L’Exposition Charles Camoin et Joyeux Noël

Je vous souhaite à tous un très beau et très joyeux Noël !

Pour cette occasion, je vous parlerai d’un sujet qui n’a rien à voir avec la Nativité ni avec la dinde aux marrons, mais j’espère que cela vous plaira quand même.

L’été dernier, en août 2022, j’ai visité la très belle exposition du Musée de Montmartre sur le peintre fauviste Charles Camoin (Marseille, 1879- Paris, 1965), ce qui fut une découverte intéressante car ce peintre n’est pas considéré habituellement comme une figure centrale du Fauvisme, au contraire de Matisse, Derain, Vlaminck, Marquet bien qu’il soit leur ami et qu’il ait souvent travaillé à leurs côtés.

Cette exposition intitulée « Charles Camoin, un fauve en liberté » a eu lieu du 11 mars au 11 septembre 2022 au Musée de Montmartre.
Voici le texte de présentation que l’on pouvait lire sur le site du musée à ce sujet :

Souvent qualifié de fauve méditerranéen, Charles Camoin (1879-1965) s’est inscrit, par ses liens avec Paris et la bohème montmartroise, dans le cercle de l’avant-garde internationale. Affilié au fauvisme, lié à Matisse, Marquet et Manguin, il n’a pour autant jamais renoncé à son indépendance artistique.

L’exposition permet de redécouvrir l’œuvre du peintre en intégrant une centaine de tableaux et dessins, dont certains inédits. Elle approfondit différents épisodes historiques et thématiques de la vie de l’artiste et analyse l’évolution de son langage pictural, fondé sur la sensation colorée.

Compotier de fruits au verre de vin rouge, 1905

Femme à la voilette, 1905

Texte accompagnant la « Femme à la voilette »

Saint-Tropez, été 1905. Camoin, Marquet, Manguin et d’autres travaillent à leur peinture, sous la lumière éclatante du Sud, comme en témoigne la toile de Marquet montrant Camoin peignant La Petite Lina (1905, Musée Cantini, Marseille). Au contact direct de la nature, ils cherchent à rendre leur sensation lumineuse par la couleur, ce qui deviendra la marque des Fauves à l’automne 1905. Camoin se distingue par une manière nuancée, sachant modérer ses sensations face à cette lumière du Midi qu’il connaît si bien, contrairement à ses camarades. (…) (Source : Musée)

Port de Toulon à la barrière, 1904-1905

Port de Cassis, 1904

Autoportrait, 1910
Le Printemps, 1921

Texte de l’étiquette accompagnant « Le Printemps« 

Si Camoin peint régulièrement sur le motif, se déplaçant au volant de sa voiture-atelier Cocotte, l’atelier n’est jamais très loin. Ses toiles demeurent toujours des paysages composés : les formes sont simplifiées et construites à l’aide de la couleur saturée dans des compositions affranchies de leur caractère descriptif tout en gardant un semblant de fidélité à la réalité. Interroger sans relâche ce qu’il voit et perçoit afin de réussir à le transcrire sur la toile : la série et la répétition de motifs deviennent un procédé pour décanter ses sensations, le temps est comme suspendu. (Source : Musée)

L’Exposition Toyen au Musée d’Art Moderne

TOYEN, Mythe de la Lumière, 1946
TOYEN, Nouent, renouent, 1950
TOYEN, Le Paravent, 1966

TOYEN, Le Piège de la Réalité, 1971

L’Exposition Toyen s’est tenue au Musée d’Art Moderne à Paris du 25 mars au 24 juillet 2022.

Voici la présentation de cette expo par le musée :

Présentée successivement à Prague, Hambourg et Paris, cette rétrospective de l’œuvre de Toyen (1902-1980) constitue un événement qui permet de découvrir la trajectoire exceptionnelle d’une artiste majeure du surréalisme qui s’est servie de la peinture pour interroger l’image. Cent-cinquante œuvres (peintures, dessins, collages et livres venant de musées et de collections privées) sont présentées dans un parcours en cinq parties. Celles-ci rendent compte de la façon dont se sont articulés les temps forts d’une quête menée en « écart absolu » de tous les chemins connus.

Présentation de la peintre par le musée :

Née à Prague, Toyen traverse le siècle en étant toujours à la confluence de ce qui se produit de plus agitant pour inventer son propre parcours. Au coeur de l’avant-garde tchèque, elle crée avec Jindrich Styrsky (1899-1942) « l’artificialisme » se réclamant d’une totale identification « du peintre au poète ». À la fin des années 20, ce mouvement est une saisissante préfiguration de « l’abstraction lyrique » des années cinquante. Mais l’intérêt de Toyen pour la question érotique, comme sa détermination d’explorer de nouveaux espaces sensibles, la rapprochent du surréalisme. Ainsi est-elle en 1934 parmi les fondateurs du mouvement surréaliste tchèque. C’est alors qu’elle se lie avec Paul Eluard et André Breton.

