Des Poèmes de Valérie Canat de Chizy extraits de son dernier recueil

Couverture chez Les Lieux Dits

Ces poèmes sont extraits du recueil « Les mots dessinent les lèvres » paru vers la fin octobre 2021 aux éditions Les Lieux Dits.

Note biographique sur la poète

Née en 1974, Valérie Canat de Chizy vit et travaille à Lyon. Elle collabore à la revue Verso et au site Terre à ciel. Elle a publié une vingtaine de recueils poétiques depuis 2006.
(Source : internet)

Petite Note de lecture sur le recueil :

Valérie Canat de Chizy aborde dans ce livre des thèmes évocateurs des quatre saisons, avec une place particulière réservée à l’automne : cueillette des mûres, plaisirs d’un foyer réconfortant, visite au cimetière, saveurs du temps qui passe.
Les états d’âme décrits par la poète vont du rire complice avec sa coiffeuse jusqu’à la tendresse pour un arbre qu’elle enlace, mais des émotions plus tristes ou plus tourmentées peuvent apparaître au cours du recueil, au gré de textes introspectifs.
A travers quelques uns de ces poèmes, elle évoque de manière plus ou moins voilée, et toujours pudique et lapidaire, les souffrances propres à l’enfance, la difficulté à trouver une place au milieu des autres, à être soi-même et à communiquer.
La nature (oiseaux, papillons, arbres et fleurs) et les sensations qu’elle prodigue semblent être pour la poète une grande consolation, une source de totale plénitude, et elle parait rechercher ces contacts physiques avec le monde sensible comme une proximité nourricière.
Des thèmes universels qui se parent d’un langage simple, concis et épuré.

**

ma mère a tressé
un panier de ronces

tout se déchire
les bras saignent

les mûres
au bas du chemin

la maison de mon enfance

avaient un goût de confitures

**

les toiles d’araignées

dans l’encadrement
de la fenêtre

les traces de pluie
sur la vitre

la poussière
sur les meubles

disent
la couleur du temps.

**

je pose mon regard
sur les feuilles de l’automne

laisse se déposer
les couleurs chaudes

au fond de moi

cette saison
invite au recueillement

ramasser les braises
pour le foyer

**

La Pluie d’été de Marguerite Duras

Note pratique sur le livre :

Genre : roman
année de parution : 1990
Nombre de pages : 148
Editeur : Folio (première édition chez P.O.L.)

Note sur l’écrivaine :

Marguerite Duras (1914-1996) de son vrai nom Marguerite Donnadieu est une femme de lettres, cinéaste, scénariste et dramaturge française. Elle est d’abord affiliée au mouvement du Nouveau Roman. En 1950, son livre autobiographique Un barrage contre le Pacifique lui vaut un grand succès et la notoriété. En 1959, elle écrit pour Alain Resnais le scénario d’Hiroshima mon amour, qui lui vaut une nomination aux Oscars. Son plus grand succès publique sera L’Amant en 1984, qui lui vaut le Prix Goncourt. Elle fut et reste considérée comme l’un des principaux écrivains français du 20è siècle. Son style a inspiré de nombreux auteurs de la génération suivante.

Quatrième de Couverture :

Après un long silence dû à la maladie, Marguerite Duras publiait en 1990 La pluie d’été. Ernesto, le héros, vit dans une famille nombreuse et pauvre : parents immigrés, chômeurs, mais son environnement ne l’empêche pas d’être un génie. La complicité entre Ernesto et sa sœur Jeanne les conduit à l’inceste. Ernesto est heureux dans le malheur de l’être. Ce qu’il vit est un bonheur contradictoire, douloureux. Le feu sous la cendre. La vraie chaleur et le seul espoir sont dans la complicité qui unit les membres de la famille.
Ernesto et Jeanne, après la pluie d’été qui marque la fin de l’envoûtement et de l’enfance, se sépareront.

Mon humble avis :

Je suis un peu mitigée sur ce livre. Si certains passages m’ont semblé très beaux, littérairement très réussis, à d’autres moments j’ai été légèrement agacée par le côté artificiel et alambiqué de ce style d’écriture, et notamment pour ce qui concerne les dialogues, qui sonnent souvent assez creux.
En effet, ce roman comporte de très nombreuses scènes dialoguées (nombreuses et longues), ce qui nous rappelle que ce livre est l’extension et le prolongement d’un scenario de film (Les Enfants, que Duras a tourné en 1985, avec André Dussollier et Pierre Arditi dans les rôles principaux).
C’est cependant un livre agréable, qui se lit facilement, d’autant plus facilement qu’il n’est pas très long (je l’aurais sans doute beaucoup moins apprécié avec 120 pages de plus, le style aurait fini par me lasser).
Le thème principal de ce livre est « le savoir et la connaissance » – avec les deux grandes interrogations parallèles : « faut-il apprendre des choses que l’on ne sait pas ? Ou plutôt des choses que l’on sait ? » – des questions qui peuvent sembler saugrenues au premier abord, voire carrément absurdes, et que l’on choisira (ou pas) d’envisager.
Je ne suis pas sûre qu’il me restera grand-chose de cette lecture dans un mois ou deux, mais bon, ça peut aller.

