La Petite Pièce hexagonale de Yôko Ogawa

Couverture chez Babel

Note pratique sur le livre

Editeur : Actes-Sud (collection Babel)
Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle
Date de publication au Japon : 1991 (en France 2004)
Nombre de Pages : 110

Note biographique sur l’autrice :

Yôko Ogawa, née en 1962, se consacre à l’écriture dès la fin de ses études de Lettres. Admiratrice d’auteurs comme Murakami, Tanizaki, Kawabata, elle apprécie aussi Paul Auster dont le roman Moon Palace l’influença. Elle remporte le prestigieux Prix Akutagawa pour son roman La Grossesse en 1991, puis de nombreux autres prix (Tanizaki, Izumi, etc.). Traduite dans le monde entier, l’œuvre de Yôko Ogawa est particulièrement populaire en France. (Source : Wikipédia)

Quatrième de Couverture

Dans les vestiaires d’une piscine, une jeune femme est soudain attirée par une inconnue pourtant banale, effacée et silencieuse. Quelques jours plus tard, elle croise à nouveau l’inconnue qui marche dans la rue accompagnée d’une vieille dame et, fascinée, elle les suit à travers la ville jusqu’à une loge de gardien au milieu d’un parc. A l’intérieur, les deux femmes sont assises sur des chaises, elles semblent attendre leur tour. La plus âgée se lève, entre dans une haute armoire hexagonale : la petite pièce à raconter…
Etrange et obsédante, cette courte histoire fait appel à la poésie et à l’imaginaire pour évoquer les mystères de l’introspection, de la confession et de la psychanalyse.

Mon avis très subjectif

On retrouve dans ce court roman (ou longue nouvelle) des thèmes récurrents chez Yôko Ogawa : la piscine et l’élément aquatique, associés aux femmes enceintes qui s’y baignent, ce qui est bien sûr très symbolique du liquide amniotique et du retour dans le ventre maternel. Et ce n’est donc pas fortuit si l’héroïne rencontre dans une piscine le personnage de Midori, qui va l’initier aux secrets de la petite pièce hexagonale, qu’ils appellent aussi « pièce à raconter ». Du point de vue symbolique, encore, Midori est présentée comme une femme discrète, silencieuse, effacée, à la fois gardienne de certains rites immuables et accompagnatrice d’une évolution intérieure, comme une sorte de prêtresse mystérieuse, et elle représente assez bien la figure complexe du psychanalyste idéal.
Il est intéressant de voir que, pour accéder aux bâtiments désaffectés où se trouve la petite pièce à raconter, l’héroïne est obligée de traverser un parc très touffu qui donne plutôt l’impression d’une épaisse et ténébreuse forêt, dans laquelle elle se perd à chaque fois, avec angoisse. Et c’est au moment où elle désespère de jamais retrouver le chemin des bâtiments que la lumière apparaît et qu’elle débouche à l’endroit désiré. Cela m’a semblé, là encore, très symbolique du cheminement psychologique qui mène vers un début de compréhension de soi-même. Et, sans aucun doute, ce sont nos désespoirs et nos fourvoiements qui peuvent nous conduire sur la voie de l’introspection et de l’analyse de soi, et on peut dire en effet que les ténèbres indiquent la direction vers la lumière.
Il serait trop long et un peu trop systématique d’énumérer tous les autres symboles et significations allusives cachées dans ce roman (d’autant que je suis très loin d’avoir tout décrypté ou remarqué) mais, en tout cas, ces éléments étranges et mystérieux donnent à ce livre une atmosphère envoûtante, un peu magique, et le rendent extrêmement agréable à lire.
J’ai passé un bon moment de lecture !

Un Extrait page 63

Est-ce que ça va comme ça ?
J’adressai ma question à la paroi hexagonale, en levant légèrement les yeux. Je tendis l’oreille un moment, mais je n’eus pas de réponse.
C’est donc que personne n’écoute, n’est-ce pas ? Bon, alors, je continue.
En fait, ça ressemble à un monologue, c’est ça ? Une boîte où l’on peut murmurer tout seul autant qu’on veut, dans le style qu’on aime, sans se soucier du regard des autres. En pensant de cette façon, je peux l’admettre jusqu’à un certain point. De temps en temps dans le métro ou la salle d’attente à l’hôpital, il m’arrive d’apercevoir quelqu’un qui monologue sans arrêt, l’air tout à fait sérieux. En général les gens n’aiment pas ça et le mettent à l’écart. Si bien qu’autour de lui, il se forme un espace qui n’est pas naturel. Si on enfermait cette personne avec son espace à l’intérieur de la petite pièce à raconter, je suis sûre qu’elle serait très contente. Plus on est à l’étroit, plus on entend nettement sa propre voix, et l’on doit certainement avoir l’impression de se révéler dans la vérité de son coeur. C’est ce qu’il y a d’agréable dans le monologue.
Bon, je vais parler de moi. Si l’on ne parle pas de soi, je pense que ça n’a pas de sens d’entrer ici. Peut-être.

