Deux poèmes de Roger Kowalski (1934-1976)

orizet_plus_belles_pages J’ai trouvé ces deux poèmes en prose de Roger Kowalski dans Les plus belles pages de la poésie tendre et sentimentale, une anthologie réalisée par Jean Orizet.

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IL VA BIENTOT NEIGER

Il va bientôt neiger disiez-vous ; la porte d’entrée battit doucement bien qu’elle fût solidement fermée et que le vent ne parût point fort.

Nous reconnaissions le gris sévère, l’odeur fragile et fraîche de pomme tombée avant sa maturité, et qui souvent précède la neige.

Alors nous mîmes une bûche dans le feu ; de nouveau la porte frémit ; une corneille battit des ailes non loin de la fenêtre et nous la regardâmes fuir ;

puis je vous contai une histoire naïve qui pouvait très bien ne point finir, et c’est ce qui nous attachait à elle, souriants, devant les flammes.

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CE SOIR-LA

Ce soir-là, en des temps plus anciens que l’enfance ; ce soir-là, alors que la nuit était imminente, je vis votre visage, et tel, et si profond,

à ce point vous, bien-aimée, que je rencontrai seulement bien plus tard, si divinement secret entre la branche qui frôlait les vitres

et les doigts serrant la plume, que les feux soudain s’allumèrent dans mes forêts, coururent jusqu’à la frontière occidentale,

bondirent par-dessus les rivières, les étangs, flaques de tardives pluies, me lièrent enfin pour jamais à l’arbre inquiet de votre sang.

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