Haikus des quatre Saisons

Vous aurez peut-être remarqué, pour ceux qui me suivent régulièrement, que j’écris des haikus depuis le début de l’année 2015.
J’ai d’ailleurs eu le plaisir de partager ici certains d’entre eux, au gré des saisons et des changements de temps.

Je choisis donc ce dimanche un peu maussade et automnal pour vous annoncer la parution chez l’éditeur Encres Vives de mon recueil Haïkus des Quatre Saisons, où vous retrouverez quelques tercets publiés au fil des mois, ainsi que beaucoup d’autres inédits, mais dans le même esprit.
La postface a été écrite par le poète Denis Hamel.

Si vous désirez en savoir plus vous pourrez lire un article du revuiste et poète Patrice Maltaverne sur son blog Poésie Chronique Ta Malle dont voici le lien : Chronique Poétique de P.Maltaverne – page sur laquelle vous trouverez aussi quelques extraits.

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Quelques uns de mes derniers haïkus

Puisque la rentrée approche et que le temps semble vouloir se mettre à la morosité, je vous propose quelques haïkus écrits pendant l’été, pour prolonger un peu les beaux jours et le farniente !

***
La petite fille
pointe du doigt
l’éphémère

***

Papillon frôlé
– poudre d’argent
au bout du doigt.

***

Face à face
avec la rose
qui me tient tête.

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Tournesols coupés
ne suivent plus le soleil
– torticolis.

***

Aires de repos
où les aoûtiens croisent
les aoûtats.

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Ecraser
un moustique repu
– coup de sang.

***

Derrière un portail
aboiements plaintifs
– dénonçant l’absence.

***

En sandales
entre les flaques
– glissades d’été.

***

Pigeons de Paris
marcheurs tranquilles – passants
parmi les passants.

***

Vertus du miel
– les abeilles n’ont pas
mal à la gorge.

Quelques poèmes de Patrice Dimpre


L’heure de la rentrée a sonné pour La Bouche à Oreilles et c’est avec plaisir que je vous retrouverai à un rythme plus régulier et sans doute plus serré.
J’ai retrouvé ce matin dans une pile de livres pourtant déjà lus le numéro 68 de la revue Diérèse, datant de l’été-automne 2016, et j’ai découvert avec ravissement les poèmes de Patrice Dimpre dont l’univers original et décalé m’a tout de suite transportée et donné envie d’en partager quelques parcelles sur ce blog.
Voici donc une petite sélection qui j’espère vous plaira :

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L’autoportrait de nuit, avec un phare dans la figure, ce pourrait être un accident.
C’est une oeuvre.
Pas une oeuvre exposée, une oeuvre explosée.
Je tiens à perdre la face sous mon vrai visage.

***

J’ai passé mon enfance dans une armoire.
Persuadé que mon visage au bout d’un moment ne manquerait pas de prendre une belle couleur grise.
En vain.
Alors je vous demande :
– Avez-vous plus sombre ?

***

Les cris n’ont pas seulement une valeur esthétique.
Ils permettent aussi de savoir à qui l’on a affaire.
Seul le cri de l’homme donne du fil à retordre au spécialiste.
Et pourtant il s’y connaît en cris.
Il en pousse lui-même de lamentables à l’occasion.

***

C’est la fameuse Ronde de Nuit.
La petite fille a pris toute la lumière.
Il n’en reste plus pour les autres.
Fâchés, les autres.
De mauvaise humeur, les autres.
Ils noircissent le tableau.

***

Moi, j’aurais bien aimé, mine de rien, que le combat, faute de combattants, cessât.
Dans l’autre camp, en revanche, ils ne l’entendaient pas de cette oreille.
Ils ont continué à me battre froid.
Et moi aussi, forcément, quelque inférieur en nombre que je fusse.

***

La phrase, qui était morte, et bien morte, je peux en témoigner, c’est une des miennes.
Voici que, soudainement, elle ressuscite.
Dans la bouche d’un autre, bon.
Mais je le félicite.
On n’a pas le droit de se montrer frileux, devant le miracle.

***

Vous retrouverez de nombreux autres petits poèmes de Patrice Dimpre dans ce numéro 68 de Diérèse.

Deux poèmes de Zéno Bianu


J’espère que vous passez tous de bonnes vacances – voici deux poèmes de Zéno Bianu, poète français né en 1950, que vous pourrez retrouver dans « Infiniment proche » suivi de « Le désespoir n’existe pas », un livre paru chez Poésie-Gallimard.

***

La nuit ouvre ses yeux en nous.
Rien ne retient plus le regard.
On fait corps avec le cœur.
L’onde est porteuse.
Juste à l’angle du temps.
La survie peut être célébrée.
On puise, mais avec une telle précision.

***

Je commencerai par être
un sourire
blessé
une fêlure
centrale
un tressaillement
une souveraineté
fluide
tendue
la part donnée
offerte
au vide
une salve
dans l’imprévisible
je commencerai par être
avec la peau des dents

Quelques uns de mes derniers haikus


J’espère que vous prendrez plaisir à lire ces quelques tercets de saison.

***

Le petit merle
semble me soupçonner
de quelque noirceur.

***

Pendant le film
pour deviner tes émotions
besoin de sous-titres.

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A regarder
trop longtemps la télé
– risque d’implosion.

***

La dame très chic
en tailleur bleu vert
et varices assorties.

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Les cerises du voisin
sont mûres
– moi aussi.

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Le chat assis
tel un petit sphinx
– semble savoir l’énigme.

