Des poèmes de Léonard Cohen

cohen J’ai acheté Le livre du désir récemment, par curiosité pour ce musicien que je connais assez mal et dont la poésie des textes est habituellement réputée.
Malgré un ton original je n’ai pas été vraiment convaincue par ce livre, mais je vous livre les quelques poèmes qui m’ont plu.

Douceur du temps

Comme le temps parait doux
quand il est trop tard

et qu’on n’a pas à suivre
des hanches qui ondulent

jusqu’au fond de notre
imagination moribonde

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L’Amour lui-même

La lumière entrait par la fenêtre,
Tout droit venant du soleil là-haut,
Et ainsi dans ma petite chambre
Plongeaient les rayons de l’Amour.

Je vis clairement dans les flots de lumière
La poussière que rarement l’on voit,
Et dont le Sans-Nom peut faire
Un Nom pour quelqu’un comme moi.

Je tâcherai d’en dire un peu plus :
L’amour continuait encore et encore
Jusqu’à trouver une porte ouverte –
Puis l’Amour Lui-même disparut.

Tout affairés dans les rais du soleil
Les grains flottaient et dansaient,
Et dans leur chute j’étais ballotté
En un désordre insensé.

Puis je revins d’où j’étais allé
Ma chambre semblait toujours la même
Mais plus rien ne demeurait
Entre le Sans-Nom et le Nom.

Je tâcherai d’en dire un peu plus encore
L’amour continuait tant et plus
Jusqu’à trouver une porte ouverte –
Puis l’Amour Lui-même disparut.

**

J’ai écrit pour l’amour

J’ai écrit pour l’amour.
Puis j’ai écrit pour l’argent.
Avec quelqu’un comme moi
C’est la même chose.

**

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L’extraordinaire voyage du samourai Hasekura, de Shûsaku Endo

endo_voyage_samourai J’ai lu ce roman car il m’a été prêté par une amie qui connaît mon intérêt pour Shûsaku Endo, dont j’avais déjà chroniqué sur ce blog l’intéressant « Un admirable idiot » et le beau roman « Silence » qui, si mes informations sont exactes, vient d’être adapté au cinéma par Scorsese et devrait sortir en salles en France dans les semaines qui viennent.
Mais l’extraordinaire voyage du samourai Hasekura ressemble bien plus, par ses thématiques, à Silence qu’à Un admirable idiot, dans la mesure où il s’agit également d’un roman historique inspiré par les persécutions japonaises contre les chrétiens au 17è siècle, et donc de la confrontation entre les cultures nippone et occidentale, avec tout ce que cela suppose d’incompréhension et de méfiance mutuelles.

L’histoire : Un samouraï de petite noblesse (il a le rang de brigadier) et ayant perdu une partie de ses terres, vit modestement avec sa femme et ses deux enfants dans son domaine installé dans les marais. Il ressemble beaucoup, par le tempérament et les goûts, aux paysans de ses marais, à la fois tenace, dur à la tâche, et sans grande ambition. Jusqu’au jour où le Conseil des Anciens décide de l’envoyer en mission avec trois autres samouraïs de petite noblesse vers le Mexique, où les émissaires seront guidés par un interprète occidental, le père Velasco, un moine franciscain dont le seul but est de convertir les japonais au christianisme et de se faire nommer par le Pape évêque du Japon. La mission des émissaires japonais consiste à établir des échanges commerciaux avec le Mexique, en échange de l’installation de missions chrétiennes au Japon. Le samouraï Hasekura, peu enthousiaste, est donc contraint de quitter sa famille et ses terres, et d’embarquer sur un grand navire pour un voyage au long cours.

Mon avis : Bien que ce livre soit plein de rebondissements et d’aventures, et que les personnages soient particulièrement bien campés, j’ai eu un peu de mal à rentrer dans l’histoire pendant la première moitié du livre, avec l’impression que les personnages n’étaient pas tellement sympathiques, et je ressentais une certaine indifférence vis-à-vis de toutes ces aventures. Puis, il m’a semblé que le roman gagnait en épaisseur et que les personnages devenaient moins monolithiques et s’humanisaient beaucoup, ce qui a de nouveau enclenché mon intérêt.
Les différences culturelles entre l’Europe et le Japon sont en tout cas très bien expliquées et illustrées par des exemples aussi peu glorieux pour les uns que pour les autres, les japonais étant décrits comme des matérialistes habiles, et les occidentaux comme des prosélytes méprisant les autres cultures, chacun étant prêt à se jouer de l’autre et à l’utiliser à ses propres fins.
On s’aperçoit finalement que le message de ce roman est très humaniste, et même très christique, mais on arrive à cette conclusion après de tortueux détours et de nombreux chemins de traverse, qui rendent cette fin surprenante et assez belle.

