Quelques poèmes extraits du dernier numéro de Traction-Brabant

J’ai reçu le dernier numéro de Traction-Brabant il y a un peu plus de trois semaines (numéro 73), mais je n’ai eu le temps de le lire que récemment.
J’en ai fait une sélection toute personnelle, et vous livre donc maintenant ce petit florilège.

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CRUAUTE

« Tu ne fais pas ton âge ! » Ca agace Ulysse : ce genre de compliment distille une cruauté subliminale. Comme dans le jardin printanier des vertes amours où les jeunes filles en fleurs chahutent les garçons boutonneux, ceux-ci se ramassent plus de râteaux qu’ils ne roulent de pelles. Mi-avril, en râtelant les fleurs séchées, Ulysse soliloque : le printemps est la saison la plus cruelle de l’année, celle où la nature entière se renouvelle, alors que vous ne faites que prendre un an de plus. Les lois de la nature n’ont pas d’âge. Ulysse ploie l’échine.

LOUIS DUBOST

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ENVOL

D’un coup de fusil
L’automne s’étonne
La chasse est ouverte
Vivement qu’on meure
Se disent les feuilles
Tout bas à l’oreille

Vivement la mort
Pour partir enfin
Comme il est conté
Voyager au loin
Mille et une nuits
En tapis volant

Seulement voilà
Il leur manque encore
Facteur essentiel
Quelque vent complice
Pour leur apporter
La feuille de route

Alain Jean MACE

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Le soleil carré
découpe la moquette
jupe sur l’étendage
morceaux d’ongles
sur le tapis
pourquoi les heures
s’égrènent
je me tire la peau
je me tire en dedans
chaque fois

Valérie CANAT de CHIZY
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Petit aperçu de Traction Brabant n°70

J’avais déjà eu l’occasion de parler du numéro 70 de Traction-Brabant (paru cet automne 2016) à propos de mes propres poèmes, mais je voudrais maintenant publier les poèmes de quelques autres poètes (choix subjectif et non exhaustif) :

Empreinte devant

Demain tu iras voir la ville
tu iras comme au piège
tu chercheras si les murs te savent
et tu seras déçu.
Là,
comme d’autres siècles longés à tâtons,
le ciel ne t’apprendra rien.
Les poissons presque monnaie,
les faces taillées d’une même lame et qui suivent la pente du jour,
mosaïque sale, sang légué,
on voudrait s’y fondre.
Et tout respire uni,
alors tu frôles d’oublier les quelques rues qui sur ta peau existent.
Etends la main
cœur apatride !
Tu n’es qu’une saison,
tu ne fuis rien, je sais cela.
Comme toi je suis venu
et sans tristesse
j’ai su que je n’étais pas d’ici

Gabriel HENRY

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Un rôle

Tu ne peux plus échapper aux heures
qui se cognent contre les arêtes coupantes des murs
renversent l’asphalte et le ciel
un mortier opaque pèse sur tes paupières
tu voudrais te distraire
ne pas penser à ce que tu as à faire
quelque chose de difficile
qui demande effort, peine, courage
tu as tout annulé, dans ta journée, tout éliminé,
tout sauf cela
que tu auras à faire
tu ne peux plus rien sauf te préparer à cela
te concentrer sur cela
le rôle social
que tu devras jouer à ce moment-là.

Barbara Le MOENE

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Les poupées écrabouillées
(juillet 2016)

Tourner la petite cuillère
dans le crâne à la coque
Bien touiller avant de trempouiller
La mouillette beurrée

Quand les dystopies s’échappent des livres
Nos vies se couvrent de givre

Tourner la petite cuillère
Le chef perd sa toque
Les cervelles sont écrabouillées
Les poupées écoeurées

Xavier LE FLOCH

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Juin

Entendre le bruit des pages
et ma pensée qui revient sur le livre
comme un bateau
qui cogne le bord du quai

Entendre les rumeurs
des feuilles acides
des fleurs ouvertes
éclats d’oiseaux
tracé de moteur
il me semblait entendre un tambour

Lire les amours d’il y a deux siècles
et se demander si ce n’était pas moi
qui aimais déjà

Laura TIRANDAZ

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Deux poèmes parus dans le dernier numéro de Traction-Brabant

J’ai eu la bonne surprise de voir publiés quatre de mes poèmes dans le dernier numéro (n°70, automne 2016) de la revue Traction-Brabant, dirigée par Patrice Maltaverne, aussi je vous en livre deux aujourd’hui.
Je reparlerai de cette revue, où figurent d’autres poètes dont j’aimerais reproduire des poèmes.

Routines

La lune
– sa matière grasse fondue
sur les croissants ordinaires.

L’azur pur et dur
tranche
sur la fatigue

Les passants
marchent à la vitesse
d’un Giacometti

Nous vendons nos vies
par petits bouts
à des pingres pinailleurs

Nous trouvons refuge
sur des voies de garage

Engorgements
d’impatiences lymphatiques
à la station debout

Les jeunes filles à la Balthus
finissent par se caser
avec des hommes à la Bacon.

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Altérations

Cet homme n’écrit pas ses poèmes avec des mots : il les compose avec des couleurs mentales. Puis, devant chaque couleur, il dispose des dièses et des bémols. Il ne doute pas que chaque poète écrive la poésie de cette façon.

