Quelques poèmes sur les Chats

le_chat_en_60 J’ai trouvé ces poèmes dans la très jolie petite anthologie publiée chez Pocket Le chat en 60 poèmes, livre publié cette année 2013.

 

La Lune

Dans la nuit qu’elle argente avec son regard blanc,
Faisant hurler les chiens et chanter les poètes,
La lune pend, légère, ainsi qu’un cerf-volant.

Au milieu des tuyaux longs et des girouettes
Qui dentellent les toit blancs de leur profil noir,
Chagrine, elle poursuit les chattes inquiètes,

En guettant les matous lascifs qui vont s’asseoir
Au bord de la gouttière, elle monte la garde
Devant ces diamants, les étoiles du soir.

Voici l’astre aux blancheurs métalliques qui farde
De craie, au fond du ciel, son masque glacial,
La lune pâle et ronde, attirante et blafarde,

Comme un suave écu de cent sous idéal.

Louis Denise, Les poèmes du Chat Noir, 1881-1886

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Chats de partout

Je suis le chat de cimetière,
De terrain vague et de gouttière,
De Haute-Egypte et du ruisseau
Je suis venu de saut en saut.

Je suis le chat qui se prélasse
A l’instant où le soleil passe,
Dans vos jardins et dans vos cours
Sans avoir patte de velours.

Je suis le chat de l’infortune,
Le trublion du clair de lune
Qui vous réveille dans la nuit
Au beau milieu de vos ennuis.

Je suis le chat des maléfices
Condamné par le Saint-Office ;
J’évoque la superstition
Qui cause vos malédictions.

Je suis le chat qui déambule
Dans vos couloirs de vestibules,
Et qui fait ses petits besoins
Sous la porte cochère du coin.

Je suis le félin bas de gamme,
La bonne action des vieilles dames
Qui me prodiguent le ron-ron
Sans souci du qu’en dira-t-on.

Epargnez-moi par vos prières
Le châtiment de la fourrière
Où finissent vos émigrés
Sans demeure et sans pedigree.

Henri Monnier, Les chansons du Chat Noir, 1881-1886

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Le Chat

Le mien ne mange pas les souris ; il n’aime pas ça.
Il n’en attrape une que pour jouer avec. Quand il a bien
joué, il lui fait grâce de la vie, et il va rêver ailleurs, l’innocent,
assis dans la boucle de sa queue, la tête bien fermée comme
un poing. Mais à cause de ses griffes, la souris est morte.

Jules Renard, Histoires Naturelles, 1896

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Entrechat

Longue oreille, des crocs intacts, des vrais ivoires,
Le corps svelte quoique râblu,
Son beau pelage court et gris à barres noires
Lui faisant un maillot velu ;

Des yeux émeraudés, vieil or, mouillant leur flamme
Qui, doux énigmatiquement,
Donnent à son minois le mièvre et le charmant,
D’un joli visage de femme.

Avec cela rôdeur des gouttières, très brave,
Fort et subtil, tel est ce chat,
Pratiquant à loisir le bond et l’entrechat,
Au grenier comme dans la cave.

Maurice Rollinat, Les Bêtes, Etude de Chat, 1911

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Kaé ou les deux rivales de Sawako Ariyoshi

