Un loup à travers une loupe de Ghérasim Luca


Un loup à travers une loupe est le titre d’un long poème en prose de Ghérasim Luca, extrait du recueil éponyme de ce poète roumain (1913, 1994), écrit en 1942 alors que le poète était fortement influencé par le Surréalisme, et publié chez José Corti.
Comme ce poème fait plusieurs pages, je ne vous en donne que les premières strophes, en espérant qu’elles vous plairont assez pour vous donner envie de découvrir la suite.

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UN LOUP A TRAVERS UNE LOUPE

Les phénomènes apparemment bizarres que je devine à l’intérieur d’une orange posée sur une assiette en métal me dévoilent la vie mentale comme si un échange spontané, depuis longtemps désiré, s’était produit entre le contenu de l’orange et celui de mon crâne.
Est-ce une tête qui pense, l’orange ? Je pressens des circonvolutions ténébreuses qui obscurcissent encore plus les interrogations qu’elle se pose sous sa jeune écorce, seul écran chancelant dans ce tourbillon hallucinatoire de la réalité.
Alors que dans une vraie tête un suc trouble s’écoule, parfumé d’une méditerrannée imaginaire vraisemblablement simulée, mes narines frémissent : oiseaux auxquels on vient d’arracher les yeux, ces yeux tellement désagréables et si irrémédiablement fixes.
La vie mentale d’un fruit, l’histoire végétale de la pensée !
(…)

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Deux poèmes de Jean Cocteau

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J’ai trouvé ces deux poèmes dans l’anthologie Poésie/Gallimard du 20è siècle, sous-titré « De Paul Claudel à René Char ».

Rien ne m’effraye plus que la fausse accalmie
D’un visage qui dort ;
Ton rêve est une Egypte et toi c’est la momie
Avec son masque d’or.

Où ton regard va-t-il sous cette riche empreinte
D’une reine qui meurt,
Lorsque la nuit d’amour t’a défaite et repeinte
Comme un noir embaumeur ?

Abandonne, ô ma reine, ô mon canard sauvage
Les siècles et les mers ;
Reviens flotter dessus, regagne ton visage
Qui s’enfonce à l’envers.

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Oh ! Là là !

Les dieux existent : c’est le diable. J’aimais la vie ; elle me déteste ; j’en meurs. Je ne vous conseille pas d’imiter mes rêves. La mort y corne des cartes, y jette du linge sale, y couvre les murs de signatures illisibles, de dessins dégoûtants. Le lendemain, je suis le personnage à clef d’une histoire étonnante qui se passe au ciel.

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Le premier de ces deux poèmes est extrait du recueil Plain-Chant, et le second du recueil Opéra.

Quelques poèmes d’Antoine Emaz

emaz_caisse_claireJ’ai trouvé ces poèmes dans l’anthologie Caisse Claire, réunissant des poèmes d’Antoine Emaz (poète né en 1955) écrits entre 1990 et 1997.
Les poèmes que je reproduis ici font partie du Poème de la masse, des pages 61 à 63.

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à l’intérieur
une masse sombre
spongieuse

elle tient le secret

on tourne autour de cela
et les mots lancés
sont immédiatement absorbés
par la masse
sans provoquer de lumière

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pris dehors
dans ce qui n’a pas de nom
serré de près dedans
par ce qui n’a pas de nom

celui qui parle
forme créée par les deux pleins qui serrent

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C’était un temps de grisaille indéfinie – rien ne s’achevait vraiment. Cela se perpétuait seulement, de façon assez creuse. On aurait pu se contenter de cette durée pâle mais qui avait l’avantage de se maintenir, de se poursuivre à travers des journées remplies de détails à régler. Mais cela sonnait fêlé : quelque chose poussait comme à l’intérieur de cette coque et on ne voyait pas bien quoi. On se demandait si cela aurait la force de faire éclater tout ce qui s’était peu à peu incrusté, épaississant, renforçant la coquille, au fur et à mesure. En même temps que cette attente comme d’une renaissance, il y avait la crainte de bouleverser, la peur que quelque chose ne s’épuise dans le bouleversement et qu’on se retrouve défait, sans rien. On ne pouvait guère mesurer le danger, mais il pesait, et parfois faisait presque regretter le malaise sans issue mais plus supportable, semblait-il.

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Scarbo d’Aloysius Bertrand, poésie et musique

bertrand_gaspardJ’ai déjà eu l’occasion de publier sur ce blog le poème Ondine d’Aloysius Bertrand, tiré du fameux recueil de poèmes en prose Gaspard de la Nuit, et qui avait inspiré à Maurice Ravel une belle pièce pour piano.
J’ai donc décidé de publier aujourd’hui le poème Scarbo, tiré du même recueil, et qui a inspiré à Ravel en 1908 un morceau pour piano moins « aquatique » qu’Ondine et beaucoup plus heurté et nerveux, comme vous pourrez le constater en comparant les deux pièces.
Scarbo est, dans le recueil de Bertrand, un gnome maléfique qui réapparaît dans plusieurs autres poèmes.