Durant la seconde guerre mondiale, elle cache le jeune poète juif Jindrich Heisler (1914-1953), tandis qu’elle réalise d’impressionnants cycles de dessins, afin de saisir l’horreur du temps. En 1948, refusant le totalitarisme qui s’installe en Tchécoslovaquie, elle vient à Paris pour y rejoindre André Breton et le groupe surréaliste. Si elle participe à toutes ses manifestations, elle y occupe une place à part, poursuivant l’exploration de la nuit amoureuse à travers ce qui lie désir et représentation.

Singulière en tout, Toyen n’a cessé de dire qu’elle n’était pas peintre, alors qu’elle est parmi les rares à révéler la profondeur et les subtilités d’une pensée par l’image, dont la portée visionnaire est encore à découvrir.

(Source : Site Internet du Musée d’Art Moderne)

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D’autres Tableaux

TOYEN, Midi, Minuit, 1966, Collage
Ils me frôlent dans le sommeil, 1957
Mélusine

L’Exposition Anselm Kiefer pour Paul Celan

Du 16 décembre 2021 au 11 janvier 2022 s’était déroulée l’exposition du peintre allemand contemporain Anselm Kiefer au Grand Palais Ephémère qui se trouve non pas à côté ou à l’intérieur du Grand Palais, comme son nom le laisserait facilement supposer à un visiteur non vigilant, mais au Champ de Mars, près du Métro La Motte Picquet Grenelle… ce qui prête à confusion et a failli me faire rater l’exposition… mais passons !
C’est en tout cas maintenant, presque un an après sa date de fin, que j’ai choisi de vous en parler car le contexte des Feuilles allemandes s’y prête particulièrement bien et que je n’ai encore jamais parlé de Paul Celan sur ce blogue, ce qui était un oubli à réparer d’urgence !

Anselm Kiefer (né le 8 mars 1945) est un artiste plasticien allemand. Il vit et travaille à Barjac en France et en région parisienne. Depuis les années 1990, il s’inspire souvent de la poésie allemande du 20ème siècle (Paul Celan, Ingeborg Bachman) pour aborder le thème de la seconde guerre mondiale, des camps de concentration et de la barbarie nazie. Ses œuvres sont monumentales et incorporent souvent des matériaux extra-picturaux, comme des branches d’arbres ou d’autres végétaux, divers objets ou outils (ainsi, des haches dans l’un des tableaux de cette exposition), de la suie, des cailloux, et toutes sortes de substances diverses.

« Plus vous restez devant mes tableaux, plus vous découvrez les couleurs. Au premier coup d’œil, on a l’impression que mes tableaux sont gris mais en faisant plus attention, on remarque que je travaille avec la matière qui apporte la couleur. » selon Anselm Kiefer. (Source : Wikipédia)

« La langue de Paul Celan vient de si loin, d’un autre monde auquel nous n’avons pas encore été confrontés, elle nous parvient comme celle d’un extraterrestre. Nous avons du mal à la comprendre. Nous en saisissons ça et là un fragment. Nous nous y accrochons sans jamais pouvoir cerner l’ensemble. J’ai humblement essayé, pendant soixante ans. Désormais, j’écris cette langue sur des toiles, une entreprise à laquelle on s’adonne comme à un rite. » Anselm Kiefer. (Source : Guide de l’exposition)

« Celan ne se contente pas de contempler le néant, il l’a expérimenté, vécu, traversé » disait Anselm Kiefer le 20 juin 2021

Quelques Vues générales de l’exposition

Vue générale du hall d’exposition
Tableaux et avion

Quelques Tableaux

Le dernier Portail (Am letzten Tor), acrylique, huile, gomme-laque et craie sur toile, 8m40 de haut *4m70 de large
Le Dernier Portail (Am Letzten Tor), 2020-21, acrylique, huile, gomme-laque et craie
Beilschwärme – Volées de Cognées – 2020,2021 – Tableau avec des haches
Tableau avec branches d’arbres et poèmes

Les épis de la nuit

Les épis de la nuit
naissent aux cœurs et aux têtes,
et un mot, dans la bouche
des faux,
les incline sur la vie.

Comme eux muets
nous flottons vers le monde :
nos regards
échangés pour être consolés
vont à tâtons
agitent vers nous de sombres signes.

