Le Poirier sauvage de Nuri Bilge Ceylan

Affiche du film

Mon « Printemps des Artistes » se termine aujourd’hui et je vous propose de nous pencher pour ce dernier article sur le film du réalisateur turc Nuri Bilge Ceylan « Le Poirier sauvage », qui date de 2018, et dont le personnage principal est un jeune écrivain qui essaye de publier son premier livre et pour qui les choses ne vont pas être faciles.

Note pratique sur le film

Date de sortie : 2018
Couleur, turc sous-titré français.
Durée : 3h00.
Genre : Drame
Tout public

Résumé du début de l’histoire

Passionné de littérature et tout juste diplômé de l’université, un jeune homme, Sinan, rentre chez ses parents dans leur village d’Anatolie. Ayant écrit un roman, il s’engage dans différentes démarches pour le faire publier et sollicite des aides financières dans ce but. Il passe également un concours pour devenir enseignant, même si les débouchés sont peu attrayants. Son père est lui-même instituteur, cultivé, mais il est un joueur invétéré, accablé de dettes, peu conscient de ses responsabilités familiales et sa réputation dans la région est mauvaise.

Mon humble Avis

C’est un film bavard et long, mais malgré ces défauts je l’ai trouvé très intéressant par ses dialogues, la beauté de ses images et le jeu des acteurs, qui sont tous excellents et très vraisemblables.
Si ce film est bavard c’est parce que le réalisateur a vraiment des choses à nous dire, qu’il veut traiter certains sujets en profondeur et ça fait du bien de ne pas être pris pour un spectateur idiot, contrairement à certains films creux et convenus qu’on peut voir ici ou là.
Le réalisateur prend son temps pour développer son propos, ce qui nous montre la lenteur de l’existence dans ce village d’Anatolie, le désœuvrement du jeune personnage principal nous semble d’autant plus palpable, de même que l’échec de ses projets et son impuissance.
C’est aussi un film pessimiste et amer : Nuri Bilge Ceylan semble vouloir nous dresser un tableau peu reluisant de la Turquie, où la vie intellectuelle n’est pas du tout encouragée, où les études supérieures ne mènent à rien de concret, où on végète sans tellement de perspectives, où on ne peut pas épouser celui ou celle qu’on aime, où les imams font régner leur loi étriquée et où l’apprentissage du réalisme conduit à la déprime, à l’aigreur, au découragement ou à des conduites addictives.
Les efforts du jeune héros pour faire publier son livre m’ont particulièrement touchée car toutes ces scènes sonnent vraies, et on voit le jeune écrivain, très sûr de lui au début et même arrogant, perdre peu à peu son assurance et son optimisme.
Dans une scène particulièrement savoureuse, nous voyons le jeune Sinan essayer de rivaliser d’intelligence et jouer au plus fin avec un auteur à succès qu’il a croisé dans une bibliothèque et devant lequel il multiplie les brillantes provocations. Mais l’auteur à succès, un homme mûr et blasé, n’est pas particulièrement impressionné ou même intrigué par ce jeune importun et Sinan rentre chez lui, dépité.
Compte tenu de ce pessimisme, je croyais que le film finirait sur une note de désespoir et, au contraire, la scène finale a été une très belle surprise – vraiment une scène magnifique – qui m’a rappelé un peu le mythe de Sisyphe dans son principe en nous parlant de persévérance, de filiation et de continuité de la vie.
Un film que j’ai beaucoup aimé !

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Une image du film
Logo du Défi, créé par Goran

Les Illusions perdues de Xavier Giannoli

Affiche du film

J’ai vu ce film en novembre 2021, au moment de sa sortie, et j’ai planifié cette chronique plus de six mois en avance, car elle s’inscrit très bien dans le cadre de mon Printemps des Artistes 2022.
Comme j’ai déjà parlé il y a quelques jours des « Illusions perdues » de Balzac, je tâcherai de parler de cette adaptation sans trop répéter ce que j’avais déjà raconté dans ce premier article.

Note technique sur le film :

Durée : 2h29
Date de sortie : 20 octobre 2021
Genre : Drame historique
Scénario : Xavier Giannoli, d’après Balzac

Présentation succincte du début de l’histoire :