Scarbo

Oh! Que de fois je l’ai entendu et vu, Scarbo, lorsqu’à minuit la lune brille dans le ciel comme un écus d’argent sur une bannière d’azur semée d’abeilles d’or !
Que de fois j’ai entendu bourdonner son rire dans l’ombre de mon alcôve, et grincer son ongle sur la soie des courtines de mon lit ?
Que de fois j’ai l’ai vu descendre du plancher, pirouetter sur un pied et rouler par la chambre comme le fuseau tombé de la quenouille d’une sorcière.
Le croyais-je alors évanoui? Le nain grandissait entre la lune et moi, comme le clocher d’une cathédrale gothique, un grelot d’or en branle à son bonnet pointu !
Mais bientôt son corps bleuissait, diaphane comme la cire d’une bougie, son visage blêmissait comme la cire d’un lumignon, – et soudain il s’éteignait.

Aloysius Bertrand

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Et voici maintenant le morceau de Maurice Ravel inspiré par ce poème :

Trois « imitations de Gongora » de Philippe Démeron

J’ai trouvé ces trois poèmes en prose à la page 21 du numéro 20 de la revue Les Citadelles, dont j’ai déjà eu l’occasion de parler ce mois-ci.
Ces poèmes sont titrés « Imitations de Gongora » et je vous laisse chercher sur Wikipédia plus de renseignements sur ce poète baroque espagnol de la fin du 16è et début du 17è siècle.
Philippe Démeron est un poète français qui anime depuis vingt ans la revue Les Citadelles.

Charivari vert rayon

Quelques instants avant l’aube le charivari des oiseaux informe le jour de se lever emplit les rêves de clarines suave prélude à la journée donne à la brume signal de s’écarter devant le Soleil la tête posée sur son bras ses doux cheveux en désordre elle sourit à ce chant en rêvant tandis que la main de son compagnon éprouve la cambrure parfaite de son dos en solitude sur un drap de lin vert rayon teignant un instant l’intérieur de leur chaumière …

Les ruines

Masque d’arbres à crû à l’entour dans les ruines châtelaines les étoiles agrémentaient de nuit la couronne de tours crénelées jadis ceignant un donjon imprenable aujourd’hui bâtiment lamentable les chevriers y mènent leur troupeau pleurent très fort à ce souvenir lierre et mousses pieusement revêtent la nudité des vestiges délicatesse du temps qui fuit un pont-levis disparu enjambait les fossés depuis desséchés sauf rares flaques à grenouilles …

Psyché (Chœur)

Avide sans ailes dénudé duveteux ton Cupidon moussant d’ardent désir t’attend enfant il t’aima sa main chair intacte doucette recherchait la tienne ô Psyché couverte ruisselante viens viens t’attend celui dont le duvet ombre à peine les joues rosissantes rougeoyant déjà l’impatience grandit entre ses jambes mais toi pudique tu feins une chaste ardeur ô Psyché ce n’est pas la nervosité du corps qui te meut tu t’abandonnes tirée par les bras mais avec recueillement …

Un hémisphère dans une chevelure, de Baudelaire

petits-poemes-en-prose-baudelaireCe poème fait partie des petits poèmes en prose de Baudelaire – également intitulé Le Spleen de Paris – qui ont été écrits entre 1860 et 1865.

Un hémisphère dans une chevelure

Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, l’odeur de tes cheveux, y plonger tout mon visage, comme un homme altéré dans l’eau d’une source, et les agiter avec ma main comme un mouchoir odorant, pour secouer des souvenirs dans l’air.
Si tu pouvais savoir tout ce que je vois ! tout ce que je sens ! tout ce que j’entends dans tes cheveux ! Mon âme voyage sur le parfum comme l’âme des autres hommes sur la musique.
Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures et de mâtures ; ils contiennent de grandes mers dont les moussons me portent vers de charmants climats, où l’espace est plus bleu et plus profond, où l’atmosphère est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine.
Dans l’océan de ta chevelure, j’entrevois un port fourmillant de chants mélancoliques, d’hommes vigoureux de toutes nations et de navires de toutes formes découpant leurs architectures fines et compliquées sur un ciel immense où se prélasse l’éternelle chaleur.
Dans les caresses de ta chevelure, je retrouve les langueurs des longues heures passées sur un divan, dans la chambre d’un beau navire, bercées par le roulis imperceptible du port, entre les pots de fleurs et les gargoulettes rafraîchissantes.
Dans l’ardent foyer de ta chevelure, je respire l’odeur du tabac mêlé à l’opium et au sucre ; dans la nuit de ta chevelure, je vois resplendir l’infini de l’azur tropical ; sur les rivages duvetés de ta chevelure je m’enivre des odeurs combinées du goudron, du musc et de l’huile de coco.
Laisse-moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires. Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs.

