Trois Poèmes de Gérard Lemaire (1942-2016)


Contactée par Marie-Josèphe Lemaire, qui voulait me faire connaître l’oeuvre poétique de son mari, Gérard Lemaire (1942-2016), j’ai voulu lui rendre hommage à travers ce blog.
Voici quelques éléments biographiques sur ce poète engagé et fervent, avec des textes extraits du beau livre de Robert Roman, paru aux éditions du Contentieux en mai 2019, Gérard Lemaire, un poète à hauteur d’homme, et je vous renvoie à ce livre pour de plus amples développements sur la vie et l’oeuvre de ce poète.

Gérard Lemaire (1942 – 2016)

Né à Saint-Quentin dans l’Aisne, le 1er novembre 1942, Gérard Lemaire exerça durant sa vie professionnelle une dizaine de métiers en tant qu’ouvrier spécialisé. Parallèlement, et presque comme un vagabond, il voyagea en Israël, en Amérique latine, au Canada, au Portugal, en Espagne ainsi qu’en Afrique du nord.

Très tôt, Gérard Lemaire découvrit l’écriture et y consacre une autre partie de son existence. Révolté face à l’injustice sociale, il croyait en la révolution par le biais du poème ; à la poésie sauvant l’esclave. Poète engagé, il a écrit plus de 10 000 poèmes. Auteur d’une trentaine de volumes, il a été publié dans 200 revues.

Il est décédé le 7 octobre 2016, à Concremiers dans l’Indre. Composé par Robert Roman, « Gérard Lemaire – un poète à hauteur d’homme » est un ouvrage foisonnant de 402 pages, qui retrace à travers un nombre important de poèmes mais aussi de photographies, de témoignages et de correspondances, la vie et l’œuvre de celui qui se définissait comme un poète prolétarien.

(Texte de Robert Roman)

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L’envie de vivre
S’écoule lentement

Derrière les pierres
Une mer d’écritures

Que les vagues effacent
Sous la vague céleste

Est-ce le désir
Qui brouille les cartes

Être le seul n’importe
Cousu dans la déchirure

Dans le grain de poussière
Je trouve mon paradis

Se taire et trembler
Dans l’exubérance des voix

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Dans une vive désolation.

Je ne crois pas en moi en ce moment
Ai-je d’ailleurs été quelquefois autrement

Mais pourquoi vouloir être quelqu’un
Pourquoi ce faux désir de ne pas être oublié des hommes

Puis-je être dans autre chose qu’un devoir
Mais si difficile d’accès malgré cette apparence

Aucune métaphore au violon lyrique ne me traverse
Peut-on avoir plus nettement conscience de sa tombe

Vérité et justice ne me sortent pas de la bouche
Ils sont gravés sur le marbre d’un météore inconnu

Ils passent sur tant de fronts abaissés
Aucun pilier de temple ne peut les porter

Où aller en clarté avec si peu de force
Ce que j’entends du monde m’a jeté si bas

2006

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L’aube serait belle
Sans la plainte

Sans ceux que l’on a fusillés
Quand le jour se lève

Sans ceux écartés
Contre toute raison de justice

La vérité ne peut pas rencontrer
La philosophie

Cette dimension ici et là
Traverse le cancer de toutes les gorges

Sous l’eau froide du lac
Grouille une vermine étincelante

Parler avec si peu
Pour ceux qui seraient beaucoup

2008

GERARD LEMAIRE

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Vous pouvez vous procurer ce livre en écrivant à Robert Roman, 7 rue des Gardénias, 31100 Toulouse, ou en visitant le blog de l’éditeur : https://lecontentieux.blogspot.com/