Destinée d’Henri Michaux

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Destinée

Déjà nous étions sur le bateau, déjà je partais, j’étais au large, quand, m’arrivant tout d’un coup, comme l’échéance d’une dette, le malheur à la mémoire fidèle se présenta et dit « C’est moi, tu m’entends, allons, rentre ! » Et il m’enleva, ce ne fut pas long, et me ramena comme on rentre sa langue.
Déjà sur le bateau, déjà l’océan aux voix confuses s’écarte avec souplesse, déjà l’océan dans sa grande modestie s’écarte avec bonté, refoulant sur lui-même ses longues lèvres bleues, déjà le mirage des terres lointaines, déjà … mais tout à coup…
Quand le malheur prenant son panier et sa boîte à pinces, se rend dans les quartiers nouvellement éclairés, va voir s’il n’y a pas par là un des siens qui aurait essayé d’égarer sa destinée…
Quand le malheur avec ses doigts habiles de coiffeur empoigne ses ciseaux, d’une main, de l’autre le système nerveux d’un homme, frêle échelle hésitante dans des chairs dodues, tirant des éclairs et des spasmes et le désespoir de cet animal de lin, épouvanté…
Oh, monde exécrable, ce n’est pas facilement qu’on tire du bien de toi.
(…)

****

Ce poème fait partie de Lointain Intérieur, le recueil qui précède Plume dans la collection Poésie/Gallimard.

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