Un Extrait (qui m’a plu) page 48 :

Aux yeux des brothers and sisters, grands et petits, que ce soit clairement ou pas, la mère fomentait en elle une œuvre de chaque jour, d’une importance inexprimable, c’était pourquoi elle avait besoin de s’entourer de silence et de paix. Qu’elle aille vers quelque chose, la mère, cela tout le monde le savait. C’était ça, l’œuvre, cet avenir en marche, à la fois visible, imprévisible, et de nature inconnue. Rien n’en limitait l’étendue parce que pour eux ce n’était pas nommé ce qu’elle faisait la mère, c’était trop personnel. Pas de mot pour ça, c’était trop tôt. Rien n’en contenait le sens entier et contradictoire, même pas le mot qui l’aurait dit. Pour Ernesto c’était peut-être déjà une œuvre, la vie de la mère. Et c’était peut-être cette œuvre qui, retenue en elle, faisait ce chaos.

Un autre Extrait (qui m’a déplu) page 128 :

Jeanne : On ne le sait pas que Dieu n’existe pas.
Les voix de Jeanne et d’Ernesto sont douces, elles se ressemblent.
Ernesto : Non. On le dit seulement, mais on ne le sait pas. A quel point il n’existe pas, même toi, tu ne le sais pas.
Jeanne : Tu dis : il n’existe pas comme tu dirais qu’il existerait.
Silence.
Ernesto : Qu’est-ce que tu as dit ? Tu as dit comme s’il existerait.
Jeanne : Oui.
Silence.
Ernesto : Non.
Jeanne : Tu as dit : Dieu n’existe pas comme une fois tu avais dit : Dieu il existe.
Silence.
Jeanne : Si c’est possible qu’il n’existerait pas, alors il est possible qu’il existe.
Ernesto : Non.
Jeanne : Comment il existerait alors s’il n’existe pas ?
Ernesto : Comme partout dans le monde, comme pour toi comme pour moi. C’est pas une question de : plus que ça ou de moins que ça ; ou de : comme si il existerait ou de : comme si il existerait pas, c’est une question, personne ne sait de quoi.
(…)

**

Quelques Poèmes de Cécile Guivarch

Couverture chez « Les Lieux dits »

Ces poèmes sont extraits du recueil « Cent ans au printemps », dédié au grand-père paternel de la poète, et publié au printemps 2021 aux éditions « Les Lieux dits », dans la jolie collection des Cahiers du Loup bleu, dont j’ai eu le plaisir d’acquérir plusieurs recueils de poètes et poétesses différents.

Note sur la poète

Cécile Guivarch, née en 1976 près de Rouen, est une poète franco-espagnole (de langue française) qui a créé en 2005 et qui continue d’animer le site poétique Terre à Ciel. En 2017, elle est lauréate du Prix Yves Cosson pour l’ensemble de son œuvre. (Source : Wikipédia et moi)

Note sur le recueil

Ce livre recueille des souvenirs d’enfance en lien avec ce grand-père paternel et exprime avec délicatesse l’affection très forte entre la petite fille qu’elle était et cet homme aux yeux bleus intenses, proche de la campagne et de la mer, et qui avait fait la guerre. (source : moi)

**

Personne n’a son regard
ni même la couleur de la mer

les canetons au creux des mains
je détale devant le dindon

le poème pour faire revenir
le sourire dans les yeux
nos deux extrémités

*

son odeur de tabac
(me serre tout contre)

***

Sont morts milliers de grands-pères
ce n’était pas le mien

qu’a-t-il pensé des avions
maisons tombées en gravats

un soldat évadé caché dans le grenier
devenu sourd et muet de ne pas avoir
le droit de parler

*

les mots sonnent vides
(comme des pas perdus)

***

Le jardin étendu plus loin que le jardin
les jours de pluie les herbes mouillées

sur le chemin interdit sauf riverains
des centaines de coquilles

les escargots déposés un à un dans un seau
pas pour une course de lenteur
les faire dégorger à l’ail puis au beurre

*

le persil toujours au jardin
(grand-père dans sa coquille)

***

(Dernier poème du recueil)

Il aurait eu cent ans au printemps
vingt ans comme ses années de mer

j’ai une barque dans la tête
elle va et vient avec les vagues

j’étais encore une enfant quand j’ai écrit
ma première rédaction
la couleur de ses yeux

*

se souvenir nous met au monde
(poitrine soulevée de tant de battements)

***

Le Cœur à rire et à pleurer de Maryse Condé

Note pratique sur le livre

Année de parution originale : 1999
Editeur : Pocket (initialement, Robert Laffont)
Nombre de pages : 155

