La Montagne Magique de Thomas Mann (2è moitié)

Couverture au Livre de Poche

J’avais déjà fait paraître ici, en octobre dernier, un billet sur la première moitié de « La Montagne Magique » et voici une chronique après lecture de la deuxième moitié.
Vous pourrez vous reporter à mon premier article pour le résumé du début de l’histoire et les renseignements pratiques sur le livre.

La Suite de l’histoire

Cette deuxième moitié est tout à fait passionnante et il se passe beaucoup plus de choses que dans les six-cents premières pages. Plusieurs personnages importants apparaissent successivement : le jésuite Naphta, très brillant sur le plan intellectuel, devient le contradicteur habituel de l’humaniste et franc-maçon italien Settembrini. Naphta est à la fois communiste, religieux, doloriste, terroriste et il représente l’obscurantisme et les forces néfastes de l’esprit, sous une apparence séduisante et mûrement réfléchie. Entre les deux philosophies antagonistes que Naphta et Settembrini défendent, Hans Castorp hésite et n’est finalement convaincu par aucune des deux. Il en a d’ailleurs la révélation soudaine lors d’une randonnée à ski, en solitaire, au cours de laquelle il se fait surprendre et ensevelir par une violente tempête de neige. Croyant sa dernière heure arrivée, Hans Castorp est pris dans des visions oniriques et merveilleuses qui dégénèrent bientôt en images cauchemardesques et il finit par percevoir une vérité frappante et fugitive. Un autre personnage important qui va apparaître est Mynheer Peeperkorn. Nouvel amant de Clawdia Chauchat, qui est revenue avec lui au sanatorium, il est un sexagénaire charismatique et d’une carrure imposante, mais pas très intelligent et peu doué pour les discours. Malgré tout, sa prestance et sa force physique suffisent à rendre tout à fait insignifiantes les joutes verbales des deux pauvres Settembrini et Naphta, qui sont relégués aux rôles de figurants. Hans Castorp est subjugué par Peeperkorn et ils deviennent de proches amis, au point que Clawdia Chauchat passe nettement au second plan. (…)

Mon humble Avis

J’ai eu l’impression que Thomas Mann voulait, avec ce livre, aborder TOUS les sujets imaginables car les thèmes sont innombrables et il parle même de sciences occultes et de séances de spiritisme, de l’hypnose, il fait intervenir des fantômes, il évoque longuement l’invention du phonographe et des disques (avec ses préférences musicales et ses opéras favoris), il nous parle de l’apprentissage du ski, de l’amour, de l’amitié, de l’ennui (qu’il appelle inertie), des jeux de cartes, de l’antisémitisme, de la violence, de la guerre de 14, etc.
J’ai quelquefois pensé à Proust en lisant ces pages car il y a ici aussi une recherche du temps perdu, un désir de rentrer dans le détail de chaque instant vécu et d’observer le monde à la loupe, dans toutes ses manifestations physiques, climatiques, psychiques, historiques, ce qui a parfois un effet vertigineux et aussi fascinant. Thomas Mann déclare d’ailleurs à plusieurs moments que ce roman est un livre sur le temps et il analyse les rapports de la littérature et du temps, ce que j’ai trouvé insolite et très enthousiasmant.
Cette deuxième partie du roman réserve aux lecteurs plusieurs moments de grande surprise et sans doute plus d’émotions fortes que la première partie, où les personnages s’installent lentement et sagement dans cette longue histoire.
Les dernières pages du livre m’ont bouleversée, et je ne m’attendais pas à un tel dénouement.

Un Extrait page 831

(…) Un morceau de musique intitulé Valse de cinq minutes dure cinq minutes, c’est son seul et unique rapport au temps. Et pourtant, une narration dont le contenu s’étendrait sur une période de cinq minutes pourrait, quant à elle, en remplissant ces cinq minutes avec une minutie hors du commun, durer mille fois plus longtemps, tout en étant d’une divertissante concision, alors qu’elle serait affreusement languissante, auprès du temps de la fiction. D’autre part, il est possible que le temps inhérent au contenu excède grandement la durée de la narration elle-même, vue en raccourci – et si nous parlons de raccourci, c’est pour évoquer l’aspect illusoire, ou, disons-le très clairement, morbide, qui s’y rapporte sans contredit : en l’occurrence, la narration a recours à un sortilège occulte et à une perspective temporelle supérieure qui rappellent certains cas anormaux de l’expérience réelle, relevant nettement du surnaturel. On détient des écrits d’opiomanes attestant que le toxicomane, durant le bref temps de l’extase, fait des rêves dont la dimension temporelle s’étend sur dix, trente, voire soixante ans, outrepassant même toutes les possibilités humaines d’expérience du temps. (…)

