Le Chaudron, de Kiyoko Murata

Présentation de l’éditeur :

Tami a dix-sept ans. Elle est en vacances chez sa grand-mère avec son frère et leurs cousins, ceci en l’absence de leurs parents partis au chevet d’un grand-oncle.
Bonne ménagère, c’est tout naturellement que Tami s’installe en cuisine auprès de son aïeule. Chaque jour au jardin, elles composent ensemble un tableau de couleurs et de saveurs, qu’elles jettent ensuite dans le chaudron avant de proposer à la famille une multitude de goûts aussi variés qu’élaborés.
C’est un été particulier pour la vieille dame. Alors que le temps du repas Tami reconstruit minutieusement la sérénité des lieux, les enfants perçoivent les séismes de la tristesse, les questions se font plus précises, la mort justifie le désir de réponses aux silences.
Perdue dans les profondeurs de sa mémoire, la vieille dame redessine pour eux l’arbre généalogique de la famille.
Le Chaudron a été adapté au cinéma par Akira Kurosawa sous le titre : Rhapsodie en août. Kiyoko Murata est née en 1945. Elle a obtenu le fameux prix Akutagawa pour Le Chaudron. Elle vit dans la province de Fukuoka, la plus méridionale des quatre îles principales de l’archipel.

Mon avis :

Ce court roman – qui se lit en une soirée – est agréable mais un peu léger. J’ai assez vite deviné la fin et, sans vouloir vous la dévoiler à mon tour, il m’a semblé que les caractères des uns et des autres auraient pu être plus fouillés, moins lisses peut-être.
Néanmoins, on suit avec un certain intérêt les émotions de ces enfants aux prises avec l’adversité, et cette histoire est joliment écrite, avec un côté « conte contemporain » assez plaisant mais un peu naïf.

Le Chaudron était paru chez Actes Sud en 2008, dans une traduction d’Anne-Yvonne Gouzard, et je l’ai lu dans le cadre du défi « Autour du monde elles écrivent » organisé par Eléonore, pour le continent asiatique.

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Tel père tel fils, de Kore-Eda Hirokazu


Je viens de regarder le DVD de Tel père tel fils de Kore-Eda, sorti en salles en 2013, et je me propose d’écrire une chronique à chaud, de noter mes impressions telles qu’elles arrivent.

L’histoire commence banalement dans une famille traditionnelle japonaise : le père, chef de famille assumant ses décisions, dynamique, obsédé par la réussite professionnelle, la mère, gentille et soumise, femme au foyer, partageant son temps entre les diverses tâches domestiques, et le petit garçon, Keita, âgé de six ans et demi, qui a un caractère doux comme sa mère, ce qui inquiète son père qui le voudrait plus travailleur et moins sensible.
Mais, bientôt, la clinique où est né Keita, appelle les parents pour leur apprendre que leur fils a été échangé à la naissance avec un autre nourrisson. Leur fils biologique, qui n’est donc pas Keita, a été élevé par une autre famille beaucoup plus modeste, avec un père petit commerçant, au tempérament farceur et paresseux, et une mère qui est plutôt une forte femme, ainsi que deux frères et sœurs.
Les parents de Keita, très déstabilisés, et même un peu désespérés, apprennent à connaître l’autre famille.
Suivant les conseils de l’hôpital, ils décident de récupérer chacun leur fils biologique, en supposant que les liens du sang seront les plus forts.