Note biographique sur l’écrivaine

Maryse Condé est née en Guadeloupe en 1937. Elle a étudié à Paris, avant de vivre en Afrique – notamment au Mali – d’où elle a tiré l’inspiration de son best-seller Ségou (Robert Laffont, 1985). Ses romans lui ont valu de nombreux prix, notamment pour Moi, Tituba sorcière (grand prix de la littérature de la Femme, 1986) et La Vie scélérate (Prix Anaïs Ségalas de l’Académie Française, 1988).
En 1993, Maryse Condé a été la première femme à recevoir le prix Putterbaugh décerné aux Etats-Unis à un écrivain de langue française. Lus dans le monde entier, ses romans s’interrogent sur une mémoire hantée par l’esclavagisme et le colonialisme, et, pour les descendants des exilés, sur une recherche identitaire.
Après de nombreuses années d’enseignement à l’Université de Columbia à New-York, elle partage aujourd’hui son temps entre la Guadeloupe et New-York. Elle a initié la création du prix des Amériques insulaires et de la Guyane qui récompense tous les deux ans le meilleur ouvrage de littérature antillaise.
(Source : éditeur)

Brève présentation :

Dans ce récit, dédié à sa mère, Maryse Condé retrace ses souvenirs d’enfance et d’adolescence, dans les années quarante et cinquante, sur l’île de la Guadeloupe, jusqu’à ses premières années d’études à Paris, d’abord en Lettres Classiques puis en Anglais. Peu à peu, l’écrivaine se construit une identité, en opposition à ses parents, tout en renouant avec leurs racines.

Mon humble avis :

C’est un livre très agréable à lire, de par son écriture extrêmement fluide et d’une brillante clarté. La présence d’expressions typiquement guadeloupéennes – peu fréquentes mais tout de même régulièrement distillées au cours du récit – ne sont pas très difficiles à comprendre dans leur contexte et elles nous font entrer dans le mode de vie et le langage des personnages. Il y a d’ailleurs un bref glossaire en fin d’ouvrage, mais je n’ai eu besoin d’y recourir que deux ou trois fois.
Ces souvenirs d’enfance sont, comme l’indique le titre, à la fois doux et amers, souriants et tristes.
La petite fille est élevée par des parents très francophiles, dont la culture française et la passion de « la Métropole » surpasse très certainement celles de nombreux français hexagonaux. Mais, en grandissant, la fillette puis l’adolescente prend conscience de ses origines, auxquelles ses parents n’ont jamais fait allusion. Son frère lui dit que leurs parents sont des « aliénés » et elle commence à s’interroger. Elle a bien remarqué que, sur l’île, les Noirs, les Mulâtres et les « Blancs-pays » ne se fréquentent pas et elle cherche dès lors à comprendre les raisons, héritées de l’Histoire, avec le racisme, l’esclavage et la colonisation, dont la découverte simultanée la bouleverse.
Bien sûr, ce récit autobiographique n’évoque pas que l’aspect politique ou historique des choses, loin de là. Les liens affectifs avec la mère, une femme forte et d’une autorité sans doute assez effrayante, ou avec la meilleure amie Yvelise, ou encore avec la nourrice très aimée, Mabo Julie, donnent lieu à de très beaux chapitres.
Et justement, cette manière d’imbriquer dans un même récit le côté politique et affectif, l’un éclairant l’autre, m’a semblé extrêmement intéressant et riche.
Le caractère de l’écrivaine, très épris de vérité et d’une franchise mal comprise par les autres, m’a été tout à fait sympathique et facilement imaginable – il m’a semblé la « rencontrer » d’une manière presque concrète.
Un livre que j’ai vraiment beaucoup aimé !

Un Extrait page 117

(…)
Ceux qui n’ont pas lu La Rue Cases-Nègres ont peut-être vu le film qu’Euzhan Palcy en a tiré. C’est l’histoire d’un de ces « petits-nègres » que mes parents redoutaient tellement, qui grandit sur une plantation de canne à sucre dans les affres de la faim et des privations. Tandis que sa maman se loue chez des békés de la ville, il est élevé à force de sacrifices par sa grand-mère Man Tine, ammareuse en robe matelassée par les rapiéçages. Sa seule porte de sortie est l’instruction. Heureusement, il est intelligent. Il travaille bien à l’école et se prépare à devenir petit-bourgeois au moment précis où sa grand-mère meurt. Je pleurais à chaudes larmes en lisant les dernières pages du roman, les plus belles à mon avis que Zobel ait jamais écrites.
« C’étaient ses mains qui m’apparaissaient sur la blancheur du drap. Ses mains noires, gonflées, durcies, craquelées à chaque repli, et chaque craquelure incrustée d’une boue indélébile. Des doigts encroûtés, déviés en tous sens ; aux bouts usés et renforcés par des ongles plus épais, plus durs et informes que des sabots… « 
Pour moi toute cette histoire était parfaitement exotique, surréaliste. D’un seul coup tombait sur mes épaules le poids de l’esclavage, de la Traite, de l’oppression coloniale, de l’exploitation de l’homme par l’homme, des préjugés de couleur dont personne, à part quelquefois Sandrino, ne me parlait jamais. (…)