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Trois poèmes écrits en février 2015

J’ai beaucoup écrit de poèmes le mois dernier, et je vous en propose trois parmi ceux que je préfère.

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Révoltes du vent

Le vent semble venir des profondeurs de la terre et la nuit s’ébranle comme un long train vétuste.
Les arbres sont sans doute à bout de nerfs derrière les volets exténués et je pense au préau de l’enfance où stagnaient les jours de pluie et les automnes passifs.
Le vent est un fantôme de cheval insurgé, qui se rue contre l’espace et se cabre devant le temps.
Le silence pose à nouveau sa patte puissante sur la maison et l’avenir semble vouloir me chasser hors de moi-même.

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Nord Magnétique

Le silence est un azur sonore où s’effiloche la brume et je songe à cette fatalité de devoir se subir soi-même.
Tu as longtemps vu l’amour comme un bras de fer avec la destinée et tu restais des heures sur le même banc public en attendant de devenir plus jeune.
Les années passées ont aplani les montagnes d’illusions qui se dressaient devant toi et maintenant tu peux voir qu’il n’y a pas grand-chose de pittoresque à l’horizon.
A cette heure de grand silence, les poussées du vent se font plus violentes et te désorientent ; seules tes solitudes immobiles semblent toujours indiquer le nord.

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Souvenirs d’Espagne

Les rémouleurs viennent du pays des guitares sauvages et des orgues de barbarie pour aiguiser les cris des matrones aux mains pleines de lames et les yeux des enfants qui ont bu trop de soleil.
Dans la cage d’escalier se cognent toutes les langues, comme des cailloux au fond de la fontaine des souvenirs d’enfance.
La mer est plus mousseuse qu’un champagne, plus salée que la sueur au-dessus de ma lèvre, et plus amère que l’acrimonie d’une vieille coquette.
Le bleu des immeubles rivalise avec l’intérieur des piscines et semble monter jusqu’au ciel.
Le long de la voie ferrée voltige mon ennui couleur de sable, et grillent des noisetiers dont les fruits ne mûrissent jamais.
La vie est lancinante comme une rage de dents, sur laquelle on appuie avec un coin de la langue.
Le Christ en croix dans son cadre en bois souffre autant que moi de mes coups de soleil.
Au-delà des collines, on est parfois saisi par le rayon vert.

Ondine d’Aloysius Bertrand

bertrand_gaspard J’ai choisi aujourd’hui de publier sur ce blog mon poème préféré du recueil Gaspard de la Nuit d’Aloysius Bertrand.
Aloysius Bertrand, de son vrai nom Louis Bertrand, (1807-1841) est considéré comme l’inventeur du poème en prose, et son recueil Gaspard de la nuit a été publié de façon posthume en 1842.

Ondine

 » Ecoute ! – Ecoute ! – C’est moi, c’est Ondine qui frôle de ces gouttes d’eau les losanges sonores de ta fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune ; et voici en robe de moire, la dame châtelaine qui contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau lac endormi.

– Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant, chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais, et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le triangle du feu, de la terre et de l’air.

– Ecoute ! – Ecoute ! – Mon père bat l’eau coassante d’une branche d’aulne verte, et mes sœurs caressent de leurs bras d’écume les fraîches îles d’herbes, de nénuphars et de glaïeuls, ou se moquent du saule caduc et barbu qui pêche à la ligne ! »

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Sa chanson murmurée, elle me supplia de recevoir son anneau à mon doigt pour être l’époux d’une Ondine, et de visiter avec elle son palais pour être le roi des lacs.

Et comme je lui répondais que j’aimais une mortelle, boudeuse et dépitée, elle pleura quelques larmes, poussa un éclat de rire, et s’évanouit en giboulées qui ruisselèrent blanches le long de mes vitraux bleus.

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Maurice Ravel a écrit une magnifique pièce pour piano inspirée de ce poème, il s’agit d’Ondine de Gaspard de la Nuit (1908) dont je vous donne le lien :

Deux poèmes écrits en novembre 2014

J’ai écrit ces deux poèmes il y a environ trois semaines.
Prière de ne pas diffuser ces textes sans mon accord préalable.

