Deux de mes derniers Poèmes en Prose

photo de la revue

Ces deux poèmes ont été publiés dans la belle revue annuelle Des Cahiers du Sens, éditée par Le Nouvel Athanor, sous l’égide de Jean-Luc Maxence et Danny-Marc.
Ce nunéro de 2020 marquait le trentième anniversaire de cette revue et abordait le thème du Silence.
J’ai cru comprendre que Le Nouvel Athanor cesserait son activité avec cette parution, ce qui m’attriste un peu, même si je suis contente d’avoir pu partager un petit bout de cette aventure avec eux.

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Le fait accompli

Le temps avance et nous emmène pas toujours avec lui. Restés en arrière, nous le regardons se diriger vers notre fin en nous demandant s’il est vraiment la peine de le rejoindre. Lui ne nous attend pas, son pas se fait au contraire plus pressé, plus sonore. Son pas continue à résonner dans nos têtes comme un glas urgent, jusqu’au bout du voyage. Bientôt, nous ne pourrons plus le rattraper et nos vies auront tout à fait versé dans le fossé de nos incuries et de nos poèmes en queue de poisson.

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Paysage Amoureux

Le soleil ouvre à peine la paupière, les nuages font bande à part et je regarde ailleurs.
Le matin n’est pas encore sorti de mon lit et l’aube démaquille l’horizon sans ménagements.
Ton absence est d’autant plus pesante que ta présence est légère.
Ton silence est lumineux, ta parole éclairante.
Ton amour me porte et me simplifie le monde sans le rétrécir.
Ton amour dénoue les lacets imbriqués de la mélancolie et de l’effroi.
Nul besoin de magie blanche, de sacrifice aux lunes rousses ou d’incantations cryptées, il me suffit de me dédoubler parfois en ton cœur.

MARIE-ANNE BRUCH

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Le Chant des Consonnes (4ème Partie)

Mammouth

Continuons dans notre progression alphabétique et explorons les trois consonnes suivantes.
Je rappelle que ces petits textes sont soumis au droit d’auteur.

*** M ***

Au moment même où murmurent les mômes malmenés, ma momie aux mamelles de minium et à mémoire minimum de mammouth, ami des museums, mime, émue, l’amertume maritime des mamans et marmonne un magma mou.

*** N ***

La none nunuche aux narines naines et le chanoine aux haines inhumaines ne nient ni nos nounous anonymes ni nos nirvanas nocturnes mais ânonnent l’inanité innée de nos années monotones.

*** P ***

A propos de pipeau, le peuple des poulpes, propres pour la plupart, pomponne un poupon pimpant en palpant ses polypes pleins de pus prospère puis épépine sa pulpe aux pampres à peu près purpurins.

Marie-Anne Bruch

Le Chant des Consonnes (3ème Partie)

chouette cheveche

Voici la suite de mes petits textes facétieux qui datent des années 95-97.
Continuons avec les trois consonnes suivantes :

*** Ge et J ***

Georges, l’ange aux jolies joues jaunes, jadis jeune à jamais, jouit à jeun d’une gingivite jugée légère ; les gens agiles en jardinage et en jaugeage des joujoux engorgés l’engagent à agir au jus de jujube joint aux jets de gingembre.

*** CH ***

Cette chochotte, juchant sans chichis un hachis de haschisch sur sa chéchia puis chevauchant une chouette chevêche aux chants chichement chuchotés, cherche un chow-chow à chouchouter à l’archevêché de Cochinchine !

*** L ***

Loin du halo où les lucioles ont lié leur élan lacrymal, les libellules aux ailes en lamelles parallèles, qui pullulent le long des lilas, ont lu le libellé louant l’oubli du linceul au lieu de l’alcool légal : un loup ulule alors, tel l’élu d’un lent hallali.

Marie-Anne BRUCH

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Le Chant des Consonnes (2ème partie)

Le Fifre, de Manet

J’ai publié il y a une petite semaine la première partie et voici maintenant les trois consonnes suivantes, ou plutôt les trois sonorités suivantes :

*** F ***

Le fifre filiforme se faufile, furtif, au fond du fief fortifié et fait fructifier les forfaits fictifs de son frère, le philosophe fanfaron, fou de fanfreluches et de froufrous, afin de fuir le rififi des farfadets farfelus.

