Parution du livret Polder n°163

En cette mi novembre 2014, je vous annonce la parution du livret Polder n°163.
J’ai l’honneur d’avoir été choisie comme auteur pour ce livret de poésie, et j’ai la chance d’avoir pour préfacier le poète Denis Hamel et pour illustratrice la poétesse Claire Ceira.
Polder est une collection de poésie dirigée par la revue Décharge et imprimée par les éditions Gros Textes, son but est de faire entendre des voix nouvelles.

Voici deux poèmes extraits de ce recueil :

Sans titre

La nuit hésitait
entre silence
et ténèbres.

J’oscillais
entre cœur
et esprit.

La solitude était
lisse comme une plume.

Le passé
semblait une bien obscure
énigme.

Il fallait saisir
le présent
du bout du stylo.

On pouvait écrire
tout et son contraire
sans jamais
être dans le vrai.

A cette heure-là
la nuit
faisait miroir.

Je regardais
mon visage par la fenêtre.

***

Milieu de la nuit

La lampe ouvrait
la nuit en deux.

Des choses
belles ou terribles
se tramaient
de par le monde.

Les sièges vides
face à moi
me tenaient compagnie.

Par des nuits
comme celle-là,
l’amour paraissait
quelque peu surhumain.

L’espérance
supposait
trop de patience,

et le temps de la nuit
était d’une extrême
lenteur.

Seul, on ne sentait
ni sa force
ni sa faiblesse.

***

Vous pouvez vous procurer ce recueil de poèmes Ecrits la nuit suivi d’Ecrits d’amour par Marie-Anne Bruch (Polder n°163) en le commandant aux éditions Gros Textes :
éditions Gros Textes
Fontfourane
05380 Châteauroux-les-Alpes
(France)

ou encore en le commandant à :
Jacques Morin
(Directeur de la revue Décharge)
4 rue de la Boucherie
89240 EGLENY

Le prix en est de 6 euros.

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Des poèmes parus dans Décharge n°161

couv161Dans Décharge n°161 de mars 2014, j’ai retenu trois poèmes qui pourront vous donner un aperçu du climat poétique de cette revue.

Marilyse Leroux

Ta voix est cet espace
où tremble la fleur de rien

Elle pourra mourir
entre deux souffles
comme on pousse une porte
machinalement

Rien n’aura changé

L’air qui passe
est plus léger
que les mots

 

Denis Hamel

blues

La chair et le rêve marchent sur un même chemin
ce sont de vieux amis

en-dessous de la chair il y a le squelette
en-dessous du rêve il y a

une rivière de sang

dehors l’horrible soleil éclate de rire

quelques gouttes de parfum tombent dans la poussière

les femmes nues dans les magazines
appartiennent à une cité idéale

oh, moisissure du moi

je voudrais me coucher et ne plus jamais écrire

je voudrais

ne plus jamais être amoureux

 

Véronique Janzyk

5.

Garder les yeux
Ouverts
Le plus longtemps possible
Ouverts
Ne pas compter
Compter
Conduit à cligner
A accompagner
Les chiffres
De mouvements de paupières
Ne pas respirer non plus
Respirer conduit à cligner
Ne rien regarder
Parce que
regarder appelle respirer
C’est l’exercice
En apnée
De ne rien voir
De ne pas respirer
Et d’abolir le temps

 

Un poème contemporain sur la mer

J’ai trouvé ce poème de François de Cornière dans la revue Décharge numéro 157 : j’ai trouvé intéressant de le reproduire ici après les poèmes de José Maria de Heredia sur le même thème – ici, ce n’est pas le paysage qui intéresse le poète mais les paroles et les interactions humaines.

 

bord_de_mer

 

Des phrases

 

Des phrases il y en avait
qui revenaient toujours:
« N’allez pas trop loin ! »
« Elle monte ou elle descend ? »
« Comment tu la trouves ? »
et bien sûr aujourd’hui :
« Elle est super bonne ! »

C’étaient des phrases du bord de mer
qu’on entendait passer ainsi
depuis tant d’années
comme une sorte de bande son
– ineffaçable pourtant fragile –
des étés de nos vies.

Des phrases qui nous racontent
des phrases qui nous ponctuent
et qu’on connait par cœur
quand je te dis
déjà sur mon vélo
et prêt à m’envoler :

« Je reviens tout de suite
je vais voir la mer. »

Quelques brefs poèmes d’Alirezâ Rôshan

J’ai découvert ces poèmes dans la revue Décharge numéro 157 et j’ai tout de suite été touchée par leur tristesse et leur gravité.
Alirezâ Rôshan est un jeune poète iranien qui est derviche et emprisonné depuis plusieurs mois dans son pays.
Ces poèmes sont de très beaux vers sur l’amour et l’absence, dont j’ai choisi quelques extraits.

 

le poème c’est l’instant de ta présence
lorsque tu pars
il s’écrit

***

ah si cette plume
pouvait écrire ton adresse
et non mon errance

***

mes bras
évoquent ta place vide
dans mon étreinte

***

ce n’est pas l’allumette
mais le chagrin de ton absence
qui allume ma cigarette

***

je suis parvenu
à tout ce que je ne désirais pas
mais pas à toi
que je désirais

***

là où c’est toujours vide
c’est là
que tu te trouves

***

elle est partie ?
donc elle était là
donc elle est

***

combien faut-il que je sois nuit
pour que toi
tu sois lune ?

***

« où es-tu ? »
Voilà
le premier discours amoureux

***

quand j’ignore où tu es
quelque route que je prenne
je suis dérouté

 

Un poème sur le bonheur, de Thomas Vinau

J’ai trouvé ce poème dans la revue Décharge numéro 157 de mars 2013, dans lequel un dossier complet est consacré au poète Thomas Vinau.

Celui qu’on ne remarque pas

J’aurai connu ce bonheur-là. Cette joie, solide et pleine, qui ne parle pas, ne dit pas son nom, ne fait pas les gros bras.
J’aurai connu ce bonheur-là, celui qui passe sans qu’on le comprenne. Celui qu’on oublie, qu’on ne remarque pas, ou trop tard, ou à peine.

Et j’ajoute, pour le plaisir, un deuxième petit poème de Thomas Vinau :

Fait divers

Nous apprenons à l’instant
le décès instantané
d’un petit matin frais
fauché en pleine course
par un quotidien trop pressé