Marguerite, de Xavier Giannoli

marguerite J’avais manqué ce film à sa sortie en salles en 2015 – malgré une grande envie de le voir – mais j’ai heureusement pu me rattraper il y a quelques jours en le regardant en DVD. Je pensais déjà qu’il s’agissait d’un bon film, mais j’étais encore en-dessous de la réalité, car j’ai trouvé que c’était un film très passionnant, avec d’énormes qualités.
La trame principale de l’histoire est assez originale, et simple en même temps : une baronne fortunée, Marguerite Dumont, s’adonne avec passion au chant lyrique, et donne de petites représentations privées pour des oeuvres de bienfaisance, mais elle chante horriblement faux et tout son entourage l’entretient dans l’illusion qu’elle est une grande cantatrice. Mais un journaliste et son ami poète avant-gardiste – proche de Dada – s’introduisent un beau jour dans un de ses fameux concerts privés, et viennent perturber la routine et les illusions de Marguerite.
J’ai trouvé que les analyses psychologiques des personnages étaient très intéressantes, celui de Marguerite bien sûr, mais tout autant le personnage du mari qui est tiraillé entre la honte de voir sa femme se donner en spectacle et l’envie de ne pas lui faire de peine, d’autant plus forte qu’il a une maîtresse et que son sentiment de culpabilité le conduit à la lâcheté.
C’est justement un des sujets les plus intéressants du film, de nous faire réfléchir aux raisons pour lesquelles l’entourage de Marguerite lui ment : on croit à certains moments que c’est par gentillesse, par égards pour elle, mais on s’aperçoit que c’est plutôt par lâcheté, par cupidité, voire carrément par cruauté.
Quant à Marguerite, elle est d’une naïveté très touchante, sans doute désespérée par l’attitude de son mari qui ne la comprend pas et qui ne rentre pas dans sa passion pour le chant, mais en même temps, jouant comme une petite fille à la grande diva, se faisant photographier dans des costumes de scène tous plus exotiques les uns que les autres, à la fois très seule et très entourée.
J’ai trouvé qu’il y avait une grande liberté dans ce film, avec une esthétique qui frôle par moments le monstrueux (présence d’un œil géant au début du film, présence de personnages étranges tout le long du film comme des hommes déguisés en nonnes, ou comme la femme à barbe tireuse de cartes qui accompagne le professeur de chant), donnant le sentiment de n’être pas tout à fait dans la réalité, mais dans des espaces surréels.
En tout cas, une chose est sûre : ce film, bien qu’il fasse sourire de temps en temps, est essentiellement un drame, et sa réflexion sur la vérité et la manière dont on peut jouer avec la vérité, est assez philosophique.
Un film qui mérite grandement d’être vu …

Des poèmes d’Octavio Paz

J’ai trouvé ces poèmes dans le recueil Le feu de chaque jour paru chez Poésie/Gallimard.
Octavio Paz est un poète mexicain (1914-1998) qui a obtenu le prix Nobel de littérature en 1990.

octavio_paz_le_feu

Réveil en plein air

Les lèvres et les mains du vent
le cœur de l’eau
un eucalyptus
les nuages qui bivouaquent
la vie qui naît chaque jour
la mort qui naît chaque vie

Je frotte mes paupières :
le ciel marche sur la terre

***

Toucher

Mes mains
ouvrent le rideau de ton être
t’habillent d’une autre nudité
découvrent les corps de ton corps
Mes mains
inventent dans ton corps un autre corps.

***

Intérieur

Pensées en guerre
veulent briser mon front

Par des chemins d’oiseaux
avance l’écriture

La main pense à voix haute
le mot en convie un autre

Sur la feuille où j’écris
vont et viennent les êtres que je vois

Le livre et le cahier
replient les ailes et reposent

On a déjà allumé les lampes
comme un lit l’heure s’ouvre et se ferme

Les bas rouges et le visage clair
vous entrez toi et la nuit

***

Octavio PAZ

Bonne année à tous et quelques haikus !

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Je vous souhaite à tous une très belle année 2017 pleine de paix et de douceur ! Mais aussi de culture et de réussites !

Voici quelques haikus de ma composition – pour célébrer l’hiver et le nouvel an !

Balade hivernale,
ciel couleur de patinoire
et trottoirs glissants.

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Flocons pas plus gros
que des têtes d’épingles
– le froid me pique !

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La nuit va tomber
sur l’épais brouillard d’hiver
– Voiles noirs, voiles blancs.

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Cheminées fumantes
arbres saupoudrés de givre,
blancheurs dans la brume.

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La nuit la plus longue
de l’année, ne pas dormir,
écouter la pluie.

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Mouvement de recul
face à l’hiver qui approche
– Comment y échapper ?

**

En hiver, les arbres
ne meurent pas : ils dorment ;
les oiseaux les veillent.

**

Le jour se lève
sur un ciel couvert : passage
du noir au gris.

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Dans la flaque d’eau
se reflètent les grands arbres
la tête en bas.

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Pour la Saint-Sylvestre
La foret a les cheveux blancs
et de longs bas noirs.

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Noël au jardin :
les escargots font leur
petit réveillon.

Marie-Anne BRUCH