Voyage à Yoshino de Naomi Kawase

Voyage à Yoshino, affiche

Dans le cadre de mon Mois Thématique sur les Femmes Japonaises, qui commence aujourd’hui, j’ai choisi de regarder ce film de la cinéaste Naomi Kawase.

Note technique sur le film :

Nationalité : Japonais
Date de sortie en France : Novembre 2018
Durée : 1h45
Couleur
DVD en VO sous-titrée français

Quatrième de Couverture :

Jeanne part pour le Japon, à la recherche d’une plante médicinale rare. Lors de ce voyage, elle fait la connaissance de Tomo, un garde forestier, qui l’accompagne dans sa quête et la guide sur les traces de son passé. Il y a 20 ans, dans la forêt de Yoshino, Jeanne a vécu son premier amour.

Après Les délices de Tokyo et Vers la lumière, Naomi Kawase délaisse l’environnement urbain et se concentre sur son thème de prédilection : la nature. Mystique et mystérieuse, l’immense forêt de Voyage à Yoshino trouve son incarnation en Juliette Binoche, symbole de la grâce et de la fragilité de la nature. A la fois un drame poétique sur la renaissance de soi-même mais aussi une réflexion écologiste sur la transmission de nos origines, on se laisse envoûter par ce voyage d’une beauté incomparable.

Note sur la réalisatrice :

Naomi Kawase, née en 1969, est une réalisatrice et scénariste japonaise qui s’est distinguée aussi bien pour ses fictions que pour ses documentaires autobiographiques. Elle fut primée au festival de Cannes, remportant le Grand Prix pour « La forêt de Mogari » en 2007 et le Prix du Jury œcuménique pour « Vers la lumière » en 2017. Elle a été plusieurs fois en compétition pour la Palme d’or dans les années 2010. (Source : Wikipédia résumé par mes soins).

Mon Humble avis :

J’ai eu du mal à m’intéresser à cette histoire invraisemblable et décousue : une française cherche une plante médicinale extrêmement rare, nommée « vision », qui aurait la propriété très désirable de supprimer la souffrance humaine, mais cela ne se produirait qu’une fois par millénaire (tous les 997 ans très exactement) à une température de 1000° et en relation avec les cigales, les nombres premiers et d’autres données ésotériques et mystérieuses qui me sont sorties de l’esprit. A un moment, le film flirte avec la romance, puis avec la spiritualité et avec l’écologie. Ensuite, j’avoue que j’ai perdu le fil : on voit apparaître des personnages qu’on ne connaît pas du tout et qui ont l’air d’avoir une certaine importance mais finalement on s’en fiche un peu car on attend le moment fatidique où la forêt va brûler (sans doute à 1000°), où la « vision » va répandre ses spores merveilleuses et effacer la souffrance humaine… Si on ajoute à cela les sourires béatement illuminés de Juliette Binoche et les mines sombrement renfrognées de Masatoshi Nagase (le garde forestier), vous aurez une idée de la torpeur dans laquelle j’ai sombré.

Mais je voudrais souligner, sur un versant plus positif, que ce film vaut essentiellement pour ses belles images : la forêt est filmée avec beaucoup de grâce et de poésie, les effets de lumières, les nappes de brumes ou les reflets des surfaces aquatiques sont particulièrement soignés et sophistiqués, les acteurs et actrices sont tous très beaux et ont des mouvements très grâcieux (dans certaines scènes de danse, notamment). Ce côté esthétisant, lent et contemplatif pourra en agacer certains mais en ce qui me concerne j’ai plutôt apprécié cette atmosphère apaisante, relaxante, en laissant un peu tomber l’histoire qui m’ennuyait. Quant à savoir si c’est vraiment le rôle d’un film de détendre le spectateur sans lui donner tellement de motif de réflexion ou de bouleversement intérieur, je dirais que c’est assez succinct à mon goût mais que chacun jugera selon ses propres aspirations…

Pour un Herbier de Colette

Ce livre m’a été offert par Goran du blog des livres et des films – et je souhaite lui rendre hommage à travers cet article. Comme il s’agit d’un magnifique cadeau, je ne résiste pas à l’envie de vous en montrer quelques illustrations – par Raoul Dufy – et de vous parler du texte extrêmement poétique, imagé et aromatique de Colette.