A Angoulême, un jeune homme, Lucien Chardon (Benjamin Voisin), imprimeur de son état mais poète à ses heures perdues, rêve de gloire littéraire. Il a la chance qu’une aristocrate de la ville, la belle Madame de Bargeton (Cécile de France) admire ses talents d’écriture et soit, en plus, sa maîtresse très aimante. Bientôt, le couple prend la fuite vers Paris, pour échapper au vieux mari jaloux (Jean-Paul Muel) de Madame de Bargeton et obtenir pour le jeune homme un triomphe à la hauteur de son talent. Tous les deux pensent, en effet, que la vie culturelle et artistique ne s’épanouit vraiment que dans la capitale. A Paris, Lucien – qui se fait appeler du nom de sa mère « de Rubempré » – essaye de faire son entrée dans le grand monde, lors d’une soirée à l’opéra, mais il passe pour ridicule à cause de son manque d’élégance et de distinction. A la suite de cette soirée, Madame de Bargeton a honte de son jeune protégé et le laisse tomber. Il se retrouve seul et sans argent, sans aucune relation ni soutien dans Paris. Il va devoir se débrouiller par lui-même car il est toujours aussi ambitieux. Heureusement, il fait la connaissance d’un jeune journaliste, Etienne Lousteau (Vincent Lacoste), qui va l’introduire dans le milieu du journalisme et de la critique culturelle. (…)

Mon avis :

J’avais un apriori très négatif sur ce film car je croyais dur comme fer que le chef d’œuvre de Balzac, un monument littéraire de huit cent pages, fourmillant de personnages et d’intrigues multiples, n’était pas transposable au cinéma.
Par ailleurs, je trouve souvent que les adaptations cinématographiques de la littérature française du 19ème siècle, qui fonctionnent à grands renforts de hauts-de-forme et de crinolines, ont quelque chose de scolaire et de compassé, où les dialogues sonnent faux et les allures sont guindées.
Eh bien, ce film m’a vraiment épatée ! Il m’a très heureusement surprise. Car il m’a semblé à la hauteur du roman de Balzac, tout à fait convaincant et réussi.
Les lumières chatoyantes et tamisées, parmi les décors joliment reconstitués et les costumes délicatement inventifs, font de la plupart des images des tableaux très artistiques, où les visages et les corps sont bien mis en valeur et comme sculptés par le clair-obscur.
La musique est également bien choisie et pas trop envahissante. Elle est plutôt caractéristique du 17ème siècle que du 19ème, mais ce choix sonore est agréable et en harmonie avec les images.
Le scénario m’a semblé tirer un très bon parti du roman de Balzac, en simplifiant ce qui aurait trop rallongé l’histoire et en conservant les lignes de force du roman et les idées porteuses de sens et d’émotions. Xavier Giannoli a eu raison de concentrer son propos sur la deuxième partie du roman, car c’est sans conteste la plus somptueuse et spectaculaire et celle dont les thèmes sont les plus modernes, avec ses références claires au capitalisme corrupteur, aux journalistes, aux critiques culturels et aux éditeurs exclusivement intéressés par l’argent ou par des jeux de relations et ignorants de la beauté et de l’art. Le réalisateur profite d’ailleurs de quelques dialogues à double sens et jeux de mots bien tournés pour asséner quelques coups de griffe de-ci de-là à quelques figures de notre actualité médiatique (entre autres : les fake news, les canards enchaînés, le masque et la plume, …et même Macron se prend une petite allusion piquante).
Par dessus tout, j’ai beaucoup aimé les acteurs, qui incarnent les personnages de Balzac avec le naturel, l’énergie et le panache qu’il faut. De ce point de vue, Vincent Lacoste, dans le rôle d’Etienne Lousteau, m’a paru particulièrement brillant, retors et drôle mais Benjamin Voisin réussit très bien également à montrer l’insouciance naïve de Lucien de Rubempré et la plupart des autres rôles sont tout à fait crédibles – je pense aussi à Gérard Depardieu, excellent en Dauriat, l’éditeur cupide, sans scrupules et grand amateur d’ananas.
On pourrait bien sûr trouver des petits défauts de temps en temps, une voix-off qui pourrait être moins présente par exemple, ou des petits détails dans les dialogues qui sonnent un peu trop contemporains, mais ce serait vraiment chercher la petite bête et on ne peut pas s’arrêter à ça.
Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé ce film !

Le Hibou et la baleine de Patricia Plattner


Ce film de Patricia Plattner date de 1993, il s’agit d’un documentaire sur l’écrivain suisse et francophone Nicolas Bouvier (1929-1998), qui est essentiellement composé d’entretiens, entrecoupés parfois de quelques musiques et/ou peintures.

Note technique sur le film :

Nationalité : suisse.
Langue : français (possibilité de sous-titres anglais, allemands ou espagnols)
Durée : 57 minutes.
Couleur.
Genre : documentaire

Note sur la réalisatrice :

Patricia Plattner (1953-2016) est une réalisatrice, scénariste, photographe, historienne de l’art suisse (genevoise). Elle a réalisé aussi bien des documentaires que des longs-métrages de fiction, comme Les petites couleurs (2002) et Bazar (2009). Elle avait créé en 1985 sa propre maison de production (Light Night Production).

