Nuages Flottants de Fumiko Hayashi

nuages_flottantsUne jeune femme, Yukiko, quitte son pays – le Japon – pour aller travailler comme dactylo dans la ville vietnamienne de Dalat, où elle est employée par le Ministère des Eaux et Forêts. Arrivée là-bas, elle rencontre deux hommes : le premier, Kano, qui tombe amoureux d’elle sans que ce soit très réciproque, et le second, Tomioka, un homme marié dont la femme est restée au Japon, avec qui Yukiko vit une grande passion amoureuse. Mais le Japon perd la guerre et les japonais doivent évacuer le Vietnam. Yukiko rentre donc à Tokyo, Tomioka étant déjà parti avant elle, mais en lui promettant que, de retour dans leur pays, il divorcerait et l’épouserait.
Yukiko, qui n’a plus d’emploi, cherche à retrouver Tomioka mais, lorsqu’elle y parvient, tout a changé : ils ne sont plus aussi épris l’un de l’autre, ils ont perdu leurs illusions, le Japon est un pays vaincu et ils en sentent le poids. Tomioka voudrait rompre avec Yukiko mais il n’en a pas le courage. Yukiko voudrait revivre avec lui la même passion qu’ils avaient connue au Vietnam mais ses efforts restent vains.

Ce roman, dont les thèmes majeurs sont l’amour, la nostalgie, et l’échec, m’a paru être une oeuvre littéraire de très grande qualité. Le portrait du couple formé par Yukiko et Tomioka est absolument saisissant de vie : ils ont en général des réactions imprévisibles et se montrent extrêmement versatiles, passant successivement par tous les états d’âme.
L’histoire contée par Nuages Flottants est d’ailleurs assez décousue, comme la vie réelle peut l’être, et les événements arrivent par des coups du sort inopinés ou par de brusques impulsions des personnages, sans qu’ils aient réfléchi.
Ces personnages sont en errance, Yukiko a toujours quelque chose à fuir, on la sent toujours menacée, et Tomioka semble un personnage vide de volonté : ils ne savent pas vraiment où ils vont, ne savent pas pourquoi ils restent ensemble, ne savent pas ce qu’ils veulent et pourquoi ils agissent comme ils le font.

Ce beau et sombre roman est vraiment une oeuvre à découvrir !

La princesse et le pêcheur de Minh Tran Huy

Lam, une adolescente d’origine vietnamienne, rencontre lors d’un séjour linguistique en Angleterre, un vietnamien de son âge, Nam, réfugié en France depuis peu de temps. Elle est rapidement éprise de lui mais il ne voit en elle qu’une petite sœur. Une amitié solide se noue entre eux, pleine de non-dits. Malgré leurs origines vietnamiennes tout les sépare : elle est née en France dans un milieu privilégié, elle est douée pour les études, introvertie, alors que lui est un boat people, il vit dans une banlieue difficile, mène une existence chaotique et précaire, et est un garçon charmeur et affable.
Cette rencontre est l’occasion pour la jeune fille de s’interroger sur ses racines, de poser des questions à sa famille. Peu de mois après, elle fait un voyage au Vietnam avec ses parents et sa grand-mère, voyage qui répond à une partie seulement de ses interrogations, lui apportant surtout beaucoup d’éclaircissements historiques et culturels mais finalement peu de choses sur les sentiments de ses parents, qu’elle a du mal à se représenter.
Le récit est émaillé du début à la fin de contes et légendes vietnamiens, que l’adolescente recueille dans un carnet et qui sont tous d’une grande beauté – j’ai chaque fois ressenti beaucoup d’émotion à les lire.

Pendant les deux premiers tiers du roman j’ai trouvé que l’histoire trainait en longueur et que pas mal d’éléments étaient répétitifs : par ailleurs la construction de l’histoire est assez confuse et n’aide pas le lecteur à savoir s’il s’agit d’une réflexion sur les origines ou s’il s’agit d’une histoire d’amour qui peine à démarrer.
Et puis le dernier tiers trouve un rythme plus enlevé,  et la lecture devient plus facile.

J’ai assez apprécié ce livre – particulièrement pour les contes qu’il contient – mais la mise en place m’a semblé vraiment longue.

Extrait page 169 :

 » Quels qu’aient été les malheurs, tout s’apaise. Les blessés guérissent, quand bien même ils gardent une cicatrice de vingt centimètres de long. L’herbe reverdit, le soleil sèche la pluie et on balaie les ruines pour rebâtir sinon un palais, du moins une chaumière. Car bien sûr, rien ne vous est jamais totalement rendu. Retourner aux bonheurs d’autrefois est impossible, l’âge d’or demeure une idée, une chimère, un mensonge, la nostalgie, une impasse. Rien n’est ni ne redeviendra comme avant. Mais l’illusion est douce, qui surgit parfois lorsqu’on ne s’y attend pas, ou plus. »