Le Scorpion de Paul Bowles


Le scorpion est un recueil de treize nouvelles, dont les histoires se déroulent soit au Maghreb soit en Amérique Latine (Cuba, Caraïbes, jungles) et qui mettent presque toutes en scène l’incompréhension mutuelle entre un voyageur blanc, occidental, et les indigènes, arabes ou indiens, avec leurs cultures et coutumes qu’ils entendent préserver. Mais ces histoires ne sont jamais ni démonstratives ni manichéennes, et l’auteur examine ses personnages avec un regard froid et distant, sans prendre parti pour les uns ou les autres, comme si l’essentiel était de captiver le lecteur par un récit surprenant, et non pas de le convaincre de telle ou telle idée. Et il faut bien reconnaître que Paul Bowles ne cherche pas à rendre ses personnages sympathiques, bien au contraire, les blancs cherchent surtout à assouvir telle ou telle passion égoïste et essayent de corrompre les indigènes, tandis que ces derniers sont rusés, roublards, et volontiers violents.
Il y a d’ailleurs des scènes d’une cruauté insoutenable dans ce livre, et d’autant plus saisissantes qu’elles arrivent sans prévenir, qui font vraiment froid dans le dos mais ne durent pas très longtemps.
Il y a aussi des moments humoristiques, mais c’est un humour à froid, grinçant, qui semble préparer des événements plus inquiétants, comme dans la nouvelle Le Pasteur Dowe à Takaté, où un pasteur missionnaire essaye d’attirer les indigènes vers la religion chrétienne en leur passant à la messe des disques de jazz qu’ils adorent.
Beaucoup de nouvelles savent distiller un grand suspense, et paraissent très mystérieuses, ce qui tient le lecteur en haleine et fait travailler son imagination : à la fin de ces nouvelles, les principaux mystères sont éclaircis mais il reste encore quelques questions sans réponse, ce que j’ai beaucoup apprécié car ça pousse à se creuser la tête.
J’ai admiré également l’écriture très maîtrisée (et, en l’occurrence, la traduction de Chantal Mairot), et les descriptions très poétiques de paysages, comme par exemple dans la nouvelle La Vallée Circulaire, un conte fantastique particulièrement étrange et beau.

Paul Bowles est un écrivain américain, né en 1910, mort en 1999, également compositeur, qui fut ami de Gertrude Stein, et passa une grande partie de sa vie au Maroc.

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Le grand cahier d’Agota Kristof

J’ai longtemps hésité avant de me décider à écrire un article sur ce livre, d’une part parce que je ne l’ai pas aimé, et d’autre part parce qu’il ne m’inspirait aucune espèce d’idée. Et c’est même je crois ce que je n’ai pas aimé dans ce livre : il ne s’en dégage aucune réflexion sur le monde ou sur la vie.
Ce n’est qu’un récit, qui se veut horrifique : on est en temps de guerre (une guerre qui n’est pas déterminée historiquement ou géographiquement), ce qui est le prétexte à quelques tueries et à quelques viols. Les gens sont laids, méchants, hypocrites, voleurs, menteurs. Pédophilie, zoophilie, sado-masochisme semblent des pratiques courantes.
On se dit que l’auteur veut simplement nous montrer l’atrocité de la guerre et la monstruosité de l’humanité mais le trait est tellement appuyé et souligné qu’on finit par être un peu fatigué par cette histoire.
Voltaire, dans Candide, nous avait déjà prouvé que tout n’était pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais il y avait du moins une portée philosophique, qui m’a semblé absente ici.
Sur le versant positif, ce livre est extrêmement bien écrit, dans un style très concis, très froid, qui était à mon avis le seul possible étant donnée la teneur de l’histoire.
J’ai lu d’autres critiques du Grand Cahier sur d’autres blog, et l’un d’eux parlait de l’humour (noir) de ce livre : de mon côté je n’ai absolument vu aucune once de drôlerie et si j’ai trouvé une caractéristique qui pourrait définir le ton de ce roman ce serait plutôt le sordide.