Ode à l’école du soir, de Jean Follain

Ce poème est extrait du recueil Usage du temps, plus exactement de La Main Chaude (1933), disponible chez Poésie/Gallimard.
Jean Follain (1903-1971) était ami de Salmon, Reverdy, Mac Orlan, Fargue, et s’est toujours tenu à l’écart du groupe surréaliste.

***

Ode à l’école du soir

Employés et manouvriers
s’en vont à l’école du soir
quand la peau des femmes est plus douce
et que les enfants translucides
tracent les dernières marelles
aux carrefours couleur de rose
et par-delà la ville s’étendent
des archipels de villages
remplis aussi d’écoles du soir ;
au haut d’un arbre l’idéal
chante par la voix d’un oiseau,
lentement les rivières coulent,
un fantassin sur un pont d’or
baise aux joues la servante blanche,
douceurs de vivre, ô serpents
emmêlés dans la pourpre vaine,
de lourds passés meurent au ciel ;
qu’Eve à jamais rendit amère
la lourde beauté du feuillage,
mais l’Ecole du soir dans ses bras
de République fortunée
recueille les grands apprentis sages.

JEAN FOLLAIN

***