Deux de mes derniers Poèmes en Prose

photo de la revue

Ces deux poèmes ont été publiés dans la belle revue annuelle Des Cahiers du Sens, éditée par Le Nouvel Athanor, sous l’égide de Jean-Luc Maxence et Danny-Marc.
Ce nunéro de 2020 marquait le trentième anniversaire de cette revue et abordait le thème du Silence.
J’ai cru comprendre que Le Nouvel Athanor cesserait son activité avec cette parution, ce qui m’attriste un peu, même si je suis contente d’avoir pu partager un petit bout de cette aventure avec eux.

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Le fait accompli

Le temps avance et nous emmène pas toujours avec lui. Restés en arrière, nous le regardons se diriger vers notre fin en nous demandant s’il est vraiment la peine de le rejoindre. Lui ne nous attend pas, son pas se fait au contraire plus pressé, plus sonore. Son pas continue à résonner dans nos têtes comme un glas urgent, jusqu’au bout du voyage. Bientôt, nous ne pourrons plus le rattraper et nos vies auront tout à fait versé dans le fossé de nos incuries et de nos poèmes en queue de poisson.

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Paysage Amoureux

Le soleil ouvre à peine la paupière, les nuages font bande à part et je regarde ailleurs.
Le matin n’est pas encore sorti de mon lit et l’aube démaquille l’horizon sans ménagements.
Ton absence est d’autant plus pesante que ta présence est légère.
Ton silence est lumineux, ta parole éclairante.
Ton amour me porte et me simplifie le monde sans le rétrécir.
Ton amour dénoue les lacets imbriqués de la mélancolie et de l’effroi.
Nul besoin de magie blanche, de sacrifice aux lunes rousses ou d’incantations cryptées, il me suffit de me dédoubler parfois en ton cœur.

MARIE-ANNE BRUCH

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Des poèmes parus dans le numéro 87 de Traction-Brabant

Le numéro 87 de la revue poétique trimestrielle Traction-Brabant, dirigée par le poète et éditeur Patrice Maltaverne, est paru le 21 février 2020, et c’est avec un peu de retard que j’en rends compte ici.
Beaucoup de ses poèmes ont retenu mon attention, voici trois d’entre eux.

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L’homme cerf-volant

Le regard porté par un fil
Au bout duquel dansaient
Ici et là
Les couleurs d’une liberté
Avortée de l’aube
De rêves taillés dans
Les veines de l’enfance
A le voir, avancer le pas
Chaloupé, la bouche
Engloutissant le ciel
Habité, d’une
Etrange fougue
Bousculant les passants
Car le vent, le vent
Tournait vite
On se demandait, qui
De l’homme ou du cerf-volant
Tenait l’autre
Vivant

Marine Giangregorio

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Trop Tard

J’ai vu de grandes eaux se répandre
sur des cercueils encore ouverts
alors
ils se changeaient en barques
et se perdaient dans une errance
inconcevable
quand les linceuls devenaient voiles
prenaient le vent et la même direction
égales dans la fuite
égales dans le temps
nul prêche à bord
nulle pêche au bord
les morts rigolaient
d’avoir encore pour un temps
un destin
mais il était beaucoup trop tard
il aurait fallu bien avant
tuer les machines

Daniel Birnbaum

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Je te regarde nager au loin
Peut-être devrais-je partir – Maintenant
Suspendre le bonheur
Sur cette plage aveuglante, pour toujours ?
Qu’est-ce qui serait le plus lâche

Pierre Gondran, dit Remoux

Le numéro 88 de la revue Traction-Brabant

Aujourd’hui, comme tous les premiers jours de chaque mois, je voulais vous proposer un article cinéma, je le voulais vraiment, et puis parfois le destin contrecarre nos projets : entre le long tunnel du confinement, la fermeture des cinémas, ma télé tombée en panne, et une certaine inclination vers le farniente, je me retrouve aujourd’hui sans aucun article cinéma !

Mais vous ne verrez sans doute pas d’inconvénient à ce que je bouscule un peu les habitudes de ce blog ? Voici donc un article poésie !

Couverture de la revue

J’ai déjà parlé quelquefois de la revue de Patrice Maltaverne, Traction-Brabant, que j’apprécie beaucoup et où j’ai déjà eu l’honneur de figurer, dans des numéros précédents.
Je vous conseille vivement la lecture de cette revue, au style lisible, souvent percutant, et très contemporain, qui vient de faire paraître en mai 2020 son 88ème numéro.

Voici quelques poèmes et textes que j’ai sélectionnés dans ce livret :

Carnet (Extrait)

Ces auteurs obscurs qui traversent la vie en rêvant de reconnaissance posthume me font penser à des poissons de grand fond qui ne supporteraient leur existence dans les abysses que soutenus par l’idée de voir un jour, après leur mort, chantées leurs louanges autour d’une table de restaurant gastronomique.

