Quelques uns de mes derniers haikus


J’espère que vous prendrez plaisir à lire ces quelques tercets de saison.

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Le petit merle
semble me soupçonner
de quelque noirceur.

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Pendant le film
pour deviner tes émotions
besoin de sous-titres.

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A regarder
trop longtemps la télé
– risque d’implosion.

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La dame très chic
en tailleur bleu vert
et varices assorties.

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Les cerises du voisin
sont mûres
– moi aussi.

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Le chat assis
tel un petit sphinx
– semble savoir l’énigme.

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Retour de promenade
– la marque des clés
dans ma paume.
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La forêt
tient le crépuscule
à bout de bras.

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Pourquoi dit-on
que le silence est profond ?
Il est parfois très plat.

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Quelques haikus de Cécile Boisson

C’est dans le recueil Haikus du jardin de Cécile Boisson, paru chez Encres Vives en 2012, que j’ai trouvé ces quelques poèmes.
Des haïkus d’une grande légèreté, que j’ai énormément appréciés, et dont l’humour très fin et la douce sérénité m’ont séduite.

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Ce soir j’ai du monde à manger
à manger ?
et me voilà ogresse

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Pour un bout de pain
jeté aux herbes
il s’envole, le chat

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Meilleure encore
picorée
la cerise

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Au ciel tout rose
le merle pose
une question sans fin

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Le chat guette
cette grosse bête
La pluie

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Tubéreuse
j’aime
ton nom de nuit

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Mes ciseaux brillent
rosier
ferme tes yeux !

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Sans bruit la lune
la lune sans bruit
donne du lait aux fleurs

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Quelques uns de mes derniers haikus

C’est devenu une tradition pour moi de publier mes haikus sur ce blog, donc je m’y recolle une nouvelle fois.
Cette fois-ci, la période électorale m’a inspiré quelques vers, de même, plus banalement, que la nature lors de mes promenades …

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Le bruit de la pluie
nous met martel en tête
– eau à percussions.

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A l’abri des pluies
sous les bras du platane
– les iris bleus.

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Grisaille d’avril
– le long des rues, le chant triste
des tourterelles.

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Devenir plus vieille
un jour d’avril pluvieux
– caprices du temps.

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Têtes d’affiches
dents noircies et petits cœurs
– sourire électoral.

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Affiche sauvage
dents noircies, œil au chewing-gum
– gauche caviardée.
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La plante d’intérieur
s’incline vers la fenêtre
– désir d’évasion.

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Se tenir aux murs
rebondir à cloche pied
– danse des chaussettes.

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Quelques uns de mes derniers haikus

Pourquoi ces fleurs
nommées pissenlits ? Chercher
des raisons bizarres.

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Arbres et belles verdures
font peur à certains
– pollens de printemps.

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Un pigeon tout gonflé
court derrière une pigeonne
au cœur de pierre.

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Le magnolia nu
toutes ses fleurs à ses pieds
– effeuillage d’avril.

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Petits cliquetis
sur les touches du piano,
les ongles trop longs.

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Quelle différence
entre le zéphyr et la brise ?
L’arbre s’en balance.

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Rien qu’à penser
au pèse-personne
sentir comme un poids.

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Au mépris du printemps
Elles jonchent le sous-bois
les feuilles d’automne.

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Harcèlement de rue :
se faire siffler par
un petit oiseau.
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J’espère que ces quelques haikus printaniers vous auront plu, n’hésitez pas à me laisser vos appréciations !

L’écriture la vie, de Valérie Canat de Chizy

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L’écriture la vie est un recueil de poèmes de Valérie Canat de Chizy, qui vient de paraître aujourd’hui même (20 mars 2017) chez les éditions Le petit rameur, avec une préface de Sanda Voïca et une illustration de Sophie Brassart, suivies d’une postface de Mireille Disdero.

