Deux poèmes de Jean Cocteau

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J’ai trouvé ces deux poèmes dans l’anthologie Poésie/Gallimard du 20è siècle, sous-titré « De Paul Claudel à René Char ».

Rien ne m’effraye plus que la fausse accalmie
D’un visage qui dort ;
Ton rêve est une Egypte et toi c’est la momie
Avec son masque d’or.

Où ton regard va-t-il sous cette riche empreinte
D’une reine qui meurt,
Lorsque la nuit d’amour t’a défaite et repeinte
Comme un noir embaumeur ?

Abandonne, ô ma reine, ô mon canard sauvage
Les siècles et les mers ;
Reviens flotter dessus, regagne ton visage
Qui s’enfonce à l’envers.

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Oh ! Là là !

Les dieux existent : c’est le diable. J’aimais la vie ; elle me déteste ; j’en meurs. Je ne vous conseille pas d’imiter mes rêves. La mort y corne des cartes, y jette du linge sale, y couvre les murs de signatures illisibles, de dessins dégoûtants. Le lendemain, je suis le personnage à clef d’une histoire étonnante qui se passe au ciel.

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Le premier de ces deux poèmes est extrait du recueil Plain-Chant, et le second du recueil Opéra.

Deux poèmes de Marlène Tissot

Marlène Tissot est une poétesse contemporaine née en 1971. Elle tient un blog, que je vous invite à visiter grâce à ce lien, et sur lequel j’ai trouvé les deux poèmes qui suivent :

Attention, chute de mensonges

Des fois, on empile les mensonges
on les pose bien à plat
bien pliés
l’un par-dessus l’autre
et on se dit qu’on pourrait
continuer comme ça jusqu’au ciel
mais on sait bien qu’un jour ou l’autre
on en posera un de traviole
et que tout s’écroulera
on espère juste que
quand ça arrivera
personne ne sera en dessous

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J’ai pris un raccourci
entre l’espoir et le rêve

Je me souviens
avoir eu envie
cette nuit-là
de te demander
Est-ce que tu existes vraiment?
mais j’ai préféré
glisser mon sommeil dans tes bras
sans poser la question
de peur de t’entendre
répondre non

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La dormeuse de Paul Valéry

portrait-valeryLe poème La dormeuse est extrait du recueil Charmes (1922).

La Dormeuse

Quels secrets dans son cœur brûle ma jeune amie,
Âme par le doux masque aspirant une fleur ?
De quels vains aliments sa naïve chaleur
Fait ce rayonnement d’une femme endormie ?

Souffle, songes, silence, invincible accalmie,
Tu triomphes, ô paix plus puissante qu’un pleur,
Quand de ce plein sommeil l’onde grave et l’ampleur
Conspirent sur le sein d’une telle ennemie.

Dormeuse, amas doré d’ombres et d’abandons,
Ton repos redoutable est chargé de tels dons,
Ô biche avec langueur longue auprès d’une grappe,

Que malgré l’âme absente, occupée aux enfers,
Ta forme au ventre pur qu’un bras fluide drape,
Veille ; ta forme veille, et mes yeux sont ouverts.

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Deux poèmes de Mah Chong-gi

MahChong-gi_recueilJ’ai trouvé ces deux poèmes du poète sud-coréen Mah Chong-gi dans le recueil Celui qui garde ses rêves, publié en 2014 aux éditions Bruno Doucey. Vous trouverez plus de renseignements sur ce poète en consultant le site Internet de l’éditeur.

 

Le paysage qui reste

Un oiseau se pose sur une petite branche.
La branche se met à bouger faiblement.
Même après le départ de l’oiseau la branche
tremble encore sans s’en rendre compte.
On dirait que la branche sanglote toute seule.
Le paysage qui reste s’obscurcit tout seul.
Le sommeil de ma femme

Réveillé soudain en pleine nuit
je l’entends parler à petits sanglots dans son sommeil,
ma femme depuis vingt ans couchée à côté de moi.
Par moments, je l’entends même pousser des
gémissements.
On voit mieux le monde avec les lumières éteintes.

Quand on les entend de loin, peut-être les bruits de nos
vies
ne sont-ils tous au fond que des gémissements.
Chacun de nous est destiné à être seul
et en prendre conscience n’est vraiment pas grand-chose
mais, ô ma femme qui apprends à sangloter discrètement
dans ton sommeil
ô ton histoire qui gagne en profondeur de plus en plus !

Sommeil de Haruki Murakami

Une jeune femme de trente ans, mariée et mère d’un petit garçon, se trouve brutalement, à la suite d’un cauchemar, dans l’impossibilité totale de dormir. Il ne s’agit pas d’une insomnie : la jeune femme n’a tout simplement plus besoin de sommeil.
Elle profite de ces longues heures de solitude nocturne pour relire plusieurs fois de suite Anna Karénine, pour boire du cognac, et pour manger des grandes quantités de chocolat – toutes choses qu’elle n’avait plus faites depuis sa jeunesse, avant son mariage.
Parallèlement, elle s’aperçoit de tout ce qu’il y a de mécanique et de répétitif dans sa vie de femme au foyer, son désir pour son mari disparaît, son amour pour son fils s’émousse.
L’absence de sommeil est donc, à proprement parler, un éveil de l’esprit, une prise de conscience.

Cette longue nouvelle, présentée en quatrième de couverture comme « une des plus énigmatiques de Haruki Murakami » m’a semblé au contraire très prosaïque et même banale dans sa thématique : rien de très original à montrer une femme au foyer lasse de son train-train quotidien, nostalgique de sa jeunesse et aspirant à découvrir « la vraie vie ».
La seule chose véritablement énigmatique de cette nouvelle est sa fin en queue de poisson, qui permet deux interprétations possibles du texte, et qui lui donne de la profondeur.

J’ai apprécié les illustrations de la dessinatrice Kat Menschik, déroutantes de prime abord, mais l’harmonie blanche, noire et argent est très réussie et j’ai aimé qu’elles rajoutent une dimension un peu plus fantastique au livre.