J’ai trouvé ce film extrêmement bien fait et émouvant. La psychologie des différents personnages est très fouillée, et tout à fait vraisemblable. Les situations sonnent juste, de même que les dialogues. J’ai peut-être regretté que le personnage du père prenne autant de place, par rapport à la mère qui aurait pu avoir plus de poids, mais c’est probablement un reflet de la société japonaise, où les femmes n’ont pas beaucoup voix au chapitre. Ainsi, le personnage du père est le plus creusé et le plus complexe, et on suit pas à pas tout son cheminement intérieur : c’est un homme dur et ambitieux qui évolue tout le long du film et finit par s’humaniser beaucoup, par laisser parler son cœur et sa fibre sensible.
Le contraste entre les deux familles est aussi très bien rendu – sans caricature – avec d’un côté la famille citadine aisée, éduquant son enfant avec certains principes rigides et une sévérité modérée mais réelle, quand de l’autre côté la famille populaire vit davantage dans le désordre et la bonne humeur, peut-être même un certain laisser-aller, au jour le jour.
On ressent, en tant que spectateur, beaucoup d’émotion devant le silence et le regard de ce petit garçon, qui ne comprend pas tout, mais qui comprend tout de même assez pour souffrir.

Deux proses poétiques de Cécile Guivarch

J’ai trouvé ces deux poèmes dans le recueil Sans abuelo petite paru en 2017 chez Les carnets du dessert de Lune.
Ce recueil alterne vers libres et proses, avec même parfois des strophes en espagnol (traduites à la fin du recueil), sur les thèmes des origines, de la langue maternelle, des secrets familiaux, de la petite histoire qui rejoint la grande.

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La frontière est une ligne invisible. D’un côté la France de l’autre l’Espagne. Et ce n’est plus la même langue. Même les arbres parlent la leur. Un mélange de vent et d’océan dans les branches. Ils se coupent la parole, branches entremêlées. La frontière c’est une montagne qui nous monte sur la langue. Elle se fait lourde et puis légère. Coule dans les rivières se déverse dans l’Atlantique sans faire de vagues. Les odeurs surtout. Eucalyptus, champs de maïs, océan mêlés. Ici ou là-bas chaque sens est en éveil. Mais qu’est-ce qui change vraiment au fond ? Mes cousins parlent galicien. Je leur réponds en français. En espagnol. Une barrière de langue. Nous ne vivons pas sur la même bande de terre. Mais nous sommes de la même lignée.

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Partout on pourrait se sentir chez soi mais nous ne le sommes pas. Nous sommes d’ici et d’ailleurs, mais on nous fixe quelque part. Chacun doit venir de quelque part et qu’est-ce que cela veut dire ? D’où je viens, si je suis née dans un village où aucun de mes ancêtres n’est passé ? Est-ce que je viens du pays de ma mère ou est-ce que je viens de celui de mon père ? Est-ce que je viens de là où je vis ? Un pays, une ville, un quartier, une maison bien précise. Chacun demande d’où nous sommes. Chacun cherche des signes, un accent, une peau, des yeux. Ne devrions-nous pas être de partout, d’ici et de là-bas sans rien qui nous distingue ?

Après la tempête, un film de Kore-Eda Hirokazu


Il n’est pas facile de résumer la situation de départ de ce film car l’histoire part dans plusieurs directions, mais disons qu’il s’agit du portrait d’un homme, Ryota, et de ses relations complexes avec les divers membres de sa famille. Il est question également de sa vie professionnelle et de ses difficultés financières : Ryota a en effet un passé de romancier, il a même obtenu un Prix littéraire lorsqu’il était plus jeune, mais il travaille maintenant pour une agence de détectives et vit de petites combines plus ou moins légales qui lui permettent d’assouvir sa passion pour le jeu, à cause de laquelle il perd beaucoup d’argent et se retrouve bientôt incapable de payer la pension alimentaire de son ex-femme et de son fils. Il voudrait d’ailleurs renouer avec son ex-femme et sa plus grande peur serait qu’elle refasse sa vie avec un autre homme.

Mon avis : Ce film est une chronique familiale très humaine, les relations entre les personnages sont fouillées et complexes et donc agréables à suivre. Le rythme du film est un peu lent mais pour autant on ne s’ennuie pas car l’attention est sans cesse soutenue par une grande abondance de dialogues où l’humour et la profondeur se disputent la première place. Le personnage du romancier, Ryota, malgré ses nombreux défauts et sa débrouillardise quelque peu malhonnête, nous devient vite sympathique et on prend intérêt et plaisir à le voir se débattre contre l’adversité et défendre ses passions. Il m’a semblé à de rares moments que les dialogues auraient pu être un peu moins omniprésents et que le silence aurait pu aussi être éloquent, mais cela contribue à une atmosphère chaleureuse et vivante, et à donner aussi de l’épaisseur aux personnages. J’ajoute que les acteurs tiennent tous très bien leur personnage et jouent avec naturel et conviction.
Un film agréable à voir, où les questions existentielles des uns et des autres sont traitées avec intelligence et sensibilité.