L’écriture la vie évoque la difficulté d’être, le désespoir, paradoxal alors que tout resplendit, le cœur étant partagé entre le monde extérieur qui se révèle « barré, figé’ et l’univers du poème qui, lui aussi, a des barreaux qui blessent. Pourtant, la vie est joyeuse mais elle laisse un manque, que seule l’écriture peut combler.
Ambivalence du monde, ambivalence du cœur autant capable  de chanter que de crier.

J’ai choisi trois poèmes dans ce recueil :

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lorsque j’interroge
on me tend un miroir
me disant
que tout va bien
assis quatre autour
d’une table au soleil
autour d’une conversation
saisie par bribes
dont le contenu m’exile.

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le froid dehors
les lumières de la ville
je tourne mon regard
vers l’intérieur
dans la chaleur du foyer
où le chat dort.

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être à l’écoute de l’oiseau
assis sur l’échelle du cœur
mais c’est si dur parfois
juste regarder le pommier
et ses nuances d’or
le lierre rouge et ses méandres
le long du mur de la maison
aux volets bleus
mais mon cœur crie.

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Valérie Canat de Chizy

 

 

 

 

Quelques uns de mes derniers haikus

C’est devenu une habitude de vous livrer ici quelques haikus, et j’espère que vous y prenez intérêt.
Voici donc quelques uns des derniers, sur des thématiques automnales : comme vous le constaterez j’ai fait quelques promenades dans les bois.
N’hésitez pas à me faire part de vos impressions et préférences.

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Bousculé par
le vent, l’arbre jaune laisse
tomber quelques feuilles.

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En fait de cueillette,
ne trouver que des marrons
et des mûres rouges.

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Un jeune homme avec
un détecteur de métaux
dans la forêt d’or.
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C’est le jour des morts
que les corbillards redeviennent
citrouilles.

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Toutes les châtaignes
ont les piquants en désordre
et les bogues nues.

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ne pas trop savoir
s’il faut commencer la journée
ou se recoucher

***

Les feuilles qui tombent,
plutôt que mortes, ont l’air
de belles alanguies.

***
Marcher dans les feuilles
mortes, dans un léger bruit
de chiffons froissés.

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Ne plus voir que les
scintillements du goudron
– Soleil dans les yeux
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Interview du poète Denis Hamel

Bonjour Denis, tu viens de faire paraître en l’espace d’un an deux recueils de poèmes (Le Festin de Fumée chez Petit Pavé en 2016 et Saturne chez Polder en 2015), peux-tu nous expliquer dans quelles circonstances ces publications ont eu lieu ? Comment définirais-tu la différence de styles entre ces deux recueils ?
D.H. : Les poèmes ont été écrits entre 1999 et 2014. J’ai commencé à envoyer des manuscrits en 2008. Saturne est un long poème alors que Le festin.. est plus éclaté et composite.

D’une manière générale, qu’est-ce qui, selon toi, caractérise ta poésie ?
D.H. : Certainement la mélancolie. « La sagesse ne viendra jamais » dit Debord.

Y a t-il des situations ou des états d’âme qui favorisent ton inspiration plus que d’autres ? As-tu des rituels d’écriture ?
D.H. : Environ 80% des poèmes ont été écrits sur mon lieu de travail. Chez moi, j’aime écouter Morton Feldman pour écrire. Sa musique me stimule.

Peux-tu nous dire comment tu es venu à l’écriture poétique ? Quel est le premier livre de poèmes qui t’a marqué ?
D.H. : J’ai commencé à lire de la poésie en 1995, à en écrire en 1999. Je venais d’avoir le diplôme de l’école de bibliothécaire de l’institut catholique. Les premiers poèmes qui m’ont bouleversé sont peut-être ceux de Trakl, en livre de poche, prêté par un ami que je ne fréquente plus aujourd’hui.

Y a-t-il des livres ou des auteurs – pas forcément de poésie – qui ont influencé ton écriture ?
D.H. : Beckett, Schopenhauer, Michaux, Mallarmé …

Tu as parfois été très critique avec certains poètes, peux-tu nous dire ce qui t’énerve dans la poésie contemporaine ?
D.H. : L’ennui morne qu’elle dégage. La poésie ne doit pas être ennuyeuse.