Les Paupières de Yôko Ogawa

Couverture chez Actes Sud

Vous aurez remarqué que j’apprécie tout particulièrement Yôko Ogawa – dont j’ai déjà chroniqué ici plusieurs livres au cours des derniers mois – et je continue peu à peu l’exploration de son œuvre avec Les Paupières, un recueil de nouvelles autour des thèmes du sommeil et de l’insomnie, mais aussi du rêve et de l’étrangeté, que j’ai eu un très vif plaisir à découvrir.

Note pratique sur le livre :

Genre : Nouvelles
Editeur : Actes Sud (Collection Babel)
Traduit du japonais par Rose-Marie Makino Fayolle
Année de parution au Japon : 2001
Année de parution en France : 2007
Nombre de pages : 206

Note sur l’écrivaine :

Yôko Ogawa (née en 1962) est l’une des principales écrivaines japonaises contemporaines, dont les romans, nouvelles et essais sont traduits dans le monde entier. Après des études universitaires en Lettres, elle se consacre à l’écriture dès le début des années 90. Admiratrice de Murakami mais aussi de certains classiques japonais et américains (Tanizaki, Kawabata, Fitzgerald, Truman Capote, etc.), elle a rapidement développé son style et son univers personnel.
(Sources : Wikipédia, Editeur).

Quatrième de Couverture :

Une petite fille touchée par l’élégance d’un vieil homme le suit dans son île et devient son alliée face à l’hostilité du monde environnant. Dans la maison vit aussi un hamster, au regard dépourvu de paupières.
Une Japonaise prend l’avion pour l’Europe. A ses côtés s’installe un homme qui lui parle puis s’endort. Sa voisine, incapable d’un tel abandon, l’interroge. Dans l’obscurité du vol de nuit, l’inconnu lui révèle alors l’existence des « histoires à sommeil ».
Une jeune femme part en voyage pour tenter de fuir ses insomnies. En s’éloignant de son pays, de son amant et de ses habitudes, elle espère trouver suffisamment d’étrangeté pour, le soir venu, s’endormir tranquillement.
Dormir, s’endormir, s’éloigner du monde pour retrouver le chemin de l’inconscient, tel est le propos de ce recueil de nouvelles à lire comme une très belle introduction à l’œuvre de Yoko Ogawa, aujourd’hui mondialement reconnue.

Mon Avis :

Il me semblait, d’après ce que j’avais déjà lu d’elle, que Yôko Ogawa excellait tout particulièrement dans l’art du roman court ou de la nouvelle. Et cela se confirme avec ce recueil de huit nouvelles, qui paraissent toutes reliées plus ou moins à la première d’entre elles (intitulée « C’est difficile de dormir en avion ») et qui paraissent également toutes trouver des échos dans la dernière d’entre elles, celle qui clôt le recueil et dont le titre est « Les Jumeaux de l’avenue des tilleuls ».
Ces histoires ressemblent beaucoup à des récits de rêves, avec un mélange d’éléments réalistes, vraisemblables, et d’autres éléments bizarres, dont les personnages ne réalisent pas vraiment l’étrangeté. Ils ne réagissent pas de manière tout à fait rationnelle ou ne cherchent pas à rétablir simplement le cours normal des choses. Par exemple, dans la nouvelle « L’art de cultiver les légumes chinois », le côté surnaturel de ces légumes phosphorescents suscite l’angoisse des personnages et les empêche de tout bonnement jeter ces plantes à la poubelle. Dans la nouvelle « Backstroke », qui est l’une des plus étranges du recueil, un jeune homme se retrouve brutalement avec un bras levé, il ne peut plus baisser son bras, et il reste dans cette position durant des années, sans se poser tellement de questions, comme si c’était un événement très naturel dont on doit prendre son parti.
Il y a probablement des symboles à chercher, par moments. Ainsi, ce jeune homme au bras levé fait écho à la période nazie, clairement évoquée au début de cette nouvelle, mais l’intention de ces symboles nous parait peu claire, ou interprétable de diverses manières, tout à fait comme dans le monde du rêve où tout peut paraître ambivalent.
J’ai particulièrement aimé la nouvelle « Le Cours de cuisine » où ce cours individuel est brutalement interrompu par deux techniciens qui viennent dégorger les tuyauteries de la maison, et ce brutal surgissement de « soixante ans d’ordures accumulées » dans les tréfonds de cette maison, m’ont fait naturellement penser à l’Inconscient, subitement mis à jour par une trop forte pression. Et ainsi, cette histoire apparemment simple et triviale nous confronte soudain à certaines frayeurs et à certains dégoûts enfouis.
Il y aurait encore beaucoup à dire sur ces huit histoires et les différentes interprétations que l’on peut y lire, mais je préfère vous laisser les découvrir et les inventer selon votre sensibilité, si vous lisez ce livre.
Des nouvelles qui m’ont en tout cas beaucoup plu et qui me resteront en mémoire.