ariyoshi_kaeKaé est une jeune fille issue d’une famille de samourais et, en tant que telle, elle reçoit l’éducation solide et austère d’une jeune personne noble. Elle admire depuis son enfance la très belle épouse du médecin de son grand-père, une femme nommée Otsugi, qui est très respectée dans la région et même entourée d’une sorte de légende, mais Kaé n’a que peu souvent l’occasion de voir cette femme. Arrivée à l’âge de vingt-et-un ans, et alors qu’elle n’est pas loin d’avoir dépassé l’âge normal du mariage, Kaé a la surprise d’apprendre qu’Otsugi est venue demander sa main pour son fils Umpei. Le père de Kaé, dans un premier temps, n’accorde aucune importance à cette demande car leur famille est d’un rang bien supérieur à celui de la famille d’Otsugi. Mais Kaé, enchantée à l’idée de devenir la bru d’Otsugi et de vivre sous le même toit qu’elle, parvient à convaincre son père de consentir à cette alliance. Kaé épouse donc Umpei mais par procuration car le jeune homme est retenu à Tokyo où il lui reste à suivre trois ans d’études de médecine. Ce sont donc trois années de bonheur qui s’ouvrent devant Kaé puisqu’elle est bien accueillie dans sa nouvelle famille et que sa belle-mère la considère pratiquement comme sa fille. Mais, au bout de trois ans, Umpei revient et une terrible rivalité naît immédiatement entre Otsugi et Kaé. (…)

Pendant ma lecture, je n’ai pas pu m’empêcher de comparer ce livre avec Les dames de Kimoto, du même auteur, que j’avais lu peu de temps auparavant. Ici encore, c’est la condition féminine qui intéresse Sawako Ariyoshi, mais sa manière de la dépeindre est ici beaucoup plus sombre et laisse peu de place à l’espoir. Les femmes, Kaé comme Otsugi, pour obtenir le respect et la considération, sont obligées de faire preuve non seulement d’abnégation mais elles sont même forcées de sacrifier leur santé et de risquer leur vie. On voit aussi ces vies de femmes conditionnées par la naissance d’un héritier et, à une époque où la mortalité était très élevée, marquées par les deuils. Quant au personnage masculin, Umpei, le mari de Kaé, c’est avant tout un médecin, qui n’hésite pas à se servir de sa femme pour mener à bien ses expériences. Un sentiment de malaise s’empare d’ailleurs du lecteur dans la deuxième moitié du roman et il devient par moments difficile de poursuivre.

A choisir, j’ai quand même préféré Les dames de Kimoto, qui est un roman plus pétillant et où les femmes sont moins malmenées, où la vie est moins dure.

Chanson de la plus haute tour d’Arthur Rimbaud

arthur_rimbaudCe poème fait partie des Vers nouveaux d’Arthur Rimbaud, écrits en 1872, et c’est plus précisément le deuxième poème des Fêtes de la Patience.

 

Chanson de la plus haute tour

Oisive jeunesse
A tout asservie
Par délicatesse
J’ai perdu ma vie.
Ah ! Que le temps vienne
Où les cœurs s’éprennent.

Je me suis dit : laisse,
Et qu’on ne te voie :
Et sans la promesse
De plus hautes joies.
Que rien ne t’arrête
Auguste retraite.

J’ai tant fait patience
Qu’à jamais j’oublie ;
Craintes et souffrances
Aux cieux sont parties.
Et la soif malsaine
Obscurcit mes veines.

Ainsi la Prairie
A l’oubli livrée,
Grandie et fleurie
D’encens et d’ivraies
Au bourdon farouche
De cent sales mouches.

Ah ! Mille veuvages
De la si pauvre âme
Qui n’a que l’image
De la Notre-Dame !
Est-ce que l’on prie
La Vierge Marie ?

Oisive jeunesse
A tout asservie
Par délicatesse
J’ai perdu ma vie.
Ah ! Que le temps vienne
Où les cœurs s’éprennent !

mai 1872

Je t’aime de Paul Eluard

antho_poesie_amoureuseJe t’aime pour toutes les femmes que je n’ai pas connues
Je t’aime pour tous les temps où je n’ai pas vécu
Pour l’odeur du grand large et l’odeur du pain chaud
Pour la neige qui fond pour les premières fleurs
Pour les animaux purs que l’homme n’effraie pas
Je t’aime pour aimer
Je t’aime pour toutes les femmes que je n’aime pas

Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu
Sans toi je ne vois rien qu’une étendue déserte
Entre autrefois et aujourd’hui
Il y a eu toutes ces morts que j’ai franchies sur de la paille
Je n’ai pas pu percer le mur de mon miroir
Il m’a fallu apprendre mot par mot la vie
Comme on oublie

Je t’aime pour ta sagesse qui n’est pas la mienne
Pour la santé
Je t’aime contre tout ce qui n’est qu’illusion
Pour ce cœur immortel que je ne détiens pas
Tu crois être le doute et tu n’es que raison
Tu es le grand soleil qui me monte à la tête
Quand je suis sûr de moi.

