Que faire des classes moyennes, de Nathalie Quintane

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J’avais déjà lu un livre de Nathalie Quintane, intitulé Tomates, et qui m’avait passablement consternée. Mais j’ai eu néanmoins envie de réessayer cette auteure, avec cet essai sur les Classes Moyennes, un sujet qui ne me passionne pas à priori mais sur lequel je pense qu’il y a des choses intéressantes à dire.
Nathalie Quintane pense que les classes moyennes ne veulent pas s’identifier à la classe prolétarienne et cherchent au contraire au maximum à s’en dégager, et cette classe moyenne vivrait dans une éternelle insatisfaction ou ressentiment, qui s’oppose à la révolte nécessaire des classes inférieures (puisque, selon Nathalie Quintane, la Révolution prolétarienne est souhaitable et vivement espérée). Malgré cette insatisfaction, la classe moyenne se distingue selon Quintane par son obéissance et ses valeurs petites bourgeoises, mais aussi par des tendances dépressives … bref, la Classe Moyenne serait la vraie ennemie de la démocratie.

Mon avis : Cet acharnement contre la Classe Moyenne m’a semblé incongru, d’autant que les arguments avancés par l’auteure sont pour le moins confus et fouillis, voire contradictoires. Par moments on sent une vraie colère de l’auteure, et c’est énergisant, mais en même temps un peu vain. Il y a de ci de là de bonnes pages et de bonnes idées, comme sur l’achat de produits culturels, ou sur des souvenirs personnels de l’auteure, mais tout cela est rabouté sans queue ni tête, et on a l’impression que l’auteure veut seulement exprimer des agacements épidermiques sporadiques et non pas construire un argumentaire (mais après tout, pourquoi pas, seulement pourquoi écrire une apparence d’essai ?).
Nathalie Quintane dit qu’elle appartient elle-même à la Classe moyenne (j’aurais cru à la classe supérieure car elle est un écrivain reconnu, édité par une grande maison d’édition, et de plus enseignante en Lettres), sans doute pour rendre son propos encore plus crédible …
Personnellement, appartenant à la classe inférieure, n’ayant nulle envie de faire la révolution, et restant assez indifférente vis à vis des Classes Moyennes (qui ne sont jamais définies clairement, ni dans ce livre ni ailleurs), je suis restée assez froide par rapport à ce livre, qui ne me semble pouvoir prêcher qu’à des convaincus.

Les adieux à la reine, de Chantal Thomas

adieux_ala_reineUne ancienne lectrice de Marie-Antoinette, réfugiée à Vienne depuis la Révolution, se souvient de ses trois dernières journées passées à Versailles les 14, 15  et 16 juillet 1789. Ces trois jours, qui correspondent au début de la Révolution, représentent aussi un chamboulement complet de la vie et des usages de Versailles. Cette vie, réglée par l’étiquette héritée de l’époque de Louis XIV, et placée sous le regard constant des courtisans, des quémandeurs et des domestiques, devient pour Louis XVI et Marie-Antoinette une vie de solitude puisque même les amis les plus chers – et en particulier Gabrielle de Polignac – prennent la fuite.
On se rend compte, à travers ce livre, à quel point les informations extérieures arrivaient difficilement à Versailles : ainsi, il faut presque une journée pour que la Cour ait la confirmation de la prise de la Bastille, les rumeurs les plus diverses circulent, que les courtisans cherchent péniblement à confirmer ou à démentir, confrontant entre eux leurs informations, et gagnés bientôt par la panique et le désir de fuir.
La narratrice, qui voue une admiration sans bornes à la reine, et qui souhaite rester à ses côtés en ces temps troublés, est contrainte par Marie-Antoinette de partir avec la famille de Polignac : elle revêtira les vêtements de la favorite de la reine pour la protéger en cas de rencontre fâcheuse avec les révolutionnaires.

J’ai trouvé que c’était un roman assez brillant, historiquement très bien documenté, et qui semble restituer fidèlement l’état d’esprit qui pouvait exister au château de Versailles et l’atmosphère d’incertitude et de terreur qui a pu s’emparer de la noblesse.
En revanche, j’ai trouvé trop caricaturaux les personnages de Louis XVI et de Marie-Antoinette : le livre ne montre de la reine que ses qualités et sa grandeur d’âme, ainsi que sa dignité et son altruisme dans l’adversité, pendant que le roi est présenté comme un benêt, complètement dépassé par les événements, qui se goinfre aux repas et ne s’intéresse qu’à des broutilles alors que son trône vacille. Je n’ai pas trouvé ces portraits convaincants et je pense que le couple royal aurait pu être montré de manière plus nuancée.
Je pense aussi que les révolutionnaires auraient pu être dépeints autrement que comme des brutes sanguinaires, mais il est vrai qu’on nous montre ici le point de vue de la noblesse, et que ce point de vue ne peut être que caricatural.

Bref, je conseille plutôt ce livre, intéressant, et qui sait rendre l’histoire très vivante.

George Orwell : La ferme des animaux

animaux_OrwellDans la ferme de Mr Jones, les animaux préparent une révolution : le cochon Sage l’Ancien leur a en effet ouvert les yeux sur la vie atroce que les hommes font mener aux animaux domestiques. Mais Sage l’Ancien meurt, et la révolution est désormais dirigée par les deux cochons Boule de Neige et Napoléon. Bientôt – bien plus vite que prévu – la révolution triomphe : Mr Jones et les autres deux-pattes de la ferme sont jetés dehors.
Les animaux peuvent dès lors vivre selon les principes de l’Animalisme, qui suppose une égalité complète entre tous les animaux et un refus du mode de vie des humains.
Mais cette belle harmonie de départ est vite compromise par la rivalité qui existe entre Boule de Neige, un théoricien utopiste, et Napoléon, au tempérament plus dur et plus dominateur.
Bien sûr, Napoléon l’emporte et instaure rapidement la dictature.
Les premiers grands principes énoncés au moment de la révolution sont tous bafoués et pervertis et la dictature devient de plus en plus impitoyable.
Les cochons profitent du fait qu’ils sont les plus intelligents et les plus lettrés pour manipuler et tromper les autres.
Les animaux de la ferme souffrent mais ils ne se souviennent pas très bien s’ils souffraient moins ou davantage sous le régime de Jones, alors ils subissent, persuadés par ailleurs de vivre libres et égaux même s’ils travaillent dur et ont souvent faim.

Ce livre est une fable saisissante sur la manière inéluctable et quasiment systématique dont toutes les révolutions communistes dégénèrent.
On pense évidemment à Staline et à Trotski en lisant les nombreux passages où le cochon Napoléon incrimine « le traître Boule de Neige » chaque fois que quelque chose marche mal à la ferme, ce qui est aussi cocasse que sinistre.
Je dirais que La ferme des animaux (écrit en 1945) est un aussi grand livre que 1984 (écrit en 1948) sur le sujet du totalitarisme, mais il y a dans La ferme des animaux beaucoup de passages très poignants, alors que 1984 m’avait laissé l’impression d’un livre assez froid.