Un Extrait page 92 :
(Issu de la nouvelle « Le Cours de Cuisine »)

(…) C’est la raison pour laquelle, avant qu’il ne soit trop tard, il vaut mieux en confier le nettoyage à des entreprises qualifiées comme la nôtre. Je m’excuse, mais cela fait combien d’années que votre maison a été construite ?
– C’est que je ne sais pas très bien…
Je jetai un coup d’ oeil vers le fond de la maison en espérant la voir arriver, en vain. Le jeune homme se remit aussitôt à parler.
– D’après ce que je peux en juger, je dirais qu’elle a au moins cinquante ou soixante ans. Je suppose que pendant tout ce temps, personne n’a pensé à procéder au nettoyage des canalisations, pas une seule fois, n’est-ce pas ? C’est terrible, vous savez. Imaginez qu’il y a un endroit de la maison qui n’a pas été touché pendant soixante ans, ça vous fait froid dans le dos, n’est-ce pas ? Jour après jour, elles évacuent les poils, la crasse et les dépôts de savon de la salle de bains, le gras, les grains de riz, et les épluchures de légumes de la cuisine. Tout cela stagne, se décompose et ronge les tuyaux enterrés sous votre jardin. Nous nous proposons de vous débarrasser de ces soixante ans de saletés. (…)

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Un autre Extrait page 148
(Issu de la nouvelle « Les ovaires de la poétesse »)

Derrière la verrerie, il y avait un cimetière. L’un des employés m’expliqua qu’il abritait les tombes des alchimistes et de leur famille qui avaient vécu autrefois dans cet endroit. Le sol était envahi par les mauvaises herbes et presque toutes les stèles étaient cassées ou penchées. Afin de reposer mes yeux fatigués d’avoir observé l’éclat des verreries, je lus les chiffres gravés sur les pierres. « 1882-1923, 1879-1880, 1890-1978, 1866-1870, 1902-1922… » Il y avait toutes sortes de chiffres, toutes sortes d’intervalles de temps. J’ai marché jusque dans les moindres recoins du cimetière en murmurant les causes de la mort qui me paraissaient les plus vraisemblables compte tenu des années de vie. « Tumeur cérébrale, scarlatine, purpura, typhus, tétanos… »
Alors que j’aurais dû être fatiguée de me déplacer ainsi, je n’arrivais pas à dormir la nuit. Quand arrivait l’heure de me coucher, je me brossais soigneusement les dents, vérifiais à plusieurs reprises que les rideaux étaient bien fermés, pliais les vêtements que je devais porter le lendemain et les posais sur le sofa, tirais sur la couverture du lit impeccablement fait, et m’allongeais après avoir éteint toutes les lumières de la chambre. Je répétais chaque soir l’opération dans le même ordre. Je craignais qu’en sauter une seule étape ne provoque la formation d’une cavité dans le cours du temps entraînant une torsion de l’obscurité qui m’aspirerait dans un monde où le sommeil n’existerait pas. (…)

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La Formule Préférée du professeur de Yôko Ogawa

couverture chez Actes Sud

Vous aurez peut-être remarqué que je m’intéresse cette année tout particulièrement à l’écrivaine japonaise Yôko Ogawa, dont j’ai déjà chroniqué quelques livres au cours des derniers mois (La Piscine, L’annulaire, La Grossesse, entre autres) mais aussi Le Petit Joueur d’Echecs en l’honneur de Goran. Dans le souhait de mieux connaître cette écrivaine, j’ai souhaité lire l’un de ses romans les plus réputés : La Formule préférée du Professeur, qui date de 2003, et qui est disponible chez Actes Sud dans une traduction de Rose-Marie Makino-Fayolle.

Note biographique sur l’autrice :

Yôko Ogawa, née en 1962, se consacre à l’écriture dès la fin de ses études de Lettres. Admiratrice d’auteurs comme Murakami, Tanizaki, Kawabata, elle apprécie aussi Paul Auster dont le roman Moon Palace l’influença. Elle remporte le prestigieux Prix Akutagawa pour son roman La Grossesse en 1991, puis de nombreux autres prix (Tanizaki, Izumi, etc.). Traduite dans le monde entier, l’œuvre de Yôko Ogawa est particulièrement populaire en France. (Source : Wikipédia)

Quatrième de Couverture :

Une aide-ménagère est embauchée chez un ancien mathématicien, un homme d’une soixantaine d’années dont la carrière a été brutalement interrompue par un accident de voiture, catastrophe qui a réduit l’autonomie de sa mémoire à quatre-vingts minutes.
Chaque matin, en arrivant chez lui, la jeune femme doit de nouveau se présenter – le professeur oublie son existence d’un jour à l’autre – mais c’est avec beaucoup de patience, de gentillesse et d’attention qu’elle gagne sa confiance et, à sa demande, lui présente son fils âgé de dix ans. Commence alors entre eux une magnifique relation. Le petit garçon et sa mère vont non seulement partager avec le vieil amnésique sa passion pour le base-ball, mais aussi et surtout appréhender la magie des chiffres, comprendre le véritable enjeu des mathématiques et découvrir la formule préférée du professeur…
Un subtil roman sur l’héritage et la filiation, une histoire à travers laquelle trois générations se retrouvent sous le signe d’une mémoire égarée, fugitive, à jamais offerte.