Sans regard
ton œil dans mon œil fait silence
maintenant
je vais
je porte ton cœur à mes lèvres
tu portes le mien à tes lèvres :
ce que nous buvons maintenant
calme la soif des heures ;

Ce que nous sommes
maintenant
Les heures le donnent à boire
au temps.

Est-ce que nous sommes
à son goût ?
Ni bruit ni lumière
ne glisse entre nous, ne répond.

Ô les épis, vous les épis.
Vous les épis de la nuit.

Paul Celan, extrait de « Pavot et mémoire », 1952.

L’Exposition Baselitz au Centre Pompidou

Du 20 octobre 2021 au 7 mars 2022 s’est tenue une rétrospective du peintre allemand Georg Baselitz (né en 1938) au Centre Pompidou et je profite de l’occasion des Feuilles allemandes pour évoquer brièvement la visite que j’ai faite de cette exposition à la fin du mois de janvier.

Résumé subjectif de ma visite :

Je ne connaissais quasiment rien de ce peintre avant ma visite et j’ai été pour le moins surprise et effrayée par les deux premières salles qui nous montrent des visions sanguinolentes et repoussantes par lesquelles le peintre a commencé à se faire connaître dans les années 60 en créant la polémique et en choquant le public. Mais les salles suivantes montrent une évolution très nette de son style, même si l’impact de ses tableaux reste toujours fort et marquant. A partir des années 70, il expose souvent ses œuvres à l’envers (paysages, portraits) afin d’échapper à l’opposition figuratif/abstrait et rester à mi-chemin entre ces deux options. Il utilise pour ses toiles des grands formats. Les deux couleurs que l’on retrouve le plus souvent dans ces tableaux : le noir et le jaune, mais les effets obtenus peuvent être assez variés, de la brutalité à l’expressivité. Dans les années 2000, Baselitz revisite certaines de ses anciennes œuvres et en propose des versions renouvelées, qu’il intitule « Remix », et qui sont comme des variations sur les mêmes thèmes, très intéressantes à mettre en parallèle. En définitive, j’ai apprécié cette exposition qui retrace soixante ans de la carrière de ce peintre important et inclassable. Car c’est toujours plaisant de regarder le cheminement d’un artiste et de suivre son évolution depuis ses débuts, même si certaines phases de son travail peuvent nous rebuter au premier abord.

Filles d’Olmo II, 1981
Filles d’Olmo, Remix, 2008
Usine de béton préparé, 1970








Renverser l’image : Baselitz s’obstine à renouveler la peinture quand les tenants de l’art conceptuel la déclarent morte. A 30 ans, il cherche ainsi le moyen de rompre radicalement avec une représentation fidèle de la réalité. « Pour moi, le problème consistait à ne pas peindre de tableau anecdotique ou descriptif. D’un autre côté, j’ai toujours détesté cet arbitraire nébuleux des théories de la peinture abstraite. Le renversement du motif dans le tableau m’a donné la liberté de me confronter à des problèmes picturaux. » Tout en restant à distance du pop-art et du réalisme capitaliste, il produit ses premiers tableaux aux motifs renversés d’après photographies en 1969. Présentés dès 1970 à Cologne par le marchand et collectionneur Franz Dahlem, ils créent l’événement. Dès lors, l’artiste qui peinait encore à vivre de son art va voir les institutions et certains collectionneurs influents s’intéresser à son travail. (Source : un Panneau de l’exposition)

Wagon-lit au lit en fer, 2019
Tableau 8, 1991

Bilan du « Printemps des Artistes » d’avril à juin 2022

J’étais contente de reconduire « le Printemps des artistes » pour la deuxième année consécutive car ce fut l’occasion de belles découvertes littéraires, musicales, picturales, poétiques, et de toutes sortes d’arts du spectacle (danse, théâtre) ou d’autres arts plastiques (sculpture). Et je m’aperçois que les arts ont inspiré énormément d’écrivains et de poètes, dans une sorte de dialogue esthétique et de correspondances entre les sensations, les perceptions.
Je pense donc rééditer ce défi de lecture en 2023 et si cela vous dit de participer, je serai ravie.

