Deux poèmes de Vénus Khoury-Ghata

Ces deux poèmes sont extraits du recueil Gens de l’eau, publié en 2018 au Mercure de France.
Voici la note de l’éditeur sur ce livre :
Gens de l’eau chante la vie d’une communauté tel un mythe. En attendant le retour des hommes partis à la chasse, les femmes effacent leur douleur avec l’eau de la pluie. Tous les gens de la terre sont considérés comme des frères étranges, familiers et parfois menaçants.
Vénus Khoury-Ghata fait défiler avec talent les images concrètes et d’une beauté bouleversante. Dans ce nouveau recueil, elle livre une poésie ample, directe et quasi magique.

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Page 66

Accroupis sur la nuit d’août
les gens des terres creuses applaudissent à chaque chute d’étoile
l’univers disent-ils n’en a pas pour longtemps
les oiseaux qui assuraient l’équilibre entre le haut et le bas ont vieilli
l’horizon tangue à la moindre chute de feuille

un oiseau descendant d’une lignée prestigieuse suit les méandres
de sa plume sur ta page
comment choisir entre deux mots alors qu’il hésite à atterrir
la page est terre inhospitalière et la plume qui écrit fusil de chasseur.

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Page 89

Je t’écris parce que tu ne sais pas lire
que tu récites sans te tromper l’alphabet de la peur
que tu reconnais au toucher l’herbe nourricière
au flair la source en amont du filet d’eau

je t’écris pour te dire mon manque de ta main sur le ventre blanc
du bouleau
et de ton désarroi quand pâlissait le maïs

je t’écris sans écrire
les passants piétinent ce que j’écris
mes consonnes ont la peau rêche
mes voyelles sont nues
je t’écris pour éteindre le feu qui dévore mes doigts dès qu’ils
touchent ton nom.

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Lu dans le cadre du défi Autour du monde elles écrivent, pour le continent européen.

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Un beau poème de Vénus Khoury-Ghata

orizet_plus_belles_pagesJ’ai trouvé ce poème dans Les plus belles pages de la poésie tendre et sentimentale, une anthologie dirigée par Jean Orizet, livre dont j’avais déjà un peu parlé il y a quelques semaines.

Vénus Khoury-Ghata, une figure importante de la poésie contemporaine, est née au Liban en 1937.

à Yasmine

Tu es mon point du jour
mon île colorée en bleu
ma clairière odorante

Tu es ma neige volée
mon pétale unique
mon faune apprivoisé

Tu es ma robe de caresses
mon foulard de tendresse
ma ceinture de baisers

Tes cils épis de blé
tes gestes moulin à vent
et l’on pétrit le rire
dans la cuve de ta bouche

Tu es mon pain dodu
mon nid