La Complainte du sentier de Satyajit Ray

N’ayant encore jamais vu de film du grand cinéaste indien Satyajit Ray (1921-1992) j’ai eu envie de combler cette lacune et de découvrir son tout premier film, La Complainte du sentier, qui date de 1955, et qui constitue le premier volet de la « Trilogie d’Apu », où le héros Apu est ici un petit garçon, joueur et sensible, très proche de sa grande sœur Durga, et qui ne cesse d’observer le monde des adultes avec de grands yeux profonds et lumineux.

A noter que le titre original de La Complainte du sentier (titre français) est Pather Panchali et que le scénario de ce film est inspiré du roman indien éponyme de Bibhutibhushan Bandopadhyay.
A noter également : le film est sorti en Inde en 1955 mais sa sortie dans les salles françaises n’a eu lieu qu’au printemps 1960.

Résumé du Film d’après Wikipédia :

Dans le Bengale rural des années 1920, le brahmane Harihar Roy vit dans la maison de ses ancêtres qui nécessite des réparations, mais il est trop pauvre pour les payer. Il vit avec sa femme Sarbajaya, sa fille Durga qui vole régulièrement des fruits dans le verger qu’ils ont été amenés à vendre aux voisins, son jeune fils Apu, et Indir, une vieille parente. La maison abrite aussi un chien, des chats et une vache. Sarbajaya s’occupe des tâches ménagères, de la préparation de la nourriture et des rites religieux.

Incapable de gagner assez d’argent pour subvenir aux besoins de la famille, Harihar part en quête d’un nouveau travail, laissant Sarbajaya seule pour gérer la famille. Pendant son absence, Indir meurt, puis, lors d’un ouragan, Durga tombe malade, et meurt à son tour. Lorsque le père revient, il trouve la maison dévastée. La famille décide de partir vers la ville.

Mon Humble avis :

C’est un film au rythme assez lent mais, curieusement, on ne trouve pas du tout le temps de s’ennuyer car notre attention est captée par la beauté des images et l’atmosphère envoûtante qui baigne ces paysages, ces personnages et ces décors, auxquels la musique de Ravi Shankar apporte un supplément d’âme et de profond mystère.
Parmi les images particulièrement belles qui m’ont frappée je citerais le moment où la petite Durga se promène dans la forêt après avoir chapardé des fruits et où la légèreté de sa démarche guillerette révèle toute l’innocence du personnage et son heureuse nature, bien opposée à la noirceur qu’on lui reproche et dont elle n’a pas vraiment conscience. Et j’ai vu là un peu comme une image paradisiaque, ou un reflet de l’âge d’or, c’est-à-dire une époque où les cœurs étaient si purs qu’ils n’avaient conscience ni du bien ni du mal et commettaient l’un ou l’autre avec la même joyeuse indifférence.
Une autre image qui m’a frappée c’est celle de la mère, qui semble représenter à la fois l’ordre domestique, le rappel à la loi et à la norme – c’est-à-dire une figure d’autorité parfois assez raide – et en même temps une mère aimante et protectrice, qui tient à ses enfants plus que tout. Tiraillée entre les injonctions et les injures de la voisine (à qui Durga ne cesse de voler des fruits) et son amour pour sa fille, elle oscille à son égard entre la sanction et le pardon.
Une autre image qui m’a paru très belle est celle où Durga et son petit frère Apu vont se promener dans les champs pour voir passer un train. Les deux enfants rêvent d’un ailleurs, moins misérable, sans doute dans la grande ville, et ce rêve les rapproche l’un de l’autre, malgré les inévitables chamailleries qui ont lieu par ailleurs entre eux.
A la fin du film, l’image d’un serpent se glissant dans la maison dévastée et abandonnée est particulièrement saisissante et marquante : image du Mal et du malheur qui prend possession des lieux après avoir longuement rôdé autour de cette famille, jusqu’à la pousser à la fuite.
Je ne peux pas citer toutes les magnifiques images et séquences frappantes de ce film car il y en a trop !
Un chef d’œuvre qu’il serait dommage de manquer !

Le Petit joueur d’échecs de Yôko Ogawa

Le blog de Goran, « des livres et des films » atteint aujourd’hui son sixième anniversaire et c’est pour cette raison que Patrice et Eva – que je remercie pour cette initiative – ont organisé une Lecture Commune en l’honneur de Goran, disparu beaucoup trop tôt, à laquelle je tenais vraiment à participer.
Il s’agissait donc de lire Le Petit joueur d’échecs de Yôko Ogawa, paru au Japon en 2009 et en France en 2013.