Quatrième de Couverture :

Nicolas Bouvier, un grand poète, a aussi toujours été un voyageur et un chasseur d’images, et ses textes sur ses séjours en Asie et à l’ouest ont une ampleur et un rythme sans commune mesure avec les récits hâtifs d’un globe-trotter pressé. Le personnage, fascinant par ses dons et ses facettes multiples, était iconographe par goût de la photographie et des bibliothèques, mais aussi pour gagner sa vie. Dans ce film, tourné en 1992, il s’exprime sur sept thèmes au centre de son œuvre, paroles ponctuées par des images emblématiques et des musiques aimées.
En parallèle au film, un livre a été publié sous le même titre aux éditions Zoé. Nicolas Bouvier avait toujours souhaité éditer un tel album de textes et d’illustrations, comme un livre d’enfant, où l’on découvrirait les images qui ont accompagné son œuvre.

Mon humble avis :

Quand on aime le style de Nicolas Bouvier, très poétique, subtil et plein de notes d’humour, et quand on a apprécié quelques uns de ses livres, il est très intéressant de regarder ce documentaire où le grand écrivain voyageur se livre avec sincérité et simplicité. Il nous reçoit dans son bureau et nous dévoile quelques uns de ses objets usuels, comme sa machine à écrire, son environnement domestique et son décor quotidien.
Pendant qu’il nous parle, on le voit fumer cigarette sur cigarette et beaucoup tousser, et on ne peut pas s’empêcher de penser que le film a été tourné seulement cinq ans avant sa mort et qu’il n’a déjà pas l’air en très bonne santé, les traits du visage creusés et marqués , bien qu’il conserve toute son acuité et sa vivacité intellectuelles.
Il parle à bâtons rompus de toutes sortes de sujets : de sa passion pour la musique – j’ignorais qu’il avait failli devenir musicien professionnel, ayant un très haut niveau pianistique – de tout ce que les voyages lui ont appris – il dit par exemple qu’il n’aurait sans doute pas écrit s’il n’avait pas voyagé, ce que j’ai un peu de mal à imaginer – il nous parle de la mort de son père, de sa rencontre avec sa femme, de la naissance de ses enfants, et de tas d’événements intimes, avec un regard toujours tendre, où l’amusement se mêle parfois à la tristesse.
Il parle aussi de ses livres : L’Usage du monde (1963), Chroniques japonaises (1975), Le Poisson-scorpion (1981), Journal d’Aran (1990) et il donne sur chacun d’eux un éclairage très intéressant et inattendu sur leur contexte d’écriture, mais sans s’étendre trop longuement sur le contenu des livres eux-mêmes (sans doute pour nous donner envie de les lire).
Un documentaire intime et attachant, qui montre Nicolas Bouvier sous un jour chaleureux et sympathique (tel que ses écrits nous le laissaient imaginer) et qui donne vraiment envie de partir plus profondément dans l’exploration de son œuvre.

Le Monde d’Apu de Satyajit Ray

Affiche du Film

Vous avez peut-être déjà lu mes précédents articles sur « La Complainte du sentier »(1955) et « L’Invaincu »(1956), les deux premiers volets de « La Trilogie d’Apu » réalisés par le cinéaste indien Satyajit Ray.
Il était donc logique que je regarde le troisième et dernier volet de cette belle et émouvante trilogie : « Le Monde d’Apu » (1959), où nous retrouvons le même héros, Apu, qui est devenu adulte et qui vient de finir ses études de sciences.

Note technique sur le film :

Date de sortie : 1959
Image en noir et blanc
Durée : 1h40
Langue : bengali, sous-titré.

Le début de l’histoire :

Apu (joué par Soumitra Chatterjee) est un jeune homme d’une vingtaine d’années, il vit à Calcutta dans une chambre assez misérable dont il a du mal à payer le loyer. Ayant tout juste abandonné ses études de sciences, il n’arrive pas à trouver un travail intéressant et assure sa maigre subsistance en donnant quelques cours particuliers. Mais il ne se laisse pas abattre pour autant et garde un tempérament joyeux et entreprenant. Ainsi, il consacre une partie de son temps à l’écriture d’un roman autobiographique, qu’il espère pouvoir publier lorsqu’il sera fini, et à la création de très beaux poèmes en langue bengalie. Un jour, son meilleur ami et ancien compagnon d’études, Pulu, l’invite à la campagne pour assister au mariage de sa jeune cousine, prénommée Aparna (jouée par Sharmila Tagore). Apu accepte cette invitation et il va bientôt être très surpris par la manière dont tournent les événements – et qui est pour le moins inattendue. (…)

Mon humble avis :

