Cosmos de Witold Gombrowicz

Couverture chez Folio

Vous vous souvenez peut-être que j’avais chroniqué un premier roman de Gombrowicz, intitulé Ferdydurke, en mars dernier, pour le Mois de l’Europe de l’Est. Comme ce roman m’avait bien plu, j’ai tenté quelques mois plus tard de me plonger dans Cosmos, qui s’est avéré au moins aussi bizarre et déroutant que Ferdydurke, et que j’ai encore une fois beaucoup aimé.

Présentation de Cosmos par l’éditeur :

Witold, le jeune narrateur, et son ami Fuchs débarquent en plein été dans une pension de famille villageoise. La découverte d’un moineau mort, pendu à un fil de fer au creux d’un taillis, prélude à une série de signes tout aussi étranges qui vont se nouer les uns aux autres, dans une atmosphère étouffante de (faux) roman policier, jusqu’à un dénouement brutal.

Note sur l’auteur par l’éditeur :

Gombrowicz est né en Pologne en 1904. Il fait ses débuts littéraires dans son pays. Un de ses premiers livres, Ferdydurke, très en avance sur son temps, a pu être considéré comme existentialiste avant la lettre. En 1939, il s’expatrie en Argentine, où il reste vingt-quatre ans. Puis il séjourne à Berlin et s’installe enfin à Vence, où il meurt en 1969.
Son oeuvre, provocatrice, paradoxale, dominée par les notions de la Forme et de l’Immaturité, comprend des romans, comme Ferdydurke et La Pornographie, un journal et des pièces de théâtre : Yvonne, Le Mariage, Opérette.

Mon humble Avis :

Gombrowicz semble vouloir détourner les codes du roman policier pour en faire une œuvre absurde et loufoque, en semant des « indices » qui ne veulent objectivement rien dire mais que des interprétations oiseuses relient les uns aux autres dans une sorte de surenchère folle. Et l’auteur semble vouloir nous avertir que, dans notre univers, pour peu que l’on entreprenne de rechercher des signes et des symboles à travers les objets ordinaires, on n’aura aucun mal à établir des réseaux de correspondances et de significations cryptées.
J’ai beaucoup aimé la première moitié du roman, où nous sommes conduits successivement du moineau pendu au bout de bois pendu puis au chat pendu, en suivant les réflexions délirantes de notre héros aux raisonnements étranges et en nous demandant jusqu’où il sera capable d’aller, car son cerveau semble ne connaître aucune limite et aucun repos !
J’ai un tout petit peu moins aimé la deuxième partie du roman, où il s’agit d’une longue excursion en montagne, avec divers couples de jeunes mariés qui s’égayent dans la nature, et où le roman semble s’orienter encore plus clairement vers l’érotisme, alors que la première partie était déjà claire sur ce plan, mais d’une manière plus subtile et allusive.
La fin est très surprenante, en queue de poisson, et comme un pied-de-nez au lecteur qui s’apprêtait à une autre conclusion, mais ça s’harmonise bien avec le reste de l’histoire, ça reste dans le même esprit.
Un livre, bizarre mais génial, que j’ai beaucoup apprécié et qui m’a complètement embarquée dans sa verve et dans son monde !

Un Extrait page 78 :

Pour entrer dans la petite chambre de Catherette, nous n’eûmes pas de difficultés avec la porte. Nous savions qu’elle en laissait toujours la clef sur le rebord de la fenêtre couvert de lierre. La difficulté était d’un autre ordre : nous n’étions aucunement sûrs que celui qui nous menait par le nez – en supposant que quelqu’un nous menât par le nez – ne s’était pas embusqué pour nous épier… ou même n’allait pas faire un scandale, pouvait-on savoir ? Il nous fallut du temps pour nous promener aux alentours de la cuisine et regarder si personne ne nous observait, mais la maison, les fenêtres, le jardinet restaient tranquilles dans la nuit qu’envahissaient de lourds nuages effilochés, d’où émergeait la faucille lunaire, rapide. Les chiens se poursuivaient au milieu des arbustes. Nous avions peur d’être ridicules. Fuchs me montra une petite boîte qu’il tenait à la main.
– Qu’est-ce que c’est ?
– Une grenouille. Vivante. Je l’ai attrapée aujourd’hui.
– Qu’est-ce encore que cette histoire ?
– Si nous étions surpris, nous dirions que nous voulions lui fourrer la grenouille dans son lit… Pour faire une farce !
Son visage blanc-roux-poisson, que Drozdowski ne voulait plus voir. Une grenouille, oui, c’était astucieux ! Et cette grenouille, il fallait l’avouer, n’était pas là mal à propos, avec son humidité glissante rôdant autour de celle de Catherette… au point que j’en fus étonné, inquiet… et cela d’autant plus qu’elle n’était pas si éloignée du moineau… Le moineau et la grenouille, la grenouille et le moineau, n’y avait-il pas quelque chose derrière ? Cela n’avait-il pas un sens ? (…)