Quels sont les poètes (ou écrivains) contemporains que tu apprécies ?
D.H. : En contemporain, j’aimais bien Houellebecq au début. Après ça s’est gâté. Mais j’aime toujours sa poésie.

Penses-tu qu’il existe des critères objectifs pour juger un poème, ou crois-tu que ce soit instinctif
D.H. : L’ennui est un critère négatif objectif. Il est impossible de croire que l’on s’ennuie et de se tromper. C’est une sensation irréfragable, comme disent les philosophes modernes.

Tu m’as dit quelquefois que tu écrivais plus quand tu étais malheureux que quand tu étais heureux, comment l’expliques-tu ?
D.H. : L’écriture est certainement une forme de résistance au malheur.

Tu es un grand lecteur de philosophie, penses-tu qu’il existe des liens ou des passerelles entre poésie et philosophie ?
D.H. : Certainement, mais ce sont des liens souterrains et inapparents.

As-tu déjà écrit autre chose que de la poésie ?
D.H. : Oui, je travaille depuis 2009 sur un court roman.

Les dadaïstes disaient que l’art était « un produit pharmaceutique pour imbéciles », comment juges-tu cette assertion ?
D.H. : Je trouve cette assertion sans intérêt. Provocation à la petite semaine.

Que penses-tu de ceux qui disent que la poésie n’est qu’un jeu verbal ?
D.H. : Il y a une part de jeu, oui, mais ça va plus loin.

Penses-tu que la poésie dite expérimentale offre des perspectives intéressantes ?
D.H. : Toute la poésie qui m’intéresse pourrait être dite expérimentale.

Comment expliques-tu que la poésie intéresse si peu de lecteurs ? Penses-tu qu’il soit possible d’y remédier ?
D.H. : Lire de la poésie demande du temps et de la patience.

Peux-tu nous parler de tes projets d’écriture ?
D.H. : Mon roman commencé en 2009.

Tu as un site Internet, peux-tu nous rappeler son adresse ?
D.H. : http://denishamel.fr

Merci d’avoir bien voulu me répondre.

Petit aperçu de Traction Brabant n°70

J’avais déjà eu l’occasion de parler du numéro 70 de Traction-Brabant (paru cet automne 2016) à propos de mes propres poèmes, mais je voudrais maintenant publier les poèmes de quelques autres poètes (choix subjectif et non exhaustif) :

Empreinte devant

Demain tu iras voir la ville
tu iras comme au piège
tu chercheras si les murs te savent
et tu seras déçu.
Là,
comme d’autres siècles longés à tâtons,
le ciel ne t’apprendra rien.
Les poissons presque monnaie,
les faces taillées d’une même lame et qui suivent la pente du jour,
mosaïque sale, sang légué,
on voudrait s’y fondre.
Et tout respire uni,
alors tu frôles d’oublier les quelques rues qui sur ta peau existent.
Etends la main
cœur apatride !
Tu n’es qu’une saison,
tu ne fuis rien, je sais cela.
Comme toi je suis venu
et sans tristesse
j’ai su que je n’étais pas d’ici

Gabriel HENRY

***

Un rôle

Tu ne peux plus échapper aux heures
qui se cognent contre les arêtes coupantes des murs
renversent l’asphalte et le ciel
un mortier opaque pèse sur tes paupières
tu voudrais te distraire
ne pas penser à ce que tu as à faire
quelque chose de difficile
qui demande effort, peine, courage
tu as tout annulé, dans ta journée, tout éliminé,
tout sauf cela
que tu auras à faire
tu ne peux plus rien sauf te préparer à cela
te concentrer sur cela
le rôle social
que tu devras jouer à ce moment-là.

