Des Poèmes de Domi Bergougnoux

Couverture chez Al Manar

Dans le cadre de mon Mois thématique sur la Maladie psychique (en fait réduit à trois semaines) je vous présente ce recueil de la poète Domi Bergougnoux La Craquelure, publié chez Al Manar en septembre 2021.
La poète évoque la maladie psychique de son fils dans des textes très expressifs où les détails du corps du jeune homme et ses attitudes angoissées sont observés avec acuité et compassion. A travers son regard de compréhension douloureuse, la poète exprime à la fois la souffrance de son fils et la sienne propre, se faisant mutuellement écho..

Note sur la Poète

Domi Bergougnoux a publié des textes dans de nombreuses revues et blogs de poésie : Lichen, Le Capital des mots, 17 secondes, Poésie première, Recours au Poème, l’Ardent Pays, Possibles. Deux recueils : Où sont les pas dansants ? en 2017 et Dans la tempe du jour en 2020 aux Editions Alcyone.

Quatrième de Couverture

Domi Bergougnoux écrit la souffrance, celle du fils et celle de la mère. L’amour s-y entend comme un cri qui serait murmuré, se dessine en rythmes, en images, en musique. Si l’on devait donner une couleur aux poèmes de Domi Bergougnoux ce serait le bleu, comme le blues, mais aussi comme l’horizon, cette espérance au loin.

**

Page 17

Homme ébloui

Il a résisté à l’invasion des rumeurs sous son crâne
il a émoussé le tranchant froid des jours

Sur son chemin jalonné de chutes
il a joué avec la mort
au plus vif
au plus intense de son âme
il a lancé des prières et des reproches
à Dieu et à la lune

Il cache son secret
sous des oripeaux d’orgueil
il ouvre un tiroir plein de chagrins
il regarde un ciel découpé
à la fenêtre close

Sa tête
toujours trop vide ou trop pleine
ses yeux
trop fixes ou trop brillants
ses mains
maculées de cendres et de brûlures
il porte son blouson même par grand soleil
une sueur âcre imprègne son armure de cuir

Il se débat chaque matin
dans un halo de silence et de voix

Quand donc viendra l’amour
pour son cœur
illuminé
cerné de doute

**

Page 52

Fou ?

Il était fou
peut-être
mais les autres ?

Marionnettes asservies
yeux recouverts
une taie opaque
les empêchait de voir
le gouffre du réel
s’ouvrir
sous leurs pieds
standardisés
normés
calibrés

Lui le fou avançait à pas de côté
à pas glissés chassés dansés
et ses pas de géant
traversaient les abîmes

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14 Commentaires

  1. Quelle puissance ! Je suis très émue du dernier présenté… Merci tellement pour ce partage !

    Réponse
    • Moi aussi, ces poèmes m’ont touchée. L’interrogation sur la norme est intéressante, dans le deuxième poème… une norme qui n’est pas forcément un idéal à atteindre.
      Merci Matatoune et bonne journée !

      Réponse
  2. La poésie est décidément un art littéraire riche de possibles et de découvertes. Il me fait ici écho à l’art thérapie que l’on pratique pour soulager les maux de l’esprit. Il y a, dans les mots d’amour de cet auteur pour son enfant, comme une volonté de célébrer la différence comme de s’affranchir du poids de la norme.
    Merci pour ce beau partage Marie-Anne. Belle journée à toi.

    Réponse
    • Je suis d’accord avec ta lecture, cette poète semble avoir une grande compréhension de la maladie de son fils. Beaucoup d’empathie et de compassion, ce qui n’est pas toujours le cas.
      Dans ce Mois sur la Maladie Psychique, je trouvais important de parler aussi des familles de malades, des proches… qui se sentent souvent impuissants.
      Merci Prince Ecran Noir, belle journée à toi !

      Réponse
  3. Puissant… et terriblement poignant.
    Merci pour ce partage Marie-Anne

    Réponse
    • Oui, une mère qui souffre de voir souffrir son fils. Et qui tente de le comprendre, je crois.
      Merci Laurence de ton commentaire, bonne journée !

      Réponse
  4. Quelle sensibilité dans le choix des mots – terribles les deux dernières lignes….

    Réponse
    • Les deux dernières lignes me font un peu penser à Baudelaire, aux ailes de géant qui empêchent de marcher…
      Merci Bernhard de votre appréciation. Bonne journée !

      Réponse
  5. « Un tiroir plein de chagrins », elle doit l’ouvrir souvent pour trouver des mots aussi justes pour exprimer la souffrance.

    Réponse
    • Bonjour Danielle. J’imagine que c’est une grande douleur pour une mère de voir son fils affronter de tels problèmes et ne pas trop savoir comment l’aider… Merci beaucoup de ton commentaire ! Bonne journée à toi 🙂

      Réponse
  6. Je suis très touchée par les deux poèmes, par tes mots aussi Marie-Anne. « A travers son regard de compréhension douloureuse, la poète exprime à la fois la souffrance de son fils et la sienne propre, se faisant mutuellement écho..  » C’est si vrai, c’est exactement ça , douleur partagé, douleur lancinante..😞 Je vais lire Domi Bergougnoux La Craquelure.
    Merci pour ce beau partage Marie-Anne. Belle journée à toi. Bises

    Réponse
    • Bonjour Eveline ! Cela me touche de te sentir concernée par les poèmes de Domi Bergougnoux ! Merci beaucoup de ton intérêt pour ce recueil. Si jamais tu le lis j’espère que tu nous diras ton avis de lectrice ! Belle journée à toi, bises !

      Réponse
  7. Je viens de lire les poèmes de Domi Bergougnoux sur ce qu’elle ressent par rapport à la maladie psychique de son fils. Elle exprime et essaie d’appréhender la souffrance psychique, les termes péjoratifs qui font mal : « Il/elle est fou », « c’est un schizophrène », « un dépressif ». Derrière ce que je considère comme une violence verbale cachant les réalités de la vie au quotidien des personnes atteintes de maladies psychiques. Il y a encore beaucoup de progrès à faire. ça avance tout doucement. J’ai lu avec toujours un immense plaisir tes chroniques sur les poètes, la poésie. Là je dois te dire que c’est la première fois que je commande dans la foulée le recueil que tu nous présente. Il est commandé sur la Fnac. Réception sous 10 jours. On pourra échanger autour de notre ressenti. Il y a la souffrance de celui ou celle qui est malade psychique mais il y a aussi dans l’entourage immédiat des conséquences importantes, une souffrance aussi de voir l’un de ses proches ainsi. C’est une thématique qui me touche beaucoup tu le sais Marie-Anne.
    Merci une nouvelle fois d’aborder par le prisme de la poésie la souffrance psychique. 🌞🙂

    Réponse
    • Bonjour Frédéric ! Ça me fait plaisir que cet article ait suscité ton intérêt ! Moi aussi j’aimerais que les gens aient une vision de la maladie psychique moins caricaturale et plus positive. Je crois que peu à peu ça progresse ! Bon dimanche à toi Frédéric et au plaisir d’échanger avec toi de nouveau 🙂

      Réponse

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