*** Gu ***

Dans la gargotte en goguette où gargouillent les gourgandines grégaires, aux gogueneaux déglingués qui glougloutent de guingois, le gros grigou groggy gargarise – ô grog à gogo – ses agrégats de ganglions gangrenés puis glousse, goguenard.

*** GN ***

Le guignon, borgne ou sans vergogne, cogne d’un gnon ignominieux l’agneau gnangnan. « Gnognotte bénigne ! » daignent grogner les duègnes ignares en oignant ses rognons et moignons cagneux d’oignons hargneux ; signe qu’au bagne règnent les teignes.

Marie-Anne BRUCH

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A suivre dans une dizaine de jours !

Le Chant des Consonnes (1ère Partie)

photo de baobab

Pour cet été 2020, où nous avons tous besoin de détente, je vous propose des petits textes ludiques que j’ai écrits dans les années 1995 environ. Ils n’ont pas vraiment la prétention d’être « poétiques » mais j’espère qu’ils vous divertiront et qu’ils pourront fournir éventuellement des petits exercices de diction à des comédiens en herbe ou à tous ceux qui ont parfois la langue emberlificotée.
Je rappelle que ces textes ne sont pas libres de droit : prière de ne pas en faire usage sans citer mon nom.

*** B ***

A bâbord du baobab où un nabab bombe ses babouches et son bulbe à bubons, un babouin barbu imbibe le biberon du bébé de bourbe et barbouille ses babines de bonbons au Bourbon, en balbutiant des bribes barbares.

*** C ***

Qu’un quelconque cancre casqué d’une conque conique concocte un coq aux coquelicots et cactus concassés, il croque une carcasse cocasse, écarquille les quinquets et se requinque, quoiqu’il crie couic et claque sec, ce qui escroque les quincaillers coquins et enquiquine les coquets.

*** D ***

Deux druides dont le duodenum en débandade dodeline du dedans, se dandinent dans des dédales de rhododendrons, et décident un dromadaire au dos redondant à dédier des dindons aux dandys distendus de dédain et des édredons dodus aux dondons dénudées.

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Marie-Anne Bruch

A suivre ! Le reste de l’alphabet dans les prochaines semaines !

Deux poèmes sur le confinement

photo d’un magnolia

Voici deux poèmes de circonstances que j’ai écrits entre hier et aujourd’hui.
L’obligation de rester chez moi a orienté mon écriture dans des directions un peu inhabituelles.
J’espère que ces textes trouveront quelque écho auprès de certains lecteurs puisque, après tout, nous en sommes tous au même point.

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Le monde s’est calfeutré, reclus en ses pénates, et le silence des rues résonne entre nos incertitudes. A l’extérieur, les arbres courbaturés et livrés à eux-mêmes attendent notre retour avec toute leur ancestrale patience – leur pachydermique sagesse. A l’intérieur, nous guettons les premiers indices des quintes fatales et retenons nos souffles jusqu’aux fièvres estivales qui nous délivreront du mal.
Du moins n’aurons-nous pas l’esprit trop confiné : musiques et livres propageront nos libertés jusqu’aux confins des mondes invisibles.

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Le printemps radieux passe à travers les mailles de nos renoncements. Par la fenêtre se déroulent nos espoirs sans personne ; par la fenêtre se promènent nos avenirs incertains. Aurons-nous une dérogation pour nous aimer, toi et moi, dans la nullité de cette ville perdue ? Le cul vissé à nos fauteuils, ce sont nos cœurs à l’amende qui errent et déambulent dans le sur-place d’une angoisse banale.
L’obscurité ne remédie plus à rien : la nuit passe à travers les mailles ô combien lâches de nos cauchemars.

Marie-Anne BRUCH

Textes et Photo sont soumis au droit d’auteur, merci de le respecter.

Deux de mes derniers poèmes en prose

Le premier de ces poèmes est paru dans l’excellente revue Cabaret, numéro 31, une publication dirigée par Alain Crozier et qui est particulièrement favorable aux voix féminines.
Le deuxième poème date de septembre 2019.
Merci de respecter les droits d’auteur de ces textes.