Mon Humble Avis :

L’idée de mélanger les plus célèbres formules mathématiques avec une histoire romanesque, m’a paru intéressante et Yôko Ogawa nous donne à travers ce roman une véritable leçon de vulgarisation, qui rend les maths passionnantes, même pour des lecteurs réfractaires à priori à l’algèbre et à l’arithmétique. Et j’ai trouvé qu’il s’agissait là de l’idée la plus brillante de ce roman.
Par contre, il y a plusieurs autres choses que je n’ai pas trop appréciées.
Yôko Ogawa consacre de nombreuses pages au base-ball, et nous fait même assister à un match entier, avec la description des différents coups réalisés par les deux équipes, ce qui a été pour moi un long moment d’ennui ! Et comme les Français (dont je suis) ne connaissent en général strictement rien au base-ball et à ses règles complexes et sibyllines, il est probable que le lecteur s’ennuiera à peu près autant que moi.
Une autre chose qui m’a dérangée est le défaut de vraisemblance. Pas mal de péripéties semblent cousues de fil blanc, à commencer par l’amnésie du professeur qui ne l’empêche pas de mener des travaux mathématiques sur des périodes de plusieurs jours, alors qu’il est supposé tout oublier au bout de quatre-vingts minutes ! De même, il réussit à nouer une longue et profonde amitié avec la narratrice et son fils, alors qu’il les oublie totalement toutes les quatre-vingts minutes et qu’ils sont obligés de lui rappeler à nouveau qui ils sont – comment est-ce possible ? L’autrice ne nous l’explique pas vraiment.
Cependant, il y a un défaut qui m’a encore plus agacée : c’est le caractère gentillet des personnages et les trop nombreux bons sentiments qui animent ces trois gentils héros.
Et là, je n’ai pas du tout reconnu la Yôko Ogawa que j’aime et que j’admire, l’écrivaine au trait acéré, à la cruauté savamment distillée, et au pouvoir de suggestion sans pareil, l’autrice de « L’annulaire » et de « La Grossesse ».
Il m’a semblé que Yôko Ogawa pratiquait une littérature bien plus exigeante et maîtrisée dans les années 90, pour autant que je puisse en juger, et puisque j’ai déjà lu trois de ses livres des années 90 et deux des années 2000, mais cela mériterait d’être approfondi et précisé.
Je dirais donc à propos de La Formule préférée du professeur qu’il s’agit d’un roman bien construit, habile, à l’intrigue assez artificielle, pas très vraisemblable, mais qui se laisse lire sans déplaisir.

Un Extrait page 51

Pour le professeur, les problèmes difficiles ne concernaient que les mathématiques. Il s’attelait à des énoncés nécessitant de longues heures de concentration, et en plus gagnait des prix en les résolvant, mais ne se réjouissait pas tellement lorsque je le félicitais et lui faisais remarquer combien c’était merveilleux.
– Ce n’est rien de plus qu’un jeu, me disait-il sur un ton plus triste que modeste. Ceux qui élaborent les problèmes en connaissent la réponse. Résoudre un problème dont la solution existe obligatoirement, c’est un peu comme faire avec un guide une randonnée en montagne vers un sommet que l’on voit. La vérité ultime des mathématiques se dissimule discrètement à l’insu de tous au bout d’un chemin qui n’en est pas un. En plus, il n’est pas sûr que cet endroit soit un sommet. Ce peut être une gorge entre deux falaises abruptes ou un fond de vallée.
(…)

Le Petit joueur d’échecs de Yôko Ogawa

Le blog de Goran, « des livres et des films » atteint aujourd’hui son sixième anniversaire et c’est pour cette raison que Patrice et Eva – que je remercie pour cette initiative – ont organisé une Lecture Commune en l’honneur de Goran, disparu beaucoup trop tôt, à laquelle je tenais vraiment à participer.
Il s’agissait donc de lire Le Petit joueur d’échecs de Yôko Ogawa, paru au Japon en 2009 et en France en 2013.

Note pratique sur le livre :

éditeur : Actes sud (Babel)
Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle
Nombre de pages : 330.