(…)

Jean PEZENNEC

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nos souvenirs coulent dans le sablier
ils s’amassent au fond

les pieds se traînent
et le corps fatigué
vieillissant
nous semble lourd

ah ! l’idée de la mort
revient toujours
moins pesante peut-être
que la vie passée

car la mort est un brouillard
visible et impalpable
passant sur le front de nos proches

et le passé
ce grain de sable dans nos chaussures
qui nous fait boiter
et rend le chemin douloureux

Olivier BOUILLON

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Et si l’on vous demande

Et si l’on vous demande
Vous répondrez que je ne suis qu’une crieuse d’herbes
Cultivant son âge et sa déraison dans un rire frais
Découpé dans les clairières de l’enfance et que je répare
En toutes saisons l’oiseau que le vent indocile a cassé
Qu’il aurait été trop facile de faire rimer demande avec amandes
Dans ces conditions et au coin de votre oeil hilare.

Barbara AUZOU

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Deux poèmes de Jean-Pierre Siméon

La revue de poésie Friches, dans son numéro 130 de l’automne 2019, a consacré un dossier au poète Jean-Pierre Siméon (né en 1950), ancien directeur du Printemps des Poètes et auteur entre autres de l’essai bien connu La poésie sauvera le monde qui date de 2015.
C’est de ce dossier que j’ai extrait les deux poèmes qui suivent.
Le recueil inédit d’où ils sont issus s’intitule A l’intérieur de la nuit.

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I

On grandit étrangement à l’intérieur
De la nuit

Plus fermés les yeux
Plus profond l’espace en nous

Plus profonde aussi
La lumière absente

Parce que par bonheur
Invisible

Seule demeure
Sa clarté définitive
Dans le sang

***

5

On boit parfois la nuit comme un vin
Versé dans un grand verre rond

Senteurs boisées

Le silence a du corps

Une épaisseur d’ombre
Chaude
Court dans le sang

L’ivresse a les mains douces

Joie obscure et apaisée
Dormante

Nuit longue en bouche

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JEAN-PIERRE SIMEON

Deux de mes derniers poèmes en prose

Le premier de ces poèmes est paru dans l’excellente revue Cabaret, numéro 31, une publication dirigée par Alain Crozier et qui est particulièrement favorable aux voix féminines.
Le deuxième poème date de septembre 2019.
Merci de respecter les droits d’auteur de ces textes.

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Paysage Suburbain

Les feuillages murmurent au vent de doux secrets et le chat fronce les sourcils devant l’injustice ambiante.
Entre ton visage et le mien il y a la nudité des sentiments et le fin réseau des regards entremêlés.
Depuis que tu es au centre de mon univers, je ne connais plus ni le froid du manque ni la brûlure du désespoir.
L’arbre en forme de flamme danse dans la tiédeur de l’automne, et renverse les pétales du soleil sur la terre mauve.

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Charabia

Nos paroles ne sont guère que des fanfreluches colmatant mal les brèches et fissures de nos cages à penser, même si je rêve d’atteindre l’os du verbe, la moelle de la langue, à laquelle décidément il faudrait faire rendre gorge, autant dire que l’Impensable n’est plus très loin. Comme nous sommes futiles, nous autres, êtres humains ! Nous aimons enrober la substance active du néant dans l’excipient notoire de la logique binaire. La Raison raisonnante, raisonnable et raisonneuse résonne si douloureusement dans nos cœurs qu’on ne saurait lui donner raison.

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Marie-Anne Bruch

Deux poèmes d’Estelle Fenzy

J’ai découvert ces poèmes dans la revue Décharge n°182 de l’été 2019.

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Rivière (extraits)

C’était le temps

d’avant nous-mêmes
La terre nous aimait
Nous chevauchions
l’échine bleue de la rivière

J’étais sourcière
Je regardais bouger
tes robes de vapeur
pendant que tu trempais
tes pieds dans l’eau

Les rives s’essoufflaient vite de
nos enjambées de joie

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Horoscope (extraits)

Je me regarde dans les miroirs, les rétroviseurs, les baies vitrées.

J’ai glissé les cendres de mon corps d’enfant sous le tapis du salon.

Je renais. Apprivoise ma gestation. Je me deviens.

Ravie de mes essais de maquillage, arc en ciel au visage, miroir mon beau miroir ?

– Tu vas voir le diable !

Ma grand-mère menace gentiment. Le Diable c’est sa grande affaire. Tout comme le bon Dieu, d’ailleurs.

Plantée face à mon reflet, je me dis qu’avant d’être en colère, désobéissante, orgueilleuse et puis déchue, j’ai bien le temps d’être un ange.

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ESTELLE FENZY

Un de mes poèmes : L’Espace restant

Ce poème est paru dans la revue Les Cahiers du Sens, publiée par l’éditeur Le Nouvel Athanor en juin 2019.
Merci d’en respecter le droit d’auteur.

L’Espace Restant

L’automne arrive comme une mise en demeure et la nuit compte sur la chambre noire de nos sommeils pour développer ses négatifs.
La peur nous cerne, nous accule aux mensonges les plus escarpés, réduisant notre espace à quelque échafaudage mal domestiqué.
L’amour amadoue la brutalité des miroirs, l’amour transforme le néant vaste et noir en cathédrales d’espérance.
L’automne arrive comme un coup de semonce et l’aube précipite l’espace de la nuit dans les angles morts de l’éveil.