Dans ce dernier volet de la trilogie, le personnage d’Apu gagne encore en complexité et en humanité. Certes, il est un homme généreux, sensible et bon, qui cherche à agir noblement lorsqu’il accepte d’épouser Aparna pour lui éviter le déshonneur, alors qu’il ne la connait pas, mais il sera aussi un père injuste, trop bouleversé et anéanti par le deuil de sa jeune épouse pour se préoccuper de son petit garçon, qu’il rend responsable de l’accouchement difficile et qu’il ne veut pas rencontrer durant de longues années. Dans ce sens, « Le Monde d’Apu » nous montre le triomphe du pardon et de la réconciliation, la rédemption du héros par l’amour que son fils et lui commencent à éprouver l’un pour l’autre. On peut dire aussi que ce sont les forces de la vie qui finissent par l’emporter sur la mort, le désespoir, la négativité, le rejet.
Dans le film, nous assistons à trois ou quatre scènes qui se déroulent près de voies ferrées ou dans une gare et ces scènes m’ont semblé cruciales : dans la première d’entre elles, Apu explique à son ami Pulu les grands thèmes du roman autobiographique qu’il est en train d’écrire et il dresse en même temps un portrait de lui-même, tel qu’il se voit à ce moment-là : il est un homme éclairé, qui a livré un combat contre lui-même et qui s’est dégagé de toutes les superstitions, il est heureux, il aime la vie. Nous le sentons plein d’enthousiasme et d’optimisme. Mais les hasards de la vie et les souffrances qu’ils provoquent, vont casser ce bel élan : d’une part, Apu va se plier aux superstitions villageoises et épouser une jeune fille qu’il ne connait pas (ce qui, paradoxalement, va le rendre très heureux). D’autre part, il va connaître le deuil et le malheur, et il va dire non à la vie, s’isoler, s’enfoncer dans les ténèbres. Et, dans ce moment, il choisit de détruire son roman, de l’abandonner, ce qui parait l’aboutissement logique de sa détresse. Mais ce geste nous révèle aussi qu’Apu ne se reconnaît plus dans le jeune homme qu’il était et qui dressait un portrait si exalté, combattif et idéalisé de lui-même. La destruction de ce roman nous montre, en même temps, qu’Apu accède à une vision réaliste de lui-même et qu’il fait le deuil de ses illusions de jeunesse, qu’il entre dans l’âge adulte, même s’il doit traverser pour cela une grande et longue crise de désespoir.
« Le monde d’Apu » s’est avéré être mon volet préféré de « la Trilogie d’Apu », mais les deux volets précédents sont également très beaux et l’ensemble des trois forme une œuvre magnifique, intemporelle, qui restera dans ma mémoire.
Un film sublime, qui m’a réellement bouleversée de bout en bout et que je suis très heureuse d’avoir vu !

le mariage d’Aparna (Sharmila Tagore)

Bilan de mon Mois « Femmes Japonaises » et une petite surprise de clôture

Voilà, mon Mois Thématique sur « les Femmes Japonaises » est terminé et j’espère qu’il vous a plu.
Quant à moi, j’étais très contente de découvrir ces écrivaines et poétesses, dont la plupart m’ont étonnée, ravie, séduite.

Un petit récapitulatif de mes différents articles publiés pour ce mois s’impose :

Cinéma :
Voyage à Yoshino de Naomi Kawase

Poésie :
Des haïkus de la poétesse Chiyo-ni
Des haïkus de poétesses japonaises célèbres
Des haïkus de Poétesses contemporaines parus dans la revue « Ashibi »

Romans :
L’été de la sorcière de Nashiki Kaho
« J’adore » de Mieko Kawakami
« L’Usine » d’Hiroko Oyamada

Nouvelles et Récits :
Journaux des dames de cour du Japon ancien
« Les Paupières » de Yôko Ogawa

Et, enfin, je ne pouvais pas ne pas parler d’une des femmes japonaises les plus célèbres du 20ème siècle, l’artiste (plasticienne, chanteuse, musicienne, etc.) Yôko Ono, née en 1933, épouse (à partir de 1969) et muse de John Lennon (né en 1940 à Liverpool, fondateur des Beatles, assassiné en 1980 à New-York), dont vous aurez peut-être envie d’écouter quelques chansons rock avec l’album « Fly » de 1971, produit par John Lennon et par elle-même.

Voyage à Yoshino de Naomi Kawase

Voyage à Yoshino, affiche

Dans le cadre de mon Mois Thématique sur les Femmes Japonaises, qui commence aujourd’hui, j’ai choisi de regarder ce film de la cinéaste Naomi Kawase.

Note technique sur le film :

Nationalité : Japonais
Date de sortie en France : Novembre 2018
Durée : 1h45
Couleur
DVD en VO sous-titrée français

Quatrième de Couverture :

Jeanne part pour le Japon, à la recherche d’une plante médicinale rare. Lors de ce voyage, elle fait la connaissance de Tomo, un garde forestier, qui l’accompagne dans sa quête et la guide sur les traces de son passé. Il y a 20 ans, dans la forêt de Yoshino, Jeanne a vécu son premier amour.