Note sur l’écrivaine :

Yôko Ogawa (née en 1962) est une écrivaine japonaise. Diplômée de Lettres, elle se lance dans l’écriture de courts romans jusqu’au milieu des années 90, puis de romans plus épais à partir des années 2000. Des écrivains comme Haruki Murakami ou Paul Auster inspirent son œuvre, mais aussi des classiques japonais ou américains : Kawabata, Tanizaki, Carver, Fitzgerald, etc. Elle remporte le prestigieux Prix Akutagawa pour La Grossesse en 1991. Ses livres, traduits dans le monde entier, remportent un large succès.

Présentation du début de l’histoire :

Un petit garçon très sensible, imaginatif et intelligent est élevé avec son petit frère par leurs grands parents. Ce petit garçon est né avec les lèvres scellées l’une à l’autre et on a dû lui greffer sur la bouche un morceau de peau de ses jambes, si bien qu’il se retrouve plus tard avec les lèvres velues, et de plus en plus au fur et à mesure qu’il grandit. Cet enfant finit par rencontrer, par un concours de circonstances étranges, un homme obèse qui vit dans un autobus désaffecté, immobilisé au cœur d’un jardin. Cet homme obèse, grand amateur de pâtisseries, mais surtout très grand joueur d’échecs, va initier le petit garçon à ce jeu et à ses subtilités stratégiques, et il ne va pas tarder à détecter chez cet élève un véritable génie des échecs, un vrai poète de l’échiquier, comparable au grand joueur Alekhine. Mais le petit garçon commence à gagner contre son maître de plus en plus souvent et il devient clair qu’il devra bientôt se mesurer à d’autres adversaires, encore plus forts, pour parfaire son jeu. (…)

Mon humble avis :

De la même manière que Yôko Ogawa dressait dans « La formule préférée du professeur » un éloge poétique des mathématiques, avec un chouïa de vulgarisation scientifique revisitée et magnifiée par la littérature, nous nous trouvons ici devant un éloge poétique du jeu d’échecs, où il s’agit moins de détailler des stratégies et d’expliquer des tactiques – un aspect technique qui, visiblement n’intéresse pas trop l’écrivaine – que de nous émouvoir et de nous embarquer dans les mille variations d’une rêverie autour des échecs. Ainsi, elle évoque, à propos des différentes parties que joue le petit joueur d’échecs, une plongée au fond des mers ou une navigation à la surface d’un lac, et bien d’autres phénomènes naturels et aquatiques sont comparés aux différents coups des joueurs.
Curieusement, moi qui ne connais pratiquement rien à ce jeu, et qui pensais m’ennuyer passablement à la lectures de longues parties dont je ne comprends pas les subtilités, j’ai été au contraire très captivée, et mon attention était vraiment happée par la manière dont Yôko Ogawa sait camper une situation, une émotion, ou la charge affective qui peut entourer une partie d’échecs.
Car il m’a semblé, effectivement, que le vrai sujet de ce roman était l’échange affectif entre les êtres, dont les différentes parties d’échecs sont les représentations, puisque le petit joueur, qui ne veut pas grandir, a l’occasion de jouer avec (ou de mêler à son jeu d’une façon ou d’une autre) pratiquement toutes les personnes qu’il aime, depuis son maître très admiré jusqu’à la jeune fille dont il est amoureux, en passant par la vieille demoiselle qu’il respecte tout particulièrement et qu’il cherche à protéger.
Ainsi, dans ce roman, les échecs représentent par excellence la rencontre des affects et le désir de composer un poème à deux voix, dans l’harmonie complice des deux adversaires, sans que la notion de victoire ou de défaite n’ait vraiment d’importance car ce n’est pas à cela que Yôko Ogawa s’attache.
Ce roman m’a paru être une prouesse littéraire tout à fait audacieuse et remarquable : réussir à tenir en haleine son lecteur et l’émouvoir à de multiples reprises, sur un sujet aussi austère, spécial et ardu, était vraiment une gageure très risquée et c’est parfaitement réalisé, développé et imaginé.
Vous l’aurez compris, j’ai bien aimé ce livre.

Un extrait page 114

Après la perte du maître, grandir devint quelque chose d’effrayant pour le petit joueur d’échecs. Son corps s’allongeait, ses épaules s’élargissaient, ses muscles se formaient, ses chaussures rapetissaient, ses doigts grossissaient et sa pomme d’Adam apparaissait… Ces prémisses de changement l’attiraient vers un marais insondable. Tout ce qui lui évoquait l’état de grosseur devenait une arme à son encontre. Lorsqu’il aperçut en ville un homme de près de deux mètres, son sang ne fit qu’un tour et ses jambes se figèrent, et quand la télévision diffusa un reportage sur une fête autour de la plus grande pizza au monde, il eut un haut-le-coeur. Parce que le maître avait trop grandi, sa mort avait été mise en scène. Parce qu’elles avaient grandi, Indira avait été enfermée sur la terrasse du grand magasin et Miira ensevelie entre les murs. Et lui, en grandissant, il finirait par ne plus pouvoir se glisser sous la table d’échecs.
« Grandir est un drame ».
Cette phrase se grava profondément en lui.(…)

La Grossesse, de Yôko Ogawa

Après avoir déjà lu et chroniqué cette année deux livres de Yôko Ogawa, je poursuis mon incursion dans son œuvre qui, décidément, me plait par son originalité et son raffinement.
Une nouvelle fois, c’est un de ses courts romans des années 1990 qui a attiré mon intérêt : La Grossesse, publié pour la première fois en 1990 dans sa version originale japonaise, puis disponible aux éditions Actes Sud à partir de 1997 pour sa traduction française.