Un grand merci à Claude du blog « livres d’un jour » car elle a participé à ce défi avec un très grand nombre d’articles variés et passionnants, que je récapitule ici :

Le Sonnet des Voyelles de Rimbaud : Couleurs, sons et images réunis par la poésie.
Le Rouge en Poésie : Des poèmes de Desnos et d’Aragon sur la couleur rouge et une citation de Michel Pastoureau sur cette couleur.
Ravel de Jean Echenoz (que j’ai également chroniqué, voir ci-dessous)
Poésie et Arts Plastiques : un article sur les relations entre poésie et arts plastiques, avec en particulier des Calligrammes d’Apollinaire
Baudelaire, la poésie, l’écriture et les arts : Un article sur Baudelaire critique d’art.
La Perruche et la sirène, de Véronique Massenot et Vanessa Hié : Un album graphique inspiré de Matisse.
Sculpture et Peinture en Poésie, de Louis Fontas : Poème.
A une tulipe, de François Coppée : Poème où il est question de peinture hollandaise et de Velasquez
La danse de nuit, de Marceline Desbordes-Valmore : Poème sur la danse
A Mains nues de Leïla Slimani et Clément Oubrerie : Bande Dessinée.
La Symphonie des Couleurs, de Ludivine Degryse – Poème rimé sur les couleurs
En Apesanteur de Karine Langlois, Roman sur les arts du spectacle (cabaret, chant)
Musique sur l’eau, d’Albert Samain, Poème symboliste sur la musique

Un grand merci à Patrice et Eva du blog « Et si on bouquinait un peu » qui ont chacun contribué à ce défi avec d’excellents et intéressants articles, que je vous invite également à lire :

Le Roman de Monsieur de Molière, de Mikhaïl Boulgakov : Biographie romancée de Molière, par le célèbre écrivain russe. Une chronique de Patrice.
Le Dernier Mouvement, de Robert Seethaler : Court roman autrichien sur la vie de Gustav Mahler. Une chronique d’Eva.
Richard W. de Vincent Borel : Biographie romancée de Richard Wagner. Chronique de Patrice.
Zsolt Harsanyi – La Vie de Liszt est un roman : Biographie de Liszt par un auteur hongrois du 20ème siècle, Coup de Coeur de Patrice.
La Contrebasse de Patrick Süskind : Livre dont le héros est un musicien d’orchestre amoureux d’une soprano et où il est beaucoup question de musique, d’instruments, de compositeurs classiques,… Chronique d’Eva.

Un grand merci à Nathalie du blog « Madame lit » qui a participé également, avec trois articles très alléchants, qui donnent envie de découvrir ces auteurs :

Les Ombres blanches de Dominique Fortier : Roman biographique sur la célèbre poète américaine Emily Dickinson.
A une amie dont l’œuvre est infertile, Poème de Yeats.
Le Temps qui m’a manqué de Gabrielle Roy : Autobiographie d’une grande écrivaine québécoise du 20ème siècle.

Un très grand merci également à Fabienne du blog « LivrEscapades » qui a participé avec le célèbre roman biographique sur Vermeer de Delft :

Tracy Chevalier : La Jeune Fille à la Perle. Sur le fameux peintre hollandais du 17è siècle et la jeune servante qui fut son modèle.

Et voici enfin un petit récapitulatif de mes articles :

Le Poirier sauvage de Nuri Bilge Ceylan : Film ayant pour héros un jeune écrivain turc, en quête de reconnaissance.
Un Poème de François de Cornière sur la chanteuse Amy Winehouse
Ravel de Jean Echenoz : Biographie romancée du compositeur Maurice Ravel.
Les Jardins statuaires de Jacques Abeille : Roman fantastique autour du thème des statues et de la sculpture au sens large.
Rien n’est noir de Claire Berest : Roman biographique sur Frida Kahlo.
Des Poèmes de Jean-Claude Tardif sur la couleur noire
Des Poèmes de Cees Nooteboom sur des tableaux expressionnistes de Paula Modersohn-Becker.
Joseph Karma de Denis Hamel : roman d’autofiction sur un poète contemporain.
Des Poèmes de Silvaine Arabo sur le peintre Nicolas de Staël
Martin Eden de Jack London, roman sur un jeune écrivain et ses débuts difficiles
Les Illusions Perdues de Balzac : roman sur l’ascension sociale d’un jeune écrivain ambitieux dans le Paris du 19ème siècle.
Des Poèmes de Françoise Ascal sur le peintre Matthias Grünewald – poésie contemporaine
Des Poèmes d’Albertine Benedetto sur des musiques de Reynaldo Hahn et de Rameau – poésie contemporaine
Les Illusions Perdues de Xavier Giannoli – Adaptation cinématographique de Balzac (cf. ci-dessus).
Des Poèmes de Marie-Claire Bancquart sur Matthias Grünewald et sur Manet – poésie contemporaine
Mort à Venise de Thomas Mann : Court roman sur la déchéance et la mort d’un écrivain.
Maîtres Anciens de Thomas Bernhard : Roman qui se déroule dans un musée et qui parle d’art et du milieu artistique.
Le Hibou et la baleine de Patricia Plattner – Film sur l’écrivain-voyageur Nicolas Bouvier (interview)

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Si jamais j’ai oublié de noter une de vos participations à ce défi, n’hésitez pas à me le signaler, je corrigerai !