Après Les délices de Tokyo et Vers la lumière, Naomi Kawase délaisse l’environnement urbain et se concentre sur son thème de prédilection : la nature. Mystique et mystérieuse, l’immense forêt de Voyage à Yoshino trouve son incarnation en Juliette Binoche, symbole de la grâce et de la fragilité de la nature. A la fois un drame poétique sur la renaissance de soi-même mais aussi une réflexion écologiste sur la transmission de nos origines, on se laisse envoûter par ce voyage d’une beauté incomparable.

Note sur la réalisatrice :

Naomi Kawase, née en 1969, est une réalisatrice et scénariste japonaise qui s’est distinguée aussi bien pour ses fictions que pour ses documentaires autobiographiques. Elle fut primée au festival de Cannes, remportant le Grand Prix pour « La forêt de Mogari » en 2007 et le Prix du Jury œcuménique pour « Vers la lumière » en 2017. Elle a été plusieurs fois en compétition pour la Palme d’or dans les années 2010. (Source : Wikipédia résumé par mes soins).

Mon Humble avis :

J’ai eu du mal à m’intéresser à cette histoire invraisemblable et décousue : une française cherche une plante médicinale extrêmement rare, nommée « vision », qui aurait la propriété très désirable de supprimer la souffrance humaine, mais cela ne se produirait qu’une fois par millénaire (tous les 997 ans très exactement) à une température de 1000° et en relation avec les cigales, les nombres premiers et d’autres données ésotériques et mystérieuses qui me sont sorties de l’esprit. A un moment, le film flirte avec la romance, puis avec la spiritualité et avec l’écologie. Ensuite, j’avoue que j’ai perdu le fil : on voit apparaître des personnages qu’on ne connaît pas du tout et qui ont l’air d’avoir une certaine importance mais finalement on s’en fiche un peu car on attend le moment fatidique où la forêt va brûler (sans doute à 1000°), où la « vision » va répandre ses spores merveilleuses et effacer la souffrance humaine… Si on ajoute à cela les sourires béatement illuminés de Juliette Binoche et les mines sombrement renfrognées de Masatoshi Nagase (le garde forestier), vous aurez une idée de la torpeur dans laquelle j’ai sombré.

Mais je voudrais souligner, sur un versant plus positif, que ce film vaut essentiellement pour ses belles images : la forêt est filmée avec beaucoup de grâce et de poésie, les effets de lumières, les nappes de brumes ou les reflets des surfaces aquatiques sont particulièrement soignés et sophistiqués, les acteurs et actrices sont tous très beaux et ont des mouvements très grâcieux (dans certaines scènes de danse, notamment). Ce côté esthétisant, lent et contemplatif pourra en agacer certains mais en ce qui me concerne j’ai plutôt apprécié cette atmosphère apaisante, relaxante, en laissant un peu tomber l’histoire qui m’ennuyait. Quant à savoir si c’est vraiment le rôle d’un film de détendre le spectateur sans lui donner tellement de motif de réflexion ou de bouleversement intérieur, je dirais que c’est assez succinct à mon goût mais que chacun jugera selon ses propres aspirations…

L’Invaincu de Satyajit Ray

Affiche du Film

Vous vous souvenez peut-être que j’avais chroniqué en novembre dernier un film de Satyajit Ray, La Complainte du Sentier (1955) qui était le premier volet de la fameuse Trilogie d’Apu, où nous suivions les premières années d’enfance du héros, Apu, au sein d’une famille lettrée et religieuse mais très pauvre.
Je viens donc de regarder le deuxième volet de cette trilogie, L’Invaincu (1957) où nous retrouvons le jeune Apu et le voyons évoluer entre l’âge de dix ans et la période de ses études supérieures.

Quatrième de Couverture du DVD :

Dans la suite de La complainte du sentier (Pather Panchali), Apu a dix ans et il est installé avec sa famille à Bénarès. Sur les escaliers qui dominent le Gange, son père gagne désormais sa vie en lisant des textes sacrés. Suite au décès inattendu de ce dernier, sa mère décide alors de retourner vivre à la campagne. Devenu un élève brillant, Apu décroche une bourse et part étudier à Calcutta, laissant sa mère déchirée par le chagrin.

L’Invaincu (Aparajito), deuxième volet de la trilogie d’Apu, est l’histoire simple d’un jeune adolescent assoiffé de sciences. Entre émerveillement et profonde tristesse, Satyajit Ray accède toujours à la vérité dans les instants du quotidien dépouillés de tout oripeau mélodramatique, mais il ne se refuse pas à intensifier, voire à transcender l’émotion humaine.

Ce grand film poétique, Lion d’or à Venise en 1957, permit à Satyajit Ray de conquérir ses lettres de noblesse, le plaçant dans la lignée des grands humanistes tels que Renoir ou Flaherty.