Note Biographique sur l’Autrice :

Yôko Ogawa (née en 1962) est une écrivaine japonaise. Diplômée de Lettres, elle se lance dans l’écriture de courts romans jusqu’au milieu des années 90. Des écrivains comme Haruki Murakami ou Paul Auster inspirent son œuvre, mais aussi des classiques japonais ou américains : Kawabata, Tanizaki, Carver, Fitzgerald, etc. Elle remporte le prestigieux Prix Akutagawa pour La Grossesse en 1991.

Note Pratique sur le Livre
Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle:
Nombre de pages : 70.

Quatrième de Couverture :

Depuis le début de la grossesse de sa sœur, la narratrice consigne dans un journal les moindres transformations physiques de la future mère. Et quand celle-ci, passé la période des nausées, retrouve un appétit vorace, elle s’empresse de lui préparer des marmelades de pamplemousses, dont elle la régale et la gave à plaisir. Peu à peu la peau — peut-être toxique — et la chair des fruits viennent se mêler, dans son esprit, à l’effervescence mystérieuse de la « matière » en gestation…

Mon humble Avis :

C’est un livre très dérangeant, qui crée chez le lecteur un malaise grandissant au fur et à mesure des pages.
Pendant la première partie du livre, l’autrice distille le doute avec beaucoup d’allusions subtiles et de sous-entendus. Ainsi le lecteur en vient progressivement à s’interroger sur cette narratrice un peu étrange, voire inquiétante : pourquoi tient-elle le journal précis de la grossesse de sa sœur ? Pourquoi semble-t-elle tellement irritée par son beau-frère ? Pourquoi semble-t-elle faire une telle fixation sur la grossesse et les nausées de cette sœur ? Des indices psychologiques parsèment ce court roman et nous permettent de faire quelques suppositions, comme une jalousie probable de la narratrice célibataire, à la situation sociale peu attrayante, vis-à-vis de la sœur plus chanceuse.
Mais vers la moitié du livre, cette narratrice devient clairement malfaisante et les événements se produisent avec une cruauté évidente.
Bizarrement, la sœur ne semble pas soupçonner quoi que ce soit, elle suit docilement les consignes de la narratrice et mange toutes les confitures que cette dernière lui fait mijoter du matin au soir, comme si la faim et la grossesse empêchaient son esprit de fonctionner et la poussaient exclusivement à engloutir n’importe quelle nourriture, comme un animal. Mais c’est peut-être seulement la haine de la narratrice qui lui fait percevoir cette sœur comme une sorte de bête vorace et impulsive, réduite à un corps sans âme.
Malgré son aspect dérangeant, j’ai trouvé ce livre très réussi, par la mise en place d’un climat étrange et vénéneux, et par la manière de nous faire comprendre la psychologie des trois protagonistes, par petites touches voilées.
Par ailleurs, je n’ai pas l’impression que le thème de la grossesse ait été souvent traité par la littérature, et je trouve que Yôko Ogawa a ici fait preuve d’une grande originalité et qu’elle démontre une nouvelle fois l’extrême singularité de ses points de vue et de son imagination.

Un Extrait page 34

1er mars (dimanche) 14 semaines + 6 jours

Je me suis aperçue brutalement que pas une seule de mes pensées n’est allée au bébé à naître. Il vaut peut-être mieux que je réfléchisse moi aussi à son sexe, son nom et sa layette. Normalement on devrait se réjouir beaucoup plus de ce genre de choses.
Ma soeur et mon beau-frère ne parlent pas du bébé en ma présence. Ils se comportent comme si la grossesse n’avait aucun rapport avec le fait d’abriter un bébé en son sein. C’est pour cela que pour moi non plus le bébé n’est pas une chose concrète.
Maintenant, le mot-clé que j’emploie dans ma tête pour me rendre compte de l’existence du bébé est « chromosome ». En tant que « chromosome », il m’est possible de prendre conscience de sa forme. (…)

Lecture Commune pour Goran

Eva et Patrice du blog « Et si on bouquinait un peu » ont eu l’excellente idée d’organiser une Lecture Commune pour le 15 septembre 2021, en l’honneur de notre ami blogueur Goran.