Un autre amour – Roman de Kate O’Riordan

UnAutreAmourQuatrième de Couverture :
Connie et Matt Wilson sont parvenus à réaliser leur rêve : ils vivent avec leurs trois enfants dans une charmante maison londonienne. Alors qu’ils profitent d’un week-end pour passer un séjour romantique à Rome, tout bascule : Matt annonce à Connie qu’il ne rentrera pas avec elle. Elle retourne à Londres, retrouvant ses trois garçons, seule.
Un autre amour est le récit intense du désespoir d’une femme dont l’heureux et paisible mariage se trouble. L’auteur explore les sentiments tumultueux de cette épouse qui s’emploiera à faire revenir celui qu’elle aime depuis l’enfance. Kate O’Riordan analyse l’ambiguïté et la fragilité des sentiments à travers l’évocation du passé auquel on ne peut réchapper. Elle fait intervenir des personnages poignants, singuliers ou drôles qui croisent le destin des protagonistes et révèle les failles de la vie qu’ils ont cru se construire.

Mon Avis :
Je suis un peu partagée sur ce livre, même si je l’ai trouvé d’assez bonne qualité et, somme toute, intéressant, avec des analyses psychologiques très touchantes. Mais il y a beaucoup de choses qui m’ont gênée pendant ma lecture et, en particulier, un côté vieillot dans les idées développées par ce roman. Disons que l’ambiance et la situation font tout à fait penser à celles du roman d’Hervé Bazin, Madame Ex, un livre qui est encore tout à fait lisible et intéressant à notre époque, mais qui, avec l’évolution des mœurs de ces quarante dernières années, nous parait aujourd’hui démodé, représentatif d’une tout autre époque.
Dans Un autre amour, le personnage de Connie – l’épouse délaissée – m’est assez vite devenu antipathique, ce qui n’était visiblement pas du tout le but de l’auteure, qui déploie au contraire beaucoup d’efforts pour nous la rendre sympathique. Ce personnage de femme – épouse idéale, mère parfaite, bonne ménagère, bonne cuisinière, amie dévouée – se comporte comme si elle était la propriétaire de son mari et fait montre d’une perpétuelle bonne conscience qui, à la longue, est énervante. Elle vit dans un monde où l’infidélité est une monstruosité impardonnable, où on jouit de tout un ensemble de droits sur son conjoint, où le divorce ne semble pas exister, où on ne se pose pas d’autre question sur soi-même que de savoir si on a bien rempli le réfrigérateur. Bien sûr, Connie est un personnage très crédible, réaliste, que l’auteure a su parfaitement décrire, mais, pour l’héroïne principale d’un roman, j’ai trouvé qu’elle était trop conventionnelle, qu’elle manquait de liberté, et même peut-être aussi d’intelligence.
Pour le personnage du mari, il m’a semblé qu’il n’était pas assez creusé, alors que son rôle est pourtant la clé de l’histoire. S’il est assez bien décrit au début du livre, avec ses tourments et ses doutes, il perd complètement sa personnalité au fil des chapitres, comme si l’auteure devenait peu à peu incapable de se représenter les pensées de ce personnage (S’identifiant trop à Connie sans doute, et plus très capable de se décentrer pour voir ses autres personnages ?).
Par contre, les personnages secondaires (les trois enfants en particulier) sont très bien imaginés, et donnent beaucoup de vie à cette histoire, y rajoutant même un peu d’humour et de légèreté.
Bref, un assez bon roman, mais trop sage à mon goût, trop conventionnel !