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Des Poèmes de Jean-Claude Tardif sur la couleur noire

Couverture chez Editinter

Ces Poèmes sur la couleur noire sont extraits du beau recueil « Noir suivi de Métamorphose du corps noir » publié chez éditinter poésie en décembre 2019.
Les textes sont accompagnés par des peintures de Jean-Michel Marchetti, dans des nuances de noirs plus ou moins mats ou intenses.

Note sur le poète

Jean-Claude Tardif naît à Rennes en 1963, dans une famille ouvrière.
Polygraphe, certains de ses textes ont été traduits en allemand, espagnol, italien, portugais…
Il a publié dans de nombreuses revues tant hexagonales qu’étrangères et est présent dans plusieurs anthologies consacrées à la poésie contemporaine.
Revuiste, il créa la revue Le Nouveau Marronnier (1985-1991).
Il dirige depuis 1999 la revue A l’Index. Parallèlement, il a animé de 1997 à 2013 les rencontres-lectures « Le Livre à dire » où il a reçu des écrivains et des artistes d’aujourd’hui, tant français qu’étrangers.

**.

Page 12

Noir

Facile à épeler
à prononcer

pour tout dire
monosyllabique

pourtant
que de profondeur

**

Page 31

Un corps noir ;

substrat de lumière
ou agrégat d’obscurité

Les planètes
tournent autour de la question

l’œil parfois
s’y perd

**

Page 44

La nuit
le corps est-il
plus loin que lui-même

est-il ailleurs

en périphérie
des rêves qui l’habitent

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J’ai lu ce recueil dans le cadre de mon « Printemps des artistes » de 2022, puisque ces poèmes évoquent une couleur et s’enrichissent de peintures.

Rien n’est noir de Claire Berest

Couverture du livre

Dans le cadre de mon Printemps des artistes 2022, j’ai eu envie de lire une biographie de Frida Kahlo et comme j’avais vu passer sur d’autres blogues ce livre récent sur la grande et célèbre peintre mexicaine, j’ai décidé de le lire… et ça n’a pas été une partie de plaisir.
J’ai failli abandonner plusieurs fois cette lecture en cours de route mais je me suis quand même accrochée jusqu’à la dernière page, la dernière ligne et la dernière lettre du dernier mot, dans le but d’écrire cet article en toute connaissance de cause.

Note pratique sur le livre :

Editeur d’origine : Stock (puis Livre de Poche)
Date de publication : septembre 2020
Nombre de pages : 232

Note sur Claire Berest :

Née en 1982, elle est diplômée d’un IUFM. Elle enseigne quelques temps en ZEP avant de démissionner. Elle publie son premier roman, Mikado, en 2011 chez Léo Scheer. Avec sa sœur Anne Berest, elle co-écrit en 2017 Gabrièle, en hommage à leur arrière-grand-mère Gabrielle Buffet-Picabia.

Quatrième de couverture :

 » A force de vouloir m’abriter en toi, j’ai perdu de vue que c’était toi, l’orage. Que c’est de toi que j’aurais dû vouloir m’abriter.
Mais qui a envie de vivre abrité des orages ? »

Frida parle haut et fort, avec son corps fracassé par un accident de bus et ses manières excessives d’inviter la muerte et la vida dans chacun de ses gestes. Elle jure comme un charretier, boit des trempées de tequila. Elle aime participer à des manifestations politiques, se mettre des fleurs dans les cheveux, parler de sexe crûment et se rendre dans des fêtes à réveiller les squelettes. Et elle peint. Par-dessus tout, Frida aime Diego, le peintre le plus célèbre du Mexique, son crapaud insatiable, fatal séducteur, qui couvre les murs de fresques gigantesques.

Mon avis :