Barbara Le MOENE

***

Les poupées écrabouillées
(juillet 2016)

Tourner la petite cuillère
dans le crâne à la coque
Bien touiller avant de trempouiller
La mouillette beurrée

Quand les dystopies s’échappent des livres
Nos vies se couvrent de givre

Tourner la petite cuillère
Le chef perd sa toque
Les cervelles sont écrabouillées
Les poupées écoeurées

Xavier LE FLOCH

***

Juin

Entendre le bruit des pages
et ma pensée qui revient sur le livre
comme un bateau
qui cogne le bord du quai

Entendre les rumeurs
des feuilles acides
des fleurs ouvertes
éclats d’oiseaux
tracé de moteur
il me semblait entendre un tambour

Lire les amours d’il y a deux siècles
et se demander si ce n’était pas moi
qui aimais déjà

Laura TIRANDAZ

***

Deux poèmes parus dans le dernier numéro de Traction-Brabant

J’ai eu la bonne surprise de voir publiés quatre de mes poèmes dans le dernier numéro (n°70, automne 2016) de la revue Traction-Brabant, dirigée par Patrice Maltaverne, aussi je vous en livre deux aujourd’hui.
Je reparlerai de cette revue, où figurent d’autres poètes dont j’aimerais reproduire des poèmes.

Routines

La lune
– sa matière grasse fondue
sur les croissants ordinaires.

L’azur pur et dur
tranche
sur la fatigue

Les passants
marchent à la vitesse
d’un Giacometti

Nous vendons nos vies
par petits bouts
à des pingres pinailleurs

Nous trouvons refuge
sur des voies de garage

Engorgements
d’impatiences lymphatiques
à la station debout

Les jeunes filles à la Balthus
finissent par se caser
avec des hommes à la Bacon.

***

Altérations

Cet homme n’écrit pas ses poèmes avec des mots : il les compose avec des couleurs mentales. Puis, devant chaque couleur, il dispose des dièses et des bémols. Il ne doute pas que chaque poète écrive la poésie de cette façon.

Cette femme n’écrit ses poèmes ni avec des mots ni avec des bémols : elle laisse infuser un paysage dans sa tristesse puis elle l’égoutte doucement sur sa table de chevet. Elle souffle ensuite sur cette poudre grise et le poème apparaît. Elle croit être la seule à écrire la poésie de cette façon.

Marie-Anne Bruch

Deux poèmes de François Montmaneix

J’ai trouvé ces deux poèmes dans le numéro 120 de la revue Friches, qui date de l’hiver 2015.
Ce numéro consacrait justement tout un dossier au poète François Montmaneix (né en 1938), avec une interview et un grand choix de poèmes, à l’occasion de la publication de ses oeuvres complètes.

JULES ET JIM

Un soir en juin dans ma vingtième année
j’étais assis au pied d’un chêne
parmi l’herbe à pas lents souplement
allait une jeune fille en cheveux
elle accompagnait deux petits garçons
qui couraient l’appelaient à grands cris
d’une voix de stentors en socquettes
elle cueillait des fleurs sauvages
je n’ai rien oublié de ses gestes
quelles étaient donc ces fleurs-là ?
Longtemps après je ne sais pas leur nom
mais je me souviens d’un prénom
vers qui couraient deux bambins aux voix d’hommes
Que sont-ils devenus aujourd’hui
et vers qui courent-ils s’assurer
que le secret de l’univers
est toujours aussi bien gardé ?

(« les mains les oiseaux », Jours de nuit)

***

La nuit me prête un peu de son immensité
je lui cède en échange quelques uns
des maux de tête acérés
qui de leurs dents et de leurs griffes
arment un rongeur invisible
au cœur de cet arbre le mien
habité par des vertiges
sans qui j’ignorerais où je suis
je les regarde s’en aller
va-t-il me manquer quelque chose ?
Suis-je amputé de la douleur
qui offrait un refuge aux idées
faites pour n’être pas conçues ?
Je vais m’enchaîner au vent par la tête
et je m’écoulerai avec lui
lié sans défense au temps sans souffrance
à la fin j’apprendrai – je le sais –
que pour apercevoir la bête
à qui je dois de connaître ma vie
il me faudra demain abattre l’arbre.

(« Peintures noires », XVII, L’abîme horizontal)

***