Note sur Colette :

Gabrielle Sidonie Colette (1873-1954) est une femme de lettres française, également mime, comédienne et journaliste. Elle est l’une des plus célèbres romancières françaises du 20è siècle. Membre de l’Académie Goncourt à partir de 1945. Elle reçoit des obsèques nationales.

Note sur Raoul Dufy :

Né en 1877, mort en 1953. Il est d’abord influencé par le Fauvisme, puis par le Cubisme et est fortement impressionné par Cézanne. Le grand couturier des années 1910-1930, Paul Poiret, fait appel à lui pour la création de motifs de tissus. Après la guerre 14-18, ses couleurs deviennent plus éclatantes et son dessin plus souple. Il voyage dans plusieurs pays du Sud, Italie, Maroc, Espagne. Il réalise pour l’Exposition Universelle de 1937, La Fée Electricité, qui était à l’époque le plus grand tableau du monde (624 m2). Il illustre plusieurs livres, Les Nourritures terrestres de Gide en 1949 et L’Herbier de Colette en 1950. (Source : Wikipédia)

Mon Humble Avis :

Dans ce livre, Colette passe en revue les différentes sortes de fleurs, des plus communes aux plus sophistiquées, et consacre à chacune d’entre elle un chapitre particulier qui ressemble souvent à un poème en prose. L’écrivaine fait pour ainsi dire le portrait de ces différentes plantes, un portrait sensuel où sont convoquées les textures des pétales et des feuillages, les couleurs, les parfums, et tous les petits détails descriptifs que Colette sait admirablement représenter, à la manière d’un peintre.
Mais, au-delà du côté purement botanique et « leçon de choses » à la mode d’autrefois, elle nous parle aussi de culture et de littérature, de la manière dont tel graveur ou tel poète ont chanté la tulipe ou la rose, de la façon dont la mode a pu s’emparer de telle espèce de fleur, des traditions campagnardes encore assez vivaces pour perpétuer la connaissance des « plantes médicinales », de la vente du muguet le premier mai et des rituels qui l’accompagnent, etc.
C’est aussi une évocation de Colette elle-même et de ses goûts personnels, de son caractère fort, épris de beauté et curieux de ce qui l’entoure. Au moment où elle a écrit ce livre, elle avait déjà soixante-dix-huit ans et il ne lui restait que trois ans à vivre, mais son style très vif, poétique, savoureux et alerte ne laisse pas du tout deviner la plume d’une très vieille dame.

Un Extrait page 26

Orchidée

Je vois un petit sabot pointu, bien pointu. Il est façonné d’une matière verte comme le jade, et sur le nez du sabot est peinte, en couleur marron, une minuscule figure d’oiseau nocturne, deux grands yeux, un bec. A l’intérieur du sabot, tout le long de sa semelle, quelqu’un – mais qui ? – a semé une herbe d’argent, inclinée. La pointe du sabot n’est pas vide, une main – mais laquelle ? – y versa une goutte miroitante, vitrifiée, étrangère à l’aiguail naturel comme à la rosée artificielle que vaporisent les fleuristes. Je l’ai recueillie sur la pointe aiguë de la lame-à-tout-faire, ma servante à qui nulle besogne ne répugne, qui taille les crayons, pèle les châtaignes, coupe en rectangles le papier pervenche et en rondelles les radis noirs. Cette goutte, translucide et figée, je l’ai mangée pour la mieux connaître. Aussitôt mon meilleur ami a élevé la voix et les bras : « Malheureuse ! » s’écria-t-il. Il ajouta d’excellentes paroles touchant les poisons végétaux de la Malaisie et la fabrication, à jamais mystérieuse, du curare. En attendant les affres qu’il me promettait, la grosse loupe m’aidait à déchiffrer l’orchidée. (…)

