Quelques poèmes de Robert Notenboom


J’ai trouvé ces poèmes dans le recueil Les chemins du silence, publié en 2014 aux éditions du Puits de Roulle, et qui réunit de précédents recueils de Robert Notenboom.
Ce poète, né en 1931, vit à Douai. Bien qu’ayant toujours écrit, ce n’est qu’après avoir traversé les épreuves de la maladie qu’il a commencé à publier ses poèmes.

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La Source

Il faut creuser profond la terre
Pour y trouver enfin la source
Creuser longtemps mais claire
Jaillira l’eau
Il ne faut pas crier
Il ne faut pas chanter victoire
Il faut longtemps chercher
Entendre et lire
Et voir

Pour trouver enfin dans le sourire
Toute recherche abandonnée
La paix du désespoir

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A Pen Men

A Pen Men
Au-dessus des falaises, sur le roc
Il n’y a presque pas de terre
Et pas d’eau
La moindre pluie asséchée par le vent
Il y a la lande
Vite fleurie
Vite rabougrie
Et une herbe rase et fine
Aux tiges blotties les unes contre les autres
Comme pour se réchauffer
Et résister ensemble

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Shyly, Reddening

Rougissantes, timides
les fleurs mourantes qui s’envolent
pensent
survivre
en papillons

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Las de mon corps qui se délabre

Las de mon corps qui se délabre
J’aimerais tant m’en évader
Te rejoindre au plus profond de ton cœur
De ton corps
A ne faire plus qu’un avec ton âme
Ayant vaincu ma propre mort

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Trois poèmes de Fabrice Marzuolo


J’ai trouvé ces trois poèmes dans le recueil Vivre c’est oublier qu’on est mort, publié en 2017 aux éditions du Contentieux.
Fabrice Marzuolo est un poète et écrivain français né en 1955, il dirige la revue poétique L’autobus.

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Ceci n’est pas un poème

Ne sachant comment vivre
je cherchais quoi écrire
mais remplir une feuille blanche
avec des jours qui ressemblent
à de tristes dimanches
revient à fondre du noir sur du noir
je balayais du regard ici et là
espérant une inspiration un souffle
mais ce n’était pas comme un moteur
qui tousse et qu’on pousse
et qui ne redémarre jamais
car j’entendais bien mon cœur
battre et s’en foutre
c’est une horloge en somme
vulgaire peut-être qui décompte
les secondes qu’elles soient pleines ou pas
je me souviens de m’être dit alors
qu’il n’est pas certain que des poèmes
suffisent à remplir une vie
au fond n’est-ce pas comme tout ici-bas
quelques bouts de sparadrap
qu’on fiche sur la blessure d’être au monde
et à la fin voir ce qu’il en sort bon pour la casse

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Je m’en moque
d’être rien du tout
et même rien de rien
ce qui me contrarie
c’est que du vent
m’empêche de dormir
et surtout
que le Rien qui créa
le rien à son image
n’ait poussé
le vide jusqu’au bout.

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Les je nous pas clairs

Une impasse étrange
où l’on avance
comme dans un puits sans fond
nos regards se croisent
il me reconnaît
je le reconnais
il est celui que j’étais
je suis celui qu’il sera
ça lui donne un coup au moral
mais rien de plus normal
je ne suis pas fier non plus
de celui que j’étais

Some Kinda Love : La nuit américaine

Il m’arrive très rarement de parler de musique sur ce blog, car c’est un sujet dont je suis loin d’être spécialiste, mais aujourd’hui je vais m’y essayer, ayant découvert ce groupe, Somme Kinda Love, il y a peu, et voulant donner un petit coup de pouce à son premier album, La nuit américaine, qui me semble très réussi.
Groupe de pop, composé d’un compositeur-parolier, Christophe Biffe, qui fait à lui seul tous les instruments, et d’une chanteuse, Rachel Desbois, dont la voix sur certaines chansons rappelle un peu celle de Beth Gibbons, la chanteuse de Portishead.
On sent de nombreuses influences dans la musique de ce groupe, celles, françaises, de Gainsbourg, Daniel Darc, Bashung, mais aussi des influences plus anglo-américaines comme celle du trip-hop des années 90, de Bob Dylan, de Neil Young, Lou Reed, etc.
Mais signaler toutes ces influences et références ne suffit pas à définir cette musique, qui possède son style propre et intègre tous ces styles de manière personnelle, reconnaissable à ses belles mélodies sophistiquées, à ses arrangements soignés, à des paroles tantôt anglaises tantôt françaises qui jouent de manière intéressante sur les mots et les sonorités, et à une atmosphère qui tire parti de l’énergie légère de la pop anglo-américaine autant que de la profondeur plus mélancolique du rock français.
C’est une musique accessible, qui peut plaire au plus grand nombre, bien que de qualité, mais qui séduira sans doute davantage les plus de 30 ans, qui y retrouveront des sonorités et des harmonies familières.
Vous retrouverez sur YouTube et sur Deezer des extraits de cet album, je vous conseille particulièrement La chanson du Parking :
https://www.youtube.com/watch?v=UyEvsaWOQO4

