Thomas l’obscur, de Maurice Blanchot

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Thomas l’obscur est un livre étrange, énigmatique, déroutant, dont il est difficile de parler, et qui constitue une lecture commune avec Goran, du blog des Livres et des Films, dont je vous invite à lire la chronique dans la foulée.

Pour savoir quoi dire et quoi penser à propos de ce livre, il faudrait d’abord savoir qui est Thomas, le personnage principal, encore que le terme « personnage » ne soit pas forcément adéquat, car il pourrait aussi bien être une entité abstraite, un spectre, ou une idée. Au fur et à mesure de ma lecture, j’ai pensé successivement que Thomas était la Mort, un désespéré, un fou, Dieu, un ange ou un démon, le Néant, et à la fin je suis revenue à l’idée que c’était peut-être un humain, ou un fantôme. Pour décrire Thomas, Maurice Blanchot utilise en effet des phrases oxymoriques, des paradoxes, des absurdités : Thomas est à la fois mort et vivant, vide et plein, absent et présent, et les objets ou personnages avec lesquels il rentre en contact se retrouvent également vidés de leur substance, une jeune femme meurt d’avoir subi son étreinte, et c’est là tout le sujet de ce roman qui m’a paru surtout expérimental, mais en même temps très poétique, et de plus en plus beau au fur et à mesure qu’on se rapproche du dénouement.
Roman très cérébral et quasiment abstrait, il s’agit d’une longue prose où les éléments naturels sont très présents (mer, terre, nuit) mais sous une forme là encore intellectuelle, analytique, et comme autant de reflets de Thomas, qui le prolongent, et rentrent en résonnance avec lui, lui apportant à la fois une opposition, une résistance à sa volonté de mouvement, et un miroir de son angoisse.
Je dois dire que l’accumulation de paradoxes et de phrases contradictoires, par son côté systématique, m’a un peu irritée par moments, mais j’ai néanmoins apprécié de rentrer dans un monde imaginaire tout à fait insolite, stimulant pour l’esprit, auquel on continue à penser plusieurs jours après l’avoir terminé.

Thomas l’obscur est paru chez L’Imaginaire Gallimard, mais sa première publication date des années 1940.
Maurice Blanchot (1907-2003) est un écrivain et philosophe français, dont vous pouvez consulter la fiche Wikipedia ici.

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Les Vagues de Virginia Woolf

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Les Vagues est un roman expérimental de Virginia Woolf (1882,1941) qui date de 1931.

Bien que l’histoire soit assez ténue, je vais tout de même essayer de la raconter : Six personnages dont trois masculins (Bernard, Neville et Louis) et trois féminins (Suzanne, Jinny, et Rhoda) s’expriment à tour de rôle sur leurs vies et leurs préoccupations depuis l’enfance jusqu’à la fin de leur vie. Chacun a un caractère bien défini : Louis est un homme d’affaires efficace, Suzanne est une mère de famille travailleuse, Rhoda est une femme repliée sur sa vie intérieure, Jinny est « amoureuse de l’amour », Bernard est un homme très sociable qui redoute plus que tout la solitude, et Neville est un homme cultivé qui cultive des passions intellectuelles et sensuelles. Ces six personnages se rencontrent donc pendant l’enfance, juste avant l’entrée au collège, et se retrouvent à différents moments de leur vie – tous ensemble – pour des diners raffinés au restaurant. Le début de leur vie est marqué par une grande admiration pour un de leurs amis, nommé Perceval, mais ce dernier meurt en pleine jeunesse dans un accident et les six amis (mais surtout Neville et Suzanne) ressentent douloureusement cette perte, qui reviendra comme un leitmotiv.

Mon avis : Ce roman est très poétique, l’écriture est superbe, avec de nombreuses références à la nature qui se montre tantôt riante tantôt cruelle et menaçante. Le discours intérieur des six personnages est parfois difficile à suivre malgré sa beauté car c’est un mélange d’impressions fugaces et de notations philosophico-poétiques, avec parfois des analyses psychologiques très subtiles. Bien que j’aie admiré l’écriture de cette œuvre, la lecture m’a paru interminable car j’avais l’impression de ne pas avancer d’un pouce à cause du caractère cyclique de l’écriture et de la minceur de la trame narrative.
Ceci dit, j’ai trouvé que c’était un roman très intéressant à lire quand on écrit soi-même, car il peut donner des idées de constructions littéraires originales, et fait réfléchir à la manière de construire la psychologie des personnages.
Je ne sais pas si je conseillerais ce livre à un lecteur de romans – je crois que je le conseillerais plutôt à un lecteur de poésie.