 

Ce poème extrêmement célèbre est issu du recueil Derniers poèmes d’amour, Seghers, 1963.

Le confident d’Hélène Grémillon

confident_gremillonOn est en 1975. Camille, trente-cinq ans, vient de perdre sa mère et reçoit chaque jour des lettres de condoléances. Parmi celles-ci, elle en découvre une, non signée, dans laquelle il est question de la jeunesse d’une certaine Annie et d’un certain Louis, vers le début des années 30. Camille, qui ne connaît ni d’Annie ni de Louis, pense qu’il s’agit d’une erreur, mais elle est tout de même ébranlée par la réception de cette lettre et se met à guetter les suivantes. Plusieurs autres lui arrivent effectivement dans les semaines qui suivent, continuant de raconter la vie d’Annie jusqu’en 1940, année où Annie donne naissance à une petite fille et se fait voler cette enfant par une certaine Madame M. qui souffre de stérilité. (…)

Voilà une histoire édifiante de gestation pour autrui ramenée à l’époque de la Seconde Guerre Mondiale. Bien sûr, la mère porteuse voit son instinct maternel se réveiller pendant sa grossesse mais, prise au piège par la méchante femme stérile, elle est contrainte de lui abandonner son enfant. La méchante femme stérile, après l’accouchement, ne pense qu’à détruire la vie de la mère porteuse pour la pousser au suicide et se prémunir ainsi de toute tentative de récupérer l’enfant.
Cette histoire est vraiment lourde, les personnages sont monolithiques, leurs sentiments sont à l’emporte-pièce. On a en plus droit à un petit plaidoyer contre l’avortement et à l’invocation de la fameuse « nature » dont on connaît l’usage qui en est fait à notre époque.
On ne voit pas non plus pourquoi cette histoire se déroule pendant la Seconde Guerre Mondiale – pourquoi ce choix de la part de l’auteur – car Hélène Grémillon ne nous apprend pas grand chose sur cette période.
Je n’ai pas aimé ce roman, même s’il a quelques qualités littéraires intéressantes.

La langue des oiseaux de Gilles de Obaldia

couverture_obaldiaL’homme, une fois sorti de la poussière,
a inventé le plumeau pour ne pas y retourner

 

Traverse

Traverse, s’il le faut, le pays de ta désolation intérieure
En acceptant d’aller voir cette désolation,
Tu t’enrichis et tu peux croître

En repoussant tout ce qui t’est inconfortable,
tu deviens un illusionniste ingénieux
et ta souffrance s’accroît

Enfonce-toi lentement dans la méditation

Bientôt, tu n’auras plus pied,
et tu seras à nouveau cet amoureux de l’intérieur,
captif et capteur, passé au crible des proximités

Mains de songe

Toute blessure demande
de l’attention, des soins

Cette qualité de présence
qui nous fait si souvent défaut
ici est exigée

Je veux bâtir un feu au bord du monde
pour revoir tes yeux,
pour serrer encore tes mains
et rire quand le bois du soleil crépite !

Mains de songe
palpant le visage changeant de l’eau
la beauté vous fait signe
du fond de la nuit

 

La langue des oiseaux avait paru en 2012 aux éditions de la Maison de Poésie.