Ou encore la chanson Dérive, qui ouvre l’album :
https://www.youtube.com/watch?v=VjAAa5RgFUw

Mais tout l’ensemble mérite selon moi d’être écouté …

Quelques poèmes de Jim Harrison

J’ai sélectionné ces quelques poèmes dans le recueil L’éclipse de lune de Davenport et autres poèmes publiés à La Table Ronde dans la collection La Petite Vermillon, dans une édition bilingue datant de 1996.
Les poèmes sont traduits de l’américain par Jean-Luc Piningre.
Jim Harrison (1937 – 2016) est un célèbre romancier et poète américain, « Ecrivain des grands espaces ».

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Le temps nous dévore crus.
Pour mon anniversaire, hier,
je n’étais que d’un jour plus vieux
bien que j’aie commencé unicellulaire
il y a dix millions d’éternités dans le bourbier de la
vieille ferme.

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Au bout d’une piste de sable sur les collines basses
des Whetstone Mountains j’ai vu des empreintes de
puma
si fraîches que le sable mouillé gouttait encore
dedans. Je ne sais pourquoi, à genoux,
je me suis pris à les humer, absolument certain
d’être observé par la roche vivante
du vaste paysage troublé par la chaleur.

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Assurément les poissons n’ont pas inventé l’eau
ni les oiseaux, l’air. Les hommes ont bâti des
maisons
en partie pour la gêne que leur donnent les étoiles,
et élevé leurs enfants sur des insignifiances,
puisqu’ils ont massacré tout dieu au fond d’eux-mêmes.
L’homme politique sur les marches de l’église croît
dans la grandeur même de cette stupidité,
lampe grillée qui jamais n’imagina soleil.

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Prends garde, ô vagabond, la route marche elle aussi,
dit un jour Rilke à personne en particulier, puisque
partout les bons poètes parlent aux six directions.
Si tu ne veux pas plier, tu es mort. Cassé comme
un spaghetti sec. Ecoute les dieux.
Ils hurlent dans ton oreille de seconde en seconde.

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Lettre au Père, de Kafka


Cette lettre de Kafka à son père n’a jamais été envoyée, et on comprend pourquoi après avoir lu le portrait qui est ici dressé de cet homme tyrannique et brutal, cherchant à étouffer et à écraser ses enfants par tous les moyens, et maniant l’ironie sournoise et les procès d’intention pervers.
Mais Kafka, en dressant ce portrait peu flatteur et réaliste de son père, décrit en même temps l’influence que ce dernier a eu sur lui, et se décrit donc lui-même comme un négatif de son père, d’autant plus timoré, délicat et introverti que son père se montrait sûr de lui, puissant et expansif.
Kafka décrit l’emprise que son père a sur lui, agissant sur toutes les facettes de la vie de son fils, l’empêchant de se développer et de construire sa vie d’adulte, faisant avorter ses projets de mariage, le dénigrant et l’humiliant, et lui reprochant en plus de vivre à ses crochets alors qu’il a lui-même tout fait pour empêcher l’émancipation de son fils.
Mais ce n’est pas un ton accusateur qu’adopte Kafka pour rappeler à son père ses torts envers lui, il nuance chaque fois son propos d’explications très mesurées en s’attribuant à lui-même la responsabilité de certains malentendus et une attitude parfois inadaptée.
On se dit, à la lecture de cette lettre, que Kafka a trouvé dans la littérature un moyen détourné de résister à ce père effrayant, alors qu’il était forcé de le subir dans la vie de tous les jours, et que cette figure d’autorité arbitraire, omniprésente, et inattaquable a pu lui inspirer plusieurs de ses oeuvres, ou en tout cas certains des plus puissants symboles qui parsèment son oeuvre.
Un livre important, qui aide à mieux comprendre l’univers de ce génial écrivain.