se lèvera

un souffle, une sorte de sourire entre les pierres.
****

Dans la mémoire des autres
nos blessures
guérissent toujours

****

Il est possible que quelqu’un
crie

et son délire me traverse, il est possible
que quelqu’un ait soif

et c’est ma langue qui se déchire, il
est possible

que quelqu’un attende indéfiniment le soleil
et mes pupilles se ternissent.

****

Qu’elle soit la part la plus modeste
de chaque vie

qu’on l’accueille
au festin, mais à la dernière place

qu’elle supporte
de rester là sans qu’on lui parle

et que personne
ne l’écoute quand elle dira

je suis celle
qui veut toujours

telles étaient les paroles du vieil homme
et nous ne savions pas

s’il dissertait sur la mort ou sur
l’âme, ou simplement

parce qu’il était sage,
sur la douleur.

Morceaux de ciel, presque rien était paru en 2001 aux éditions nrf Gallimard.

Le sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari

ferrari_lesermonVous connaissez sûrement, pour l’avoir lue sur d’autres sites ou blogs, l’histoire contée par ce roman, alors je vais la résumer succinctement :
Deux amis d’enfance, Matthieu et Libero, décident d’abandonner leurs études de philo à Paris pour aller s’occuper d’un bar dans un petit village corse.
Parallèlement à cette histoire on suit aussi celle de Marcel, le grand-père de Matthieu, ainsi que celle d’Aurélie, sa soeur, qui est archéologue et marche sur les traces de Saint Augustin (l’auteur du Sermon sur la chute de Rome) à Hippone.

Le contenu philosophique du livre tient en une phrase, d’ailleurs assez banale : toute chose est vouée à la déchéance et à la mort sauf le royaume de Dieu. Mais ce n’est pas pour cet aspect philosophique que ce roman m’a plu. Et ce n’est pas non plus pour le récit lui-même, où j’ai trouvé qu’il y avait un peu trop d’histoires de bar (filles, alcool, argent volé dans la caisse) qui ne sont guère palpitantes à mon avis.
Non, si j’ai aimé ce roman c’est pour le regard très pénétrant que Jérôme Ferrari porte sur ses personnages, un regard à la fois aigu, indulgent, profond.
Par ailleurs cet auteur a une écriture assez envoûtante, faite de très longues phrases dans lesquelles les dialogues sont souvent inclus.
J’ai choisi une phrase au hasard pour donner une idée de ce style :

Jacques a quinze ans, Claudie, dix-sept, et Jeanne-Marie pleure à chaudes larmes en racontant qu’elle les a surpris horriblement nus et enlacés dans la chambre de leur enfance, elle se reproche sa naïveté, son aveuglement coupable, elle savait combien ils s’aimaient d’un amour qu’elle croyait tendre et fraternel, combien ils répugnaient à être séparés, mais elle n’y a vu aucun mal, au contraire, elle en était sottement émue alors qu’elle réchauffait en son sein deux bêtes lubriques, tout est de sa faute, elle préfère ne pas savoir quand cette horreur a commencé, et ils n’ont même pas honte de leur immoralité, Claudie s’est dressée devant elle, toute nue et moite, et lui a jeté un regard de défi que rien n’a pu faire baisser, ni les remontrances, ni les coups, Jacques a été envoyé dans une pension catholique, et Claudie n’adresse plus la parole à ses parents, elle dit qu’elle les déteste, le temps n’entame pas sa détermination incestueuse, une correspondance, ignoble et secrète, est interceptée, Claudie ne leur fait grâce de rien, pendant des années, elle leur impose quotidiennement ses larmes, ses cris, son silence hystérique, Jacques s’enfuit de la pension dans laquelle on le ramène de force pour le contraindre à une pénitence inutile jusqu’à ce que le général en retraite André Degorce, qui n’en est plus à une défaite près, brandisse une fois de plus le drapeau de la capitulation et fasse accepter à tous l’inévitable abjection de ce mariage que la naissance d’Aurélie finit par sanctifier, après quelques années que les époux voraces ont égoïstement consacrées à se repaître de leur propre chair car l’égoïsme le plus acharné ne peut échapper au cycle immuable de la naissance et de la mort.

Cet extrait provient de la page 145.

Un beau poème de Christian Bobin

Je voudrais parfois entrer dans une maison au hasard,
m’asseoir dans la cuisine et demander aux habitants
de quoi ils ont peur, ce qu’ils espèrent
et s’ils comprennent quelque chose à notre présence commune sur terre.
On m’a assez dressé pour que je retienne cet élan
qui pourtant me semble le plus naturel du monde.

Christian Bobin

J’ai trouvé ce poème sur le blog arbrealettres, où il avait paru en avril 2012.