Cheveux emmêlés de Yosano Akiko – 2

akiko_cheveux_emmelesCet article est la suite de mon précédent article sur le même thème.
Dans ses tanka, Yosano Akiko se sert souvent de la symbolique de la couleur pour représenter des sentiments : ainsi le blanc symbolise la pureté ou la froideur, le rouge symbolise la passion dans sa dimension charnelle, le violet quant à lui, symbolise le sentiment amoureux.
La première partie de Cheveux emmêlés s’intitule Pourpre, et, dans ce cadre, le pourpre évoque le plus haut degré de l’amour, en associant le rouge de la passion vécue et le violet du sentiment amoureux idéalisé.

Entends le poème !
Qui oserait nier le rouge
Des fleurs dans les champs ?
Savoureuse jeune fille
Coupable dans le printemps

Quand à l’eau je livre
Mes cheveux longs de cinq pieds
Combien sont-ils doux !
Mais mon coeur de jeune fille
Secret je veux le garder

La couleur pourpre,
A qui donc la raconter ?
Tremblements de sang,
Pensées émues de printemps,
En pleine floraison la vie !

Il est temps, je pars,
Et au revoir me dit-il
Ce dieu de l nuit
Dont la manche m’effleura,
Mes cheveux mouillés de larmes

Les cheveux dénoués
Dans la douceur de la pièce
Le parfum des lis
Je crains qu’ils ne disparaissent
Rouges pâles dans la nuit

Toi qui n’as jamais
Touché une peau douce
Où coule un sang chaud,
Ne te sens-tu pas triste,
Et seul, à prêcher la Voie ?

D’un rouge profond
Les deux pétales de rose
Qui forment tes lèvres
Que tu ne chantes un poème
Sans parfum de noblesse !

Frêles d’apparence
Sont les fleurs de l’été
Mais rouges écarlates
Qui comme cet amour d’enfant
Rient au soleil de midi !

Cheveux emmêlés de Yosano Akiko

akiko_cheveux_emmelesEn 1901, Yosano Akiko a vingt-trois ans et elle fait paraître ce recueil de tanka sur le thème de la passion amoureuse, dans un style plein de fougue et de lyrisme, qui est alors très nouveau dans la littérature japonaise.
Yosano Akiko a en effet rencontré l’année précédente Yosano Tekkan, un poète, qui est devenu son amant et qui sera bientôt son mari.

J’ai choisi de présenter aujourd’hui une partie seulement du recueil, je présenterai l’autre moitié dans un deuxième article.

Si pour l’éprouver,
Vous tentiez de toucher à
Des lèvres jeunes,
Vous verriez combien est froide
La rosée des lotus blancs !

J’ai encore douté :
Avec le visage aimé
Tant de ressemblance !
Comme vous vous jouez de moi,
Dieux espiègles de l’amour !

De la chambre d’à-côté
Jusqu’à moi de temps en temps
S’échappait ton souffle
La même nuit je fis le rêve
De brassées de pruniers blancs.

Ramassant la Bible
Que j’avais lancée hier
Dans les profondeurs
Enfant perdue me voilà
Les yeux en larmes vers le ciel

Vous le voyageur,
Pardonnez-moi je vous prie
Ces rêves si minces,
Ces rêves si verts encore
Que je ne sais que vous dire

Ni mot ni poème
A qui je désire confier
Mes pensées profondes
En ce jour en cet instant,
Seul de mon cœur à ton coeur

En définitive
Ce n’était pas des chimères
Que nos illusions
A quel moment la lumière
S’est-elle éteinte, le sais-tu ?

Délicat et blanc
Le voile de ton vêtement,
Si brillant le feu
Qui luit au coin de tes yeux !
Je te maudis mon amant !

Dans les tons de mauve,
Du monde de mon amour
Voici l’aurore ;
Favorable le vent souffle
Sur le parfum de nos mains
Cheveux emmêlés avait paru en 2010 aux éditions Les belles lettres.