Mon humble Avis :

Nous retrouvons dans ce film certaines caractéristiques déjà présentes dans le premier opus : la même famille, réduite aux deux parents et à leur fils Apu, puisque la grande sœur Durga était morte à la fin de La Complainte du Sentier. Puis cette famille se réduit encore à la mère et au fils à partir de la mort subite du père et, enfin, dans les dernières minutes de L’Invaincu, Apu se retrouve orphelin, seul.
Une grande différence entre le premier et le deuxième volet, c’est qu’il y avait une relative unité de lieu dans La Complainte du sentier, qui se déroulait essentiellement dans la pauvre maison à la campagne de la famille d’Apu, dans une certaine immobilité méditative, tandis que L’Invaincu nous fait voyager successivement dans les rues de Bénarès, au bord du Gange, puis de nouveau à la campagne, et enfin à Calcutta où Apu fait ses études. L’Invaincu se déroule donc beaucoup en ville – et, plus précisément, dans la grande ville surpeuplée – et nous avons souvent des scènes de rues, des mouvements de foule, des attroupements religieux, et donc un aspect plus mouvementé.
Le thème religieux m’a semblé important dans ce volet : Apu, par tradition familiale, se voit obligé d’apprendre la prêtrise et il l’exerce même un petit peu mais il n’a aucune vocation pour cela et ne rêve que de sciences, vers lesquelles il finit par se diriger après avoir refusé de devenir prêtre. Apu doit donc s’opposer à sa famille, à la tradition, pour choisir sa voie individuelle et libre. Par ailleurs, d’autres indices nous montrent une certaine méfiance, voire une hostilité, vis-à-vis de la religion. Ainsi, c’est en buvant l’eau du Gange (censée être sacrée) que le père d’Apu rend l’âme brutalement. De la même manière, dans La Complainte du sentier, c’était peu après avoir prié les dieux de la rendre heureuse que Durga mourait et l’intervention néfaste des dieux était soulignée par plusieurs images insistantes.
Le thème de la loyauté à la famille, et notamment à la mère, est très présent dans la dernière partie du film : par ambition personnelle, Apu accorde sa priorité à ses études et à la construction de son avenir personnel mais il doit, de ce fait, délaisser sa mère et la laisser seule, ce qui causera un drame. Il semble donc que le conflit entre l’égoïsme et l’altruisme soit une des idées majeures du film, tout en comprenant que l’égoïsme peut être aussi une valeur noble, porteuse de liberté, d’épanouissement et de progrès, contrairement à une conception traditionnelle de la piété familiale, reposant sur l’obéissance et une certaine stagnation des individus.
Vous l’aurez compris, ce film m’a beaucoup intéressée et je l’ai vu avec grand plaisir. Il est tout à fait dans la continuité de La Complainte du sentier, qui est en tous points magnifique.

**

Je profite de cette chronique pour vous souhaiter à tous une très belle année 2022 ! Meilleurs vœux de santé, amour, chance et de belles lectures ! Et puis je nous souhaite toujours plus de poésie et de beauté, beaucoup moins de virus, et des élections qui puissent nous porter bonheur…

Madame de, de Max Ophuls

J’avais souvent entendu parler du cinéaste Max Ophuls (1902-1957) et il était grand temps que je découvre un de ses films. J’ai donc choisi de regarder l’une de ses œuvres les plus réputées, « Madame de » qui date de 1953, et dont le scénario est inspiré du roman éponyme de Louise de Vilmorin, publié deux ans plus tôt, en 1951.

Résumé du début de l’intrigue :

Louise (Danielle Darrieux), une riche comtesse, dépensière, frivole et coquette est l’épouse d’un général attaché au ministère de la Guerre (Charles Boyer). Pour rembourser ses dettes, elle revend en secret ses boucles d’oreilles en cœurs de diamants, auxquelles elle ne tient pas beaucoup, mais qui sont un cadeau de son mari, au bijoutier chez lequel il les avait achetées. Pour expliquer leur disparition, elle fait mine, quelques temps après, au cours d’une soirée à l’Opéra, de les avoir perdues. Le général les fait chercher partout et croyant qu’on les lui a volées, déclenche un petit scandale. Informé du prétendu vol par les journaux, le bijoutier gêné va trouver le général et lui révèle la vérité.
Le général rachète les boucles d’oreilles et les offre à sa maîtresse, en guise de cadeau de rupture. Arrivée à Constantinople, cette dernière, qui joue et perd beaucoup au casino, vend les boucles à son tour. De passage dans cette ville, un ambassadeur, le baron Donati, voit les cœurs en diamant dans la vitrine d’un marchand et les achète.
Nommé ambassadeur à Paris, le baron rencontre Louise sur un quai de gare, s’éprend d’elle, lui fait la cour (sans que cela émeuve le général, qui sait que sa femme est une coquette au sang froid). Amoureuse pour la première fois, et craignant de céder au baron Donati, Louise décide de fuir Paris pour un long voyage. (…)
(Source : moi et Wikipédia)