Note pratique sur le livre :

éditeur : Actes sud (Babel)
Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle
Nombre de pages : 330.

Note sur l’écrivaine :

Yôko Ogawa (née en 1962) est une écrivaine japonaise. Diplômée de Lettres, elle se lance dans l’écriture de courts romans jusqu’au milieu des années 90, puis de romans plus épais à partir des années 2000. Des écrivains comme Haruki Murakami ou Paul Auster inspirent son œuvre, mais aussi des classiques japonais ou américains : Kawabata, Tanizaki, Carver, Fitzgerald, etc. Elle remporte le prestigieux Prix Akutagawa pour La Grossesse en 1991. Ses livres, traduits dans le monde entier, remportent un large succès.

Présentation du début de l’histoire :

Un petit garçon très sensible, imaginatif et intelligent est élevé avec son petit frère par leurs grands parents. Ce petit garçon est né avec les lèvres scellées l’une à l’autre et on a dû lui greffer sur la bouche un morceau de peau de ses jambes, si bien qu’il se retrouve plus tard avec les lèvres velues, et de plus en plus au fur et à mesure qu’il grandit. Cet enfant finit par rencontrer, par un concours de circonstances étranges, un homme obèse qui vit dans un autobus désaffecté, immobilisé au cœur d’un jardin. Cet homme obèse, grand amateur de pâtisseries, mais surtout très grand joueur d’échecs, va initier le petit garçon à ce jeu et à ses subtilités stratégiques, et il ne va pas tarder à détecter chez cet élève un véritable génie des échecs, un vrai poète de l’échiquier, comparable au grand joueur Alekhine. Mais le petit garçon commence à gagner contre son maître de plus en plus souvent et il devient clair qu’il devra bientôt se mesurer à d’autres adversaires, encore plus forts, pour parfaire son jeu. (…)

Mon humble avis :

De la même manière que Yôko Ogawa dressait dans « La formule préférée du professeur » un éloge poétique des mathématiques, avec un chouïa de vulgarisation scientifique revisitée et magnifiée par la littérature, nous nous trouvons ici devant un éloge poétique du jeu d’échecs, où il s’agit moins de détailler des stratégies et d’expliquer des tactiques – un aspect technique qui, visiblement n’intéresse pas trop l’écrivaine – que de nous émouvoir et de nous embarquer dans les mille variations d’une rêverie autour des échecs. Ainsi, elle évoque, à propos des différentes parties que joue le petit joueur d’échecs, une plongée au fond des mers ou une navigation à la surface d’un lac, et bien d’autres phénomènes naturels et aquatiques sont comparés aux différents coups des joueurs.
Curieusement, moi qui ne connais pratiquement rien à ce jeu, et qui pensais m’ennuyer passablement à la lectures de longues parties dont je ne comprends pas les subtilités, j’ai été au contraire très captivée, et mon attention était vraiment happée par la manière dont Yôko Ogawa sait camper une situation, une émotion, ou la charge affective qui peut entourer une partie d’échecs.
Car il m’a semblé, effectivement, que le vrai sujet de ce roman était l’échange affectif entre les êtres, dont les différentes parties d’échecs sont les représentations, puisque le petit joueur, qui ne veut pas grandir, a l’occasion de jouer avec (ou de mêler à son jeu d’une façon ou d’une autre) pratiquement toutes les personnes qu’il aime, depuis son maître très admiré jusqu’à la jeune fille dont il est amoureux, en passant par la vieille demoiselle qu’il respecte tout particulièrement et qu’il cherche à protéger.
Ainsi, dans ce roman, les échecs représentent par excellence la rencontre des affects et le désir de composer un poème à deux voix, dans l’harmonie complice des deux adversaires, sans que la notion de victoire ou de défaite n’ait vraiment d’importance car ce n’est pas à cela que Yôko Ogawa s’attache.
Ce roman m’a paru être une prouesse littéraire tout à fait audacieuse et remarquable : réussir à tenir en haleine son lecteur et l’émouvoir à de multiples reprises, sur un sujet aussi austère, spécial et ardu, était vraiment une gageure très risquée et c’est parfaitement réalisé, développé et imaginé.
Vous l’aurez compris, j’ai bien aimé ce livre.