Je répercute ici l’article qu’ils ont publié pour annoncer cette nouvelle :

Après une petite pause nécessaire, nous revenons vers vous pour fixer notre date de lecture commune en hommage à Goran. Nous aimerions tout d’abord vous remercier pour tous vos messages qui montrent encore une fois à quel point Goran était apprécié de tous.

Nous avons longtemps réfléchi pour trouver une date. Nous n’avons pas voulu la choisir au hasard, nous souhaitions un lien concret. Nous avons tous fait connaissance avec Goran grâce à son blog, c’est pourquoi nous vous proposons le 15 septembre, car c’est à cette date que le blog « Des livres et des films » fête son anniversaire.

Pour rappel, nous allons lire Le petit joueur d’échecs de Yōko Ogawa. Pour celles et ceux qui auraient déjà lu ce titre, n’hésitez pas à vous joindre à nous avec un autre titre de la même auteure. Il y en a même un qui est sorti en poche chez Actes Sud en mai (Les lectures des otages).

Je résume : Le petit joueur d’échecs de Yoko Ogawa, le 15 septembre 2021. N’hésitez pas à en parler autour de vous.

Naturellement, je compte participer à cette Lecture Commune, non seulement par amitié pour Goran, dont la présence me manque énormément, mais aussi parce que Yôko Ogawa est une écrivaine de grand talent, à l’univers littéraire insolite et fascinant, que Goran appréciait tout particulièrement et que je serai heureuse de découvrir.

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L’annulaire de Yôko Ogawa

couverture chez Actes Sud

Quatrième de Couverture :

Le Point de Vue des Editeurs

A la suite d’un léger accident de travail, la narratrice de ce récit a quitté son usine et trouvé un emploi d’assistante et réceptionniste auprès de M. Deshimaru, directeur d’un laboratoire de spécimen. Dans ce lieu étrange, ancien foyer de jeunes filles pratiquement désert, elle reçoit la clientèle avant que M. Deshimaru, en véritable maître de taxidermie, recueille, analyse et enferme à jamais les blessures et les souvenirs de ceux qui désirent échapper à leur mémoire. Sans vraiment comprendre ce qui se joue sous ses yeux, la jeune fille tombe peu à peu sous la coupe de cet homme…
Avec ce récit – assurément l’un de ses plus fascinants -, Yôko Ogawa pénètre davantage encore dans le territoire de l’envoûtement et de l’étrange, et révèle, au cœur du suspense, l’empreinte d’une douleur qui va jusqu’au fétichisme.

Mon Humble Avis :

J’ai recopié la quatrième de couverture car je suis tout à fait d’accord avec cette analyse : ce livre est absolument fascinant de bout en bout et nous plonge dans un univers à mi-chemin entre nos vies quotidiennes « normales » et le fantastique le plus bizarre et le plus déroutant. Sans cesse, dans ce livre, nous oscillons sur cette ligne de crête et les frontières de la normalité se brouillent, tout finit par devenir inquiétant et déstabilisant.
Il est difficile de ne pas voir un aspect fortement symbolique lorsque l’héroïne de cette histoire perd un petit morceau de son annulaire au cours d’un accident de travail dans son usine de boissons gazeuses. L’annulaire nous évoque le mariage, les relations de couple, et la perte d’un morceau de ce doigt précis pourrait nous faire penser à des souffrances amoureuses ou à des difficultés pour l’héroïne à s’engager auprès d’un homme. Et la suite de l’histoire, la rencontre étrange avec M. Deshimaru et leurs relations de dépendance et d’emprise semblent bien confirmer cette interprétation.
Mais, en même temps, le livre dépasse largement une interprétation mécaniquement symbolique : nous naviguons plutôt, dans ce roman, dans une sorte de rêve éveillé, qui verse tantôt du côté du cauchemar, tantôt d’un certain réalisme et qui se joue des grilles de lecture trop logiques et des analogies trop systématiques.
Non seulement l’histoire nous parait étrange mais l’héroïne elle-même, la narratrice, nous semble avoir des réactions curieuses, une certaine apathie, un esprit soumis. Elle ne s’étonne de rien et son attirance pour M. Deshimaru nous parait inexplicable.
J’ai vraiment adoré ce livre, qui est selon moi un vrai chef d’œuvre, mais le lecteur doit accepter de se laisser déstabiliser et de ne pas tout comprendre !