J’avais vu il y a une dizaine d’années le biopic de Julie Taymor « Frida » (2002), un film convenable mais assez superficiel, sur Frida Kahlo (avec Salma Hayek dans le rôle titre) et je pensais que la lecture de cette biographie romancée permettrait de creuser davantage la vie, l’œuvre et la personnalité de Frida Kahlo, selon la croyance naïve que l’écriture littéraire est capable de dire des choses bien plus profondes, complexes et subtiles que les images et dialogues d’un film américain grand public. En fait, je me suis trompée car ce roman biographique est encore plus superficiel et donne une vision encore plus édulcorée de Frida Kahlo, où sa bisexualité est à peine mentionnée du bout des lèvres et ses convictions communistes réduites à un vague halo atmosphérique, sans doute pour ne pas trop effaroucher les lectrices de Elle (qui lui ont gentiment décerné leur « Grand prix », ce qui aurait dû me mettre en garde ! Je n’ai rien contre ces dames mais il existe un certain fossé entre les magazines féminins et la littérature, me semble-t-il.)
Je dirais de ce livre que ce n’est pas de la vraie littérature, que le style est clinquant, factice et tape-à-l’œil, que le sens de la psychologie est expédié à l’emporte-pièce et complètement boursoufflé (une mention spéciale pour l’éléphantesque Diego Rivera, dont le portrait m’a fait rire à maintes reprises). Visiblement, ce qui intéresse Claire Berest par-dessus tout est la vie conjugale de Frida Kahlo et les nombreuses infidélités de son mari, ce dont je me fous quant à moi comme de ma première chemise, surtout quand on sait que Frida Kahlo n’était pas fidèle non plus et que, finalement, si Diego et Frida sont célèbres c’est pour des œuvres plus intéressantes, plus durables et plus créatives que leurs scènes de ménage.
Ce livre ne va pas beaucoup plus loin que du journalisme people : il s’appesantit vulgairement sur les éléments les plus sensationnels et les clichés les plus ennuyeux et il laisse de côté les questions essentielles de la création picturale, de l’amour entre deux artistes, de l’idéal politique dans un contexte historique particulier.
Pour résumer, je dirais que ce roman n’a pas grand intérêt et que la personnalité, l’œuvre et le parcours de Frida Kahlo méritaient certainement beaucoup mieux !

Voici un des très rares extraits que j’ai apprécié – parce qu’il parle de peinture !

Un Extrait page 172

Quand elle peint son visage encore et encore et encore, c’est parce que ce paradoxe l’obsède : elle regarde dans le miroir ce visage qu’elle n’a jamais vraiment vu, puisque c’est lui-même qu’elle promène partout pour voir. Est-elle la seule à souffrir de ne pas voir directement son propre visage, et de savoir qu’il en sera toujours ainsi ? De n’en connaître que le reflet, c’est-à-dire l’image ? Frida est fascinée par le décalage qui s’opère entre la première fois que l’on voit quelqu’un et la perception que l’on en a quand il nous est devenu familier. L’écart est fantastique. Jamais on ne verra à nouveau cette personne comme la première fois, c’est terminé, c’est évanoui. Dessiner un visage, c’est dessiner du temps passé. Elle aimerait pouvoir peindre Diego comme la première fois qu’elle le vit. Pour garder cela, l’impossible instant présent. Les gens la prennent parfois un peu pour une idiote, ou une inculte. Ca lui va très bien. Elle a probablement lu plus de livres que la plupart de ces moqueurs, mais elle n’en a pas besoin pour peindre, ils ne lui sont d’aucun secours lorsqu’elle saisit un pinceau dans le gobelet en émail et part à l’assaut d’un nouveau visage. (…)

**

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Des Poèmes de Silvaine Arabo sur Nicolas de Staël

Nu-Jeanne de Nicolas de Staël

Ces poèmes sont extraits du recueil Kolia paru chez Encres Vives en 2015, dans la collection Encres Blanches n°626.
Kolia est le diminutif en langue russe du prénom Nicolas (car Nicolas de Staël était d’origine russe, exilé en France à la suite de la Révolution bolchévique).

Note sur la Poète :

Silvaine Arabo fut professeur de Lettres et chef d’établissement. Elle est l’auteur à ce jour (en 2015) d’une trentaine de recueils de poèmes et d’aphorismes parus chez divers éditeurs ainsi que de deux essais.
Elle a été publiée dans de nombreuses anthologies et revues françaises et étrangères.
Silvaine Arabo a créé en 2001 la revue « de poésie, d’art et de réflexion » Saraswati ainsi que plusieurs sites sur Internet dont l’un est dévolu à la cause animale.
Plasticienne, elle a exposé à Paris, en province et à l’étranger (Chine et Japon) et a remporté plusieurs prix pour ses travaux (Orangerie du Sénat : expo d’huiles sur toiles ; Japon : trois prix d’honneur pour ses encres). Elle illustre de ses dessins, toiles ou encres les recueils des poètes qui lui en font la demande.