Mon humble Avis :

Je comprends que ce film soit considéré comme un chef d’œuvre car la mise en scène et la beauté des images sont tout à fait exceptionnelles. Au delà des décors et des costumes somptueux, on sent que chaque plan est savamment étudié, avec des imbrications de cadres dans des cadres (fenêtres, miroirs), des jeux de transparences à travers lesquels apparaissent les personnages (vitres, voilages, etc.), comme pour nous laisser comprendre que nous naviguons de mensonges en faux-semblants et que, sous les apparences d’une vie brillante, Louise est certainement moins vaine et moins frivole qu’on ne l’imagine au départ.
Au fur et à mesure de l’histoire, nous voyons en effet le personnage de Louise se métamorphoser : d’abord assez froide et dissimulée, d’une gaîté superficielle, préoccupée seulement de sa beauté et de son élégance, c’est-à-dire de sa propre personne, l’irruption d’un amour dans son cœur la bouleverse profondément et la fait tantôt se replier sur elle-même tantôt pleurer et se lamenter, elle en oublie même sa coquetterie et se plaint d’être devenue laide.
L’accès à l’amour et à la profondeur des sentiments semble vécu par elle comme une chose douloureuse et dangereuse, par une forme de fidélité à son mari que l’on a un peu de mal à comprendre, mais qui est peut-être plutôt une peur de ne plus s’appartenir.
Les relations qui unissent ce couple semblent assez étranges : le comte et la comtesse font chambre à part et ont, d’après lui, des liens de simple camaraderie qui ne l’empêchent pas, lui, d’avoir une maîtresse mais, parallèlement, il exige de la part de sa femme une fidélité parfaite et ne supporte pas de la savoir amoureuse d’un autre homme, au point de l’humilier et de la conduire au désespoir. En bref, il veut bien accepter de ne pas être aimé par sa femme, mais à la condition expresse qu’elle n’aime personne d’autre.
Le motif des boucles d’oreilles est intéressant car il symbolise tout au long de l’histoire les sentiments de Louise pour celui qui les lui a offertes : initialement, c’est un cadeau de son mari et elle n’hésite pas à s’en séparer sans aucun état d’âme, mais quand ces mêmes boucles d’oreilles lui reviennent plus tard comme cadeau de son amoureux, elle y attache soudain un prix énorme et est prête à tout sacrifier pour les garder.
Un grand classique du cinéma que je suis très contente d’avoir vu !

La Complainte du sentier de Satyajit Ray

N’ayant encore jamais vu de film du grand cinéaste indien Satyajit Ray (1921-1992) j’ai eu envie de combler cette lacune et de découvrir son tout premier film, La Complainte du sentier, qui date de 1955, et qui constitue le premier volet de la « Trilogie d’Apu », où le héros Apu est ici un petit garçon, joueur et sensible, très proche de sa grande sœur Durga, et qui ne cesse d’observer le monde des adultes avec de grands yeux profonds et lumineux.

A noter que le titre original de La Complainte du sentier (titre français) est Pather Panchali et que le scénario de ce film est inspiré du roman indien éponyme de Bibhutibhushan Bandopadhyay.
A noter également : le film est sorti en Inde en 1955 mais sa sortie dans les salles françaises n’a eu lieu qu’au printemps 1960.

Résumé du Film d’après Wikipédia :

Dans le Bengale rural des années 1920, le brahmane Harihar Roy vit dans la maison de ses ancêtres qui nécessite des réparations, mais il est trop pauvre pour les payer. Il vit avec sa femme Sarbajaya, sa fille Durga qui vole régulièrement des fruits dans le verger qu’ils ont été amenés à vendre aux voisins, son jeune fils Apu, et Indir, une vieille parente. La maison abrite aussi un chien, des chats et une vache. Sarbajaya s’occupe des tâches ménagères, de la préparation de la nourriture et des rites religieux.

Incapable de gagner assez d’argent pour subvenir aux besoins de la famille, Harihar part en quête d’un nouveau travail, laissant Sarbajaya seule pour gérer la famille. Pendant son absence, Indir meurt, puis, lors d’un ouragan, Durga tombe malade, et meurt à son tour. Lorsque le père revient, il trouve la maison dévastée. La famille décide de partir vers la ville.