Un extrait page 114

Après la perte du maître, grandir devint quelque chose d’effrayant pour le petit joueur d’échecs. Son corps s’allongeait, ses épaules s’élargissaient, ses muscles se formaient, ses chaussures rapetissaient, ses doigts grossissaient et sa pomme d’Adam apparaissait… Ces prémisses de changement l’attiraient vers un marais insondable. Tout ce qui lui évoquait l’état de grosseur devenait une arme à son encontre. Lorsqu’il aperçut en ville un homme de près de deux mètres, son sang ne fit qu’un tour et ses jambes se figèrent, et quand la télévision diffusa un reportage sur une fête autour de la plus grande pizza au monde, il eut un haut-le-coeur. Parce que le maître avait trop grandi, sa mort avait été mise en scène. Parce qu’elles avaient grandi, Indira avait été enfermée sur la terrasse du grand magasin et Miira ensevelie entre les murs. Et lui, en grandissant, il finirait par ne plus pouvoir se glisser sous la table d’échecs.
« Grandir est un drame ».
Cette phrase se grava profondément en lui.(…)

Himalaya l’enfance d’un chef, d’Eric Valli

Affiche, Himalaya, l’enfance d’un chef

Le DVD de ce film m’a été prêté par une amie, j’en avais sans doute vaguement entendu parler au moment de sa sortie en 1999 mais il n’avait pas attiré mon attention à ce moment-là.
Vingt-deux après, j’ai donc pu le regarder et ce fut une bonne surprise.

Vous trouverez sur Wikipedia, si vous le souhaitez, un résumé complet de ce scenario mais, comme je ne veux pas « divulgâcher » je me contenterai de vous proposer une petite présentation de la situation de départ :
Dans un village isolé du Dolpo, une région de l’Himalaya, le vieux chef Tinlé vient de perdre son fils aîné, qui devait lui succéder à la tête du village, lors d’un voyage en caravane. Tinlé accuse sans preuve le jeune et beau Karma, qui prétend accéder à la place de nouveau chef, d’avoir causé la mort de ce fils valeureux, par esprit de rivalité.
Karma, ignorant les oracles et la colère du chef, lève la caravane avant la date rituelle, entraînant avec lui les jeunes du village. Tinlé, resté au village avec les autres vieillards, les femmes et les enfants, décide de lever une caravane concurrente à celle de Karma, qui partira à la date indiquée par les dieux, donc quelques jours plus tard.

Mon humble Avis :

Je ne suis pas habituée à voir ce genre de film d’aventure, très spectaculaire, mais j’ai apprécié ce côté dépaysant, basé en grande partie sur de beaux panoramas montagneux, des paysages superbes, traversés par des troupeaux de yacks ou balayés par des tempêtes de neige.
Les jeunes acteurs, hommes et femme, sont aussi d’une grande beauté et contribuent à rendre ce film très esthétique.
Mais d’autres éléments m’ont paru au moins aussi intéressants : la culture, les modes de vie et les coutumes de ce peuple tibétain sont particulièrement bien mis en valeur et se trouvent au cœur même de l’histoire, avec un héros, Karma, qui cherche à s’affranchir des traditions et qui ne croit plus aux dieux, tandis que le vieux chef reste fidèle aux rites ancestraux et cherche à les perpétuer.
De manière intéressante, il n’y a pas vraiment de personnage de « méchant » dans ce film, les personnages ne sont absolument pas manichéens et chacun possède ses défauts et ses qualités, comme des êtres humains de chair et d’os. Et si Karma nous donne l’impression, au début du film, de pouvoir figurer ce personnage de « méchant » à combattre, nous comprenons assez vite que son caractère indépendant et sceptique, ses idées rationalistes, n’ont rien de détestable et que nous pourrions même nous sentir plus proches de lui que de Tinlé, le défenseur acharné des rites et des dieux ancestraux.
Le personnage du petit garçon, Passang, qui est à la fois acteur et témoin de tous ces événements, constitue une sorte de lien entre nous, les spectateurs, et l’ensemble des autres personnages. Il pose les questions innocentes que nous poserions à sa place, et il permet au personnage de Tinlé, son grand-père, de montrer sa bonté et son attachement à sa famille.
La musique, par contre, et bien qu’elle ait remporté le César de la Meilleure Musique en 2000, ne m’a pas tellement convaincue car elle m’a semblé trop occidentale et trop moderne, pas assez tibétaine, et c’est ma seule petite réserve sur ce film.
Un beau film, édifiant et divertissant, que l’on peut facilement regarder le soir, en famille !

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The Last Hillbilly de Diane Sara Bouzgarrou et Thomas Jenkoe

Vers la mi-juin, J’ai eu la chance de voir ce film en salle – c’était mon premier retour au cinéma depuis l’automne 2020 – et son caractère poétique, puissant, et parfois même un peu étrange, m’a donné envie d’en parler ici.
Il s’agit d’un documentaire, donc sans intrigue réellement circonstanciée, mais, en même temps, la scission du film en trois parties clairement identifiées et titrées, nous oriente vers une progression temporelle et l’approfondissement de certains thèmes.

Note technique sur le film :

Durée : 1h20
Image par Thomas Jenkoe et Son par Diane-Sara Bouzgarrou
Genre : Documentaire
Langue : Anglais (américain) sous-titré français.