Un Extrait page 33 :

Sur les murs de chaque côté se succédaient à intervalles réguliers robinets, pommes de douche et porte-savons. J’en ai compté quinze. Ils étaient tellement secs qu’ils évoquaient plus une décoration d’avant-garde qu’une installation de salle de bains.
Le carrelage bleu qui recouvrait toute la surface, plus ou moins foncé selon les endroits, formait quand on le regardait attentivement des motifs de papillon. C’était étonnant ces papillons dans une salle de bains, mais l’élégance de la couleur était telle que ce n’était pas du tout déplacé. Ils étaient posés un peu partout, sur la bouche d’évacuation des eaux, les parois de la baignoire, à côté de l’aérateur.
– Quel âge avez-vous ? m’a-t-il demandé soudain en s’arrêtant de rire.
– Vingt-et-un ans, ai-je répondu.
– Cela me tracasse depuis quelques temps, mais je trouve que vos chaussures ne sont pas assez sophistiquées pour votre âge.
J’ai regardé mes pieds qui pendaient à l’intérieur de la baignoire. Je portais des chaussures bon marché achetées au magasin du village à l’époque où je travaillais encore à l’usine de boissons gazeuses. Elles étaient en synthétique marron, à talons plats, et assez usées.
– Oui, vous avez raison, elles ne sont pas très élégantes.
(…)

La Piscine de Yôko Ogawa

couverture chez Actes Sud

J’avais lu il y a une dizaine d’années « La Marche de Mina » de Yôko Ogawa et je l’avais moyennement apprécié. Mais, connaissant la grande valeur de cette écrivaine, par le biais de critiques élogieuses, d’amis ou de blogs, j’avais envie de découvrir d’autres livres d’elle, pour me faire un avis plus sérieux.

Yôko Ogawa (née en 1962) est une écrivaine japonaise. Diplômée de Lettres, elle se lance dans l’écriture de courts romans jusqu’au milieu des années 90. Des écrivains comme Haruki Murakami ou Paul Auster inspirent son œuvre, mais aussi des classiques japonais ou américains : Kawabata, Tanizaki, Carver, Fitzgerald, etc. Elle remporte le prestigieux Prix Akutagawa pour La Grossesse en 1991. La Piscine dont je vais parler aujourd’hui a été publiée au Japon en 1990 et traduite en français en 1995 par Rose-Marie Makino-Fayolle, pour les éditions Actes Sud.

Petite présentation de l’intrigue de ce roman :

L’histoire se passe dans un orphelinat. L’héroïne, Aya, une adolescente, est la fille unique du directeur de l’orphelinat : elle est élevée parmi les autres enfants, avec cette différence que les autres enfants peuvent être adoptés et quitter l’orphelinat tandis que l’héroïne restera là jusqu’à la fin de ses études. Aya aime regarder, à la piscine, les plongeons de Jun, un des orphelins de son âge, qui lui inspire des sentiments forts et un élan vers la pureté. A contrario, l’héroïne aime aussi maltraiter une toute petite fille de l’orphelinat, Rie, âgée d’un an et demi environ, car elle prend plaisir à voir couler ses larmes et assouvit ainsi certaines tendances sadiques, en cachette de son entourage, et sachant que la fillette ne se plaindra pas. (…)

Mon humble Avis :

Il m’a semblé que ce court roman recelait des significations psychanalytiques profondes, en plaçant toute l’intrigue sous le signe de l’eau (la piscine, les larmes, la neige, la scène du lavage de maillots, la scène de la pluie), comme autant de moyens de purifier l’héroïne de ses penchants mi pervers mi idéalistes et Aya elle-même exprime plusieurs fois cette soif de pureté. Mais l’eau est aussi une référence au liquide amniotique, à la matrice originelle, ce qui prend un sens douloureux et crucial dans le contexte d’un orphelinat, où la plupart des enfants ont perdu leurs origines. Bizarrement, dans cet orphelinat, la personne qui semble la plus mal dans sa peau et la plus perdue est justement cette adolescente, la seule qui a encore ses parents, tandis que les autres orphelins sont relativement sereins. Ces parents, justement, bien qu’ils dirigent l’institution, sont assez fantomatiques dans cette histoire, réduits à quelques caractéristiques de surface, et on sent que l’adolescente leur en veut et qu’elle cherche des échappatoires en reportant son attention vers les autres enfants, qui sont à la fois ses semblables et ses opposés, enviés et méprisés, aimés et repoussés.
Un très beau portrait d’adolescente, tiraillée entre des élans paradoxaux, et un livre très subtil, riche de symboles, où chaque détail a sa signification et où chaque phrase ajoute sa nuance au tableau d’ensemble !

Un Extrait page 34

(…)
Le figuier qui avait été planté à l’emplacement du vieux puits ne donnait plus de figues depuis longtemps et il avait été détruit. A la place, il ne restait plus qu’un petit monticule de terre.
Rie jouait avec une petite pelle pour enfants au sommet de ce monticule. Je la surveillais de loin, assise sur une caisse de bouteilles de jus de fruits.
Ses jambes qui dépassaient sous sa robe de chambre étaient blanches et lisses comme une motte de beurre. Les cuisses des bébés, si différentes soient-elles, foncées et parsemées de taches, irritées par une éruption quelconque, ou couvertes de stries tellement elles sont potelées, attirent toujours mon regard. Les cuisses des bébés deviennent érotiques à force d’être sans défense, et semblent d’une fraîcheur étrange, comme si elles appartenaient à un autre être vivant.
(…)