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Paysage Suburbain

Les feuillages murmurent au vent de doux secrets et le chat fronce les sourcils devant l’injustice ambiante.
Entre ton visage et le mien il y a la nudité des sentiments et le fin réseau des regards entremêlés.
Depuis que tu es au centre de mon univers, je ne connais plus ni le froid du manque ni la brûlure du désespoir.
L’arbre en forme de flamme danse dans la tiédeur de l’automne, et renverse les pétales du soleil sur la terre mauve.

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Charabia

Nos paroles ne sont guère que des fanfreluches colmatant mal les brèches et fissures de nos cages à penser, même si je rêve d’atteindre l’os du verbe, la moelle de la langue, à laquelle décidément il faudrait faire rendre gorge, autant dire que l’Impensable n’est plus très loin. Comme nous sommes futiles, nous autres, êtres humains ! Nous aimons enrober la substance active du néant dans l’excipient notoire de la logique binaire. La Raison raisonnante, raisonnable et raisonneuse résonne si douloureusement dans nos cœurs qu’on ne saurait lui donner raison.

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Marie-Anne Bruch

Publication de Trois de mes Poèmes

Je vous signale, chers lecteurs, la publication de trois de mes poèmes récents dans la revue poétique en ligne Le Capital des Mots, animée par le poète et écrivain Eric Dubois.
Ces textes d’automne sont des poèmes en prose aux thématiques diverses et variées.
N’hésitez pas à me laisser vos impressions de lecture en commentaire si cela vous dit.

Voici le lien :
http://www.le-capital-des-mots.fr/2019/12/le-capital-des-mots-marie-anne-bruch.html

Un de mes poèmes : L’Espace restant

Ce poème est paru dans la revue Les Cahiers du Sens, publiée par l’éditeur Le Nouvel Athanor en juin 2019.
Merci d’en respecter le droit d’auteur.

L’Espace Restant

L’automne arrive comme une mise en demeure et la nuit compte sur la chambre noire de nos sommeils pour développer ses négatifs.
La peur nous cerne, nous accule aux mensonges les plus escarpés, réduisant notre espace à quelque échafaudage mal domestiqué.
L’amour amadoue la brutalité des miroirs, l’amour transforme le néant vaste et noir en cathédrales d’espérance.
L’automne arrive comme un coup de semonce et l’aube précipite l’espace de la nuit dans les angles morts de l’éveil.

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La nuit aux senteurs d’animal aux aguets – tantôt proie tantôt chasseresse – la nuit subtilise nos corps pour mieux illuminer nos rêves.
La nuit au front de taureau, aux mille banderilles scintillantes, déploie sa cape aveugle devant nos yeux pour mieux y planter la dague des sommeils sans retours.
Dans mon rêve, à la fois rêveuse et rêvée, contenu et contenant, je me transporte toute entière dans un paysage sans ombre ni soleil.

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MARIE-ANNE BRUCH

Deux de mes derniers poèmes en prose (mai 2019)

Long Feu (20 mai 2019)

Notre monde se détruit peu à peu, sans grand fracas, sans beaucoup de mouvements de foule, par lente érosion des regards et des esprits.
Les monuments séculaires emportent avec eux nos âmes dans le feu de l’actualité mais seules nos désinvoltures restent ininflammables.
On nous a appris à ne pas porter trop longtemps le deuil de nos fragilités, de nos enfances, de nos amours, puis de nos forces, et c’est avec notre paisible acquiescement qu’un jour s’effondreront nos villes sur nos tombes moussues.
On nous a appris à ne tenir à rien et nos cœurs ne valent pas mieux que la sueur de nos fronts, et nos peaux, seraient-elles cuirs durs et dures à cuire, ne valent pas davantage que pétales au vent.

21 mai 2019

Ceux qui croient s’affranchir du bien comme du mal, qui croient vivre au-delà de l’humaine condition, ceux-là confondent la vertu avec leur bon plaisir et jouent avec le mal comme on agite un hochet devant ses propres yeux pour se désennuyer. Ceux qui croient s’affranchir du bien comme du mal errent dans le brouillard de leurs bonnes intentions et vont comme ces aveugles qu’aucune main ne guide, confiants et légers, tout droit vers l’abîme.

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