Cette femme n’écrit ses poèmes ni avec des mots ni avec des bémols : elle laisse infuser un paysage dans sa tristesse puis elle l’égoutte doucement sur sa table de chevet. Elle souffle ensuite sur cette poudre grise et le poème apparaît. Elle croit être la seule à écrire la poésie de cette façon.

Marie-Anne Bruch

Quelques poèmes contemporains

J’ai trouvé ces poèmes dans le numéro 67 (du 17 mars 2016) de la revue poétique Traction-Brabant : le numéro s’ouvre par un éditorial de Patrice Maltaverne La poésie est-elle une maladie honteuse ? J’y ai remarqué de très bons poèmes de Fabrice Marzuolo, et un formidable texte de Jean Pezennec : La Phrase, qui était un peu longue pour que je la reproduise ici. Patrice Maltaverne nous parle aussi de son goût pour deux groupes de pop des années 80, que je ne connaissais pas et qui m’ont bien plu après écoute sur YouTube …

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Alors un visage
Apparut dans le nuage
Deux kiwis me regardent,
Par bravade,
Je plonge dans leur eau verte,
Puis je m’enfuis à bicyclette !
La robe du Temps se défait,
Et les yeux de la grande Fée
Se dissolvent au-dessus du bois ;
Il ne reste plus que moi,
Sur cette route déserte,
Avec une image, certes,
Et le vent qui se lève,
A la poursuite d’un Rêve !

Michèle Caussat

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ORAGE

Le ciel se déchire
drap mouillé
zébrure de l’éclair
gravée sur la rétine
Les arbres torturés
gémissent
envol de feuilles

L’oiseau pris dans la tempête
tourbillonne follement
fétu de désespoir
chair broyée
plainte sans fin de la nuit

Lucile Negel

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Ma lumière préférée sur les bouleaux :
De l’or chauffé à blanc criblé de roux.
On va vers l’hiver, le clinquant
Les rues coiffées en diadème
Le baiser du froid à la lumière.

Josiane GELOT

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Des poèmes parus dans Traction-Brabant n°65

Je vous propose aujourd’hui deux poèmes parus dans le numéro 65 de la revue poétique Traction-Brabant, un numéro sorti en novembre 2015 et que j’ai lu, comme toujours, avec intérêt.

 

Je me suis endormie dans la douceur des chats, la télé contre leur pelage.
J’ai écrit comme on rêve, la lumière m’a rassurée.
J’ai gravi bien des escaliers, j’ai pleuré sur bien des tombes.
Je me suis sentie espionnée, comme par l’œil d’un poisson mort.
La belle pluie bleue m’a lavée de tous ces mystères, m’a défaite comme une fleur.
Maintenant qu’il fait nuit, dans la compagnie d’un chat blanc et roux, j’égrène des fruits de mémoire, je tâche d’attendre le jour.
Il viendra, avec ses voitures et ses paroles, déchirant le foulard d’un songe, crevant la rue de Klaxons et de détritus.
Le chat s’est endormi, la nuit est comme un ventre de Mère, oui je vais l’attendre
encore, dans l’odeur des tilleuls, de la menthe, dans la dentelle des papillons.

 

Michelle CAUSSAT
le 14 septembre 2015, à 3h du matin

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MOUVEMENT DE VOILE

Si les poissons-clowns font rire les baleines
Si les bouées tintent sous le flot des proues
Si les pieds-de-biches jouent à tire-d’aile
A danser au rythme des requins-marteaux

Que les poissons-lunes éclairent l’abîme
Que l’étoile de mer colmate le rafiot
Que tes doigts d’oursin comme des algues vives
Caressent les vagues qui lorgnent ma peau

Christophe REAL

Deux poèmes parus dans la revue Traction-Brabant n°64

Le dernier numéro de la revue Traction-Brabant (n°64) est arrivé dans ma boîte aux lettres cette semaine et je vous invite à découvrir cette revue dont j’aurai l’occasion de reparler dans de futurs articles.
J’ai le plaisir de figurer au sommaire de ce numéro 64, aussi j’ai choisi de vous donner à lire deux de ces poèmes.
Ce sont des poèmes en prose, écrits entre la fin 2014 et le début 2015.

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Poème confortable

Le bonheur n’avait rien à nous dire mais il restait assis près de nous et nous trouvait étranges. Nous le dévisagions d’abord avec surprise puis, rassurés de le voir si sage, nous le laissions vaquer à sa routine et fumer son tabac blond. Mais un jour où, désormais habitués à lui, nous lui chantions notre éternelle berceuse en caressant sa nuque fragile, il nous fixa droit dans les yeux, nous dévoilant ses prunelles fauves, et se jeta sur nous.

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Derrière les persiennes

L’intérieur de ta bouche est frais comme un litchi, et ta peau est lisse comme l’eau qui dort.
L’amour garde ses couleurs printanières jusqu’aux encens de décembre, et au-delà.
L’or de Noël tombera en poussière noire sur les neiges de janvier.
Je porte le monde dans ma langue mais mon amour pour toi est déchargé de tout fardeau.
Sous ses dehors renfermés, la nuit musarde entre nos caresses.