Une immense sensation de calme de Laurine Roux

Note pratique sur le livre :

Genre : Premier roman
Editeur : Folio (et éditions du Sonneur)
Nombre de pages : 131

Note sur l’écrivaine

Laurine Roux, née en 1978, est professeure de Lettres modernes dans les Hautes-Alpes et écrivaine. Son premier roman, « Une immense sensation de calme », a été récompensé par le Prix SGDL Révélation 2018. Elle écrit également des nouvelles et de la poésie. Le prix international de la nouvelle George-Sand lui a été remis en 2012. (Source : éditeur)

Quatrième de Couverture :

 » Cela dure un instant ou de longues minutes, je ne saurais le dire. Le regard d’Igor abolit mon être. Partout dans mon corps mille particules soulèvent mes membres, et c’est à la fois de la peur et de la glace, du miel et de la lavande. « 

Au cœur d’une étendue enneigée, une jeune fille rencontre Igor, un être aussi étrange que magnétique. Presque sans échanger un mot, elle va le suivre à travers une nature souveraine et hostile, portée par ce que la jeunesse a d’insolence. Mais plus elle semble proche d’Igor, plus le mystère qui l’entoure s’épaissit. Jusqu’à ce qu’une tempête les précipite tous deux dans la tourmente, révélant les légendes et les souvenirs de ceux qu’illumine le côtoiement permanent de la mort et de l’amour.

Mon humble avis :

Je suis passée par plusieurs phases au cours de la lecture de ce roman. D’abord un agacement étonné puis un certain plaisir puis, de nouveau, un léger agacement teinté de lassitude et, enfin, de la sérénité pour clore les tout derniers chapitres.
Il m’a semblé que l’autrice essayait de mélanger en une seule histoire des éléments disparates qui ne s’articulent pas très bien entre eux : du fantastique, des éléments de « fantasy », un côté plus vraisemblable qui pourrait nous rattacher à une réalité historique mal déterminée et fantasmée (folklore russe, siècles antérieurs à l’ère industrielle), et puis des références aux migrants, au racisme et à une situation politique dont on pourrait entendre parler dans nos actualités françaises et européennes les plus contemporaines, etc.
Il m’a semblé que cette hybridation des genres ne réussissait pas à me convaincre et, finalement, ce sont les pages les plus teintées de fantastique et les moins réalistes qui m’ont le plus plu.
Sur la forme et dans ses détails, je n’ai rien de particulier à reprocher à ce livre : l’écriture est très agréable, les descriptions sont évocatrices, les éléments d’ambiance bien imaginés et l’histoire parait correctement ficelée.
Mais je ne suis pas vraiment rentrée dedans, j’ai ressenti assez peu d’émotion, et je crois que l’autrice veut nous dépeindre un univers qui, simplement, est trop éloigné de ma vision du monde et ne me « parle » pas trop.
Probablement, le manque de consistance des personnages est pour beaucoup dans mon jugement. Ils ont des corps, des corps très présents et longuement décrits, des corps qui présentent beaucoup de réactions physiologiques variées, mais quasiment pas d’esprit (ne pensent pas, ne parlent pas, se contentent de grogner ou de dire « c’est bien ! »).
Un livre qui a certaines qualités intéressantes mais qui n’est pas franchement mon genre…