Les thèmes du film

Le mot « hillbilly » signifie « péquenaud des collines » et il désigne aux Etats-Unis les descendants des premiers pionniers américains, des paysans blancs et pauvres, ignorants, consanguins, racistes, électeurs de Trump, au mode de vie inconfortable et rustique, et qui cherchent à préserver leurs traditions ancestrales, avec un certain rejet de la technologie moderne et une grande connaissance de la nature sauvage. C’est en tout cas de cette manière que le personnage principal du film, Brian Ritchie, nous décrit ces hillbillies, dont il déplore avec une pointe de nostalgie d’être le dernier représentant. Cependant, nous ne tardons pas à nous apercevoir que ce personnage est très loin d’être l’abruti ignorant qu’il vient de nous dépeindre et qu’il est au contraire un poète sensible qui a certainement beaucoup lu et auquel la vie a octroyé une profonde sagesse mais aussi une mélancolie tenace.
Le thème principal du film me semble être cette méditation devant un monde sur le point de disparaître, un monde généralement jugé comme obsolète, et les attitudes possibles face à cette disparition : s’accrocher désespérément aux traditions et tenter de les faire perdurer le plus longtemps possible, tout en sachant que les jeunes générations ne prendront pas la relève car tout cela les ennuie ? Ou peut-être essayer de dégager une signification, une réflexion sur l’histoire et sur l’existence, comme le fait le personnage principal lorsqu’il essaye de s’adresser à ses enfants qui ne s’intéressent qu’à moitié à ses propos.

Mon humble Avis :

Le héros du film, Brian Ritchie, est un personnage attachant, dont la voix rauque, le visage marqué par les épreuves, le charisme et le regard pénétrant s’imposent à l’écran, de même que les silhouettes barbues et pittoresques des quelques amis qui l’entourent et avec qui il partage les travaux des champs et autres tâches rudes et viriles. Et, en effet, à part les deux ou trois petites filles ou préadolescentes de la famille, l’absence complète des femmes adultes ne peut que frapper le regard et a suscité chez moi des tas d’hypothèses : les mères, sœurs et, surtout, épouses ont-elles déserté ce monde austère et sans agrément pour une vie plus moderne et plus agréable ? On peut facilement le supposer, et cela renforce encore l’impression d’un monde finissant, en cours de délitement, et que la vie abandonne peu à peu.
Parmi les images qui m’ont particulièrement marquée, je citerai le dépoussiérage des trophées de chasse : des bustes de cerfs empaillés, accrochés aux murs de la maison, que les hommes manipulent soigneusement et tamponnent délicatement avec des chiffons, tout en se remémorant les dates lointaines où ils ont tué ces animaux. La scène a un côté grotesque et vaguement monstrueux, un peu surréaliste et ironique à la fois, que j’ai énormément apprécié. Et, en tant que symboles d’un passé que ces hommes voudraient ressusciter, ou du moins préserver, ces têtes de cerfs semblent à la fois tragiques, dérisoires et d’un goût douteux.
Un très beau film, riche de sens et de sentiments !

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Ferdydurke de Witold Gombrowicz

couverture chez folio

J’ai lu ce livre dans le cadre du Mois de l’Europe de l’Est de Patrice, Eva et Goran, un rendez-vous que maintenant vous connaissez bien !
Witold Gombrowicz (1904-1969) est un écrivain polonais, reconnu aujourd’hui comme l’un des plus grands auteurs du 20è siècle, et dont les oeuvres les plus connues sont, précisément, « Ferdydurke« (1937), « Les Envoûtés » (1939), « Pornographie » (1960) et « Cosmos » (1964).

Vous vous demandez peut-être ce que signifie « Ferdydurke » ? Eh bien, je me le demande aussi ! Car ce mot ne figure à aucun moment dans ce roman, ce n’est pas le nom d’un des personnages ni celui de la ville ou du pays où ils vivent. Mystère ! En tout cas, ce titre nous place d’emblée dans le monde de l’absurdité, du non-sens, de la bizarrerie, et il est donc parfaitement représentatif de ce roman.

De quoi est-il question au début de ce livre ?

Le héros, nommé Jojo Kowalski, est un adulte de trente ans que tout le monde considère comme un adolescent – c’est à dire que, selon Gombrowicz, on le « cucultise » (on l’infantilise) mais il ne se révolte pas beaucoup contre cette « cucultisation ».
Notre héros de trente ans est donc pris en main par le vieil éducateur Pimko, qui le conduit au lycée au milieu de professeurs peu engageants et parmi des camarades de classe turbulents et bagarreurs. Puis il est placé dans la famille Lejeune, qui se pique de modernisme, et dont la fille très séduisante, une moderne lycéenne, a des mollets fascinants qui rendent Jojo Kowalski fou amoureux. De ce fait, il est plus avantageux pour lui d’être considéré comme un adolescent plutôt que comme un trentenaire sérieux, pour se rapprocher de la jeune fille. Mais les Lejeune ne risquent-ils pas bientôt de le prendre en grippe et de lui « faire une gueule », pour reprendre une de ses expressions fétiches ? Car « faire une gueule » signifie pour lui « transformer quelqu’un, le considérer selon une autre forme que la sienne, d’un point de vue psychologique ».

