Un poème d’amour de Victor Ségalen

J’ai trouvé ce poème d’amour dans la revue poétique Friches numéro 129 du printemps 2019 qui consacrait un petit dossier à Victor Segalen (1878-1919) à l’occasion du centenaire de sa mort.
Grand voyageur, médecin de la Marine, romancier, essayiste, auteur de théâtre, interprète et traducteur du chinois, mais aussi archéologue, Victor Segalen a déployé au cours de sa brève existence une multitude de talents et, en tant que poète, il est surtout connu pour son recueil Stèles.

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Mon amante a les vertus de l’eau
(Stèle « orientée »)

Il est impossible de recueillir l’eau répandue

Mon amante a les vertus de l’eau : un sourire clair, des gestes coulants, une voix pure et chantant goutte à goutte.
Et quand parfois – malgré moi – du feu passe dans mon regard, elle sait comment on l’attise en frémissant : eau jetée sur des charbons rouges.

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Mon eau vive, la voilà répandue, toute, sur la terre !

Elle glisse, elle me fuit ; – et j’ai soif, et je cours après elle.

De mes mains je fais une coupe. De mes deux mains je l’étanche avec ivresse, je l’étreins, je la porte à mes lèvres :

et j’avale une poignée de boue.

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Vous pourrez retrouver ce poème dans la revue Friches ou dans le recueil Stèles paru chez Poésie-Gallimard.