Un Extrait page 48

La première fois que Pavel m’avait conduite au lac, je n’étais pas encore rompue aux vertus de la patience, j’avais abandonné après quelques heures infructueuses. Je m’étais levée, avais jeté le fil par terre et arpenté la glace tel un frelon contrarié. Pavel avait souri et posé sa main sur mon épaule. Il m’avait demandé si je comptais me comporter comme un poisson toute ma vie. Je n’avais pas compris le sens de sa question. Je n’avais plus envie de faire d’effort. N’en faisais-je pas assez ? Ne pouvait-on me laisser un peu de répit ? Mes nerfs étaient aussi tendus qu’une corde de balalaïka. Je m’étais alors réfugiée dans le bois et avais commencé à pleurer. J’aurais tout donné pour une soupe aux haricots noirs de Baba. Son souvenir avait jailli en larmes sitôt immobilisées par le froid. J’étais restée là, accroupie contre un arbre, jusqu’à ce que ma colère, ma tristesse et ma solitude deviennent trois stalactites que l’on aurait pu casser du bout du doigt. Puis la morsure du vent m’avait contrainte à me lever. Pavel n’était pas venu me chercher. Le soleil avait décliné en oeuf au plat sur la colline. J’étais retournée au trou de pêche. La tristesse, la colère et la solitude n’étaient plus que trois petits bouts de glaçons au fond de mon ventre. J’allais mieux.

L’Eté de la Sorcière de Nashiki Kaho

Ce livre m’a été offert par une amie, très férue de littérature japonaise et qui me conseille souvent dans ce domaine, aussi bien pour la découverte de nouveautés que pour des classiques plus anciens.
L’Eté de la sorcière se situe cette fois parmi les romans très contemporains puisque sa traduction française pour Picquier date de 2021, une traduction d’ailleurs très réussie de Déborah Pierret-Watanabe.


Note sur l’autrice :

Nashiki Kaho, née en 1959 à Kagoshima sur l’île de Kyûshû, écrit pour les adultes, mais également pour la jeunesse. En 1994, alors qu’elle travaille pour le célèbre psychologue japonais Hayao Kawai, elle lui donne à lire un texte qu’elle s’essaie à écrire depuis deux ans. Il est tellement enthousiaste qu’il l’envoie à un éditeur. Ce premier livre, L’été de la sorcière, aura un magnifique succès et sera couronné de trois prix, avant d’être adapté au cinéma en 2008.
Aux éditions Picquier a déjà paru en 2017 Les Mensonges de la mer.
(source : éditeur)

Quatrième de Couverture :

On passe lentement un col et au bout de la route, dans la forêt, c’est là. La maison de la grand-mère de Mai, une vieille dame d’origine anglaise menant une vie solide et calme au milieu des érables et des bambous. Mai qui ne veut plus retourner en classe, oppressée par l’angoisse, a été envoyée auprès d’elle pour se reposer.
Cette grand-mère un peu sorcière va lui transmettre les secrets des plantes qui guérissent et les gestes bien ordonnés qui permettent de conjurer les émotions qui nous étreignent.
Cueillir des fraises des bois et en faire une confiture d’un rouge cramoisi, presque noir. Prendre soin des plantes du potager et aussi des fleurs sauvages simplement parce que leur existence resplendit. Écouter sa voix intérieure. Ce n’est pas le paradis, même si la lumière y est si limpide, car la mort habite la vie et, en nous, se débattent les ombres de la colère, du dégoût, de la tristesse. Mais auprès de sa grand-mère, Mai apprendra à faire confiance aux forces de la vie, et aussi aux petits miracles tout simples qui nous guident vers la lumière.

Ce livre qui prend sa source dans les souvenirs d’enfance de l’écrivaine coule en nous comme une eau claire.



Mon Humble avis :

Ce livre est centré essentiellement sur les relations entre une adolescente décrite comme « difficile à vivre » et sa grand-mère d’origine anglaise, très proche de la nature, cuisinière hors-pair et qui possède certains dons de voyance ou de sorcellerie.
Cette adolescente est atteinte de phobie scolaire, pour une raison que nous apprendrons vers la fin du livre, et ses réactions sont souvent vives, colériques, même à certains moments, vis-à-vis de sa grand-mère, lorsqu’elle se sent exclue de ses préoccupations ou mise de côté.
L’histoire racontée par ce livre tient donc finalement à peu de choses : aux leçons de vie données par la grand-mère à sa petite fille et aux réactions, tantôt positives tantôt réticentes, de l’adolescente qui évolue peu à peu et semble gagner en confiance en elle-même et peut-être aussi en les autres, même si cette évolution semble encore mal assurée et assez fragile.
J’ajoute pour les lecteurs très rationnels et pour tous ceux que le côté « surnaturel et sorcellerie » rebute a priori, que cet aspect du livre n’est pas très développé, nous sommes davantage dans une intrigue psychologique, où les notions de transmission, de sagesse, d’un certain respect des traditions et de la nature, priment sur les autres considérations.
J’ai trouvé ce livre d’une grande douceur, axé sur les rapports humains et les sentiments des personnages, exprimés de manière très délicate, et qui laisse la place à la poésie et au mystère.