***

Retour de promenade
– la marque des clés
dans ma paume.
***

La forêt
tient le crépuscule
à bout de bras.

**

Pourquoi dit-on
que le silence est profond ?
Il est parfois très plat.

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Quelques haikus de Cécile Boisson

C’est dans le recueil Haikus du jardin de Cécile Boisson, paru chez Encres Vives en 2012, que j’ai trouvé ces quelques poèmes.
Des haïkus d’une grande légèreté, que j’ai énormément appréciés, et dont l’humour très fin et la douce sérénité m’ont séduite.

***

Ce soir j’ai du monde à manger
à manger ?
et me voilà ogresse

**

Pour un bout de pain
jeté aux herbes
il s’envole, le chat

**

Meilleure encore
picorée
la cerise

**

Au ciel tout rose
le merle pose
une question sans fin

**

Le chat guette
cette grosse bête
La pluie

**

Tubéreuse
j’aime
ton nom de nuit

**

Mes ciseaux brillent
rosier
ferme tes yeux !

**

Sans bruit la lune
la lune sans bruit
donne du lait aux fleurs

***

Quelques uns de mes derniers haikus

C’est devenu une tradition pour moi de publier mes haikus sur ce blog, donc je m’y recolle une nouvelle fois.
Cette fois-ci, la période électorale m’a inspiré quelques vers, de même, plus banalement, que la nature lors de mes promenades …

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Le bruit de la pluie
nous met martel en tête
– eau à percussions.

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A l’abri des pluies
sous les bras du platane
– les iris bleus.

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Grisaille d’avril
– le long des rues, le chant triste
des tourterelles.

***

Devenir plus vieille
un jour d’avril pluvieux
– caprices du temps.

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Têtes d’affiches
dents noircies et petits cœurs
– sourire électoral.

***

Affiche sauvage
dents noircies, œil au chewing-gum
– gauche caviardée.
***

La plante d’intérieur
s’incline vers la fenêtre
– désir d’évasion.

***
Se tenir aux murs
rebondir à cloche pied
– danse des chaussettes.

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Quelques uns de mes derniers haikus

Pourquoi ces fleurs
nommées pissenlits ? Chercher
des raisons bizarres.

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Arbres et belles verdures
font peur à certains
– pollens de printemps.

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Un pigeon tout gonflé
court derrière une pigeonne
au cœur de pierre.

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Le magnolia nu
toutes ses fleurs à ses pieds
– effeuillage d’avril.

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Petits cliquetis
sur les touches du piano,
les ongles trop longs.

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Quelle différence
entre le zéphyr et la brise ?
L’arbre s’en balance.

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Rien qu’à penser
au pèse-personne
sentir comme un poids.

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Au mépris du printemps
Elles jonchent le sous-bois
les feuilles d’automne.

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Harcèlement de rue :
se faire siffler par
un petit oiseau.
***

J’espère que ces quelques haikus printaniers vous auront plu, n’hésitez pas à me laisser vos appréciations !

L’écriture la vie, de Valérie Canat de Chizy

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L’écriture la vie est un recueil de poèmes de Valérie Canat de Chizy, qui vient de paraître aujourd’hui même (20 mars 2017) chez les éditions Le petit rameur, avec une préface de Sanda Voïca et une illustration de Sophie Brassart, suivies d’une postface de Mireille Disdero.

L’écriture la vie évoque la difficulté d’être, le désespoir, paradoxal alors que tout resplendit, le cœur étant partagé entre le monde extérieur qui se révèle « barré, figé’ et l’univers du poème qui, lui aussi, a des barreaux qui blessent. Pourtant, la vie est joyeuse mais elle laisse un manque, que seule l’écriture peut combler.
Ambivalence du monde, ambivalence du cœur autant capable  de chanter que de crier.

J’ai choisi trois poèmes dans ce recueil :

**

lorsque j’interroge
on me tend un miroir
me disant
que tout va bien
assis quatre autour
d’une table au soleil
autour d’une conversation
saisie par bribes
dont le contenu m’exile.

**

le froid dehors
les lumières de la ville
je tourne mon regard
vers l’intérieur
dans la chaleur du foyer
où le chat dort.

**

être à l’écoute de l’oiseau
assis sur l’échelle du cœur
mais c’est si dur parfois
juste regarder le pommier
et ses nuances d’or
le lierre rouge et ses méandres
le long du mur de la maison
aux volets bleus
mais mon cœur crie.

**

Valérie Canat de Chizy

 

 

 

 

Quelques uns de mes derniers haikus

C’est devenu une habitude de vous livrer ici quelques haikus, et j’espère que vous y prenez intérêt.
Voici donc quelques uns des derniers, sur des thématiques automnales : comme vous le constaterez j’ai fait quelques promenades dans les bois.
N’hésitez pas à me faire part de vos impressions et préférences.

***
Bousculé par
le vent, l’arbre jaune laisse
tomber quelques feuilles.

***
En fait de cueillette,
ne trouver que des marrons
et des mûres rouges.

***
Un jeune homme avec
un détecteur de métaux
dans la forêt d’or.
***

C’est le jour des morts
que les corbillards redeviennent
citrouilles.

***
Toutes les châtaignes
ont les piquants en désordre
et les bogues nues.

***
ne pas trop savoir
s’il faut commencer la journée
ou se recoucher

***

Les feuilles qui tombent,
plutôt que mortes, ont l’air
de belles alanguies.

***
Marcher dans les feuilles
mortes, dans un léger bruit
de chiffons froissés.

***
Ne plus voir que les
scintillements du goudron
– Soleil dans les yeux
***