Extrait de la note de l’auteure (en préface du recueil)

A travers ces quelques textes poétiques, j’ai tenté de suggérer la vie et l’œuvre du peintre Nicolas de Staël. J’ai préféré la méthode « impressionniste », à petites touches, avec jeux sur le temps, confrontation des dates, des situations…
En 2015, cela fera exactement soixante ans que le peintre s’est donné la mort en sautant dans le vide, du haut de son immeuble d’Antibes. (…)

**

Citation

Comme l’écrit Jacqueline Saint-Jean à propos de ce recueil, « Silvaine Arabo invente ici un genre nouveau, une biographie poétique, en résonnance avec la vie fulgurante de Nicolas de Staël. (…) Rien de chronologique ici, car le ressenti ne l’est jamais. »

J’ai choisi cinq poèmes dans ce recueil

Page 3

Travailler la frontière
entre visible
et invisible
et aussi entre
abstrait et figuratif
Inventer un langage nouveau
Travailler !

*

Page 6

Tu maçonnes
une cathédrale
dira plus tard ta fille
et puis c’est l’éthéré – ou presque –
avant l’éclatement des couleurs
des footballeurs
du Parc des Princes

*

Page 6

Nu-Jeanne :
comme si le corps
ne pouvait se dégager
de la lumière.
Deux qui font bloc
juste pour suggérer
l’intensité d’un feu blanc

*

Ciel à Honfleur de Nicolas de Staël

Page 10

Ciel à Honfleur
mer et ciel en camaïeu gris-bleu
se touchent se confondent
Au premier plan
comme une neige
avant le noir absolu
de quelle secrète angoisse ?

*

Page 14

Staël, orphelin d’enfance
de pays,
de père, de mère,
de femme
– O Jeannine disparue –
Peindre peindre encore
et puis mourir !

*

Le Parc des Princes de Nicolas de Staël, 1952

Maîtres Anciens de Thomas Bernhard

Couverture chez Folio

Vous aurez remarqué que j’aime bien les romans de Thomas Bernhard, puisque j’ai déjà présenté sur ce blog un certain nombre d’entre eux : Des arbres à abattre, Le Naufragé, Oui, qui sont tous très passionnants.
Dans le cadre de mon Printemps des artistes d’avril 2022, j’ai donc lu Maîtres anciens, qui, comme l’indique son titre, parle, entre autres, de peinture ancienne ; son intrigue se déroule en effet entièrement dans un musée.

Maîtres anciens sous-titré Comédie (titre original : Alte Meister – Komödie) est un roman autrichien de Thomas Bernhard publié le 25 juillet 1985 et paru en français le 22 septembre 1988 aux éditions Gallimard. Ce roman a reçu la même année le prix Médicis étranger. (Note de Wikipédia).

Note sur l’auteur :

Thomas Bernhard (1931-1989) est un écrivain et dramaturge autrichien, né aux Pays-Bas, il passe son enfance à Salzbourg auprès de son grand-père pendant toute la période nazie. Il souffre dès son enfance de la grave maladie pulmonaire qui finira par l’emporter. Il étudie la musique et exerce quelques temps le métier de journaliste. Ses premiers romans remportent un grand succès, de même que son théâtre. Très critique, pour ne pas dire haineux, vis-à-vis de son propre pays et volontiers provocateur, ses œuvres et ses discours ont souvent fait scandale en Autriche. Malgré tout, Thomas Bernhard a continué à y vivre jusqu’à sa mort.


J’ai trouvé un résumé du livre sur Babelio et il m’a paru tout à fait exact et bien fait, donc je me suis permis de le recopier pour vous dans le paragraphe suivant. Je remercie vivement l’autrice de ce résumé, Céline Darner.

Présentation du livre :

Dans le Kunsthistorisches Museum, à Vienne, Atzbacher, le narrateur, a rendez-vous avec Reger, le vieux critique musical. Atzbacher est arrivé une heure à l’avance pour observer Reger, déjà installé dans la salle Bordone, assis sur la banquette qu’il occupe chaque matin depuis dix ans, face à L’Homme à la barbe blanche du Tintoret. Pendant une heure, le narrateur se rappelle les citations de Reger ou des conversations portant sur lui. Dans un deuxième temps, qui commence à l’heure précise du rendez-vous, c’est la parole même de Reger qui résonne dans la salle Bordone, comme sous l’effet d’une nécessité vitale. Sur le mode de la diatribe, variant avec fureur et allégresse se succèdent les thèmes (qui sont des cibles) chers à Bernhard dans cette comédie (le sous-titre de l’œuvre) qui n’est autre que celle de l’art, des artistes, des écrivains, des compositeurs… (…) Céline Darner.