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Pour un herbier de Colette est paru en 2021 chez les éditions Citadelles et Mazenod. Comme il est précisé à la fin de ce livre, « Cet ouvrage est un fac-similé de l’édition originale de luxe éditée par Henry-Louis Mermod en 1951 »

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Les Enfants verts d’Olga Tokarczuk

J’ai lu ce très court roman (96 pages) pour le Mois de l’Europe de l’Est de Patrice, Eva et Goran.
Olga Tokarczuk (née en 1962) est une écrivaine polonaise qui a obtenu en 2018 Le Prix Nobel de Littérature pour l’ensemble de son œuvre. Ses romans les plus connus sont Les Pérégrins (2007), Sur les ossements des morts (2009), Les livres de Jakob (2014), etc.
Ne connaissant pas encore l’œuvre d’Olga Tokarczuk, je souhaitais m’en faire une première idée à travers un livre court, en guise d’essai « pour voir ».

Voici la présentation de l’éditeur

Un petit conte philosophique et historique

Au XVIIe siècle, William Davisson, un botaniste écossais, devenu médecin particulier du roi polonais Jean II Casimir, suit le monarque dans un long voyage entre la Lituanie et l’Ukraine. Esprit scientifique et fin observateur, il étudie les rudesses climatiques des confins polonais et les coutumes locales. Un jour, lors d’une halte, les soldats du roi capturent deux enfants. Les deux petits ont un physique inhabituel : outre leur aspect chétif, leur peau et leurs cheveux sont légèrement verts…

Mon humble avis :

C’est un conte agréable à lire, où les notions de centre et de périphérie servent de fil conducteur. Le narrateur, un homme de science à l’esprit rationnel et cultivé, est un européen que l’on pourrait qualifier de cosmopolite : originaire d’Ecosse, il a passé quelques temps à la Cour de France qui était alors considérée comme le Centre du monde civilisé : à partir de ce foyer rayonnaient les idées, les modes, les artistes, les livres les plus appréciés, les hommes les plus estimés. Ce narrateur, William Davisson, se retrouve médecin à la Cour de Pologne, un pays en proie à la guerre, et il juge ces régions avec une certaine sévérité. Il les trouve assez arriérées, sauvages, peu accueillantes, surtout en comparaison de la brillante Cour française.
C’est dans ce contexte qu’il découvre les deux enfants verts, qui sont des sortes d’hybrides entre l’humain et le végétal, d’une étrangeté totale. On peut les voir comme le prototype le plus extrême de l’étranger, à la fois fantasmé et incompréhensible, totalement différent mais semblable sur bien des points, et doté de pouvoirs tantôt merveilleux tantôt effrayants, source de tous les périls.
J’ai bien aimé l’atmosphère que l’autrice fait planer sur ce livre, tout semble verdâtre, humide, spongieux, et en même temps les choses sont imprégnées d’une douceur mystérieuse.
Un conte qui a assurément beaucoup de charme et qui m’a donné envie de lire d’autres livres de cette écrivaine, car celui-ci est un peu trop court pour vraiment s’installer dans son univers.

Un Extrait page 53 :

Avec le temps la fillette m’accorda sa confiance et me laissa, un jour, l’examiner sans opposer la moindre résistance. Nous étions assis au soleil devant l’entrepôt. La nature avait repris vie, l’omniprésente odeur d’humidité avait disparu. Délicatement, je tournai le visage de la fillette vers le soleil et je pris dans mes mains quelques mèches de ses cheveux. Elles semblaient chaudes, laineuses. En les humant, je pus constater qu’elles sentaient la mousse. On aurait dit que sa chevelure était couverte de lichen ; vue de près, sa peau aussi était comme parsemée de petits points vert sombre, que j’avais d’abord pris pour de la crasse. Surpris au plus haut point, Opalinski et moi supposions même que si la petite se dénudait au soleil, c’était parce que, à l’instar des particules végétales dépendant de la lumière du soleil, elle aussi s’alimentait essentiellement par la peau et pouvait donc se contenter de quelques miettes de pain. (…)

Les Enfants Verts étaient parus en 2016 aux éditions de la Contre-allée, dans une traduction française de Margot Carlier.