Les Ecrivements de Matthieu Simard

couverture chez Alto

Pour le défi de lecture de ce mois de décembre 2020, organisé par Madame lit, il fallait lire un roman lauréat du Prix Littéraire France-Québec et j’ai souhaité y participer, par curiosité pour cette littérature québécoise que les Français connaissent souvent mal (et moi la première !).

Le prix littéraire France-Québec est un prix littéraire remis annuellement par l’association France-Québec, et qui a pour but de faire connaître aux lecteurs français la littérature québécoise. Il prend la suite du prix Philippe-Rossillon, créé en 1998 et nommé en mémoire du diplomate et militant de la Francophonie Philippe Rossillon (1931-1997). Depuis 2006, le prix est parrainé par Patrick Poivre d’Arvor. (Source : Wikipédia)

Les Ecrivements de Matthieu Simard ont obtenu le Prix Littéraire France-Québec en 2019.

Quatrième de Couverture :

Les traces de pas dans la neige finissent toujours par disparaître, comme des souvenirs qu’on est forcé d’oublier, soufflés par le vent ou effacés par le soleil. Celles de Suzor, parti un soir de décembre 1976, n’existent plus depuis longtemps. Pourtant, Jeanne les voit encore chaque jour par la fenêtre du salon.

Pendant quarante ans, elle s’est promis de ne jamais le chercher, mais lorsqu’elle apprend qu’il est atteint d’alzheimer, sa promesse ne tient plus : elle doit retrouver Suzor avant qu’il oublie.

Dans un Montréal enneigé, aidée par une jeune complice improbable, Jeanne retracera le chemin parcouru par Suzor et devra, pour ce faire, revisiter leur passé. La famille qu’ils n’avaient pas. Leur jeunesse en solitaire. Le voyage en Russie dont elle porte encore les cicatrices. Le trou dans le mur de la cuisine. Le carnet que la petite n’avait pas le droit de lire. Les boutons trouvés sur le trottoir.

«Je ne veux pas être la seule condamnée au souvenir de nos bonheurs », dira Jeanne dans ce doux roman sur les caprices de la mémoire, sur ces choses qu’on oublie sans le vouloir et celles qu’on choisit d’oublier.

(Source : Site de l’éditeur)

Mon humble Avis :

J’ai terminé ce livre hier soir et je suis embarrassée pour en parler car très mitigée.
D’un côté, il y a de jolies choses dans ce livre, des réflexions sur l’amour, sur la vieillesse ou sur la mémoire que j’ai trouvées émouvantes. Ce personnage de vieille dame sans famille et sans enfant, mais au caractère combattif et au cœur généreux, et qui semble avoir tout sacrifié à son amour pour Suzor, est plutôt attachant et même touchant par moment, avec une certaine complexité.
De même, dans les points appréciables, je dirais que l’histoire est bien ficelée, que le suspense est assez soutenu pour nous inciter à tourner les pages jusqu’au bout, et que ce livre est agréable à suivre dans l’ensemble, si on n’en demande pas trop à la littérature.
Et c’est là que ça coince un petit peu : j’ai sans doute un peu trop d’exigence, parfois, avec les livres, mais celui-ci n’a pas tout à fait comblé mes attentes de lectrice.
Certaines choses sont cousues de fil blanc dans cette intrigue, artificielles, ou invraisemblables – et les événements visent tous un peu trop la corde sensible du lecteur pour lui tirer une petite larme d’attendrissement ou un petit frisson d’effroi.
Qu’un auteur cherche à émouvoir son lecteur, quoi de plus normal, me direz-vous ? C’est vrai, mais il y a des émotions plus ou moins faciles ou raffinées à obtenir par la littérature.
Disons aussi que le personnage de Fourmi, l’adolescente mal dans sa peau, est particulièrement stéréotypé et agaçant, et que la vieille dame ne craint pas, à son contact, certains clichés ou bons sentiments.
Je regrette que cette chronique sur un livre québécois ne soit pas très positive, car j’attendais beaucoup de cette lecture.
Mais je ferai certainement d’autres incursions dans cette littérature riche et intéressante, un prochain jour.

Un Extrait page 116 (pris au hasard) :

Je ne peux pas passer le peu de jours qu’il me reste à chercher Suzor. Il m’a volé ma jeunesse, il ne me volera pas ma vieillesse aussi. J’ai envie de lui chuchoter « adieu ».