Un Extrait Page 43 :

Après le dîner, Mai osa interroger sa grand-mère occupée à ses travaux d’aiguille.
– Si je travaille dur, tu crois que je pourrai moi aussi avoir des pouvoirs surnaturels ?
La vieille dame dévisagea sa petite fille, comme prise au dépourvu par la question. Mai eut l’impression d’avoir dit quelque chose de terriblement frivole et s’empourpra aussitôt.
– Eh bien, tu n’as pas forcément hérité de ce don à ta naissance, alors il te faudra déployer beaucoup d’efforts, répondit Grand-mère avec lenteur, en choisissant soigneusement ses mots.
– Oui, oui ! Je vais travailler très dur, assura Mai avec ferveur. Mais à ton avis, Mamie, par quoi devrais-je commencer ?
– Dans ce cas… Tu vas devoir suivre un entraînement de base, déclara Grand-mère d’un air faussement sérieux.
– Un entraînement de base ?
– Tout à fait. Comme les pouvoirs surnaturels et les dons sont, pour faire court, des émanations du monde spirituel, il te faudra acquérir la force mentale nécessaire pour les contrôler. (…)

Voyage à Yoshino de Naomi Kawase

Voyage à Yoshino, affiche

Dans le cadre de mon Mois Thématique sur les Femmes Japonaises, qui commence aujourd’hui, j’ai choisi de regarder ce film de la cinéaste Naomi Kawase.

Note technique sur le film :

Nationalité : Japonais
Date de sortie en France : Novembre 2018
Durée : 1h45
Couleur
DVD en VO sous-titrée français

Quatrième de Couverture :

Jeanne part pour le Japon, à la recherche d’une plante médicinale rare. Lors de ce voyage, elle fait la connaissance de Tomo, un garde forestier, qui l’accompagne dans sa quête et la guide sur les traces de son passé. Il y a 20 ans, dans la forêt de Yoshino, Jeanne a vécu son premier amour.

Après Les délices de Tokyo et Vers la lumière, Naomi Kawase délaisse l’environnement urbain et se concentre sur son thème de prédilection : la nature. Mystique et mystérieuse, l’immense forêt de Voyage à Yoshino trouve son incarnation en Juliette Binoche, symbole de la grâce et de la fragilité de la nature. A la fois un drame poétique sur la renaissance de soi-même mais aussi une réflexion écologiste sur la transmission de nos origines, on se laisse envoûter par ce voyage d’une beauté incomparable.

Note sur la réalisatrice :

Naomi Kawase, née en 1969, est une réalisatrice et scénariste japonaise qui s’est distinguée aussi bien pour ses fictions que pour ses documentaires autobiographiques. Elle fut primée au festival de Cannes, remportant le Grand Prix pour « La forêt de Mogari » en 2007 et le Prix du Jury œcuménique pour « Vers la lumière » en 2017. Elle a été plusieurs fois en compétition pour la Palme d’or dans les années 2010. (Source : Wikipédia résumé par mes soins).

Mon Humble avis :

J’ai eu du mal à m’intéresser à cette histoire invraisemblable et décousue : une française cherche une plante médicinale extrêmement rare, nommée « vision », qui aurait la propriété très désirable de supprimer la souffrance humaine, mais cela ne se produirait qu’une fois par millénaire (tous les 997 ans très exactement) à une température de 1000° et en relation avec les cigales, les nombres premiers et d’autres données ésotériques et mystérieuses qui me sont sorties de l’esprit. A un moment, le film flirte avec la romance, puis avec la spiritualité et avec l’écologie. Ensuite, j’avoue que j’ai perdu le fil : on voit apparaître des personnages qu’on ne connaît pas du tout et qui ont l’air d’avoir une certaine importance mais finalement on s’en fiche un peu car on attend le moment fatidique où la forêt va brûler (sans doute à 1000°), où la « vision » va répandre ses spores merveilleuses et effacer la souffrance humaine… Si on ajoute à cela les sourires béatement illuminés de Juliette Binoche et les mines sombrement renfrognées de Masatoshi Nagase (le garde forestier), vous aurez une idée de la torpeur dans laquelle j’ai sombré.

