Dans le café de la jeunesse perdue de Patrick Modiano

Dans ce beau roman, comme souvent chez Modiano, il s’agit de reconstituer un passé vécu (et, à la fois, rêvé) à partir de détails aussi précis que, finalement, insignifiants.
Ce livre est donc une sorte d’enquête incertaine sur un personnage féminin, Jacqueline Delanque dite Louki, une habituée du café Le Condé dans le VIè arrondissement à Paris.
L’époque n’est jamais précisée mais on peut supposer que l’histoire se déroule au début des années 60.
Quatre narrateurs se succèdent, dont Louki elle-même, mais chaque fois l’incertitude s’étend davantage, et nos interrogations ne vont qu’en s’approfondissant.
Pourquoi vivons-nous, quel est le sens de nos actes, qu’est-ce que la vraie vie, que pouvons-nous saisir de la réalité, des autres, de notre passé ? semblent être les questions sous-jacentes du livre.

J’ai noté de nombreux extraits tout au long de ma lecture, qui selon moi sont très représentatifs du ton et de la poésie de ce roman :

« L’un des membres du groupe, Bowing, celui que nous appelions « le Capitaine » s’était lancé dans une entreprise que les autres avaient approuvée. Il notait depuis bientôt trois ans les noms des clients du Condé, au fur et à mesure de leur arrivée, avec, chaque fois, la date et l’heure exacte. (…) Au fond Bowing cherchait à sauver de l’oubli les papillons qui tournent quelques instants autour d’une lampe. »

« Dans cette vie qui vous apparait quelquefois comme un grand terrain vague, sans poteau indicateur, au milieu de toutes les lignes de fuite et les horizons perdus, on aimerait trouver des points de repère, dresser une sorte de cadastre pour n’avoir plus l’impression de naviguer au hasard. »

« La mère et la fille avaient habité au cinquième étage. Mais en refermant le carnet je savais que tous ces détails ne me serviraient à rien. »

« De quel droit entrons-nous par effraction dans la vie des gens et quelle outrecuidance de sonder leurs reins et leurs cœurs – et de leur demander des comptes … A quel titre ? »

« Il m’écoutait et prenait quelquefois des notes. Et moi, j’éprouvais une sensation nouvelle : à mesure que je lui donnais tous ces pauvres détails j’étais débarrassée d’un poids. Cela ne me concernait plus, je parlais de quelqu’un d’autre et j’étais soulagée de voir qu’il prenait des notes. Si tout était écrit noir sur blanc, cela voulait dire que c’était fini, comme sur les tombes où sont gravés des noms et des dates. »

« Plus tard, j’ai ressenti la même ivresse chaque fois que je coupais les ponts avec quelqu’un. Je n’étais vraiment moi-même qu’à l’instant où je m’enfuyais. Mes seuls bons souvenirs sont des souvenirs de fuite ou de fugue. »

« Je me suis souvenu du texte que j’essayais d’écrire quand j’avais connu Louki. Je l’avais intitulé les zones neutres. Il existait à Paris des zones intermédiaires, des no man’s land où l’on était à la lisière de tout, en transit, ou même en suspens. »

« Parfois nous nous rappelons certains épisodes de notre vie et nous avons besoin de preuves pour être bien sûr que nous n’avons pas rêvé. »

« Il était ému. Lui qui parlait toujours sans hésiter et de façon si claire il cherchait ses mots. « C’est idiot ce que je vous dis … il n’y a rien à comprendre … Quand on aime vraiment quelqu’un, il faut accepter sa part de mystère … »

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4 Commentaires

  1. En tout cas, j’adore ce titre… Direction ma wishlist, merci !

    Réponse
    • Bonjour et merci de suivre mon blog.
      Je viens de regarder le vôtre et je le trouve très bien fait – vous parlez d’auteurs et de livres que j’aime.
      Pour le livre de Modiano : il n’y a pas que le titre qui est bien 🙂

      Réponse
      • Merci pour vos encouragements, j’essaie de faire ce que j’aime pour le moment, c’est déjà pas mal 😉

        Je vous retourne les compliments…

        Dommage pour le livre de Modiano, c’était bien parti…

      • Oui, j’ai bien aimé votre article sur les frères Karamazov par exemple … et la photo de Françoise Sagan : géniale 🙂

        Merci pour vos commentaires !

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