Je pleure sans larmes, j’ai laissé toute l’eau de mon corps dans le passé. Des sanglots secs. Je dois me cacher. J’enfonce ma tête encore plus creux dans mes cuisses en espérant la faire disparaître. Fourmi, mal à l’aise devant ma peine, touche à tout, piétine sur place.

– Qu’est-ce que je suis venue faire ici, moi ? Je veux plus être là. Je veux rentrer chez moi.

– D’accord, petite. On va rentrer. C’était une erreur.

Elle se redresse, l’air fâché. Elle frappe du poing ce qu’il reste du bureau de Suzor.

– Vous me faites chier, Mamie !

– Pardon ?

(…)

La Musique d’Une Vie, d’Andreï Makine

J’ai voulu lire ce roman d’Andreï Makine pour le défi de l’Europe de l’Est d’Eva, Patrice et Goran, et puis je me suis rendu compte que cet auteur est français depuis bien longtemps (1996), lui qui a reçu le Prix Goncourt en 1995 et qui a été élu à l’Académie Française en 2016.
D’un autre côté, cette histoire a pour cadre l’Union Soviétique de Staline et porte sur l’histoire et le peuple russes un regard très familier et solidaire, fraternel.
Je laisse donc à Eva, Patrice et Goran le soin de décider si La Musique d’une Vie peut participer au défi …

Voici la Quatrième de couverture :

Au cœur de la tempête, dans l’immensité blanche de l’Oural, des voyageurs transis attendent un train qui ne vient pas. Alors que s’étire cette nuit sans fin, un vieux pianiste remonte le fil de son histoire, des prémisses d’une grande carrière au traumatisme de la guerre.
Guidés par une musique intérieure, les souvenirs d’Alexeï nous révèlent la force indomptable de l’esprit russe.

Le début de l’Histoire :

Dans une gare, la nuit, le narrateur rencontre un homme déjà assez âgé, un pianiste, qui lui raconte son histoire. Dans sa jeunesse, pendant les années 30, il était promis à un brillant avenir de concertiste mais la répression stalinienne a fait dévier son destin d’une manière bien différente. Il a dû se cacher pour échapper à une arrestation. Puis, au moment de la guerre, il a usurpé l’identité d’un soldat mort et a endossé ce destin militaire avec courage. Il était contraint d’oublier son passé, la musique, sa famille – autant d’éléments qui auraient pu trahir sa vraie identité et l’envoyer pour longtemps au goulag. Il s’est habitué aux horreurs de la guerre, a appris à ne pas trop s’attacher aux êtres et aux choses. (…)

Mon Avis :

C’est un livre très dur, réaliste, mais que l’écriture ciselée et poétique rend malgré tout très agréable. Dans ce roman, les paysages sont hostiles, le pouvoir politique est implacable, et les êtres humains sont marqués par l’égoïsme et la froideur. Le personnage principal du vieux pianiste a renoncé à être lui-même pour survivre, s’est renié lui-même en tournant le dos à son talent, et on ne peut s’empêcher de penser que sa vie est absurde, en tout point opposée à celle qu’il devrait mener normalement. C’est bien sûr le Cours de l’Histoire – la terreur stalinienne, puis la deuxième guerre mondiale – qui a broyé cet homme, sa carrière et sa vie affective. Mais cette histoire tragique nous est contée sans aucun pathos, et même avec une douceur d’autant plus poignante.
Un beau et grand roman, que je conseille chaudement !

***

Extrait page 48 :

Alexeï quittait l’allée principale pour prendre un raccourci quand soudain se détacha d’une rangée d’arbres une silhouette qu’il reconnut tout de suite : leur voisin, un retraité qu’on voyait souvent assis dans la cour, penché sur un échiquier. A présent, il avançait d’un pas pressé et bizarrement mécanique, venait droit à sa rencontre et, pourtant, semblait ne pas le remarquer. Alexeï s’apprêtait déjà à le saluer, à lui serrer la main, mais l’homme sans le regarder, passa outre. C’est au tout dernier instant de cette rencontre manquée que les lèvres du vieillard bougèrent légèrement. Tout bas, mais très distinctement, il souffla : « Ne rentrez pas chez vous. » Et il marcha plus vite, tourna dans une étroite allée transversale. (…)