Mon humble Avis :

Quand on connait déjà le style de Thomas Bernhard, on n’est pas trop étonné par sa charge féroce contre la culture, contre les institutions, contre l’Etat autrichien, contre les artistes unanimement et universellement reconnus, contre le marché de l’art, et contre tout ce qu’il peut se mettre sous la dent, dans une sorte de jeu de massacre où il prend plaisir à tout décrire comme ignoble, abject, horrible, avec une surenchère d’exagérations et de répétitions obsessionnelles, comme s’il voulait nous entraîner dans sa fureur destructrice.
On a parfois l’impression que tout est négatif et outrancier dans ce livre, mais en avançant dans la lecture, on s’aperçoit que Thomas Bernhard porte parfois un regard de tendresse sur certains de ses personnages, par exemple sur la défunte femme du critique musical, mais aussi sur le critique musical lui-même. Par ailleurs, la haine qu’il professe contre l’art et les artistes nous parait souvent un peu trop exacerbée pour être réelle. Comment croire qu’un critique musical qui passe plusieurs heures par jour depuis dix ans dans la salle d’un musée d’art ancien, déteste les œuvres qu’il va ainsi observer avec régularité et persévérance ? Ne serait-il pas plutôt subjugué et admiratif devant tous ces chefs d’oeuvre mais incapable de le reconnaître, par orgueil, par réaction d’aigreur ou par un mouvement de défense et d’auto-préservation ?

Un Extrait Page 47 :

Aujourd’hui, les professeurs ne tirent plus les oreilles, pas plus qu’ils ne frappent les doigts avec des baguettes de noisetier, mais leur aberration est restée la même, je ne vois rien d’autre lorsque je vois, ici dans le musée, les professeurs passer avec leurs élèves devant les soi-disant maîtres anciens, ce sont les mêmes, me dis-je, que j’ai eus, les mêmes qui m’ont détruit pour la vie et m’ont anéanti pour la vie. C’est comme ça que cela doit être, c’est comme ça, disent les professeurs, et ils ne tolèrent pas la moindre contradiction, parce que cet Etat catholique ne tolère pas la moindre contradiction, et ils ne laissent rien à leurs élèves, absolument rien en propre. On ne fait que gaver ces élèves des ordures de l’Etat, rien d’autre, tout comme on gave les oies de maïs, et on gave les têtes des ordures de l’Etat jusqu’à ce que ces têtes étouffent.(…)

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Deux Poèmes de Marie-Claire Bancquart inspirés de peintures

Violente vie, au Castor Astral

J’ai trouvé ces deux poèmes dans le recueil « Violente vie » paru aux éditions du Castor Astral en 2012, un livre dont j’avais déjà eu l’occasion de parler à l’époque et que je relis de temps en temps. Il comporte plusieurs textes inspirés par des tableaux célèbres de l’histoire de la peinture, regroupés dans la partie du livre intitulée Figurations.

Comme un écho à mon dernier article sur la poète Françoise Ascal, j’ai trouvé intéressant de retrouver la Crucifixion de Matthias Grünewald, vue avec un regard différent.

Note sur la poète :

Marie-Claire Bancquart (1932-2019) était une poète, romancière, essayiste, critique littéraire et universitaire française. Agrégée de Lettres après une thèse sur Anatole France, elle fit paraître son premier recueil poétique en 1969. Dotée d’une grande renommée dans le monde poétique et littéraire, elle reçut de nombreux prix poétiques et fut présente dans de nombreuses anthologies.

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(Page 70)

Dans le tableau
L’œil est appelé
vers ce clou énorme
qui transperce les pieds du Christ
l’un
sur l’autre.

La Crucifixion de Matthias Grünewald, Colmar

Grossit, le clou
occupe
la scène entière
avec
sa tête ronde, inexorable.

Ne sera jamais un déclou

au contraire, peut tout blesser
depuis la seconde
où l’œil l’a vraiment vu.

Transfixe
tête
poitrine
et jusqu’aux vitres.

Immobilise tout.

épingle le supplice
à la boutonnière du monde.

(Christ en croix de Grünewald, Colmar)

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Manet, L’enfant aux cerises

(Page 79)

Dès sa jeunesse, il avait représenté des fruits à l’aura mystérieuse, les cerises de « L’Enfant aux cerises ».
Correspondance entre le rouge de la toque et celui des lèvres.
Rouge plus profond des fruits mûrs, prêts à tomber de la table.

Celui qui les tenait, c’était son petit aide à l’atelier, déjà grevé par le bizarre : l’enfant allait s’y pendre, peu de temps après l’achèvement du tableau.

Vingt-cinq ans après,
voici du lilas blanc et des pivoines vaporeusement épanouis,
qui penchent déjà vers la fin.

Fleurs testamentaires. Le peintre va mourir.
Testamentaire aussi, le brillant citron entamé, en position excentrée sur une assiette.

Discrète, une douleur dans l’éclat.

(Manet)

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Cet article s’inscrit dans mon « Printemps des artistes ».

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