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18 Commentaires

  1. Jamais lui cet écrivain; quel est ce sens entre la grenouille et le moineau? À découvrir… 😉

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    • Eh bien le lien est assez tordu (comme l’esprit du héros) 🙂 C’est un roman très humoristique, absurde et bizarre mais j’ai bien accroché à cet univers très spécial ! Merci Nathalie bonne journée 🙂

      Réponse
  2. Oui cela semble complètement déjanté. Un écrivain en plus à connaître 😉

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  3. Je n’ai encore jamais grenouillé dans la prose absurde de Grombrowicz mais j’avoue que c’est tentant.
    Bonne journée Marie-Anne.

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  4. Merci Marie-Anne, je vais découvrir avec plaisir cet auteur « bizarre »… Vous avez dit bizarre 🙃

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    • Merci de ton intérêt pour ce livre, Eveline 🙂 Un univers bizarre et assez amusant, je dois dire, et puis des aspects plus inquiétants, voire dérangeants. J’ai bien aimé ! Bonne journée !

      Réponse
  5. natlarouge

     /  10 décembre 2021

    il y a des auteurs comme ça, l’univers décalé, comment ne pas pensé à l’écume des jours ?
    je note évidemment

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    • Gombrowicz a un univers totalement insolite et j’aime beaucoup ! C’est vrai qu’on pourrait le rapprocher de « l’écume des jours » mais Gombrowicz est sûrement plus tordu et dérangeant. Merci Natlarouge bonne journée 🙂

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      • Plutôt que de Vian, l’écriture singulière de Gombrowicz me semble en effet plus proche (plus annonciatrice, donc) de celle de Fred Vargas, pour « L’Homme à l’envers » surtout. Sans doute parce que les portes grincent moins sombrement dans « L’Écume des jours »…

      • Bonjour Tiniak. Je n’ai pas lu Fred Vargas car je ne suis pas amatrice de polars. Je ne sais pas si Fred Vargas joue autant sur les mots et sur les déformations de la réalité. Merci de ton commentaire, bonne journée.

  6. Il me semble que la trame de ce récit a été reprise pour bâtir un synopsis de la série TV « Les Rivières pourpres »…

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    • Non. Aucun rapport. Ni de près ni de loin.

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      • Renseignement pris auprès de mes amis impliqués dans l’écriture des-dits feuilletons; pardon, mais je confirme mon intuition.
        C’est un microcosme.
        Et je n’y souscris pas, malgré les miennes amitiés qui s’y trouvent.
        Mot d’explication, m’dame.

  7. Un univers qui m’a l’air bien barré. Ça tombe bien j’aime ce genre de livre. Merci pour la découverte, belle journée Marie-Anne 🙂

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  8. J’avais oublié l’histoire de l’excursion en montagne, mais je me souviens très bien que j’avais aimé tout le jeu autour de l’écriture. Si mes souvenirs sont bons, j’avais eu plus de mal avec Ferdydurke. Il faudrait que je refasse un tour chez Gombrowicz… Merci de cette piqûre de rappel!

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    • Merci beaucoup de ton commentaire ! J’ai trouvé qu’il y avait aussi des passages très drôles dans Ferdydurke et puis toujours le même jeu sur la langue, dont tu parles. Il est possible que je lise d’autres Gombrowicz car j’ai dans ma Pal les Envoûtés et la Pornographie…

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