Flashes

L’automne soupirait sous nos pas, détrempait nos regards trop aigus, remodelait la boue de nos souvenirs hors d’âge.
Les habitudes ni bonnes ni mauvaises nous tenaient lieu d’épine dorsale.
Nous étions flous, brouillés comme des lunes dans leurs langes.
L’instant présent pouvait durer plusieurs minutes et, dans nos soirs de nostalgie diffuse, il durait même une éternité.
Nous cherchions une continuité. Nous voulions voir dans l’existence un fil à dérouler, à démêler, mais tout n’était que flashes juxtaposés, jusqu’à nos rêves conscients, jusqu’à nos nuits d’amour.
Nos phrases étaient bâties sur des influx fugaces.
Nos pensées relayaient le bas voltage de la matière.

Marie-Anne Bruch

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Courants gris

Nous nous sommes aimés à l’abri des lumières
impérieuses et tenaces qui cisaillaient la ville ;
Nous nous sommes aimés à l’abri du soleil
qui aurait pu ronger nos fragiles baisers
et jeter nos sourires en pâture aux loups blancs.
L’air entre nos deux corps était une souple étoffe
de mousseline grise, plus légère qu’une ombre ;
L’air entre nos deux corps ressemblait aux sous-bois
moussus comme des vagues, incertains comme la neige.
Nous nous sommes aimés à l’abri du vacarme
qui cinglait les volets comme des feux de détresse.
Et nous étions heureux dans l’écrin du silence,
dans la bogue de la nuit.
Et le temps nous couvrait de sa cape immobile.

Marie-Anne Bruch

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Deux poèmes de Charles Dobzynski

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Charles Dobzynski est un écrivain et poète français, né en 1929 à Varsovie et décédé le 26 septembre 2014.( Wikipédia)
J’ai trouvé ces deux poèmes en prose sur le site de l’éditeur L’Amourier, ils sont extraits du recueil L’escalier des questions (2002).

La Pluie en tournée

Venez, ne restez pas dehors, me dit la pluie. J’entre dans son silo. Beaucoup de blé veille sa putrescence. Beaucoup de vent vieillit dans ses barriques. La pluie fait toujours des réserves. Dès qu’elle dort, elle a des fourmis dans le dos, des démangeaisons dans les veines. Je me rouille, dit-elle, à garder la chambre. Chambre noire, il est vrai, pour tout le linge qu’elle détrempe et tant d’images qu’elle délave. Chambre où l’œil couve une autre vue.
On appelle la pluie. Son répondeur nasille : la pluie est en tournée, veuillez laisser votre message. La pluie, dérangeaison dans le nerf optique du temps où dérape l’orage. Je vous invite à déjeuner, dit-elle. Et elle m’offre ses reliefs de collines, ses arêtes de prisme, ses chauds-froids de couleurs. Et vite elle ramasse sur la table les miettes de l’arc-en-ciel. Bien sûr, je reste sur ma faim. Peu importe à la pluie. Elle fait sa toilette, maquille son miroir. Son peigne passe et repasse dans sa crinière où les cheveux blancs des étoiles se prennent.

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III L’Aveu

J’ai les menottes aux poignets. Je suis bon pour la chambre noire. Car je suis désormais un ressortissant de la nuit, un émigré de l’être, un parent du paraître. On prend mes empreintes: elles se dérobent, naturellement. On essaie de me photographier, de face ou de profil. Le cliché rate, bien sûr. Il y manque l’essentiel. Mon obscurité ne révèle plus rien. Mon apparence, privée de son contraste, se rétracte et simule les estropiés. Mon identité s’esquive par le premier interstice venu. Je me mets à table, dès qu’on recouvre celle-ci d’une nappe qui me sert illico de couverture. Je mange le morceau. Il m’étouffe. Son arête de questions irrésolues me reste en travers de la gorge. Mais j’avoue: oui, je l’ai tuée. Comment faire autrement? Depuis ma naissance, elle m’épiait, me persécutait. Elle se prétendait ma doublure. Personnage en quête d’alter ego, ignorant quel texte elle traînait derrière moi, je finissais par être sa réplique détournée, sa contrefaçon. Elle me prenait en filature. Moi, je la prenais en horreur. Car elle me poursuivait de son odeur indéfinissable, mixture de soufre et de souffrance, de sueur et de cendre. Elle courait à mes trousses, me détroussait de mes songes, m’aplatissait sur le sol. Je n’étais plus que ce tapis effrangé, étranger, sur lequel les passants laissaient l’estampille de leurs pas et essuyaient leurs pieds boueux. Dans son sillage délétère, mes nuits s’enlisaient avec leur cargaison. Mon soleil y transpirait de l’encre. Éponge oubliée de mon corps, elle l’absorbait petit à petit. D’un coup de hache, oui, il m’a fallu la tuer. La piétiner n’y aurait pas suffi. Affaire de vie ou de mort, sans autre alternative: c’était elle ou moi. J’ai abandonné son cadavre dans un terrain vague. Vous la trouverez sans peine, vu la similitude. Mais vous constaterez qu’avant de mourir, mon ombre était déjà aveugle.