Mon humble avis :

C’est un roman très étonnant, où il ne faut pas chercher le réalisme des faits ou des descriptions, car la place du langage est prépondérante de même que le rôle du jeu entre l’écrivain et son lecteur. On sent que Gombrowicz est très conscient de ses effets sur la psychologie du lecteur : cherchant à le provoquer, à le surprendre sans cesse, à le pousser dans certaines réflexions, à le bousculer par le rire, l’inconvenance ou l’étrangeté.
J’ai lu que Gombrowicz avait eu des influences dadaïstes et effectivement ça se voit, par la critique féroce des arts et de la culture, la causticité et la dérision vis-à-vis des figures d’autorité et de tout ce que l’on tient habituellement pour respectable.
Il s’attaque tout aussi férocement au sentiment amoureux, qui ne trouve aucune grâce à ses yeux, et qu’il voit comme une forme ultime de « cucultisation », d’enfermement, de ridicule.
A certains moments du livre, l’auteur interrompt sa narration pour nous livrer ses réflexions sur ses buts en tant que romancier, ce qu’il cherche à faire avec ce roman, comme s’il arrêtait le jeu pour nous en donner les règles et la signification.
J’ai vraiment beaucoup aimé, c’est clairement un roman important qui mérite d’être lu, même s’il peut parfois désorienter ! Et puis je suis bon public pour cette forme d’humour très caustique et irrespectueuse.

Un Extrait page 64-65

– Un grand poète ! Rappelez-vous cela, c’est important. Pourquoi l’aimons-nous ? Parce que c’était un grand poète. C’était un poète plein de grandeur ! Ignorants, paresseux, je vous le dis avec patience, enfoncez-vous bien cela dans la tête, je vais vous le répéter encore une fois, Messieurs : un grand poète, Jules Slowacki, grand poète, nous aimons Jules Slowacki et sommes enthousiasmés par sa poésie parce que c’était un grand poète. Veuillez prendre note de ce sujet pour un devoir à faire à la maison : « Pourquoi les poésies de Jules Slowacki, ce grand poète, contiennent-elles une beauté immortelle qui éveille l’enthousiasme ?
A cet endroit du cours, un des élèves se tortilla nerveusement et gémit :
– Mais puisque moi je ne m’enthousiasme pas du tout ! Je ne suis pas du tout enthousiasmé ! Ca ne m’intéresse pas ! Je ne peux pas en lire plus de deux strophes, et même ça, ça ne m’intéresse pas. Mon Dieu, comment est-ce que ça pourrait m’enthousiasmer puisque ça ne m’enthousiasme pas ?
Il se rassit, les yeux exorbités, comme s’il sombrait dans un abîme. Devant sa confession naïve, le maître faillit s’étrangler.
– Pas si fort, par pitié ! siffla-t-il. Galkiewicz, vous serez collé. Vous voulez ma perte ? Vous ne vous rendez pas compte de ce que vous dites ?
(…)

Deux Poèmes de Boris Vian

photo de boris vian en musicien de jazz

Boris Vian (mort en 1959) était né le 10 mars 1920 et fêterait donc ses 101 ans aujourd’hui.
Pour l’occasion, je vous propose de lire deux de ses poèmes, qui sont un peu dans le style de ses chansons.

La Vie c’est comme une dent

La vie c’est comme une dent
D’abord on y a pas pensé
On s’est contenté de mâcher
Et puis ça se gâte soudain
Ca vous fait mal, et on y tient
Et on la soigne et les soucis
Et pour qu’on soit vraiment guéri
Il faut vous l’arracher, la vie.

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Les Araignées

Dans les maisons où les enfants meurent
Il entre de très vieilles personnes
Elles s’asseyent dans l’antichambre
Leur canne entre leurs genoux noirs
Elles écoutent, hochent la tête.

Toutes les fois que l’enfant tousse
Leurs mains s’agrippent à leurs cœurs
Et font des grandes araignées jaunes
Et la toux se déchire au coin des meubles
En s’élevant, molle comme un papillon pâle
Et se heurte au plafond pesant.

Elles ont de vagues sourires
Et la toux de l’enfant s’arrête
Et les grandes araignées jaunes
Se reposent, en tremblant,
Sur les poignées de buis poli
Des cannes, entre les genoux durs.

Et puis, lorsque l’enfant est mort
Elles se lèvent, et vont ailleurs…

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J’ai trouvé ces deux poèmes dans le Volume « Romans Nouvelles Œuvres Diverses » de Boris Vian publié chez Les Classiques modernes de La Pochothèque qui date de 1991.