La lune et le cyprès, un poème de Sylvia Plath

sylvia_plath_arielJ’ai trouvé ce beau poème dans le recueil Ariel, qui est la dernière œuvre de Sylvia Plath, écrite quelques mois avant sa mort en février 1963, et non publiée de son vivant.

La lune et le cyprès

Cette lumière est celle de l’esprit, froide et planétaire,
Et bleue. Les arbres de l’esprit sont noirs.
L’herbe murmure son humilité, dépose son fardeau de peine
Sur mes pieds comme si j’étais Dieu.
Une brume capiteuse s’est installée en ce lieu
Qu’une rangée de pierres tombales sépare de ma maison.
Je ne vois pas du tout où cela peut mener.

La lune n’offre aucune issue, c’est un visage morne
D’une blancheur d’os effroyable.
Elle traine derrière elle l’océan comme un crime obscur ; elle est calme,
Trou béant de désespoir total. J’habite ici.
Deux fois tous les dimanches les cloches ébranlent le ciel –
Huit langues puissantes annoncent la Résurrection.
A la fin, seul vibre le son grave de leur renommée.
Le cyprès se dresse alors, gothique.
Aux yeux levés sur lui, il désigne la lune.
La lune est ma mère. Elle n’a pas la patience de Marie.
Son vêtement bleu laisse échapper chauves-souris et hiboux.
Je voudrais tellement pouvoir croire à la tendresse –
Au visage de cette effigie, adouci par la lueur des cierges,
Qui poserait sur moi son regard bienveillant.

Je suis tombée de trop haut. Des nuages fleurissent,
Mystiques et bleus, à la face des étoiles.
Dans l’église les saints doivent être tout bleus,
A frôler les bancs glacés de leurs pieds délicats,
Et leurs mains et leur visage tout engourdis de sainteté.
La lune ne voit rien de tout cela. Elle est chauve, elle est cruelle.
Et le message du cyprès n’est que ténèbres – ténèbres et silence.

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La traversée, un poème de Sylvia Plath

plath_arbresPour ce mois de mars – qui commence à peine – j’ai décidé de mettre particulièrement en valeur les écrivains femmes : poétesses et romancières seront donc à l’honneur dans les quatre prochaines semaines. Bien sûr, je ne m’interdirai pas pour autant de publier un article sur un artiste masculin si je fais une découverte marquante pendant ce mois, mais disons que les femmes représenteront la grande majorité de mes intérêts.

Je commence donc aujourd’hui par Sylvia Plath ! Le poème La traversée dont je vous propose la lecture est extrait du recueil Arbres d’hiver publié chez Poésie/Gallimard. Ce poème date, d’après les notes de Gallimard, du mois d’avril 1962, c’est-à-dire un an avant le suicide de la poétesse, et à la période où Sylvia Plath était particulièrement inspirée, créant à ce moment-là ses œuvres les plus abouties.
Ce poème a été traduit de l’américain par Françoise Morvan et Valérie Rouzeau.

La Traversée

Lac noir, barque noire, deux silhouettes de papier découpé, noires.
Jusqu’où s’étendent les arbres noirs qui s’abreuvent ici ?
Leurs ombres doivent couvrir le Canada.

Une petite lumière filtre des fleurs aquatiques.
Leurs feuilles ne souhaitent pas que nous nous dépêchions :
Elles sont rondes et plates et pleines d’obscurs conseils.

Des mondes glacés tremblent sous la rame.
L’esprit de noirceur est en nous, il est dans les poissons.
Une souche lève en signe d’adieu une main blême ;

Des étoiles s’ouvrent parmi les lys.
N’es-tu pas aveuglé par de telles sirènes sans regard ?
C’est le silence des âmes interdites.

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Dimanche chez les Minton de Sylvia Plath

plath_dimanche J’ai choisi de lire Dimanche chez les Minton de Sylvia Plath parce que j’avais gardé un excellent souvenir de son roman autobiographique La Cloche de Détresse, qui parlait de son expérience de la dépression.
Ici, l’atmosphère est tout à fait différente, ne serait-ce que parce qu’il s’agit d’un recueil de nouvelles, dont la forme brève donne une plus grande impression de légèreté.

Sur ces cinq nouvelles, trois m’ont particulièrement touchée :
Dans la boîte à souhaits : une femme jalouse son mari parce qu’il fait chaque nuit des rêves passionnants, tandis qu’elle-même ne se souvient presque jamais de ses rêves. Elle commence à broyer du noir, à faire des complexes sur son manque d’imagination (…)
Dans le jour où Mr Prescott est mort : une mère et sa fille adolescente, la narratrice, vont chez les Prescott, une famille de leur connaissance, dont le père est mort. Elles sont ainsi associées à la veillée du corps. Mais personne n’a de chagrin car Mr Prescott était un vieillard grincheux, et chacun cherche à sauver les apparences, comme s’il s’agissait d’un jour très triste.
Dans dimanche chez les Minton : un frère et une sœur, Henry et Elizabeth Minton, tous les deux retraités, vivent sous le même toit mais ont des caractères radicalement opposés : Henry est un homme pointilleux et rationnel, tandis qu’Elizabeth est distraite et rêveuse, et voudrait échapper à l’ascendant de son frère.
Dans ces trois nouvelles, le personnage principal est décalé par rapport à son entourage, et se sent seul par rapport à une réalité qui lui étrangère. Ce personnage subit une situation sans parvenir à s’en extraire.
Dans la boîte à souhaits, c’est son manque d’imagination qui mine l’héroïne, dans dimanche chez les Minton, c’est l’excès d’imagination d’Elizabeth qui, probablement, encombre trop sa vie et ses pensées et la rend passive face au réel.
J’ai aimé l’écriture de Sylvia Plath, avec souvent des comparaisons très belles, et une manière de mener ses histoires et ses personnages sans jamais forcer le trait.

Une lecture rapide et assez agréable.