Dimanches d’août, de Patrick Modiano

modiano_dimanches Je vais essayer de raconter un peu l’histoire narrée par ce roman mais ce ne sera pas facile car il y a de nombreux retours en arrière et l’origine de l’histoire – sur laquelle nous nous posons des questions pendant tout le roman – n’est finalement exposée qu’à la toute fin du livre. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié ce savant découpage de la narration, qui réussit à créer un peu le même genre de suspense que dans un roman policier. Il y a du reste pas mal de points communs avec un roman policier : des personnages troubles, des fausses identités, un vol de diamant, un accident de voiture louche, la disparition d’une femme, mais, pour autant, il ne s’agit en rien d’un roman policier mais plutôt d’une promenade dans la vie du narrateur, et surtout dans ses sentiments et dans sa mémoire.

Le début de l’histoire, donc, le voici : le narrateur vit depuis plusieurs années à Nice et, un beau jour, il croise Villecourt qui est devenu marchand ambulant de manteaux en cuir. Nous comprenons que Villecourt a eu un rôle néfaste dans le passé du narrateur, et qu’ils ont en commun d’avoir aimé la même femme, une certaine Sylvia. Nous comprenons qu’une sombre histoire a lié ces trois personnages sur les bords de Marne, sept ans auparavant, que Sylvia a sans doute quitté Villecourt pour le narrateur, et que les deux hommes ont sans doute des raisons de s’en vouloir mutuellement. Bientôt nous croiserons les Neal, un couple de diplomates américains, qui vont lier connaissance avec le narrateur et le sortir de sa pesante solitude. (…)

Mon avis : J’ai vraiment beaucoup aimé l’ambiance de ce livre, très mystérieuse, qui se déroule à Nice en hiver, et qui nous offre de belles descriptions de la Promenade des Anglais où une population huppée et oisive flâne sans but réel. Le narrateur sort surtout la nuit, ce qui est également l’occasion de belles descriptions des cafés illuminés et des groupes de fêtards qui accentuent la solitude du narrateur.
J’ai aussi beaucoup aimé la manière dont l’histoire est racontée, qui ménage un suspense intense et donne vraiment envie de ne pas lâcher le livre.
Quant aux personnages, j’ai trouvé qu’ils avaient une complexité intéressante et que la présence de nombreux dialogues réalistes contribuait à leur donner une réelle épaisseur.

Un beau livre, qui par ailleurs se lit facilement car il est court et dense.

Le troisième homme de Graham Greene

Durant l’immédiate après-guerre, Vienne est divisée entre les quatre grandes puissances victorieuses : américaine, britannique, russe et française, la cinquième zone, centrale, l’Inner Stadt, étant sous contrôle international.
C’est dans ce décor qu’arrive l’auteur de westerns Rollo Martins, sur invitation de son meilleur ami, Harry Lime, auquel il voue une admiration sans bornes. Mais, arrivé dans la ville, il apprend que Lime vient de mourir, renversé par une voiture, et que son enterrement a lieu le jour même.
Au cimetière, il fait connaissance de la jeune maîtresse de Lime, Anna, et ne tarde pas à en tomber amoureux. Il ignore cependant que, depuis son arrivée à Vienne, il est sous l’étroite surveillance de la police, qui cherche à démanteler un réseau de trafiquants de pénicilline dont Harry Lime faisait très certainement partie.
Rollo Martins, de son côté, mène une enquête auprès des témoins de l’accident dont Lime a été victime et aboutit à la conclusion que cet accident est en réalité un assassinat.

Mon avis : c’est un roman efficace, qui tient parfaitement en haleine le lecteur en le menant de rebondissements en rebondissements et de surprises en surprises.
On sent bien sûr que cette histoire a été écrite pour le cinéma car beaucoup d’images fortes sont suscitées par ce livre : nombreuses scènes mystérieuses et nocturnes, scène de la rencontre à la grande roue du Prater, scène de la poursuite dans les égouts, scènes au cimetière : même quand on n’a pas vu le film toutes ces scènes sont très visuelles et s’imposent à l’imagination.
Le style d’écriture est donc plutôt réaliste, descriptif, entrecoupé de nombreux dialogues, comme c’est en général le cas dans les scénarios. Mais l’écriture est travaillée comme celle d’un véritable roman.
Plusieurs scènes m’ont semblé faire preuve d’un assez grand sens de l’humour, particulièrement celle où Rollo Martins – auteur d’histoires de cowboys – est pris pour un écrivain homonyme, au style raffiné et affecté, et est invité à une conférence où il doit répondre à des questions sur James Joyce ou Virginia Woolf. J’ai trouvé intéressant et drôle que Graham Greene s’amuse ainsi de la différence entre la « petite » et la « grande » littérature et préfère, finalement, la première.