Mon Humble avis :

C’est un film au rythme assez lent mais, curieusement, on ne trouve pas du tout le temps de s’ennuyer car notre attention est captée par la beauté des images et l’atmosphère envoûtante qui baigne ces paysages, ces personnages et ces décors, auxquels la musique de Ravi Shankar apporte un supplément d’âme et de profond mystère.
Parmi les images particulièrement belles qui m’ont frappée je citerais le moment où la petite Durga se promène dans la forêt après avoir chapardé des fruits et où la légèreté de sa démarche guillerette révèle toute l’innocence du personnage et son heureuse nature, bien opposée à la noirceur qu’on lui reproche et dont elle n’a pas vraiment conscience. Et j’ai vu là un peu comme une image paradisiaque, ou un reflet de l’âge d’or, c’est-à-dire une époque où les cœurs étaient si purs qu’ils n’avaient conscience ni du bien ni du mal et commettaient l’un ou l’autre avec la même joyeuse indifférence.
Une autre image qui m’a frappée c’est celle de la mère, qui semble représenter à la fois l’ordre domestique, le rappel à la loi et à la norme – c’est-à-dire une figure d’autorité parfois assez raide – et en même temps une mère aimante et protectrice, qui tient à ses enfants plus que tout. Tiraillée entre les injonctions et les injures de la voisine (à qui Durga ne cesse de voler des fruits) et son amour pour sa fille, elle oscille à son égard entre la sanction et le pardon.
Une autre image qui m’a paru très belle est celle où Durga et son petit frère Apu vont se promener dans les champs pour voir passer un train. Les deux enfants rêvent d’un ailleurs, moins misérable, sans doute dans la grande ville, et ce rêve les rapproche l’un de l’autre, malgré les inévitables chamailleries qui ont lieu par ailleurs entre eux.
A la fin du film, l’image d’un serpent se glissant dans la maison dévastée et abandonnée est particulièrement saisissante et marquante : image du Mal et du malheur qui prend possession des lieux après avoir longuement rôdé autour de cette famille, jusqu’à la pousser à la fuite.
Je ne peux pas citer toutes les magnifiques images et séquences frappantes de ce film car il y en a trop !
Un chef d’œuvre qu’il serait dommage de manquer !

Je ne me souviens de rien, de Diane-Sara Bouzgarrou

affiche du film

Dans le cadre de mon Mois Thématique sur la maladie psychique, j’ai regardé ce moyen-métrage (59 minutes) de la réalisatrice Diane-Sara Bouzgarrou, dont j’avais entendu parler par mon ami le poète Denis Hamel, qui l’avait vu lors de sa sortie en salles en 2017 et qui l’avait beaucoup aimé.

Quatrième de Couverture du DVD (Présentation de la réalisatrice):

Décembre 2010 : la révolution éclate en Tunisie, le pays de mon père. Les cris de fureur du peuple tunisien rejoignent d’une étrange manière l’agitation intérieure qui grandit en moi depuis quelques semaines. Traversant au même moment un épisode maniaco-dépressif d’une grande intensité, je suis diagnostiquée bipolaire et entre en clinique psychiatrique. Au sortir de cette longue dépression, je n’ai presque aucun souvenir de ce moment de vie. Me restent des dizaines d’heures de rushes, des centaines de photos, deux carnets remplis d’écrits, de collages, de dessins, précieuses traces palliant à mon amnésie. Plus de quatre ans après, ces quelques mois de ma vie restent encore inaccessibles à ma mémoire. Le projet de ce film : la reconstituer et tenter de montrer la réalité de cette maladie.

Mon humble avis :

A partir de matériaux disparates, la réalisatrice se prend elle-même comme sujet d’étude et d’examen, et on voit à travers les diverses séquences comment elle perd peu à peu ses repères, avec des discours qui deviennent de plus en plus étranges, un peu outranciers, puis déconnectés de la réalité lorsqu’elle se retrouve en clinique psychiatrique. On voit aussi les réactions très calmes et raisonnables de ses proches et de sa famille, qui semblent à la fois inquiets pour elle mais prêts à la soutenir et, semble-t-il, toujours très présents pour la rassurer et l’écouter, comme son compagnon et ses parents. Au cours de sa maladie, la réalisatrice-héroïne semble traverser des épisodes de grande excitation euphorique, où elle trouve tout « magnifique » (les phases maniaques) mais elle connaît aussi l’abattement, l’angoisse et les pensées suicidaires dans ses phases de dépression. Les images sont par instants saccadées, heurtées, bousculées, et partent tantôt vers le plafond tantôt vers le sol comme pour nous montrer le déséquilibre intérieur de la réalisatrice et les chamboulements de son esprit. Indépendamment de l’image, de nombreux textes s’affichent sur fond noir, et je les ai beaucoup appréciés car ils donnent des points de vue éclairants et une prise de recul sur ce qui nous est montré, comme si les mots écrits constituaient une sorte de salut, quelque chose à quoi se raccrocher en dernier recours. La présence de collages, de dessins, de photos au sein du film complète l’autoportrait psychologique de la réalisatrice et multiplie les facettes et les points de vue.
Un très bon film, qui montre la maladie psychique dans sa réalité et dans son vécu quotidien, sans chercher à présenter la folie comme une chose horrifique ou repoussante, et sans non plus la présenter comme anodine ou banale, et donc, selon moi, avec un regard très juste et très humain !