Et puis, Paulette de Barbara Constantine

et_puis_pauletteQuatrième de Couverture : Ferdinand vit seul dans sa grande ferme vide. Et ça ne le rend pas franchement joyeux. Un jour, après un violent orage, il passe chez sa voisine avec ses petits fils et découvre que son toit est sur le point de s’effondrer. A l’évidence, elle n’a nulle part où aller. Très naturellement, les Lulus (6 et 8 ans) lui suggèrent de l’inviter à la ferme. L’idée le fait sourire. Mais ce n’est pas si simple, certaines choses se font, d’autres pas…
Après une longue nuit de réflexion, il finit tout de même par aller la chercher.
De fil en aiguille, la ferme va se remplir, s’agiter, recommencer à fonctionner. Un ami d’enfance devenu veuf, deux très vieilles dames affolées, des étudiants un peu paumés, un amour naissant, des animaux. Et puis, Paulette …

Voilà un roman qui commence de façon intéressante et accrocheuse, mais dont l’intérêt a du mal à se maintenir au fil des pages. L’histoire finit en effet par être répétitive puisqu’il s’agit seulement d’accumuler un maximum d’habitants dans la ferme de Ferdinand, qui sont conviés les uns après les autres à rejoindre le petit groupe. Mais on ne peut pas vraiment dire qu’il s’agit d’une histoire qui se tient, avec un vrai déroulement. J’ajoute qu’il y a un certain nombre de facilités et de naïvetés, qui donnent le sentiment que l’auteure s’est laissée aller, ou qu’elle s’est trop habituée à écrire pour la jeunesse. Cette cohabitation de plusieurs retraités, partageant peu de points communs, semble se dérouler de façon un peu trop parfaite par rapport à ce qui pourrait vraiment se passer dans la réalité.
Du côté des points positifs, je dirais qu’il y a dans les dialogues et certaines situations un sentiment de naturel, qui est agréable, et que le propos du livre part d’un bon sentiment, puisqu’il s’agit de célébrer la solidarité entre les générations.

Ce livre avait paru en 2012 aux éditions Calmann-Lévy.

Les Dames de Kimoto de Sawako Ariyoshi

dames_de_kimotoA la toute fin du XIXè siècle, Hana, une jeune fille de vingt ans, est élevée par sa grand-mère Toyono, dans le respect des traditions et des superstitions. Toyono cherche à marier sa petite fille avec un bon parti de la région et, heureusement, les demandes en mariage affluent car la jeune fille est riche, belle, et a reçu la meilleure éducation que peut recevoir une jeune fille de bonne famille. Le choix de Toyono s’arrête bientôt sur Matani Keisaku, un jeune homme intelligent et énergique, qui semble promis à un brillant avenir, d’autant plus qu’il est le fils aîné des Matani, c’est-à-dire qu’il héritera de tous les biens de ses parents. Hana, qui n’a pas son mot à dire sur le choix de son futur époux, mais qui est obéissante et respectueuse de sa grand-mère, accepte le sort qui lui est réservé.

Cette chronique familiale, qui va de l’extrême fin du XIXè siècle jusque vers les années soixante, permet de suivre l’évolution des mentalités japonaises – et particulièrement la condition féminine – qui oscille entre respect des traditions et modernité. Dans ce cadre, le personnage de Fumio, la fille aînée de Hana, est très intéressant : adolescente révoltée et éprise de libertés, elle est la seule fille de sa région à faire des études à l’université de Tokyo, elle collabore à une revue féministe et développe des idées nettement socialistes, mais, arrivée à sa troisième année d’université, elle rencontre un jeune homme qui partage ses idées, fait un mariage d’amour, et mène à partir de là une vie de femme au foyer tout à fait banale. Hana, qui a au contraire des idées très conventionnelles, est finalement une femme forte et joue un rôle de chef de famille à égalité avec son mari, dont la vie est plutôt tournée vers la politique.

J’ai eu un grand plaisir à lire ce roman qui nous fait entrer de plain-pied dans la vie quotidienne et l’histoire japonaises. Par ailleurs, les personnages sont tous très bien campés, très vivants, et leur histoire est riche en péripéties et rebondissements : on ne peut que s’intéresser à cette histoire !