Mais je voudrais souligner, sur un versant plus positif, que ce film vaut essentiellement pour ses belles images : la forêt est filmée avec beaucoup de grâce et de poésie, les effets de lumières, les nappes de brumes ou les reflets des surfaces aquatiques sont particulièrement soignés et sophistiqués, les acteurs et actrices sont tous très beaux et ont des mouvements très grâcieux (dans certaines scènes de danse, notamment). Ce côté esthétisant, lent et contemplatif pourra en agacer certains mais en ce qui me concerne j’ai plutôt apprécié cette atmosphère apaisante, relaxante, en laissant un peu tomber l’histoire qui m’ennuyait. Quant à savoir si c’est vraiment le rôle d’un film de détendre le spectateur sans lui donner tellement de motif de réflexion ou de bouleversement intérieur, je dirais que c’est assez succinct à mon goût mais que chacun jugera selon ses propres aspirations…

La femme ailée d’Izumi Kyôka

la_femme_aileeCe livre contient deux nouvelles d’Izumi Kyôka : La femme ailée et Le Camphrier.
Dans La femme ailée, un enfant vit dans une maison près d’un pont avec sa mère et elle lui apprend que les réactions des humains n’ont pas plus de valeur que celles des animaux …
Dans Le Camphrier un jeune scieur de bois est inquiet pour la santé de son père et la vendeuse de la boutique voisine lui fait remarquer que les plantes peuvent souffrir tout comme les humains…

J’ai un peu moins aimé ces deux nouvelles que celle de La femme fidèle que j’avais commentée en novembre, mais je leur ai trouvé énormément de charme.
Dans ce livre, la nature a une grande importance, et prend nettement le pas sur les personnages ; Une note surnaturelle, peut-être symbolique mais pas forcément, vient dans les deux cas clore l’histoire.
J’ai trouvé qu’il y avait beaucoup (un peu trop ?) de descriptions, surtout dans Le camphrier, et que les récits étaient assez peu construits, reposant davantage sur des suggestions ou sur une atmosphère que sur une logique de narration.
Mais j’ai pris plaisir à lire ce recueil de nouvelles, c’est une lecture pleine de fraîcheur et de légèreté, qui incite à la rêverie.

Clara Militch d’Ivan Tourgueniev

Jacques Aratov, un jeune homme de vingt-cinq ans, mène une vie très retirée, presque ascétique. Son seul ami, Kupfer, l’encourage à sortir mais, timide, il refuse toujours. Jusqu’au jour où Kupfer parvient à le tirer de sa solitude en l’emmenant à une soirée mondaine et artistique où Aratov, sans s’en rendre vraiment compte, attire l’attention d’une jeune actrice et chanteuse, Clara Militch.
Elle ne tarde pas à se manifester en lui faisant parvenir un billet de rendez-vous, auquel il se rend après bien des hésitations.
Mais, pendant le rendez-vous, il se montre maladroit avec elle et la jeune fille, ulcérée, s’en va.
Peu après, Aratov apprend par les journaux le suicide de Clara : elle se serait donné la mort à cause d’un chagrin d’amour.
Aratov se demande s’il est responsable de cette mort et décide de mener une enquête sur la vie et la personnalité de la jeune artiste.

Tourgueniev excelle à décrire les tourments de l’âme et les tergiversations de l’esprit : les deux personnages principaux, Aratov et Clara, sont des êtres passionnés, exaltés, nerveux, fragiles, comme la littérature russe aime à les créer et à les dépeindre.
Clara, en particulier, est un personnage de femme audacieuse et déterminée, capable de prendre son destin et sa vie amoureuse en main, qui m’a paru très originale pour le XIXème siècle.
Mais ce roman, naturaliste pour une grande part, m’a décontenancée dans la dernière partie, lorsque l’histoire bascule dans le surnaturel, et j’avoue que je n’ai pas tellement cru à ces apparitions de fantôme, à la tonalité très romantique.

Je dirais que ce n’est pas le meilleur livre de Tourgueniev, bien qu’on y retrouve son talent psychologique et sa manière très subtile de tisser une intrigue.