*

La nuit aux senteurs d’animal aux aguets – tantôt proie tantôt chasseresse – la nuit subtilise nos corps pour mieux illuminer nos rêves.
La nuit au front de taureau, aux mille banderilles scintillantes, déploie sa cape aveugle devant nos yeux pour mieux y planter la dague des sommeils sans retours.
Dans mon rêve, à la fois rêveuse et rêvée, contenu et contenant, je me transporte toute entière dans un paysage sans ombre ni soleil.

***

MARIE-ANNE BRUCH

L’Anthologie Mot à Maux numéro 9

Je ne connaissais pas la revue Mot à maux, dirigée par Daniel Brochard, avant que mon ami le poète Denis Hamel m’en parle et me prête le numéro 9, qui vient de sortir il y a quelques jours.
Ce numéro spécial réunit des poèmes inédits de 18 poètes publiés habituellement chez l’éditeur indépendant du Petit Pavé dans la collection LE SEMAINIER dirigée par le poète Jean HOURLIER. Et on sent effectivement une esthétique commune qui donne une grande cohérence à ce numéro spécial et rend la lecture très agréable.
Beaucoup de ces poèmes m’ont plu, il est difficile d’établir une sélection.
Voici tout de même quelques uns de mes choix, parmi les plus courts.

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Loire

I

Ce coulis d’air, ce rien de brise d’un glissement suave et lent.
Et cette coulée de fleuve sans colère, ne sait que mouvances et sables et délitement de rives.
Et cette barque perdue au bout des regrets, qui résiste à l’eau, et au vent, et au temps.

François FOLSCHEID

***

bouquet

Vois, dans le vase pansu, l’aucuba, l’oignon rose
l’œillet panaché de violet Vois comme ils frôlent
l’aile même du mystère, loin de ceux qui prônent
le refus de tout ailleurs Vois combien ils sont trône
de beauté Vois ces tiges nues, courbes, droites – drôle
d’assemblage – Là, bientôt, meurent tes idées moroses.

Nicolas GILLE

***

La fenêtre parle

9

Maintenant l’arbre
a mangé la lumière
et la fenêtre fane

Le cadre est écaillé
Les oiseaux sont partis
… ou alors ils se cachent
La vigne a poussé
de longs bras inutiles

(A quoi servent les bras
quand étreindre a disparu ?)

Marie DESMARETZ

***

Coupure

la rose morte

don de dieu ?

la peur d’un enfer pire qu’ici-bas

chaque extrait d’écorce d’arbre

est déjà un poème

la main touche la texture de la fleur

l’homme s’apprête à vivre en silence

dans le grand mystère

Denis HAMEL

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Pour plus de renseignements sur cette revue, voici la page de Daniel Brochard :
motamaux.hautetfort.com/media/00/01/2627243959.pdf

Et voici le lien vers le blog de la revue Mot à Maux :
http://motamaux.hautetfort.com/

Un poème d’amour de Victor Ségalen

J’ai trouvé ce poème d’amour dans la revue poétique Friches numéro 129 du printemps 2019 qui consacrait un petit dossier à Victor Segalen (1878-1919) à l’occasion du centenaire de sa mort.
Grand voyageur, médecin de la Marine, romancier, essayiste, auteur de théâtre, interprète et traducteur du chinois, mais aussi archéologue, Victor Segalen a déployé au cours de sa brève existence une multitude de talents et, en tant que poète, il est surtout connu pour son recueil Stèles.

***

Mon amante a les vertus de l’eau
(Stèle « orientée »)

Il est impossible de recueillir l’eau répandue

Mon amante a les vertus de l’eau : un sourire clair, des gestes coulants, une voix pure et chantant goutte à goutte.
Et quand parfois – malgré moi – du feu passe dans mon regard, elle sait comment on l’attise en frémissant : eau jetée sur des charbons rouges.

*

Mon eau vive, la voilà répandue, toute, sur la terre !

Elle glisse, elle me fuit ; – et j’ai soif, et je cours après elle.

De mes mains je fais une coupe. De mes deux mains je l’étanche avec ivresse, je l’étreins, je la porte à mes lèvres :

et j’avale une poignée de boue.

***

Vous pourrez retrouver ce poème dans la revue Friches ou dans le recueil Stèles paru chez Poésie-Gallimard.

Un de mes derniers poèmes, paru dans ARPA


Dans le numéro 123 de la revue poétique ARPA, de l’hiver 2018-19, j’ai eu l’honneur de voir figurer trois de mes poèmes en vers libres. Voici l’un d’eux :

Apprentissages

Il aura fallu
passer par mille gouffres
pour se retrouver
les pieds au sol
et la tête à l’endroit.

Nous aurons dû passer
de cahots d’espoirs
en chaos d’amours
pour apprendre à aimer
la légèreté de l’air,
l’innocence d’un feuillage.

Au cœur
toujours recalé
le monde aura donné
comme consolation
la beauté ambiguë
des nuages qui passent
et des fleurs qui s’inclinent.

Marie-Anne BRUCH

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